Répertoire h h Théâtre français à Berlin. No. m. Deuxième Série Ko. 113. * LYDIE ET HORACE COMÉDIE EN UN ACTE, PAU F. Ponsartl. ''«''lirrsciitiV nu théâtre royal à Berlin par ITUlc. Rncltcl le Août 1850. Berlin, !*.»«• M- Ut Schletmger, Libraire et Editeur de Musique. HORACE ET LYDIE, COMÉDIE EN EN ACTE, PAR F. Ponsard. Personnages. Acteurs. LYDIE......... Mlle. RACHEL. HORACE ........ REROÉ, esclave de Lydie . . chambré somptueuse, fi Rome, chez, Lydie.— Au fond, des fenêtres Ji moilio Cî >('hécs par des rideaux de pourpre.— A gauche, la porte d'un cabinet (Je toilette.— A droite la porto d'un cabinet de toilette. Scène I. !ouse a pâli sous son triple carmin. Ré Perloire No. 363. (2e Série No. 1134 1 2 HORACE ET LYDIE, Lydie. Elle a pâli, dis-tu! — Va, ma bonne suivante. Nulle autre dans ton art n'est pins que toi savante. Aussi, tu le sais bien, jamais, d'un doigt trop prompt, le n'ai malignement égraligné ton front; Jamais, pour te hâter pendant que tu m'habilles, Je. n'ai dans tes liras uns enfonce' îles aiguilles. — Ah! elle enrage! — Eh bien, ma chère Beroé, Restons coiffée ainsi, pour qu'enrage Chine 1 . Va chercher mon pepluni. Choisis parmi mes voiles Celui dont le fond rose est parsemé d'étoiles. Mais conseillerais-tu plutôt de revêtir Un manteau deux fois teint dans la pourpre de Tyr? Krroé. Le rose vous va mieux. Lydie. Prends donc le pepluni rûSt- llcroé va prendre le péplum dans le ealiinet de toilette. — Lydie ptqmt...... citron sur ses ongles. Hercule! soient bénis, par-dessus toute chose, Tes onzièmes travaux par qui ces fruits dorés Furent conquis exprès pour nos ongles lustrés! Heroé revient avec le pephun dont elle habille Lydie. Lydie arrange les P 1 du pepluni. Os plis tombent-ils bien? Beror. Ees divines statues, D'un voile aérien par Phidias vêtues, Moins purs et moins légers laissent tomber les plis Du marbre de Paros sur leurs corps assouplis. Lydie, montrant la easselte qui est sur la lablc de toilette. Ouvre cette cassctle, et donne-moi mes bagues, Elle Blet les bagues a ses doigts. Et mon collier chargé des dépouilles des vagues; Elle se passe au cou un eoliier de perles et d'autres colliers. Donne mes bracelets. — Sur mes bras, sur mon cou, Faisons étineeler tout le rivage Indou. — Et maintenant posons le lierre sur ma tète. Le lierre est le feuillage aimé de mon poêle', lîllc se redresse et se retourne vers Jtcroé. Suis-jc belle? Bei-oé. O Vénus! — Quel est le chevalier Qui ne vendrait pour vous sa bague et son collier? Lydie. Ah! Hcroé! l'amant à qui.je voudrais plaire N'est pas un chevalier, n'est pas un consulaire, C'est pour Horace, '(ils d'un esclave affranchi, Que brillent ces bijoux sur mon sein enrichi. SCÈNE i. Beroé. Pour que vous l'aimiez tan), il faut bien qu'il vous amie liî'die. Le volage! partout il soupire de même. Beroé. Alors il est fort riclie, et les écus romains Comme de gouttes d'eau glissent entre ses mains! liytllc. 11 est pauvre. Il aurait les trésors du Pactole, Que je ne voudrais pas accepter une obole. Beroé. Pauvre! lils d'affranchi! volage dans ses goûts! Médiocrement beau! — Pourquoi donc l'aimez-vous? l<>"«lie. Je ne sais pas. Je l'aime. Beroé. O l'étrange faiblesse! <|uoi! les plus grands noms de la jeune noblesse, Les Drusus, les Pisons, implorant un coup d'oeil, ^inutiles soupirs fatiguent votre seuil; vous préférez l'or aux brillantes intrigues, Tout avare usurier aura des mains prodigues. Chrémès, pour dégrafer ce manteau complaisant, Aiderait