«F+C422/Û9* J^HHMBHOTSMBRBBHH^RM LE COLONEL ET LE SOLDAT, OU LA LOI MILITAIRE, DRAME EN TROIS ACTES, EN PROSJE ET A GRAND SPECTACLE; Par M. VICTOR ; Musique arrangée par M. ADRIEN ; Ballet de M. MàXIMIEN ; Représenté, pour la première fois, sur le Tliéâtre. de f An tbigu-Comique, le xi Juillet 1820. f Ar wwwvvwvwwwvw i c - j - \ f> Prix l acent. «u^u^wmwt wv» PARIS, AU MAGASIN GENERAL DES PIÈCES DE TIIEATRI, CHEZ J.-]N. BARBA, LIBRAIRE, Editeur des (Œuvres de I'igault-le-Bhun, r*LÀIS - HOYAL , DERRIERE LE THEATRE FRANÇAIS , K°. 5|. VWVWWWWVWVW De l'inijuimene. de Uocquet , rue du Eaubourg Moniniaiirc , u" 4 l820. PERSONNAGES. ACTEURS-. Le Marquis DE GRÀNCEY, MarécHtJ de France et Seigneur de Neuville. M. Villeneuve. CHARLES DE GRANCEY, son fils, Colonel.........M. Gobert. Un Capitaine, vieux militaire . . . Fresnoj. ALEXIS, sergent au régiment de Grancey.........M. Caron. Le Grand-Prévôt de l'armée. . . Gabriel. Un Major.........M. Salle. Le Secrétaire du Colonel .... M. François. Un Aide-de-Camp.......M. Jolj. Un Notaire.........M. Adenet. Un Soldat.........M. Stockleit pèrs. JULIEN , Domestique du Colonel. . M. Gilbert. GUILLOT, jeune Paysan. . . . M. Paul. MARGUERITE, Fermière de Nouvil le, mèred'AlexisetnourricedeCharles. Mlle. Lesvesque. ANGÉLIQUE , nièce de Marguerite , élevée par sa tante......Mlle. Joséphine. MARIANNE , paysanne attachée à Marguerite........Mlle Fannj. ANNETTE, servante de la ferme. . Mlle. Adam. État-Major du Maréchal. Aides-de-Camp. Soldats. Villageois et Villageoises. La scène te passe en France, près la frontière. Vu :>n Ministère de l'Intérieur, conforme'inent à la décision de S. Ex. , cm date de ce jour. Paris , i3 Juin 1820. Parordie de M. le Direcleur-généi ;il, l.c cael de bureau des théâtres, B. Deianct. LE COLONEL ET LE SOLDAT, Mélodrame en trois actes. ACTE PREMIER. Le théâtre représente un camp. D'un côté une tante principale , assez avancée pour que. les rideaux étant ouvert* , on en vois l'intérieur et ce qui s')- passe. SCENE PREMIÈRE. (Au lever du rideau, on voit le Major, assis dans sa tente près d'une table couverte de papiers j un secrétaire se tient derrière lui. Près lie sa tente, plusieurs ojjiciers semblent attendre des ordres ; au fond , quelques groupes de soldats près de leurs armes, assis , couchés ou jouant aux cartes. Sur la colline mu j'onl, une sentinelle se promenant, et un tambour assis sur sa caisse. ) LE MAJOR, Officiers de différons grades, Soldais, etc. LE major, sortant de sa tente avec plusieurs papiers. Messieurs, la irève est signée : j'en ai reçu lavis cette nuit. Nous conserverons nos positions jusqu'au retour des courriers que les états-majors des deux armées ont envoyés à leurs coins respectives. Retourne? à vos quartier», (Les officiers se retirent. Au moment où le Major v.i rentrer dans sa tente, un sotts-officier arrive. ) UN soldat. Major, un aide-dc-camp du maréchal, porteur de dépêches, vii ni d'arriver du château deGwuicey : le voici. le major, a l'Aide-de-camp. Approchez,, Monsieur. ( L'Aide-de-camp lui remet un paquet-) Le Maréchal est toujours à Graucey ? l'AiDF.-oncAMr. Oui, Major. tt M ajoh. Et son fils, notre jeune col nel? 4 l'aide-de-camp. Il m'a paru entièrement remis.des suites lié l\ la tète de chaque compagnie. . . Le Maréchal a raison, noire situation exige la plus grande circonspection, {usant, » .le vou^ lecommaïuic J) surtout, la plus sévèn- discipline ; ne craignez pas, s'il le faut , » de donner un exemple salutaire, {au secrétaire) Faites prendre des copies de cet ordre du jour, tous me tes remettiez de suite. ( le secrétaire sort. Le. Major regardant le dernier paquet qu'il tien'.) Ah ! ceci cm du Colonel ! {ouvrant) Noire jeune Colonel me parait faire à Grancey un séjour plus long que n'exigeait, à la rigueur, la guérison de sa blessure. Voyons ce qu'il me mande. ( lisant desjeux et parlant.) De nouvelles recommandations en faveur d'Alexis. . . Il désire que j'invite le capitaine de sa compagnie à l'exempter, autant que possible, des fatigues du service . . et toujours dans les termes les plus affectueux. .. voilà qui est étrange !... Quels rapports ti intimes peut-il exister entre le fils d'un maréchal de France et un soldat de la ligne ?. . Je suis curieux d'éclaircir ce mystère : notre vieux capitaine pourra sans doute m'instruire ( appelant.) Quelqu'un '.'[une ordonnance paraît.) Dites au capitaine de la cinquième compagnie que je le fais demander, [l'ordonnance sort.) Ce vieux capitaine est fort original : sa franchise, sa brusque sincérité, son caractère loyal, lui ont acquis une sorte d'autorité. On m'a dit q'ie le Maréchal avait pour lui une indulgence incroyable , et une affection toute particulière.. .Le voici. SCENE II. LE MAJOR, LE CAPITAINE, les Soldats au fnd-.il/aut insensiblement cri éloigner le plus possible. LE MAJOR. Approchez, Capitaine. LE CAPITAINE. Me voici, Major : qu'avez-vous-à m'ortlonnrr ? LE MAJOR. Je desirais vous voir. LE fi \ ri l'AlNE. Me Toir !. . LE MAJOR. Le Maréchal vous distingue et vous aime beaucoup. LE CAPITAINE. Voilà trente ans que je le sais, Major ; et moi aussi je l'aime d« fo'itr mon âme ! J'ai servi son père : morbleu ! c'était encore un digue homme que celui-là ! quand au maréchal, je l'ai conduit au feu pour la première fois de sa vie ! son père me l'avait confié oui , Major, il me l'avait confié, et je vous réponds qu'il était entre bonnes mains; mais le petit drôle était d'une intrépidité ! Je le Tois encore s'élancer comme un trait, pour enlever un étendard du milieu des rangs ennemis .. . Corblcu î par exemple, ce jour-là, son affaire était faite, si je ne l'avais suivi et couvert de mon corps : je reçus huit blessures en l'arrachant des mains d'une vingtaine d'enragées niais je le ramenai sain et sauf; j'en avais répondu , et il ne m'en coûia que quinze mois d'hôpital. LE MAJO». Comment !. . comment, Capitaine, le Maréchal vous doit la vie ? LE CAPITULE. Fou'quoi pas? oh ! nous en avons bien vu d'autres ensemble.! nous avons fait quatorze campagnes. Le Maréchal voulait loujours r.i'avoir à ses côtés; j'étais , disait-il, son bouclier, et je crois, qu'il n'avait pas tort : car j'ai pris pour mon compte, pins d'un coup de sabre qui s'adressait à lui. Oh ! c'étaient là mes beaux jour» ! Tout ce que je regrette maintenant, c'est d'être devenu vieux , et de ne pouvoir plus en faire autant pour son lils, son Charles, notre jeune et charmant colonal! LE MAJOIt. Vous m'étonnez, Capitaine ! Comment après tant d'années de lervice , et possédant à tant de titres l'affection du Maréchal, ètcs- vous resté simple capitaine? LE CAPITAINE. Oh ! ce n'est point la faute du Maréchal : il ne fut jamais ingrat, et cent fois il voulut m'avancer. Maréchal, lui di=ais-je : je suis un brave homme, un excellent soldat, et je m'estime beaucoup; niais pas plus que je ne vaut : je n'ai point le talent nécessaire pour faire un bon général. Je suis sûr de moi et de ma compagnie, quand je marche à l'ennemi; je ne rép on drais pas de mon savoir, s'il fallait improviser le pan d'une bataille, et je mourrais de chagrin le jour où je cesserais d'être content de moi. Si vous aimez ma gloire, laisiez-nioi capitaine. Le Maréchal a compris cela, il m'en estime davantage, et depuis viugt-cinq ans, j'ai l'honneur d'être son ami... oui, Major, son ami ! le MUon. Capitaine, ce titre vous honore tous les deux, et prouve que (a Maréchal sait apprécier l'honneur et la vertu. Je suis charmé de vous connaître plus particulièrement. Dites-moi, je vous prie, quel est un jeune soldat que vous avez dans votre compagnie, ot qu'on nomme Alexis ? LE CAPIEAINE. Alexis ? diable ! c'est la perle du régiment, et je l'aime comme si j'étais son propre père ! en un mot, c'est au soldat accompli ; brave.'», comme moi, et savant comme son colonel 1 Celui la, pur exemple, peut prétendre à devenir général; mais cela n'est pas étonnant , il a fait ses études arec le jeune Marquis. T.E M 4JOR. Le Colonel a fait ses études avec votre jeune soldat ? LE C APITA1 INF. Oui, avec mon Alexis, au chèteau de Grancey, sou» le» yenxdti Maréchal. LE MAJOR Quel est donc cet Alexis? LE CAPITAINE. Le fils de Marguerite , la fermière de Notiville. LE MA.10T. Le fils d'une fermière! ... Capitaine, je ne puis comprendre. .. LE CAPITAINE. Ah! vous ne sa ver, pas... C'est juste ; tous n'êtes Major de ce régiment que depuis peu de jours. Charles, notre Colonel, perdit sa mère en naissant ; il fui mis en nourrice chez Margm rite, fermière de Nouville, excellente et digne femme, qui allaitait alors