à vos pieds son coffre-fort pesant. ^ l ' pouvant bien choisir, — vous vous mettez en tète, Q°Oi?... d'aimer un faiseur de chansons, — un poète! ï'J'die. Que veux tu! Beroé. Par Plutus! songez donc qu'Apollon We s 'appelle doré, que garce qu'il es! blond. l<>'«Ue, souriant, C'est juste. Beroé. JMarrius a des aïeux antiques; - e Urs immages de cire illustrent ses portiques; Vi» en dites-vous, madame? Ijytlle. Ko! que m'importe à moi payant des goùfs d'esclave, il descende d'un roi! refuse ma couche au petit-lils d'Énéo, ° nt le regard est trouble et l'haleine avinée. Beroé. lit Cérinthe? il est beau, „ *«y«lie. C'est vrai, mais il est sot. * a bAtio msc orgueilleuse éclate au premier mot. '•««•oé. Calais? _ ^yrtle. Calais, dont le talent unique °"siste à bien draper les plis de sa tunique! •«Woé. Préférez-vous Rufus? ^ «i>die. Nul n'a le goûl plus Qn " r discerner d'abord une huître du Luciïn. Beroé. Claude est un cavalier comme l'on n'en voit guère. Jjy«lie. 11 penl tout son mérite en niellant pied à terre. Beroé. Prenez un sénateur grave dans ses propos. 4 HORACE ET LYDIE. Lydie, C'est ennuyeux. Beroé. Prenez un fermier des Impôts Jjj'«He. C'est trop laid. Itcroé. C'est la source, 6 belles OBOHfcÉnes, Des bronzes de Corintbo et des urnes toscanes. Donnés par des gens laids les cadeaux sont trop chers. Je ne mesuro pas l'amour aux dons offerts. Que ccllo qui voudra l'or et la perle rare Au poète amoureux ferme sa porte avare ; Il ne vient pas chargé de la pourpre de Cos; Il n'a que ses chansons et les donne aux échos; Mais les dieux sont pour lui; In muse délicate Lui conseille les mots dont la grâce nous flatte : La Muse, femme aussi, sait le cœur féminin, Et par quel art secret s'y glisse un doux venin. Va, je suis autrement que les femmes vénales. Je hais l'esprit commun et les phrases banales. Je veux, pour reconnaître et nommer mon vainqueur, Qu'il s'ouvre par mon âme un chemin à mon cœur. L'amour no connaît pas d'éternelles ivresses: Pour lui la causerie a de calmes tendresses; Kt quel plaisir alors d'écouter longuement La source qui murmure aux lèvres d'un amant, Ou bien d'accompagner sur sa tremblante lyre Les chants harmonieux que soi-même on inspire! Tel l'amour des oiseaux fait résonner les bois. Les chants et les amours ont dû naître à la fois. — Kt puis, ô Beroé, n'est-ce pas linéique chose Que l'immortalité dont la inuse dispose? La soie et les bijoux ne plaisent qu'un instant; Demain sera fané ce pcpluin éclatant; Mais les vers du poète échappent aux outrages. Hélène aux beaux cheveux vira dans tous les âges; Tant qu'on reconnaîtra l'empire de Vénus, Lcsbie et Lycoris auront des noms connus; Et, partageant l'honneur do sa maie applaudie, Toujours avec Horace on nommera Lydie. Elle regarde l'horloge à eau. L'eau s'écoule. Bientôt Horace doit venir. Quand viendra-t-il ! jamais l'heure ne va finir. Salurnc! abrège donc l'incertitude avide, Et prolonge plutôt le bonheur trop rapide! Ah! Ucroé! j'entends des pas — c'est lui qui vient. SCÈNE H. i Abaisse les rideaux; leur ombre me convient* l>ans les plis de». In pourpre une lumière éteinte Su r les traits adoucis jette sa demi-teinte. Elle écoute. Ce n'est pas lui. — Déjà faire attendre! inconstant! 11 "l'attendait jadis, et c'est moi qui l'attend. Beroé. Mais, madame, voyez. L'heure est passée à peine. Lydie. Ab! illa devançait jadis. Excuse vaine! L'excuse n'appartient qu'à des amours lassés. Quand on n'aime plus trop, on n'aime plus assez. *~ Il ne viendra jamais, te dis-je. — Et que m'importe! S'I venait à présent, je fermerais ma porte. ' e ne veux plus le voir. — Tiens, brouille mes cheveux! ^ c s anneaux Irritants blessent mes doigts nerveux; Arrache-les! — Arrache en même temps ces gazes! D&hire, brise tout! Foule aux pieds ces topaces! 1)11 ! je voudrais qu'il vînt pour fermer les verrous! *"" Attends! c'est lui. Avec joie. C'est lui, fidèle au rendez-vous! Entre Horace. Scène II. Les Mêmes, HORACE. •-Mie, Mai*e, mangé sa couronne, et remet «es bagnes. Elle feint de ne pas voir Horace qui s'approche doucement et lui dépose un baiser sur lo cou. Lydie, feignant la surprise. Ah! Quoi! c'est vous, Horace! Hornce. Horace, votre esclave, '''"s heureux d'être ici quo d'être chez Octave. "eroé se relire dans lo cabinet do toilette, dans la porte resto entrouverte. Lydie. C'est un bon amoureux, mais d'un froid courtisan. 1>a rlericz-vous ainsi, César étant présent? Horace lui prend la main, et lui entoure la taille d'un bras. Laissez. Vous dérangez ma tunique. Horace. Ilebclle! Pourquoi donc aujourd'hui si fa roui lie — »* si DC " U? - Pour qui cette parure'.' Est-ce pour moi? Lydie. Puuc vous? p as tout à fait. Le ciel esl pur, l'air est très-doux; To «s les beaux sont déjà sur la voie Appienne; (i HORACE ET LYDIE. J'allais montrer un peu ma robe assyrienne. — Que vous en semble? Horace. Mais il nie semblait à moi Que vous m'aviez donne" rendez-vous. liytlle, ayant l'air de se souvenir. Oui, ma foi. — Eli bien! aimez-vous mieux, alors, que je demeure? Horace. Eh! sans doute! liydie. J'ai cru que vous oubliriez l'heure. Horace. 0 Dieu! je ne songeais qu'au rendez-vous. Lydie. Menteur! Horace, lie l'heure qui tardait j'accusais la lenteur. Lydie. Vrai? Horace. Mécène m'attend; que Mécène m'attende! J'accours chez ma Lydie où l'amour me demande. Lydie. Yous en repentez-vous? Horace. Je me suis repenti De m'ennuyer, jamais de mètre diverti. Lydie. Le Falerne enivrant coule à flots chez Mécène, Biorace. J'aime mieux m'enivrer de ta plus douce haleine. Lydie. Mécène vous eût dit les nouvelles du jour; Et moi je ne sais rien, sinon parler d'amour. Horace. Et voilà justement la science suprême. Le bonheur est d'aimer et de dire qu'on aime. Les doux chuchotements qui s'éveillent la nuit, La main mal dérobée au baiser qui la suit, Voilà les jeux charmants, et la fête étornello Qui ne lasse jamais, toujours vieille et nouvelle. Toi, Mécène, chargé du poids de nos deslins, Tu veilles sur l'empire et les peuples lointains; Tu préparcs notre aigle aux guerres que projette Lo Cantabre indocile ou l'errant Massagète. Mais quoi? Les dieux prudents nous voilent l'avenir. Quel lendemain suivra lo jour qui va finir? Nul ne sait; y songer est un souci frivole. Cependant le temps fuit; la jeunesse s'envole, Emportant avec ello et les joyeux discours, Et le sommeil facile, et l'âge des amours. Donc, puisque la jeunesse est chose si légère, Cueillons, quand il est temps, celte fleur passagère Le sage, ô ma Lydie, obéissant aux dieux, Jouit de leurs bienfaits qu'on regrette étant vieux; Il est content, s'il tient des muses de l.i Grèce Un souffle, tout léger, pour chanter sa maîtresse; SCÈNE II. i 11 ne dédaigne pas les mets exquis, non plus Qu'un vin mis au cellier sous le consul TiillUs; Mais c'est l'amour surtout, c'est l'amour qui l'enchante, — L'amour que je maudis, quand Lydie est méchante. Lydie. Ah! traître! tes discours seraient mieux accueillis, tu