son petit Alexis ; et les deux enfans, nourris du même lait, et jouant sous le même toit, prirent l'un pour l'autre, dès le herceau, une amitié toute fraternelle. Ravi des soins et de la tendresse que Marguerite leur partageail également, le Maréchal voulut que son fils resiAt à la ferme et fut élevé comme un simple Villag ois, où l'âge exigeait qu'il commençât des études sérieuses. A cet te époque, c'csi-à dire lorsqu'ils avaient environ dix ou douze ans, l'un et l'autre annonçaient les plus! plus heureuse dispo&il ions, et leurs jeunes cœurs semblaient inséparables. Le Maréchal ne voulut point rompre; nu nœud que i.i nature s'était plu à former , el autant pour satisfaire lie désir, de Charles, que pour récompenser le zèle de Margir rite, il fut décidé qu'Ai Os continuerait à être élevé avec le jeune Marquis, dans une parfaite égaiijé , et que les deux enfans partageraient l'éducation du château , comme ils avaient partagé celle de la ferme. LE MAJOR. Ce plan était fort beau: on oublia seulement d'en prévoir les conséquences. LE CAPITAINE. Les conséquences ! parbleu c'est l'exemple admirable delà fraternité qui unit Charles et Alexis II y a dix mois, nos frontières furent envahies, et la guerre éclata ; nos jeunes gens fuient aur-siiôt les premiers sous les armes : ils marchèrent ensemble.. . par exemple, ils n'eurent pas le même grade, (Le Major sourit.) Mais, Major, examinez mon Alexis, et vous verrez, que le Maréchal a raison , quand il dit que la nature fait tous les hommes égaux.. LE MAJOI'.. Le Maréchal dit cela? l.i. CAPITAINE. Oui, Major. LE MAT0H. Cctie maxime est juste ; niais sa société ne la prend pas toujourt pour règle ; et ce qui le prouve incontestablement, c est que Charles «st Colonel et qu'Alexis est Soldat. tX CAPITUNE. Mon Alexis fera son chemin 1 en dix mois de campagne, il est déjà Sergent, et morhleu ! LE MAJOR. Ne vous fâchez pas , Capitaine : je de'sire vivement que votre jeune •oklat ne, regrette jamais la ferme de sa mère. (La secrétaire apporte et présente, nu Major la'copie de fordre du /OU r. ) i e capitaine , à part. Que diable veut-il dire? Mon jeune soldat regretter., ce Major aurait-il le don de deviner?. . . Depuis trois semainesj j'observe qu'Alexis est d'une tristesse effrayante ! oh! je veux savoirec qu'il a. Corbleu ! j'ai promis d'être son père, et je . . . le majoh, l'interrompant. Capitaine. LE CAPITAINE. Major. LE MAJOR. Faites mettre les soldats de ce poste sous les armes, et publiez vous-même cet ordre du jour. LE CAPITAINE. Oui, Major. (77 fait un signe au tambour, qui prend sa caisse.') 21 jette les j'eus sur tordre du jour. ) Diable ! voilà des mesures bien sévères. ( Le Major remet les papiers au secrétaire en lui donnant un ordre: celui-ci sort. Le tambour fait un roulement; les soldats qui sont en scène, et d'autres qui accourent, se mettent sous les 'rmes. Alexis se place au rang que son grade indique ; le Major est devant la tente, regardant la troupe;'et te Capitaine s'avance pour lire l'ordre du jour.) SCENE III, LE MAJOR, LE CAPITAINE, ALEXIS, Soldats, etc. LE CAPITAINE. Ordre du jour : attention'. » Défense h tous sergents, caporaux et soldats, de sortir de l'en- » ceinte du camp, sous peine d'être arrêtés, rraduits au conseil et » Irai tés eunme déserteurs, aux termes des lois militaires. Du château » de Graneey, ce quatre juillet, etc.. Signé le colonel Charles de » Graucey, pour le Maréchal ». {Le tambour fait un ronlemmt ; les soldats rompent les rang* et forment des grouppes, s'entretiennent ensemble. Le Capitaine 8 revient vers le Major. Alexis, sans quitter son fusil, s'approche vivement.) ALEXIS. Comment, Capitaine, c'est le Maréchal qui fait publier cet ordre. LE CAPITAINE. Lui-même. (Le Major examine Alexis avec attention). ALEXIS. Je suis hien malheureux! moi, qui comptais demander au Major une permission pour aller voir ma mère ! LE MAJOR, Capitaine, c'estlà voire jeune soldai? LE CAPITAINE. Oui, Major. le majou , a Alex if,. Cela esl fâcheux, mou ami : sans la sévérité des ordres du Maréchal, vous l'eussiez obtenue, sur la recommandation de votre Capitaine et de votre Colonel. Mais un bon soldat ne doit jamais murmurer «ontre le devoir et la discipline militaire. ALEXIS. Major, je ne manquerai jamais ni à l'un, ni à l'autre. LE MAJOIt. Fort bien... Capitaine, je ferai l'inspection après la garde de dix heures. (A une ordonnance!) Suivez-moi* (//sorty le Capitaine f'accompagne quelques pas , lui parlant ave» Jeu. Alexis reste sur V avant-scène.) SCENE IV. Le CAPI TAINE, ALEXIS, Soldats, etc. le capitaine , revenant avec vivacité. De quoi diable vas-tu l'aviser de le plaindre devant le Major7 ALEXIS. Que voulez-vous, Capitaine? Ai-jc été le maître d'étouffer le cri de la nature; ne peut-on être en même bon soldat et bon fils? Après dix mois de campagne, nous venons camper à une demi-lieue de Nouville : là, du haut de la colline, j'apperçois le clocher de mou village, le toit sous lequel ]■- suis né; ei il ne m'est pas permis de courir embrasser ma bonne mère, et celle... Vous le savez, Capitaine, celle qui m'est presque aussi chère ! le CAriTAlNE. Ta jeune cousine, ton Angélique, n'est-ce pas?.. Que diable veux- tu?..... ALEXIS. Ah! Capitaine; je suis au désespoir!.. (Le tambour bat dans l'éloi- gnement : celui qui est sur le théâtre prend la caisse.) Qu eiiionds- je?.. déjà la garde montante!., pardon, Capitaine, j'ai deux postes à relever. (// va pour s'éloigner.) LE CAPITAINE. Demeure : le caporal fera ton affaire. ( Le tambour fait un roulement ; les soldats se mettent sous les armes : be Capitaine examine la manœuvre. La troupe se divise en pelo~ tons, et sort par divers côtés. Un des pelotons relève la sentinelle de la colline.) SCENE V. ALEXIS, LE CAPITAINE. le capitaine, avec humeur. Mets là ton fusil. alexis , le posant. Que me veut donc le Capitaine. LE CAPITAINE. Approche. ALFXIS. Ah ! mon Dieu !.. il a l'air fâché contre moi ! LE CAPITAINE. Ah ! çà, morhleu ! depuis trois semaines, que diable as-tu donc? Tu as perdu toute la gaîté, je ne te vois plus partager, comme autrefois, les jeux et les amusemens de tes camarades! . viHgi fois je t'ai surpris les yeux remplis de larmes, qui peut t'affliger d • la sorte? Pourquoi ne m'ouvres-tu pas ton cœur.'' T'aurait-ou fait quelque passe-droit, queiqu'injustice ?.. Morbleu ! je suis là pour les réparer ! tu sais bien que le vieux Capitaine est ton meilleur ami_, que je t'aime comme si j'étais ton père; et tu t'es aperçu cent fois que j'en avais pour toi toute l'affection. alexis , lui saisissant la main. Ah ! Capitaine, combien je suis touché!. . I.E CAl'ITAI.VE. Il ne s'agit point de cela, Monsi ur, il s'agit de me confier ta peine, et de me dire ce que tu as. Alexis. Oui, Capitaine!. . et je serais trop ingrat si je résistais à votre amitié ! Je vous ai déjà confié mon plus cher secret : vous seul connaissez mon amour pour Angélique, lih b» n , Capitaine , ci t amour «st la cause du chagrin et des larmes que je ne puis vous cacher. LE CAPITAINE. Diable!., quoi, cette charmante enfant... craindrais-tu de la perdre ? As-tu reçu quelque fâcheuse nouvelle ? ALEXIS. Non... pas encore... mais depuis trois semaines Charles est au château de Grancey. le capitaine. Eh bien, qu'est-ce que cela te fait ? Il est blessé, légèrement a Le Colonel. £ £• la vérité ; mais assct pour exiger des soins. N'était-il pas tout na- torel qu'il profitât de la proximité où nos divers canlonnrmeiis m •ont trouvés du château de son père, pour aller s'y réiablir ? ALEXIS, Toilà du moins le prétexte; mais le château de Grancey n' ton régiment, et ce digne seigneur nous permet de l'accompagner » au camp de Nouville. » (Avec joie.) Nous permet!.. Angélique vient donc avec ma mèie?.. O bonheur!. . Capitaine, elles vont venir, je les verrai!.. ( Tirant Marianne par la wam.) Marianne, tenez, prenez, ma bonne Marianne. [Il lui donne une pièce d'argent.) ( fendant que Marianne, le Capitaine et Alexis sont sur te devant de la scène , Guillot reste occupé à lacharetle, dist> ibua.nl diverses choses. Ppndant tout le récit de Marianne , il y a très-peu de mouvement ; mais au moment où clic finit, il s'élève une dispute entre Guillot et les soldats. MARIANNE. Un écu ! r4 A LEXIS Ali ! je ne pourrai jamais payer le plaisir que vous m a fez prociure, ta m'apporiant celte lettre ï MARIANNE. Oh! dam, vot'maman ci mamz'clle Angélique en avaient tout à' même en m' la donnant. . . T'nez Marianne, que disait madame Alargueriie, portez ça à mon clierfils. . . à mon bon Alexis, qu'ajoutait la petite ; et ail's pleuraient eomme deux folle». LE CAPITAINE. Eh bien! mon ami, j'espère que tevoil.'t rassuré. Marianne. La-dessus ail' s m'ont quitté Ben vite pour retourner au châteaw d'Grancey. ALEXIS. Comment?. .. pour retourner au château. . . MARIANNl. Sans doute! d'pnis l'arrivée d'inonsieur Charles, ail's y sont comme à d'meiirc ; et à e t'iieure qu'il est rétabli, ce sont des fùlcsT Oh dam! des fêles magnifiques. ALEXIS. Eh bien! capitaine. le capitaine, fleee humeur. Eh bien ! ai.exis , a Marianne. Angélique assiste aux fêtes que donne le Colonel ? MARIANNE. Bah! on dirait qu'ail' en est la petite reine. Hier encore, y a eu un r'pas superbe! vous savez qu'Monseigneur n'est pas lier comme tant daut's, et à cause que Marguerite a nourri son fils,qu'il a pour elle une politesse . . . Oh ! c'est beau d'sa part ! v'Ia pourquoi il a dit avec »on ton d'Maréclial, j'veux voir aujourd'hui à ma lubie celle qui a nourri mon fils ; qui l'y a tenu lieu de mère ; qui a mis dans son cœur la s'inencedes vertus... enfin deschoses ben honorables... là-dessus, M. Charles est allé ben vite cherchir vol' maman et Mlle. Angélique ! Oh! que e'éiait beau. . . moi, j Vais tout c'qui s'est passé, pnrc'que j'étions aussi invitée... LE CATITAINE. Vous! MAKIANNfi. Pour servir les autres à table. le capitaine, se contenant a peine. A la bonne heure ! car je commençais à croire que le Maréchal.. (Alexis parait absorbé.) MARIANNE. Figurez-vou« un dîner à trois services, sans compter soupe et l'café. . . ousqu'y avait des S igneurs. . . J'en ont jamais tant vu ! (L'impatience du Capitaine augmente. Alexis reste immobile.) Après ça, bal toute la nuit Mile. Angélique a dansé. .. a dansé... par exemple,y faut dire que Mad. Marguerite l'avait habillée comme sm p'tîi bijou : ail'était si gentille, ail'avait des manières si armantes, qu'on 1 aurait ben patot prise pour la fille du Marquis, qu'pour une villageoise,' aussi, y n'y avait de» yeux qu'pour elle, et on était quasi en extase, chaque fois qu'ail' figurait avec M. Charles...Dites- donc, M. Alexis, qu'eu satisfaction pour vous!... Ah! dam, ça promet d'vous m'aer loin tout ça , parce que si.... cuili.ot, se disputant contre le* soldats. Laissez donc... Laissez donc..- je n'voux pus rien donner qu'onrae paye. MAtnssB, courant a la charrette. Eh be.nl Eh heu ! qu'est-ce qu'y a ? LE CAPITAINE. Maudite femme!. .. Avec son bavardage---- m -, r. i a rv -m e , aux sohlats. Ah !ça, voulez-vous beu finir? CUILlOf. Jarrri, n'touchez pas ça. {Les soldat- rient aux éclats. ) ttî CAPITA4NK. Paix, morbleu!, .emmenez cette charrette. Aile? plus loin vendra vos provisions, (à 'lui-même.) Ce 'Major, avec sa prédiction, je croi» qu'il m'a porté inalhL'itr 1. . {Allant à Alexis.) Allons donc , Alexis ! que diable, sois raisonnable!, . •„>« dîner, au bal, qu'est-ce que cela prouve? .sinon que la cousine est jolie, qu'on la voit avec plaisir et qu'on la fait danser : mais, morbleu! si elle l'aime... ALbXIS. Eh! comment résistera-t-cîle à tant de séductions? Gloire, naissance, fortune, éclat, Charles a tout eu partage; et moi .'..Capitaine, je ne suis qu'un soldat. Eh bien que le fils du Maréchal respecte comme moi la distance qui.nous sépare! s'il prétendait avoir partout des droits égaux, il me ferait appercevpir que nous portons des armes semblables. IF. CAP TAINE. Par la mort !. .quoi! sur ton Colonel, tu oserais... LÀ SÈNïJNELr.E. Aux armes.', .le Colonel! A LUX 15- Charles! { On bal la caisse. Les soldats courent et re rangent sous les armes.) X.B CAPITAINE. A ton rang ! ALEXIS. Oui, Capitaine : je ne manquerai jamais à mon devoir ii à L non - tieur. [Il court prendre son fusil et se place à son rang. La musique annonce l'approche du Colonel et de son état-major. Marianne et Guillot se. hâtent d'emmener i« eharette. Aussitôt Charles, le Major et tous les officiels descendent la êoUine. On bat aux ehamps et la troupe port* Us armes.) i6 SCENE VII. CHARLES, ALEXIS, LE MAJOR , LE CAPITAINE, Officier» de tous grades, Soldats, etc. CHARt.ES. Soldats, mes amis et mes rivaux de gloire, c'est avec un sentiment d'orgueil et de joie que je reviens au milieu de vous. Plus d'une foi* encore je l'espère, nous marcherons ensemble à la victoire !.. Major, Messieurs, j'ai fait au Maréchal le plus bel éloge de votre conduite, et vos noms ont e'té mis sous les yeux du Roi.. .on restera sous les armes : le régiment se rangera en bataiJle sur la place d'exercice ; le Maréchal se rend au camp pour nous passer en revue. L E MAJOR. Colonel, j'ose vous assurer que le Maréchal sera satisfait. (7/ se tourne vers les ojjiciers, qui s'approchent pour recevoir des ordres. Charles , désignant le vieux Capitaine. Capitaine? LE CAPITAINE. Colonel! Charles, avec dfnitié. Restez : je suis bien aise de garder près de moi le vieil ami de moi père. Faites sortir des rangs votre jeune soldat. LE CAPITAINE. Mon Alexis ? chari.es. Oui, Alexis. (Z,e Capitaine fait signe à Alexis, qui sort du rang et reste cependant sous les armes. Un officier donne le. commandement, et la troupe défile sous les yeux du Colonel. Le Major et les officiers sortent ensemble ; Alexis, qui n'a pas même bougé, pose alors son fusil et reste a quelques pas. Le Capitaine paraît inquiet.) SCENE VIII. CHARLES, ALEXIS, LE CAPITAINE. CHARLES. Approche, mon cher Alexis... tu n'es plus sous les armes, je puis cesser un moment d'être ton Colonel : j'aitne que tu retrouves en moi Ion ami Charles, toujours Charles de Nouville! ik capitaine, qui s'est retiré vers le fond, fait signe à Alexis qui paraît hésiter. Vas doue! «7 ALEXIS. Charles.. . (S'avançant avec respect.) mon Colonel. .. (Cédant à 1 V attendrissement et saisissant la main que Charles lui tend.) Ah! M. Charles , que je. serais malheureux, s'il me fallait oublier les jour* de notre enfance! CHAHLES. Les oublier, Alexis!..jamais, jamais!, .vas! j'en aurais encore plus de regrets que toi; j'y perdrais bien davantage! alexis, avec défiance. Vous!. . comment, mon colonel? [Il redevient triste et tttentif. Cl -des. au contraire, paraît animé aVun sentiment de je ... Le Capitaine , inquiet, reste au fond, les observa ni, et témoignant tantôt de ïimpatience, tantôt de la craint CfFAIlLES. Mon ami. je veux que cette journéV soit pour tous àvuA _ae époque de bonheur ! Ta mère va se rendre au camp : elle accompagne le Maréchal , et amené avec 'lie Angélique. Rien n'égale le plaisir que mon cœur se promet de voir au milieu des armes et de l'appareil militaire, cette aima! i' - etcharu'ante fille. Ta mère aussi, mon cher Alexis, oui, ta mère, ou piuttU la nôtre, y trouvera la plus douce récompense des soins que je lui dois. ,»< me reproche de n'avoir pas fait pour toi, ton' ee q m pouvais attendre de l'amitié qui nous unit dès le bercea i. Mais j'< a ens mieux le prix depuis que j'ai revu Nouville, et je suis im| •• t de rapprocher la distatuv qui nous sépare. (Alexis fait un mouvement de surprise.) Alexis, je dois aujourd'hui remplacer quelques ofiieiers de mon régiment, victimes des cl ores de la guet re .• le Maréchal m'a promit de les choisir. Tout-a-l'heure, à !.. revue, et en présence de ta mère, tu sortiras des rangs, et prendras place par ou les officiers. Mou père, j'en suis certain, continuera mon choix. (Alexis s\Hoigne quelques pu: ; le Capitaine enchanté s'approche.} LE CUPITAI E. Mon Alexis officier !.. je ne me sens pas de joie! Ai.Exts, a part. Quelle humiliation ! CHAULES, présantant un papier au Capitaine. Capitaine, vous ferez remplir ce fan vet de sous-lieutenant. ALKXIS. Arrêter, Colonel!., je refuse tout avancement. LE Capitale. Qu'est-ce qne tu dis ? CHARLES. Alexis !. . Al-EXIS. C'était sur le champ de bataille, à l'instant où je bravai l a mort pour reprendre à l'ennemi l'étendard qu'il nous arrachait . c'était lorsque percé de coups, mes compagnons me rapportaient dans Le Colonel. C rS leurs bras, qu'il m'aurait été glorieux de recevoir de mon elief 1* récompense de mon courage ! Alors, mon cœur reconnaissant n'aurait cru devoir cette faveur éclatante qu'à la justice, à l'estime, à l'amitié de mon colonel ! Mais un brevet d'officier apporié par M. Charles, à son retour de Nouville; accordé sans doute au milieu des fêtes où l'on a vu briller les charmes de ma cousine. .. Alexis , oui, Colonel, le soldat Alexis ne doit pas l'accepter : en séparant d'une épauleitc, il ne veut pas rougir! Lx capitaine, avec humeur. Ce n'est pas là ce qu'il fallait répondre. chakles, avecjierlè. Monsieur, que signifie?.. le capitaine, effrayé. Mon Colonel. . .. alhxis , reprenant son fusil. Ma mère arrive; il suffit, M. le Marquis : le bonheur de U voir est maintenant mon seul vœu. Quanta votre brevet d'officier, je ne tarderai pas à vous offrir l'occasion de me l'accorder plu* dignement, eu présence de l'ennemi. . . je retourne à mon rang. ( // son. ) SCÈNE IX. CHARLES, LE CAPITAINE. CH.'