n'en disais pas tout autant à Phyllis. Horaee. Moi! c'est faux. Lydie. Pour Lydie on a quitte - Mécècno; Mais A quitter Chiot' l'on aurait plus de peine. Horace. Chloé! fi donc! — Je prends tous les dieux a témoin Que je n'ai jamais vu la Chloé que de loin. Lydie. Le serment est facile à vous autres parjures. Horaee. Ah! j'ai peu mérité ces cruelles injures! ^ luoi sert l'innocence! — 0 gardien des Serments, ^"c je sois foudroyé, Jupiter, si je mens! Lydie. Eh bien! oui, je te crois; j'ai besoin de te croire, Horace, mon amant, mon poète, ma gloire! Je t'aime. Horace est h genoux devant elle ; clic lui passe un liras autour du cou. C'est l'effet de quelque enchantement; n'est pas naturel d'aimer si follement, leste ainsi prisonnier dans mon bras qui t'enlace! ^°us allons t'enchainer, vidage, à cette place. Je t'aime. Mes regards, de toute leur longueur, ^ enfoncent dans tes yeux et vont chercher ton coeur. Je voudrais me changer eu rayon de lumière, •^fin d'y pénétrer, moi-même, tout entière. Ne me regarde plus. J'en perdrais la raison. Horace fait un mouvement pour se lever. ^ on , non: ne bougez pas. Vous êtes en prison. ~~ Tu n'aimes pas Chiot!, n'est-ce pas? Horaee. Dieu m'en garde! Lydie. Elle est laide. Horace, se relevant. Très-laide. On dit, qu'elle se fard.'. Lydie. Elle a d'affreuses dents. Horace. Klle louche, je croi. Lydie. Tu n'aimeras jamais d'autre femme que moi? Horace. Jamais. Lydie. Répète-le; redis-le-moi sans cesse. Horace. Quand mon coeur brûlera pour une autre mai- 0 |tresse, verra le Bouvier, connu des matelots, «adonner le pôle et plonger dans les flots. 8 HORACE ET LYDIE. Lydie. Le zéphyr soufflera du côté de la Tliraee, Avant qu'un autre amant succède à mon Horace. Horace. Mettez-moi sur les bords glacés du Pont-Kuxin, Ou sous le char brûlant du soleil trop voisin, Partout je t'aimerai, toi pour qui je respire, Lydie au doux parler, Lydie au doux sourire. Lydie. Oh! les tendres discours! Horace. Oh! les aveux charmants! Lydie, prenant les tablettes d'Horace. Laisse-moi sur la rire — Donne. [ écrire nos serments. Horace, retenant ses tablettes. Mais... non. Lydie. Pourquoi? Horace. La cire est barbouillé- Lydie. Voyons. Horace. C'est une ébauche à peine débrouillée. Lydie. C'est égal. Je veux voir — Pour qui ces vers? Horace. Pour Uk Lydie. Bien sûr? Horace. Et pour quelle autre? Lydie. Alors montre-les-m 01 - Horace, h part. Ah! diantre! Haut. J'aime mieux le les lire moi-mc'iie- Mes vers balbutiés me font un mal extrême. 11 lit. — Lydie l'écoute, appuyée sur son épaule. Compagnons du printemps, les zéphyrs ont soufflé Dans les voiles tendues; Le Tibre, qui se tait, ne roule plus enllé Par les neiges fondues. Dans les près amollis la nouvelle saison Epaissit l'herbe fraîche, El déjà le troupeau, qu'invite le gazon, Se plaît moins dans la crèche. Déjà, d'un pied joyeux, Vénus conduit les choeurs De la ronde commune Où la nymphe, et la grâce, unie à ses deux sieurs. Dansent nu clair de lune. Le soleil nous ramène avec les jours brûlants La soif que rien n'apaise. Couchons-nous sous ces pins ou ces peupliers blancs, Tour y boire à notre aise. Esclave, rafraîchis ce Falcrne échauffé, Là-lias, dans l'eau courante. Puis apporte des fleurs. J'r.ime à boire, coiffé De la rose odorante. SCÈNE II. !) Toujours ne dure pas la gloire du printemps Dont s'honore la rose. A quoi bon les soucis, quand, pour si peu d'instants. Il faut si peu de chose! Ilacchus verse l'oubli des