.RLËS. Capitaine, comprenez-vous la conduite d'Alexis? r.E capitaine. Oui, Colonel : il est rempli d'hoivneur. Je me serais bien gardé de le dire devant lui ; niais vous l'avez blessé... blessé jusqu'au fond de l'âme. CHARLES. Moi !.. oui, j'ai tort, j'ai trop tardé à l'avancer : l'habitude d'être avec moi dans une sorte d'égalité -.. le capitaine Non, Colonel, ce n'est point cela. CHAULES. Qu'est-ce donc ?.. que lui ai-je fait ? le capitaine, tres-embarrassé. Vous... parbleu. . .ce. . . Oh ! je ne sais commeut lui dire cela. CHARLES. Expliquez-vous , Capitaine. le capitaine , oto.nl son chapeau. Eh bien! oui mon colonel; je vais vous dire, avec respect, ce que je suis certain que voire noble père vous dirait en ce moment : il n'est pas bien, il n'est pas raisonnable de voir un colonel, un marqui* De Grancey, rival de son soldat. r 9 Cil VHLUS. Rival!.. . que dites-vous, monsieur? le fils de Margueriteaimerait Angélique ? LE CAPITAINE. Oui, Colonel, il l'aime, et vous ne pouvez tous (Umix rester sur le même rang. ( Charles reste immobile, et silencieux. ) Eeouiez-moi, M Charles : oubliée la distance de votre grade au mien, ei soutirez qu'un vieillard parle franchement à un jeune homme. Votre cœur n'est pas l'ait pour concevoir l'indigne pensée de séduire une jeune fille qui n'a d'autre bien que l'honneur, et que ia bonne et respectable Marguerite destine à son fils. ch a nr.i s. La séduire!... ah ! quelle horrible pensée! le capitaine. Bien, Colonel !. . mais l'épouser, vous le pouvez encore moins ; que prétendez-vous Aoncî(CharlesJait un mouvement de surprise. ) Non sans tloutir ! le fille il un Maréchal de France n'ira pas choisir son épouse clans un ferme de village. .. Monsieur le Marquis , votre père, n'y consentira jamais : car la fille d'un paysan n'est pas faite... chaules. Arrêtez , Capitaine!. . . j'excuse voire erreur, vous ne connaisseï pas Angélique. LE CAPITAINE. Mon erreur?... Parb'eu! fut-elle plus belle que les astre», elle n'en serait pas moins... eu \ rles , avec autorité. Monsieur !. . . Le capitaine: Pardon , Colonel ; je croyais parier devant voire père -, et jamais i I ne s'offense , parce qu'il juge mon cœur et non pire mes paroles. durais, avec ilunceur. Moi aussi. Capitaine, je juge avec mon cœur. Angélique, if est vrai , a vu le jour dans un village ; maison chercherait vainement dans nos bl illanies cités , plus de charmes et plus de grâces. Elle n'a point habité le» hôtel de Paris : son cœur en est plus pur, son esprit plus sage; et les ornemens dont il brille n'en ont pas moins d'éclat. 'Bile est sortie d'un sang exemnt de tout reproche... Cetitreeh vaut bien d'autres, et son père s'est ennobli sur le champ de bataille, en y perdant la vie. Croyez-moi, Capitaine , une épouse belle , innocente, sage et d'un esprit aimable, les dons delà nature, les trésor» de l'âme , valent bien ceux du hasard, voilà eelleque j'aime; en est-il de plus nobles? le capitaine, embarrassé et impatienté. A la bonne heure.. . je... mais mon Alexis... CHAULtS. Alexis!. . . j'avoue que cette idée m'afflige : j'ignorais son amour., nuis si ;e suis aimé , je ne puis être injuste ni coupable envers lui. 20 LS CAPITAINE. Diable!... alors, cela serait fort diffère nt.Allons , allons!... je Yois qu'il ne me reste rien de mieux à faire que d'aller consoler ce pauvre diable d'Alexis. . Cependant , Colonel, celte jeune personne.! De quoi diable me mélai-je ? après tout, c'en vôtre affaire ; et puisqu'elle vous aime, mon soldai . perdu sa caiixe : il faul qu'il batte en retraite. Mais je n'entends pa qu'il fasse des sottise . et je veux qu'il soit lieutenant. Après la rt vue , je l'emmène ilr.ns ma tente, et remrebleu ! je lui I ;rai bien entendre raisou ! adieu , Colonel. ( // sort vivement. Charles est resté pensif'. ) SCENE X. CHVii LES, seul. Il va consoler Alexis... Il va i i i •<» qu» je suis aimé d'Angélique.. Imprudent ! qu'ai-je >sé d .s-je divulguer un amour qu'elle-même ignore 7 pouvais-Je I du secret de son cœur, d'un secret qu'elle ne m'a p i :i con. j'ai surpris à sa ca'ndeur? Et si je m'abusais?.. . grand t.'.eu] si -éliqu.. n'éprouvait en ma faveur qu'une :cndre amitié !. .. OH! . uon ! il n'est pas possible que je «v soi* trompé h ce. point 5 je ne puis croire que son cœur connaisse ua sentiiw plus.....Ire q*.e celui dont les regards et les larmes m'or.: f..it m>' Pois l'aveu... Cruelle inc riitudé 1.. . Et que va-t-ellc pense;' en apprenant que Charie* s'est vanté d'avoir lu tiatis son âme! ah ! je n'attendrai pas qu'on lui fasse un tel outrage ! c'est à moi d'écfairei sou cœur ; et c'est ici que mon sort doit être décidé ... Ici ? comment pourrai-je lui parler , au milieu du tumulte des armes I tam de regards seront fixés sur nous 1 ... Si j'écrivais... Oui, ce moyen écarte mille obstacles ; j'aurai plus d'assurance, Angélique moins de trouble. Quant à sa réponse.., l' Ile n'osera j'amais en faire... Mais il est si facile r'e s'enu hilre ; il faut si peu de chose !. .. Pour toute réponse , en la quittant ,'qu'elle me donne «on bouquet... Oui y ce sera son avœu. Courons écrire... ( Va-) tint a tente du Major ) Ah ! je serai seul dans celle lente •' • ■ ■ (Jly entre et se place a LaUMe ; Alexis parait aujbnd, avançant avec précaution ) J'aurai le tems encore, avant l'arrivée de mon pète. 'Il se met à écrira. ) SCENE XI. CHARLES, dan; la tente , ALEXIS , et peu après MARIANNE. alkxis, regardant partout, et amenant Marianne. Marianne !.. Marianne !... Venez. mauianne, avançant avec crainte. Ah ! mon dieu!... qu'est-ce que c'est donc, M. Alexis?... Pour ffiioï me faiies-vous prendre toutes ces précautions ? y a-t-y q'icu- qu' t!ai)ger ? Alexis. Non , non, ma bonne Marianne. Je voulais seulement qu'on ne pût nous entendre. Marianne, regardant. Ah !... eh bien, de quoi qui s'agit ? ALEXIS. Ma mère va Tenir avec ma jeune cousine. MARIANNE. Oui ! ALEXIS. Je serai sans doute oblige' de rester sous les armes , puisqne le maréchal doit passer la revue : je ne pourrai quitter mon rang, et peut-être n'embrasserai-je point ma mère. MARIANNE. E t-y possible? . . . Ah! comme ça fra d'la peine à mam'/olle Angélique. alexis , vivement. Vous croyez? ... S'il était vrai !... {avec un peu de erninte. ) Eh bien , Marianne, c'est pour elle que je vous supplie de vous charger. .. MARIANNE. De quoi ? alexis , tirant une. lettre. Si vous avez un peu d'amitié pour le pauvre Alexis , prjomettflK- inoi de lui donner cette lettre. Marianne , la prenant. A qui?... à vote maman ? ALEXIS. Non... à ma cousine. marianne, étonnée. A inaua'zelle Angélique. ALEXIS. Ne craignez pas que personne vous blâme: Angélique mi promise, elle sait que je l'aime, et ma mère me le permet. MARIANNE. J' savons ça : mais de qui donc que vous vous cachez ? ALEXIS. Oh! ce n'est pas de ma mère !... c'est de M. Charles. Que nu cousine reçoive ce billet avant de quitter le camp. Voilà tout ce que je désire. MARIANNE. Pauvre petite !... comme ça la rendra aise ! alkxis , se détournant un peu. Hélas î... ch '. î: lis , qui a fini sa lettre, tort de la lente , la tenant à la rna'.n s il ne voit pus Alexis cl Marianne qui sont un peu haut. Allons !... c'en est fait... le sort en est jetu. 22 al r.xi s , bas. Charles !... Cachei nia lettre ! mariannk , la mettant dans sa poche. Soyez tranquille. C! ARLES-. Ah que cette lettre est loin dé peindre ce que mon cœur éprouva. Mais , si je suis aimé , Angélique me comprendra. Alexis , à part. Angélique ! . . . Il lui écrit !... ( llj'aii signe à Marianne de se taire. ) «IAT, LES. Elle ne peut se méprendre sur la réponse que je lui demande. ( Lisant. ) « Si l'amour le plus pur a touché votre cœur; si l'aveu que j'ose » en faire doit m'ohtenir le vôtre : à nia chère Angélique, je ne » demande pour toute réponse que le don du bouquet qui pare * votre sein. Il m'apprendra que vous m'aimj z, » ai KXiS , à part. O ciel ! . . . qu'enlends-je ? chaules , ployant la lettre et faisant le mouvement de presser le cachet. J'espère , maintenant, cherchons quelque main sûre pour lui donner cette lettre. ( Il se tourne à moitié et voit Marianne oui s'avançait pour entendre, j MARIANNE , devenant tremblante. Vot'.. . vot' servante . M. l'col . . . l'ccl . .. lonel. CHAULES. Marianne, le hazard me favorise; je n'aurais pu mieux m'adres- ter. Approchez , ma chère Marianne. ( Elle approche en tremblant. ) Alexis , à part. Que va-t-il faire ? chables, tirant de sa poche deux pièces d'or. Prenez ces deux louis. MiiiuKUE, les mettant dans sa poche. Bien obligé , M. le marquis. CHARLES. Et remettez cette lettre vous-même, ici, et sans témoins , à mademoiselle Angélique , aussitôt qu'il vous sera possible de vous approcher d'elle. Marianne , tenant la lelire, et tremblant. C'te lettre!... Ah ! mon dieu ! CHAM.ES. Gardez-vous d'y manquer: Charles vous en prie!.... M. d« Grancey tous l'ordonne. Allez , Marianne; prenez bien le moment, Je reconnaîtrai votre zèle. ( Marianne sort troublée, se retourne pour sortir. ) allais , se plaçant entre elle et Charles. Arrêtez , Marianne ; vous ne sortirez uas. Alexis !. Cruel! 23 •hahli s , surpris , avec colèr*. ALEXIS. charles , avec autorité. Quoi ! vous ose* !... ALEXIS. Braver la mort, je le sais : je suis soldat, sous les armes, et j'offense mon colonel; mais Charles croit-il impunément m'arracher celle i]ue j'aime ? attrait-il oublié que je porte aussi des armes? ( // touche la garde de son sabre. ) MARIANNE , épouvantée. Ali mon dieu ! CHARLES, avec effroi. Malheureux! n'achève pas. {il regarde autour de lui.) Dieu! si l'on avait entendu . . . ( Les tambours battent ; une troupe de .soldats traversent en courant la colline. Le Capitaine entre vivement. ) SCENE XII. Les Mêmes, LE CAPITAINE. LE CAPITAINE. Par la mort ! où donc est-il? où donc est-il? CHARLES, avec chaleur. Capitaine , venez. venez ; c'est le ciel <|iii vous envoie pour sauver tel imprudent. Ordonnez-lui de se rendre à son poste. LE CAPITAINE. Parbleu! je le crois bien; le Maréchal arrive... A ton rang, mille tonnerres. ALEXIS. Quoi! vous voulez.. . LE CAPIi AINE. Obéis. alexis, se contenant. J'obéis, Capitaine. Le soldat va faire son devoir, mais ensuite Alexis n'oubliera pas le sien. ( il sort.) le CAPITAINE. Que diable dit-il? Charles , retenant un mouvement de colère et d'un ton calme. Je n'ai pas entendu. le capitaine , à part. Je crois que c'est tant mieux. =4 SCENE xnr. CHAULES, LE CAPITAINE, LE MAJOR et Officiel», entrant vivement, MARIANNE. LE MAJOR. Colonel, le Maréchal vient d'arriver aux avant-postes du camp. CHARLES. Messieurs , allons le recevoir. ( Il prend h pari le Capitaine.} Capitaine , la famille d'Alexis va sans doute arriver, vous ne le retiendrez sous le» armes que pendant la revue: ensuite vou-. l'exempterez de tout service.. . Il ne faut pas priver un fils du bonheur d'embrasser sa mère. le capitaine, attendri. Je vous remercie, Colonel, (à part.] Quel dommage !... Allons veiller sur mon jeune homme. Charles, s'avancant vers Marianne. Marianne acquittez-vous de la commission dont je vous ai charge'e. {aux oificiers.) Allons , Messieurs. {Charles, le Major, le Capitaine et les o'Jiciers sortent ; Marianne reste seule. Un motif militaire a indiqué la sortie de Charles et de ses officiers Apres leur sortie , el quand ce. motif cesse, on entend fort loin une musique guerrière, qui continue pendant toute la scène xtv et ne cesse qu'au moment où un autre motif de musique annonce tentrée des Villageois, de Marguerite et d'Angélique. ) SCENE XIV. MARIANNE, seule , et peu après GUILLOT. MARIANNE. Seigneur mon Dieu! j'nons pus, j'en suis ben sûre, une once d'sang dans tout mon corps !. .. Qu'est-ce que tout ça va devenir ? Une lettre de M. Alexis. .. une aut' lettre de M. Charles.. . et deux louis qu' j'ai mis dans ma poche.. . Deux louis!.. . les v'Ià . . . Quoi qu'y faut faire?. . . Faut-Y garder les deux louis?. . . Dam ! j'erois qu'oui. - • Faut-y donner les deux lettres !. . . C'est fièrement délicat ... Oh! non, j'suis une honnête fille, et j'donncrai les deux lettre» à Mad.Marguerite : après ça ,;»i ail' veut... glillot, accourant . Ma sœur Marianne!..- Ma sœur Marianne ! MARIANNE. Qu'est-ce que tu veux?.... d'ous'q«e tu viens?... ous' que tu vas? GUILLOT. Pardi! j'viens d'ià , j'vaslà, et je veux voir... Entendez-vou» c't« musique? 35 hauuane. Eli ben? GUII LOT. Eh ben, c'est superbe! ça fait mal aux yeux, tant ça brille! Tout ('régiment est là-bas, rangé en doux armées; et PMaréehaJ achevai, galoppe au înilicii d'tout ça, sans qu'ça leux y fasse peur] MAIIIANAE. M. l'Marc'chal est déjà arrivé? GUILLOT. CePtainemeiH, avec près d'ià moitié du Village, qui a suivi Mad. MARIANNE. Ali ! mon dieu, et mes deux lettres ' GUILLOT. T'nez! t'nez, v'ià tous nos paya qui descendent la colline, pour aller voir dans la plaine... (Entraînant Marianne.) V'nez avec, ma sœur, v'nez avec ! (La villageois cl villageoises descendent la colline, entourent Marianne et Guillot, et leur demandent le chemin. Tandis que tous les deux le leur indiquent, /Marguerite et Angélique descendent aussi et avancent sur la seine. Angélique est extrêmement agitée : elle vomirait suivre les villageois: mais Marguerite la retient d'un air affectueux. De son côté, Marianne semble vouloir congédier les villageois et rester avec Marguerite y niais ceux-ci et Guillot Ventraînent malgré elle.) SCENE XV. MARGUERITE, ANGÉLIQUE: MARUUEHITE. Ma chère Angélique, laissons-les s'éloigner, cl arrêtons-nous un moment ici : tout ce bruit, ce tumulte me fatigue; et toi , ma chère enfant? Angélique, avec beaucoup d'émotion. Ma tante. . . ou plutôt, ma mère ,• oui, ma tendre mère. .. mon eœur est ému. . .oh! c'est une bien belle chose qu'une armée! mais je ne sais pas si c'est de la fray< ur, ou du plaisir que ('épreuve. Avez- vons remarqué, maman, avec quelle aimable complaisance M. Charles, un Colonel ! a fait lui-même soi tir Alexis des r.;:igs, au moment où nous avons passé devant la compagnie, afin qu'il put venir nous embrasser! Pauvre Alexis! nous ne l'aurions pas encore vu sans cela!.. Ah! je me suis sentie si touchée, si attendrie de la bonté de M. Charles, que quand il m'a présenté la main, je n'ai pu m'cnpèchcr de la presser dans la mienne ! MAt'.CUKIUTE. En vérité , ma chère Angélique, les discours, tes aetioi.s. depuis quelques instans, m'étonuenl singu'ièrenwnt! Tu me parles de mou Le Colonel. ^ 2<5 fils avec tant de plaisir, avec t&ni d'abandon, que ni m'attendris moi- même.; et tout à 1 heure , quand il cs-l accouru nous embrasser, à peine as-iu levé les veux sur lui! Un accueil aussi froid a hiisé le cœur de mon pauvre Alexis ; et quand il est allé reprendre son rang, j'ai bien vu que ses yeux étaient remplis de larmes. [Angélique très émue, essuyé ses yeux : continuant avec une grande douceur) Ce que je le dis , mon enfant, n est pat pour l'affliger; l'amour qu'il en a pour toi t'engage pas à l'aimer. AIVt.Él.iyUK. O ma mère, que dit s-vous! . . mon dieu! pourrait-on croire qu« je n'aime plus Alexis? Tenez, maman, il rn!est impossil le de vous expliquer ce qui se passe en rnoi. Hier, en apprenant que nous verrions Alexis; ce malin en ni'éveiilanl ; puis en cueillant, pour me parer, ces fleurs qu'il préfère; enfin, tout-a-l'heure en approchant de lui, je sentais mon cœur tressaillir de joie !. . Kli bien , dès qu'il a paru, aussitôt qilèjè I ai vu près de moi, je suis devenue si tremblante, que je n'ai pas osé l'embrasser ! • .Et cependant, je vous l'avoue, maman, je l'aurais bien voulu !.. quand il parlait , mon cœur battait si tort que je ne l'entendais presque pas; et ce qui m étonne bit n davantage , c'est qu'aussitôt qu'il me regardait , je ne pouvais plus ie\ er les yeux !. .Oh! je sens bien que, d'après tout cela , il doit croire que je ne l'aime plus ! m w.r.i frite souriant, puis reprenant avec réflexion. Il me semble pourtant, que lu n'es pas aussi embarrassée quand tu parles à M. Charles ? AJvGFUQi E, avec liberté. A M. Charles? oh ! pas du tout, maman : je le suis si peu , que si, par hasard, il oublie de ra'embrasser, je lui présente ma joue en lui disant bon jour. maugi'eiute, avec consentement* Allons, allons, lu viens de soulager mon cœur d'une grande inquiétude, et me voilà bien rassurée pour mon pauvre Alex's. {Elle embrasse Angélique avec une grande, affection. Les Villageois , Villageoises , Guillot et Marianne reviennent. ) SCENE XVI. MARGUERITE, ANGELIQUE, MARIANNE, GUILLOT , Villageois , Villageoises. Marianne, ?iionlratit le côté opposé. Quand j' vous dis qu'y faut aller par ici. L' régiment défila derrière la montagne , et y va s' ranger là-bas : c'en un soldat qui m' l'a dit. Allez ben vite, allez tous. [Les Villageois et Guillot se montrent les uns aux autres le chemin que Marianne a indiqué. Angélique court au milieu d'eux, et regarde avec impatience.) (à part.) Me v'ià débarrassée d ( ux ; à picsenl v faut parler à la maman. { bas à Marguerite.) Madame Marguerite, tâ- a 7 tthfijt d Jloigner un brin vfti' Demoiselle, y faut absolumeni qu« je vous dise mois parole* m particulier. MARGUERITE. A moi ? MARIANNE. Oui, loule seule... ça presse. Angélique, avec vivacité'. Oh! maman, permetiez que je les suive; nous verrons peut- être Al: sis. ■A gukiite, aux Villageois. Mes amis, ne vous éloignez pus :-n'allez point au-delà de ces arbres: ne quittez pas non tille. [Le» jeunes Villageoises entourait Angélique pour l'emmener. ) GUILLOT. Soyez tranquille, madame Marguerite, c'est moi qui m'charge , d'tcms en tenis... Là, sans f.iirr semblant de lien. j\ mendions vol' tante qui disait : vous êtes un honime sape, M. l'notaiie, j'suivrai vos conseils d'point en point ; et j'vas, d'rès ce soir, annoncer l'ma- l iage d'mon fds avec sa jeune cousine. A NOKLIQCE. Mon mariage... avec Alexis... [Posant mr son cœur su lettre qu'elle tien', encore. } Qh l je ne lui eu veux plus. M un u*.