chagrins. Evohé! — Esclave, écoute encore: Dans son réduit connu va-t'en chercher.... Lydie. C'est Lydie que j'adore. Lydie. Ah! que c'est donc joli! — le dernier vers surtout. ~~ Fais voir. Horace. Mais non. Lydie. Mais si. Je le veux! Horace. Point du tout! Lydie. Elle arrache les tablettes à Horace. Si fail ! — Ali ! je [les tiens. Horace. Tu ne pourras pas Hrc. Lydie. J'cssaîrai. Horace, à part. Je suis pris. Lydie, appelant Beroé et lui montrant une lyre pendue a la muraillc- Beroé, prends la lyre. Je « muet d'Horace, qui veut reprendre les tablettes, et de Lydie, qui les cache dans son sein. "eroé s'approche avec la lyre, et en tire quelques accords, pendant que Lydie récite les vers d'Horace. Compagnons du printemps, les zéphyrs ont soufflé Dans les voiles tendues; Le Tibre, qui se lait , ne roule pas enflé Pas les neiges fondues. Dans les prés amollis la nouvelle saison Épaissit l'herbe fraîche, lit déjà le troupeau, qu'invite le gaion, Se plait moins dans la crèche. Déjà, d'un pied joyeux, Vénus conduit les chœurs De la ronde commune Où la nymphe, el la grâce, unie à ses deux soeurs, Dansent au clair de lune. Horace, l'interrompant, et cherchant à reprendre les lahlellcs. ^ p st assez. Le surplus n'est pas encor poli. Tu le liras demain. Lydie, retenant les tablettes. Non , non. C'est 1res-joli. Horace, joignant les mains. D« R rAfe! Lydie. Eh hien! passons à la El,e est la mienne. f dernière slrophc. Horace, h pan. Bon! gare la catastrophe! 10 HORACE ET LYDIE. Ijydie . lisant. Baccbna verse l'oubli des chagrins. Evohé! — Esclave, écoule encore: Pans son réduit connu va-t'en chercher ... Cbloé! C'est Chloé que j'adore! Elle se retourne vers Horace, en lui montrant les tablettes. C'est Chine"! Horace. Je ... Lydie, Cbloé! Horace. Mais . .. lijrtic. Parle! reponds-moiI Traître! que diras-tu ? — parle donc! Beroé se relire dans le cabinet. Horace. J'ai... l>j«îio. Tais- toi ! Il ose encor parler après son imposture, te fourbe! — Prétends-tu nier ton denture? — Ai-je mal lu? Elle lui monlre les tablettes. Tiens, lis; vois ton accusateur. — Chloé! c'est bien Chloé. — Diras-tu non? menteur Horace. Lydie! au nom des dieux! écoule-moi, Lydi liyilie. Ah! pouvais-jc m'altendrc à cette perfidie! Ah! comme il se jouait de ma crédulité! Jamais coup plus cruel m'a-t-il été porté! Le parjure attestait les dieux de sa tendresse 1 Il osait défier leur foudre vengeresse! Quoi d'etonnant, d'ailleurs, qu'il se moque des dieux! Un infidèle amant ne peut être pieux. — Et, simple que j'étais, sotte comme une femme, J'ai cru que ses serments partaient du fond de l'âme! J'avais presque un remords de mes soupçons jaloux; Il s'indignait si bien, que je l'avais absous. Je m'épanouissais devant ses fourberies Dont mon coeur altéré buvait les flatteries. Ah! sottise! c'était un rôle bien joué. Il parlait à Lydie en pensant a Cbloé. O dieux! — C'est très-plaisant. Vous avez bien dû rirfr, N'est-il pas vrai? pendant qu'on apportait la lyre. J'ai mis tant de bonheur et tant de bonne foi A réciter ces vers que je croyais pour moi! Comme je jouissais de ma gloire usurpéeI Comme j'en savourais la lente mélopée! — Trop lente selon vous! vous attendiez la fin, SCÈNE If. M Vous vouliez voir l'effet d'un sarcasme si fin, E ' «le quel air confus je prendrais l'épigramme, Quand je verrais au bout le Don d'une autre femme. 