\e. Alors, ail' m'a rappelée, n all'm'adil comme ça : Marianne, courez ben vite, vous et vot' frère Guillo», Inviter d'ma part vous nos amis et nos connaissances, à v'nir ce soir faire la veillée eheux non» : ci dilcs-leux y que j'Ics prions d'une petrM fête il l'occasion d'i'nn ivee d'mon fils Alexis, et d'sni prochain mariage, avec mam'zelle Angélique, qui aura lieu c'ie semaine au plus tard. ANGÉLIQUE. Celte semaine . . . un congé. ... un mot du mai'ésha! , que j'ai bien reiciiu. . . . 0!) ! comme loin cela se rapporte ! MA11I VNNE. Vous pense/, ben, mam'zelle, que j'n'ons pas attendu qu'on noïis l'dise deux fois : j'ons couru tout l'pays, j'ons r'leau des violons, j'ons ben fait promettre au pèrài Robichon den' pas manquer; enfin , tout l'viilage va v'nir, et c'est ici qu'on dansera, parce que c'est la pus grande pièce de la maison. a r.c.KLiQ'.JF., h part, tristement. Alexis n'y s^ra pas ! MUUVNNE. Voyons, voyous si v.ms êtes ben comme çi? (Elle tourne autour * Angélique , arrangeant sa collerette et soi corset. ) Oui , ça peut aller. . . . vous èscs gentille toul plein ! Eh! ben , qu'est-ce que vous avez donc fait d'vot' bouquet ? ANr.JiMQCE. Je ne sais. . .., je l'aurai perdu ! M A III INNE. Oh ! y vous en faut un, mam'zelle; 1'bouquet d'la mariée..... j vas vous cueillir ça. anoémqu , ta retenant Attendez.... Non, Marianne; il ne faut faire que ce que 'aine dira. ai llVJSMB" C'est vrai, Marn'zelle____T'ncz , la v'ià. ma 36 SCENE m. MARGUERITE, ANGÉLIQUE, MAÎUAMS'E. MARGUERITE. Eli bien, Marianne? MARIAMVJK. J'ons fait vot' commission, madame : les violons sont r'ieniis , tous vos amis viendront, personne n'a dit non ; ci partout où j'ai été , j'ons éié r'çne !... . ( Riant aux éclats. ) A h ! ah ! a h !____ comme j'oiu. élé l'eue ! faut qu' vous soyez hen aimée d'tout V village , main'zelie Angélique , car pas une d'nos jeunes lilles n'esl ja- louae d'vot' bonheur. a>gÉliqu f , à part. Ah ! que je serais contente, si Alexis. ... ( Elle se détourne vite pour essuyer quelques larmes. ) MAnj'.NNK. Eh ben! eh ben , mam'zrlle !... . Ou dirait qu' vous pleures ! ancÉoIQUi:, se cachant. Non. . . non. . . du tout. marguerite , qui a paru \.réoccupée. Marianne !...... M ARIAiNNE. Madame!.... {Elle s'àpproch» de Marguerite en regardant Angélique. ) M MÎGUERITE. Allez chez notre voisin Simon , et dites-lui que je le prie de me renvoyer ma cariole, ce soir même, M AHI anmî. Ce soir !... Est-ce que madame va 'i la vil!c ? M \ROOKR1TE. Non, niais j'irai demain de très-bonne heure au château de Gran- cey. ( Au nom de Qrancej , Angélique écoute attentivement.) mariante, étonnée. Ah ! ANGÉLIQUE, à part. Au cliàteau !... pour le congé d'Alexis. margvkbitb, à Marianne. Vous m'accompagnerez. M I RI AMIE. Moi, madame ! ... et mani'ze le ? MA GUEnlTR. Non.... Angélique ne viendra pas cette foi». aivgégique, à part. C'est cela.... je ne le demanderai pas. Marianne , à part. Y s'agit d'la lettre d'monsieur Charles ! ^^BES«SKH»3R90B^HHSRSMnBBHBHIHMH^HMw S*S3Swf 3 7 MARGUERITE. Allrx , Marianne: vous vous tiendrez prête. M * MANNE. Ça suffit , madame Marguerite. ( Elle regarde Angélique. , un peu inquiète du trouble qu'elle a remarqué en elle ; et prêle a sortir , elle s'arrête , désirant, m ais n'osant approcher d'elle. ) M kBGUBniTB , pendant ce jeu muet. Oui , je verrai M. Charli s ; je lui parlerai avec respect , ci je lui rendrai sa lettre , qu'il verra bien qu'on n'a pas lue. Quant à mon fils, je préviendrai ioute imprudence de sa pari , si je puis obtenir, pour «on congé, la signature du maréchal : il me l'a promise., ainsi..... ( Apercevant Marianne qui veut approcher.) Eh bien, Marianne, vous êtes encore là ? MARIANNE. J' va» madame. ( Elle tort. ) SCENE IV. MARGUERITE, ANGÉLIQUE. Angélique, A part , remettant la lettre dans son corset. Ma tante va me parler.... le cœur me bat. marguerite, venant A elle, et lui prenant doucement la main. Ma bonne amie ... Angélique , vite, avec émotion. Ma tante.... Marguerite , la regardant. Pourquoi ne me dis-tu pas ma mère ? ANGELIQUE, viv.ment. Ob ! je le pensais ! MARGUERITE. Tu es fâchée contre mou fils. ANGÉLIQUE. Moi ! MARGUERITE. Il le mérite. . . ou du moins, sa conduite pavait le me'ritcr. ANGELIQUE. (Ml ! non . non , maman , je n'accuse pas Ab'xis. C'est moi, je le sais bien, moi seule (fui ai ton : vous-même, vous nr aviez reproché faon étourderie, ma timidité : Alexis se sera ironijé comme Vnfls Mais ;i l'avenir , je serai plus atlwntive ; je lâcherai d'oser lut dire que je l'aime : ob ! soyez sûre qu'il sera content de mon cœur, quand il le coiinailra. MARGUERITE, un peu émue. Oui .'. . . crois aussi que ce léger nuage sera la seul qui troublera votre innocent amour ; ;e l'en répond* pour mon Alexis. Angélique , lui baisnni la m tin. Je 1» crois, maman. ( Marianne revient en courant ) 35 SCENE V. MARGUERITE, ANGÉLIQUE', MAIÎIANNE , ANMiTTE r DOV.EST1QUES. m w hivne. La cai iole de madame nrrivii a ce soir â dix hteei es ; et v ia Ih hrs toute la société, ail' vient par le chemin des Ormes : faut \ Lie ranger. N.i::C/i:£r.iTS. Appelez le»domestiques. M a r, n kk F. j a; pela ni. Jacques, Pierre, Louise, Armel te : TOUS QL'ATlili, aCCOUrJIll. Nous v'ià ! nous v'Ià .' ANN IiTTE. Quoi qu'y faut, madame Ma; hittite ? h \ é;i*>M; Des lianes, dis elurîees, mes en fît ne, de quoi asseoir tout Te monde ; j' vns vous aider. ( Lts quatre âàmeitique's rentrent pour aJL r chercher /les chaùes. Comme Marianne v t les suivre, Quittai accourt tout ejjaré r tt l'arrête par lu main J SCENE V]. Les Mêmes, GUILLOT. ( Pendant le court dialogue entre Marianne cl Caillot, on apporte des chaises. Marguerite et Angélique Ion', placer. ) (.l'ILI.OT, bas Ma sœur, ma sœur ! MAr.iANivE, eJJ'rayée. Qu'est-ce que c'est? I.Mi.LOT. Vite, à la maison. haï lA.wr. À la maison! pourquoi ? quoi qu'il e»l arrivé? 0U1IXOT. Un malheur ! MÀaMnttE, tremblante. Ah mon dieu ! queu malheur? GUILI.OT. Je n'peux pas vous 1'dire ici. C'est un terrible secret ! Faite» semblant de rien, v'nez ben vite; moi j' vas chercher ('chirurgien. *9 MA ni ANNE. I* chirurgien ! guili ot , la tirant par la main. Y'ncz , v ? nc/,, ma soeur. MARGCF.nlTE. Eh bien! Marianne, où donc ailei-vous? MAruANAlî. Madame, c'est que .. AM,Él.'ni!E. Commeiii ! vous nous quirtefc'. . . Ki | a fête? oiiit.Lor , bas,. N' diics rien. M V'< ! A !\ H. .l'alfons, r'venii , madame Marguerite. . . lout d'suite, mamzeile; mon frère est v'ihi m' dire quenqn' chose. . Vlà pourquoi que.. . Vol' servante, madame, j" vas r'veuir tout- à-i'iieuiv. ( Elle sort avec Guiiiot qui fait dus reW,cn.ws en l'entraînant. ) ANGÉLIQUE. Maman, avez-vous rcmar.j'ié comme elle paraissait troublée ! MAa'trur.ii'E. En effet. Si elle ne revient pas pendant la veillée, nous enverrons, nia l'dle. {Bruit éloigné.) Voilà nos amis Allons, ma chère Angélique, reçois tes jeunes compagnes ; sois aimable rt prévenante avec toutes ; elles savent que ton prochain mariage e^ l'objet de cette petite réunion. SCENE VII. ( Les Villageois et villageoises, parent et amis de Marguerite, ainsi que les voisins et voisine* arrivent pour la veillée. , avec leurs enfans. Les unes apportent leur ro te(. d'autres seulement une quenouille ; une vieille femme.. son bas qu'elle tricot te ; une jeune fille , du fil. quelle 'dévide /ivre un uévidoir, Tout le monde se range et.s'asseoit formant grand, cercle , autour du vestibule, mais toujours se groupant plusieurs ensemble, et après s'être fait de petites amitiés , siiiiout il Angélique , qui reçoit, les compli- mens cFun air timide. Marguerite et Ahge'ltqae font placer, et se placent elles-mêmes, prenant un petit ouvrage à coudre. Pendant ce teins les domestiques ont (midi une tablé avec des verres , des bouteilles et des cartes. Plusieurs papas s'y placent et commencent la partie. De jeunes g.ms .