0 "«. oui, c'est très - plaisant ; il faut eu rire. — Eh bien! Tl)i . ris de ton cote; moi, je pleure du mien. Elle va tomber assise dans le fauteuil. Horace. Lydie, (Voûte-moi! Lydie. <: ' ( ' st allïeux! c'est indigne ! Horace. Bien sûr, je n'avais pas d'intention maligne. Il lui prend la main. Lydie. Ljtlie, retirant sa main. Ah! laissez-moi. Horace. J'ai des défauts; d'accord. J aimc trop les plaisirs, et l'excès est un tort. Hélas! je veux en vain combattre ma nature; *ks plus fermes desseins s'en vont à l'aventure. °" n'entraîne au moment où Je me corrigeais; 1)0 rayon de soleil fait fondre mes projets; ,e n e puis voir passer dans la rue une robe, Sans regarder un peu le pied qu'elle dérobe. p st mal. Oui j'en conviens. — Mais, pour être léger, «e suis pourtant pas un drôle à fustiger, 'je m'estimerais le dernier gueux du monde, e t'avoir fait exprès celte peine profonde. ~~ Soyons! ma chère enfant! ^>'«lie , se levant et l'éloignant d'Horace. Laissez-moi; laissez-moi. Horace, h suivant. Je t'aime, ■^yoie. Taisez-vous. Horace. El je n'aime que loi. ï( es Ve rs no prouvent rien. Fiction poétique! fallait un ïambe à mon vers alcaïque; ' 'e est un dactyle; en mon vers fourvoyé, e coeur disait: Lydie; et le rhythme: Chloé. ta jetant par terre les lalilcltes qu'elle foule à ses pieds. " s sent donc les vers et leur trompeur grimoire! u 'ssé-j,> |e 8 fouler, tous, connue CCt ivoire! Horace. Ah! ma pauvre tablette! on le brise les os. Lydie. A ta chère Chloé portes-en les morceaux. Horace. Des vers perdus! pas un dont je me ressouvienne! Lydie. T a „t mieux. Je les voudrais dans la mer Caspienne. 14 HORACE ET LYDIE. Oh! les poètesI race égoïste et sans frein, Qui sacrifîrait tout pour un méchant quatrain! Horace, entre ses dents. Méchant quatrain! Lydie. C'est bien la pire espèce d'hommes Que nous puissions aimer, ô folles que nous sommes! On les croit généreux, tendres et délicats; Ils ont un sens exquis, que les autres n'ont pas; Dans un monde inconnu leur amour nous fait vivre; Hah! ces enchantements ne sont que dans leur livre. Fiction poétique! Au fond vous les verrez Terrestres comme un autre, et pas plus éthérés. Ils ont tant dépensé de feux pour les déesses, Qu'ils n'en ont plus du tout pour de simples maîtresses, Et, tant d'amour en vers épuisant leur vigueur, L'imagination a ruiné le cœur. C'est pour cela qu'ils ont l'humeur si vagabonde; Comme ils n'aiment personne, ils aiment tout le monde. Ah! qu'il vaut mieux choisir un honnête garçon, Tout simple, et vous aimant de la bonne façon, — Comme Cérinthc, ou bien Calais lils d'Ornithc. Horace. Une bète! Lydie. Il m'adore, et c'est un grand mérite — Il est jeune, U est beau. Horace. Hum! pas trop. Lydie. U me plaît; Cela suffit. Regardant Horace. D'ailleurs on peut être plus laid. Horace. En mille traits d'esprit sa causerie abonde; Vous tiendrez les propos les plus jolis du menée. Lydie. On dit toujours très-bien ce qu'on sent. Les auto" Vivent de sentiments et non de beaux discours. Horace. S'ils vivent de sottise, ils ne rerohl pas Lydie. Oh! Calais n'a pas tout 1 esprit d'un poc'tc; Il ne sait pas, sans cesse occupé de ses vers, A tout ce qu'on lui dit répondre de travers; Il ne veut pas frapper du front les toits célestes, Pour avoir aligné deux ou trois anapestes; Il ne se change pas en cygne, un beau matin; Mais il a du bon sens, — ce qui manque ;i certain. Horace. Eh! prenez-le donc vite Lydie. En vt'dle. Fort bien. Votre conseil est bon, et je le goûte. Appelant Beroè. tu sais bien ce jeune et beau garçon, Valais, qui toujours rôde sous ma maison? Heroé, venant vers Lydie. Oui, oui. Lydie. Va le elicrcher. Dis-lui <|ue je l'invite ^ souper; que je l'aime, et qu'il vienne au plus vite. Heroc. J'y cours, madame. Horace. Attends, ma bonne Beroé. connais, n'est-ce pas, la charmante Chloé? Beroe. Celle qui loge en face? Horace. Oal. Passe chez la belle, KI i • « dis-lui que j'irai, ce soir, souper chez elle. Lydie, à Beroé qui la consulte (les yeux. Va. Fais ce qu'il te dit. (Je l'approuve très-fort. Sort Beroé. Horace, à Lydie- Comme c'est merveilleux d'être si bien [ d'accord ! Lydie. Enfin je vais avoir cette bonne fortune ^"n amant pour moi seule et non pas pour chacune. Horace. Enfin je connaîtrai des amours indulgents pour l'ombre d'un tort ne battront pas les gens. Lydie. Qu'est-ce que vaut un cœur dont on n'est pas la [reine! Horace. Et qu'est-ce qu'un plaisir dont on fait une [peine! Lydie. Pour moi, je suis fidèle et j'entends qu'on le soit; Je veux que l'on me donne autant que l'on reçoit, ^ l fais très-peu de cas (l'un encens que l'on brûle Tantôt à Lalagé, tantôt à Néobulc. Horace. Moi, j'ai l'humeur paisible, et j'ai grand'pcur du 8* d'un œil orageux où toujours l'éclair luit. [bruit ^Amour s'enfuit, chassé par un sourcil farouche, Et pleure le sourire exilé de la bouche. Lydie. L'amour va revenir et le rire perdu. Horace. Aux amis négligés je vais être rendu; J e pourrai respirer le Irais sous ma tininelle, Sa »s craindre qu'un retard m attire une querelle. Lydie, u-un ion passionne. Oh! Mens, cher Calais! Je compte | les moments. Mon cœur bondit déjà vers tes embrassemenU. 14 HORACE ET LYDIK. Vénus n'est plus A Chypre; clic est toute en mes veines. Viens, amil C'est pour tui que fument les verveines, Pour toi que ces rideaux, mystérieux remparts, Du passant indiscret repoussent les regards. C'est pour toi que luira d'une clarté voilée Pour toi que s'éteindra la lampe reculée. Regardant Horao. — Est-il ému? Continuant, comme si elle parlait a Calais. Viens donc! que fais-tu loin de moi.' Ton image est ici, Calais; je te voi, Je te parle. —■ O bonheur, qu'eux iraient les déesses! Les dieux, j'en suis certaine, ignorent ces Ivresses. J'oublie, en te voyant le monde disparu. Je brûle. Un feu subtil dans ma veine a couru. Regardant Horace. — Il ne dit rien. Je sens les frissons de la fièvre. Je n'entends plus. Ma voit expire sur ma lèvre. Mon d'il s'éteint, noyé" dans d'humides langueurs. Je palis. Je chancelle. Il semble que je meurs. Regardant Horace. — Ah! il a tressailli ! Détache ma couronne. Elle otc sa couronne de lierre, el la remet à Horace comme si c'était à Calais. Déroule ces cheveux que l'ivoire emprisonne. B signe tes doigts brûlants dans leurs flots divisés. Horace, caressant les efaevëtt de Lydie. Les beaux cheveux! Lydie. . .Ma main se livre à tes baisers. Ilorner. baisant la main d» lijtf*. La belle main! Lydie, comme se réveillant. Eh bien! que faites-vous? lluraee. Je rè\e. Lydie. Ah! vous interrompez mon songe! Horace, lui baisant encore la main. Je l'achève. Lydie. Hélas! je vous prenais pour Calais. Horace. Merci. Lydie. J'ai cru que vous étiez déjà bien loin d'ici. Horace, montrant les mains de Lydie. Le moyeu de partir, rele- [nu par ces chaînes ' Lydie. Près des mains de Chloé les miennes sont vilaines. SCÈNE II. [j Horace, prenant la main de Lydie, Non pas. CM jolis doigts | sont plus blancs què les siens, El plus mignons. — Elit- a des doigts plébéiens. Lydie, l'eut-être. — liais sa taille esl superbe. llorare, montrant In mille «le Lydie. Ah! déesse! "•Tant ce port divin quelle tournure épaisse! Lydie. Un peu lourde; e'esl Mai. — Mais quels cheveux! Horace, montrant les cheveux de Lydie. Moins bcauv Que renx-ci. Lydie. Cependant ils \iennet de Lcsbos; On les lui vend fort (lier. Horace, riant. Mauvaise! Lydie. Elle est, en sommé, l'ien mieux faite que moi pour captiver un homme. — Courez. Horace. Pas encor. Lydie. Si. J'attends l'autre, et je croi Qu'il serait peu décent qu'il vous trouvât chez moi. Horace. C'est bien, je me retire. Lydie. Oui. Horace. Je cède la place Lydie. Ilon. Horace. Lutter contre lui, ce serait trop d'audace. Lydie. Adieu, seigneur. Horace. Adieu. — Je ne désiré pas tester ici pour voir Calais dans vos bras. Lydie. Je conçois. llorare. .le ferais uni' sotte figure. Lydie. Mais... oui. llorare. Je m'en vais doue. — Adieu, fourbe : parjure! Perfide! Lydie. Eh! doucement! qu'avez-vous a rrier? Horace. Coquette! Lydie. Quittons—noue sans nous injurier. Horace. Faut-il vous savoir gré de me mettre à la porte ? Lydie. Vous avez bien volu qu'il en fût de la sorte. Horace. Moi! le mot est charmant. Lydie. Vous vouliez en finir. Horace. C'est vous; depuis longtemps vous me vouliez. | bannir. Lydie. Kst-re moi, par hasard, qui suis une infidèle? Horace. Est-ce mol qui vous cherche une injuste querelle? Lydie. Si nous nous séparons, pourquoi le faisons - nous? 10 HORACE ET LYDIE. Horace. A qui la faute î Lydie. A vous. Horace. Non. A vous. Lydie. Non. A vous. Horace. Tant que tu m'as aime", quand nul autre pl« s |digne N'entourait de ses bras ton cou blanc comme un cygne, J'ai vécu plus heureux que Xercès, le grand roi. Lydie. Tant que tu n'as aime' personne plus que moi) Quand Chloé n'était pas préférée à Lydie, J'ai vécu plus illustre et plus tière qu'Ilie. Horace. J'appartiens maintenant a la blonde Chloé, Qui plaît par sa voix douce et son luth enjoué; Je suis prêt à mourir pour prolonger sa vie. Lydie. Calais maintenant tient mon âme asservie; Nous brûlons tous les deux de mutuels amours, Et je mourrais deux fois pour prolonger ses jours. Horace. Mais quoi? si j'ai regret de mu première ebâtfl*" Si Vénus de retour sous son joug nous ramène? Si je refuse à l'autre et te rends mon amour? Lydie. Encor que Calais soit plus beau que le jour, Et toi plus inconstant que la feuille inconstant», Avec toi je vivrais et je mourrais contente. Horace, se jelanl aux genoux de Lydie. Ah! ma bonne Lydie! Lydie. Oui, bien trop bonne, ingrat! Horace. Va tu n'auras pas lieu de le plaindre. Lydie. On Horace. Par les Dieux immortels 1 Par les astres noctur» 1 Qui brillent vaguement dans les cieux taidiurnes ! l'ar..... Lydie. Non, ne jure pas. Cela porto malheur. — Hélas! de tes serments je connais la valeur. Et pourtant j'ai toujours plaisir a les entendre. Avec k'niiivssc. O trompcurl Horace. Terre et mer! sois-jc réduit en cendre, Si..... Entre Bcroé. Beroé, à Lydie. Calaïs, Madame, est là tout rayonnant. Il demande s'il peut entrer. Horace. L'impertinent! Lydie, 4 Horace. En bic » : «Ue. La sotte! , A Horace, 'rez-vous? IBws*ace. Vous plaît-il que nous soyons votre hôte? Mais son pauvre souper restera sans emploi, ïlovacc. Eh! non pas; Calais le mangera pour moi. ''>»Me. Justement; et la chose on ne peut mieux s'arrange, p A Beroé. .* consolation, propose-lui l'échange. Horaee, a B«roé. Et pour enseignement, dis-lui que désor- 'ienne, en pareil cas, tout de suite ou jamais. [mais FIN. H-urloir,. N«. 3^. (sh> S( . ri<> No „ 3 ,