■;<• :..-o::pnil au fond, assis par terre., tressant dujow effritant au jifcl. Les jeunes filles de sept , /mil, dix, douze ans, te mtsgmiUnt dans un autre coin , et jouent à la main chaude et un pied de. bœuf. D'autres jouent à < olin maillardV; celui ott dévidoir, et metsen fil sur les Iras de. son amant, etc. Alors les musiciens du village arrivent, et tout le monde s'agite en criant:) Voilà le père, Robichon ! voilà le père Robichon ! ItOBICHOrï. Oui, mes enfans, c'est ti.oi qn'me v'I! a'.oc ma musique.. . Vot serviteur, madame Marguerite; bon jour, mamzel'e Angélique.. Ali cà! qu'est-ce qui' vous faites ici pour vous ben divertir? ainm.tte. Nous vous attendons, p;ipa Robichon, pour nous faire danser, là , de tout not' cœur. roBicno*. Oui dà! . . eh ben ! mes enfans, connu'' dit I' proverbe: faut rire aujourd'hui, d" peur d'pleurer d'main Par ainsi, à moi l'tambourin, et avec la permission de madame Marguerite , à la danse. ( Sur un mouvement ires-vif, les jeunes gi m s'empressent de prier les jeunes jilles Plusieurs groupes de danses se forment} un dans la grange , d'autres dans la t oui: Robichon et les musiciens sont montés survn banc. Tout le minde danstr; les pires et ndres regardent danser leurs enfans. Bientôt la, joie >e communique, et sur la 'même mouvement qui fait danser , les vieilles tournent leurs rouets, les hommes travaillent , d'autres boivent. Ce mouvement doit offrir le, tableau de ces fêles flamandes d'aj.rlvi Téniers. ) SCENE VIII. Les Prccédens, un SOLDAT, MARGUËI'.ITK. Que vois-je?. .. mi soldat ! ANGÉLIQUE. C'est l'uniforme d'Alexis. {Le soldat continue a s'approcher d un air respectueux.) MARGUEI.lTi:. Que demandez-vous , monsieur? LE S«Ln\T. Pardon , madame , je suis envoyé en ordonnance , el |'ai affaire dans votre village: mais il fait nuil ,je ne connais pas votre pays. Voila pourquoi en entendant ici des violons, je suis entré pour demander mon chemin. MARGUERITE. Vous avez, bien fait, mon ami ; où allez-vous ? I.E SOLDAT. .le vais porter au Grand-Prévôt cenc dépêche du major : elle est pressée. Le Grand-Prévôt a pris son logement au bout du village, nra-t-ondii,sur la route du Château. (l MARGUERITE. Oui, monsieur, mais il y a loin encore, et vous pourriez voira égarer ; je vais vous faire conduire par un de mes garçons de ferme... Jacques? ( Il approche.) Il faut conduire ce soldat dhez M. le Grand-Prévôt. ANNLTTE. T'entends-ben , cil ez M. le Grand-Prévôt: vas chercher ton ohapeau. ( Jacques rentre. ) m a roue n IT8, a u So Ida t. Lu attendant, vous allez vous rafraîchir. Annette, donnez un verre de vin à ce brave homme. ( J tinette court le chercher. ) LE SOLDAT. J'accepte volontiers, madame, car il fait chaud, et j'ai marché vite. ( A Annette (fui lui présente, un verre. )Jc vous remercie , mademoiselle. () Excellent!.. . Un service en vaut un autre. Ecoutez, ma bonne dame : s'il se présentait chez voiij un soldat du même uniforme que moi, soit pour coucher, soit pour, se rafraîchir, ou se cacher, gardez-vous bien de le recevoir; car ou punit sévèrement ceux qui donnent asyle à un déserteur. MARGUERITE, ANGELIQUE, AN."VETTE. Un déserteur ! ( Tout le, monde témoigne de F étonne ment et de la crainte. La figure de, Marguerite s'altère vsiblement. ) MA .GUERITE. Quelqu'un de votre régiment aurait-il déserté ? LE SOLDAT. Oui ; mais je ne sais pas encore de quelle compagnie ; car on commençait seulement ù faire l'appel quand je suis parti. Morbleu ! ce n'est pas de ma compagnie, j'espère. marguerite, vite. Etes-vous de celle d'Alexis? LE SOLDAT. D'Alexis ? le soldat favori du capitaine } Oui , madame : excellent camarade ! il est je crois de ce village. An reste , vous saurez bientôt qtr ce peut être , car on va publier, au son du tambour, Je nom et le signalement du déserteur. ANNKTTE. Bah! une proclamation à dix heures du soir ? la nuit ! pus d'la moitié du village eu», mon ami; je serais puni , si j'arrivais trop lard. {Le soldat 4orl avec Jacques. Marguerite reste pensive; Angélique suit le soldat ave,c une expression de crainte, puis revient de même vers' sa tante.Comme le soldat sort,on entend de fort loin battre le tambour ; et s'arrêter ensuite comme si l'en faisait une publication. ) tout le monde , au premier son du tambour. Ah!... ( // sefait un silence pendant lequel on entend le tambour. ) Annette , quand le roulement a cessé. V'Ia qu'on publie déjà 1' nom du déserteur; 1' soldat avait raison. Madame, madame, voulez-vous m' permettre d'aller voir? MAnOTJKIU I K. Oui____Allez. .. Je veux aussi.... Je ne puis... Ma fille.. .. Soutiens-moi. Angélique, la soutenant. Ah ! mon dieu ! maman!. .. Annette, une chaise !... Vite don» Annette ! annette , accourant anec une chaise. Vlà , v'ià, mam'zcllc I,.. Qu'est-ce que madame peut donc avoir ? ( On l'assied, et tout le monde Ventoure , on écoule au fond. ) . ANGÉHQUS. Hélas! cette nouvelle. .. 45 ( Le tamlour se fait entendre d'un autre cote plus rapproclié.) MAItGUÏfUTB. Paix !.. {Le roulement conlinue<.et cesse comme la première fois.) AIVNITTE. C'est 1' tambour qu'est à présent d'vant la place de l'église, ons' qu'on fuit aussi 1rs publications. ( Aux villageois qui paraissent curieux. ) Allez toujours «levant ; j'vas vous suivre. ( Un peu plus bas a Angélique , la tirant par sa robe. ) Et vous, mam'iellc , est-ce que vous n' venez pas ? marguerite , saisissant la main d'Angélique. Dieu !... ne vas pas , ma fille !. .. attends. . . attends ici... On nous dira le nom du déserteur. ( La manière dont Marguerite a prononcé le mot déserteur a frappé Angélique. ) AGEL1QUE. Le déserteur!... 6 ciel! ô maman, quel soupçon avez - vou donc .'. . . grand dieu !... lui !. .. ah ! c'est impossible ! annette, étonnée , sans comprendre. Lui !.. . Angélique, se jettant avec effroi sur une main de Marguerite. Ah !... (se relevant avecJorce.) Non ! non , maman ! c\ si impos» »ible ! ( courant prsndre ta main d'Anette. ) Annctte , conduisez- moi ! venez, courons ! MARGUERITE. Angélique !. .. Angélique , revenant à sa tante. Oh ! ma mère , mon cœur vous a deviné , et je mourrais ici ! ( Entraînant Anmlie ) Venez , venez, Annette ! ( Marguerite retombe assise se couvrant les yeux, Angélique sort précipitamment avec Aimette et Louise: tous les villageois suivent ou précèdent. ) SCENE IX. MARGUERITE, et peu après LE CAPITAINE. MARGUERITE. ( A peine, a-l-el/e dit quelques mots que le capitaine paraît au fond: il s'arrête, regarde dans laferme avec inquiétude. ) Grand dieu ! si le malheur qu<* je redoute allait se réaliser !... je ne puis le croire. . . rien ne parait justifier ma terreur. . . Mais les pressentimens qui troublent le cœur d'une mère. .. O mon dieu ! ne les justifiez pa» ! ( Le capitaine entre brusquement.) Dieu! U capitaine de mon frit ! « 44 LE CAPITAINE. C'est moi, moi-même. . . !Ne vous effrayez pas, ma chère liante je ne suis pas un méchant homme: je ne viens point ici pour vous faire de la peine. Au contraire, morbleu ! je suis l'ami, le père de votre Alexis. .. Est-il dans votre ferme ? marguerite , dont le tremblement augmente. Ici !. . il n'est doue jas nu cump ? LE CAPITAINE. Je vous demande s'il est venu chez vous, si vous l'avez vu? marguerite. Non. . .non, monsieur. (7o7«Z Charles ! MARI i punit de mon ! 49 MARGUERITE» Grand Dieu ! vous le saviez , cruel . et vous l'avez provoqué ! CH MILES. Ah! le ciel m'est témoin que j'ai fait tous mes efforts. . . mais votre fils, Marguerite, votre fils a douté de mon courage, il me Ta dit... comme si je n'étais pas aussi français que lui !.. Hélas ! à ce mot cruel, il n'est plus de distance , de grade, de naissance... Il n'est plus d'ami ni de frère : tout disparait. . . l'honneur parle. marguerite, avec force. Et le remords vient après ! cHAtui's, très-ému. Je détournais mon fer...lui-même paraissait frémir en m'attaquant.. A peine je fus touché , que l'épée tomba de sa main... il pleurait , m'appelait s<>n frère... Et moi, dans mou imprévoyance, je rendais grâce au cirl d'avoir été le moins heureux ! Nous vîmes alors accourir des soldats , ils cherchaient Alexis : sa fuite avait été découverte,... Il m'embrassa, et disparut ! Tremblant d'aggraver sa faute en me montrant couvert de sang, je me réfugiai d'abord chez, Marianne , cù j'appris combien je fus coupable !.. et je viens maintenant vous demander un asyle, ue sachant où aller, pour no pas trahir votre lilï. MARGUERITE. Un asyle chez moi ! CHARLES. Demain quel que soit l'étal de ma blessure , je ne la laisserai point paraître. Mon père ignorera que je fus absent du chuicuj; et du moins nous n'aurons à justifier Alexis que de la faute, bien assei grave, d'avoir quitté le camp. Marguerite , voilà mon espoir. MARGUERITE. Le mien est dans la bonté , dans la justice de monsieur votre père. ( On entend du bruit. ) Mais d'où vient ce tumulte ?. . . J'entends courir!. . . ô ciel 1... c'est mon li!s qu'on poursuit ! ON ENTEND CRIErt : arrêtez !... MAl.OUEÏ'.ITE. Arrêtez !. Ah!... Marguerite !. Charles, voulant la retenir. MAKUUF.r.ITE. Laissez-moi ! ( Marinn-ie accourt par le fond , et presquen mou temps , An- géiijue iort de. la maison. ) SuCikS XIV. MARGUERITE , CHARLES , MAl'HNNtë , ANGELIQUE , Ut domestiques de la ferme, et peu après, ALLXIî). marivmse, accourant. Madame !.. madame! la rue est pleine de Soldats! on court!. .. G Le Colonel. 5o Angélique , de même. Maman !. . . maman.'. . . c'est Alexis ! MARGUERITE. Alexis ! ANGÉLIQUE. Je l'ai vu! ( appercevnnt Char/es. ) Ah! M. Charles, sauve/, Alexis ! (Louise, Amiette, Pierre et d'autres tlomestiques accourent.) M MlGl'EMTB. Courons !.. . (Peux coups de Jeu parti n' de la rue. ) tout lk momie , avec un tri d'effroi. Ah !. .. marguerite, pouvant h peiné Marcher et se soutenant sur les meubles. Allons, allons.... ( Alexis , dans le plus grand desordre , entre égaré et en courant.) M A lll AN > K. L« v'ià ! ALfcXlS. Ma mère! marguerite ri Angélique, se précipitant au devant de l i. Mon fils!. . Alexis!. . {Elle tammènent dans leurs bras. Marguerite semble, en l'embrassant, vouloir le. cacher à tous les regards. Les domestiques écoulent s''il n'est pas poursuivi. Charles est tombfsùr une chaise dans un coin du vestibule, et semblé se détourner pour n'i'tre pas wt.) MARGUtlUTE. Mon fils!... mon cher fils !... ces deux coups de feu, était-ce sur toi?...... alixis. Oui, ma mère.' ANGELIQUE. Et... vous u'èics pas Liesse? ALEXIS. Non! je ne crois pas qu'on ait voulu m'atteindre; mais ils m'ont apperçu. MAitGunniTE, dans un trouble extrême. Fermez, fermez toutes les portes ! éteignez les lumières! silence : ne prononcez pas son nom ! (L'entourant de ses bras.) Il est sauvé, puisqu'il est dans mes bras! (Marianne et les domestiques courent, comme s'ils allaient toutfermer y un d'eux éteint U lanterne qui est dans la cour.) ALEXIS. O ma mère ! et vous, chère Angélique ! Ah ! pardonnez-moi ! ANGÉLIQUE. Lui pardonner! cher Alexis! MARGUERITE. Crois-tu que l'on t'aie vu entrer? quelqu'un te suivait-il! où, somment pourrais-je le cacher! 5i Al.h X1S. Me cacher .' non , ma chère ! je vttix retourner au camp. MARGUERITE. Que dis-tu ? ( Charles écoule.) ALEXIS. Mt»i, quitter mon drapeau ! jamais ! je n'ai point déserté. Mais si l'on me ramenait comme un criminel, alors je paraîtrais coupable ; et je veux rentrer libre. MAHuCERITE. Tu cours à ta perte ! COArlbs, s'avançant avec feu. Non, non, Marguerite ! il se sauvera peut-être par cette action hardie ! ALEXIS. Dieu !... M. Charles chez ma mère ! {Marguerite/ait un mouvement d'effroi, et se place devant son fds.) on au les , avec calme. Oui, Alexis; Charles est venu chez la mère, parce qu'il était blessé. ANGELIQUE. Vous... {Marguerite lui fait signe de se faire.) chaules , continuant. Mais ton Colonel n'est ici que pour veiller sur toi; pour attester que tu ne désertes point, et pour sauver l'amant et l'époux d'Angélique. ALEXIS. L'époux d'Angélique! marguerite , avec crainte. Oui, mon ami. Angélique, avec candeur. Oui, Alexis. MAr.iAN\F., rentrant avec les domestiques. Madame! madame! y * des militaires tout autour de la ferme; r Tintons déjà dans les maisons voisines; y vont sans doute venir ici. V faut tout d'suite cacher M. Tot'lils. MARGUERITE. Alexis, je t'en conjure. CHARLES. Gardez-vous en bien Marguerite ! il serait impossible qu'il échappât aux recherches; et s'il était surpris, cherchant à se cacher, on y verrait la preuve évidente qu'il voulait déserter. Mais s'il pouvait sortir sans être aperçu, regagner le premier poste du camp , et s'y présenter seul , sans que rien l'y forçât ; de quelque manière qùc le conseil envisageât son absence, il serait du moins possible d'écarter toute idée de désertion ; et s'il le fallait i enfin, moi-même je justifierais sa conduite sur quclqu'ordre secret. MARGUERITI. Quoi !.. le laisser sortir ! 52 a:;c.euque. L'exposer encore ! CHARLES* Il est perdu, s'il reste chez \otis ! ( prinarit JilexÛ'par la main Alexis, du eouroge ! ALEXIS. Ali ! M. Charles !. . Mon colonel ! vous que j'ai ii cruellement outragé ! CHARLES, bas. Ménage ton amante, elle ne doit rien savoir. ( Haut.} Eeouiez- moi, mes amis: la porte du verger, par laquelle j$ suis entré, n'a pas sans doute attire' l'attention des soldats qui poursuivent Alexis... Tu le souviens qu'un sentier qui passe devant cet le porte conduit, par un détour, jusqu'auprès de la colline. A I.EXtS. Oui ! en effet.. . en AH LES. Allez , conduisez-le, Marguerite ! qu'il parte à l'instant ! qu'il parte ! ALEXIS. Oui, oui, ma mère; je suis sûr d'arriver au camp. MARGUERITE. Mais si lu ne pouvais. . . ( On sonne.) tout le monde, avec crainte. Ah! l\ voix RE ouii.lot, en dehors. Marianne! Marianne !. . ouvrez-moi ! c'est Guillot ! IKAHGULIllTE, MARIANNE, ANGELIQUE. Guillot ! MARIANNE. ,T vas-t y l'y ouvrir ? H VOIX DE GU1IL0T. Vile , vite, dépêchez-vous. m U'.GUtuiTE, h Marianne. Attendes ! CH'.lHES. Au nom du ciel , ne vous troublez point ! Marianne, Anneue, écoutez-moi. ( à Marianne. ) Vous, conduisez Alexis à la porte du verger : point de bruit, pas un mot, lé plus profond silence! (« Annettk. )*Vous, allez ouvrir la porte de la rue, pendant qu'il sortira du eôié du jardin, cl laissez entrer tous ceux qui se présenteront. El nous, Marguerite, restons ici : du calme surtout !. . moi, je me charge de répondre.. . allez ! ALEXIS. Ah ! M. Cbarles ! ma vie entière vous appartient. LA VOIX IJE GUILLOT. Vite donc ! vite donc! CHARLES, MAKGUEHJTB, ANGELIQUE, Partez ! parte» !.. 53 marguerite laisse éloipner (Ffibortl Alexis et Marianne, et dès qu'ils disparaissent, elle lâche la main d'Annelte en lui disant: Va , maintenant. Annetle sort en courant. Alors, tout le monde, écoute en silenre : les uns du côté par où Alexis est sorti, et les autres du côté de la rue. Guiltot arrive tout effaré.) SCENE XV. CHARLES, MARGUERITE, ANGLE [QUE, ANNETTE, GUIL- LOT, LOUISE, PIERRE, cic. GUILLOT. Msdame Marguerite ! Mari. Marguerite ! vol' fils esl-il ici? MARGUERITE , ANGÉLIQUE ET ANNETTE. Non ! GUILLOT. Dieu soit loué!... C'eM ben heureux : car y n* l'aurait pas échappe'. NAI.t, DEMIE. Cominent ? guillot. M. l'grand Prévôt est instruit d'tout c 1 qui s'est passé : sa fuite du camp, sa bataille avec M. l'Marquis, enfin tout ; et v'ià qu'y viewl lui même pour arrêter l'pauv'jeune homme! ( Ilj'ont tous Ultiltou- vement.) C'est pas tout, Max). Marguerite ! Y disons comme ça qu'il est eheux vous, caché dans vol' ferme, et y l'j v'nont tout droit, a>e« le grand Prévôt. ANGÉLIQUE. Ali ! maman, quel bonheur qu'il ait pu sortir! MARGUlïI'ITE. M. Charles, c'est à vous qu'il devra la vie! (On entend un grand bruit du côté du jardin.) CHAULES. Paix!.. . LA VOIX DE HURI \NNE. Madame !.. . Madame !... Au secours ! 'bruitd'armes bli ndes.) MARGUERITE, ANGÉLIQUE. Grand dieu !. .. Maman !. . . ( Elles sont prêtes à ccurir. Marianne entre toute éperdue. ) SCENE XVI. Les Précédons, MARIANNE , immédiatement après ALEXIS et L!S CAPITAINE. ' .MARIANNE. Ah! Madame, il a été vu !. .. Vu a voulu l'arrctei \ n'n pas voulu se rendre. . . Y s'hal !. . . *i MARGUERITE, ANGEMOUB. Il se bal ! CHAmi.s, prêt à courir. L'imprudent! alexis, se. précipitant dans le vestibule , le sabre h la main. Non !.. . jamais!.. . jamais ! HURLES , MAR6UERITEET ANGELIQUE. Arrête, Alexis! le capitaine, entrant précipitamment. Malheureux! Que f.iis-tu? TOUS. Le capitaine ! Alexis , se jettanl prcsqiéà genoux. Ah! mon Capitaine, sauvez-moi! CAPITAINE. Cache celle arme!. . . Tu es perdu , M tu résistes, 'à tout l'inonde.'', Ne rendez pas sa faute irre'parahle , en l'excitant à la révolte ! [Des soldaisentrent précipitamment. Le. grand /'r.'côt les suit, escorté, d'an ou deux officiers de sa suite.) SCENE XVII. Le* Précédons, LE GRAND PREVOT, Soldais. le grand prÉvot , encore au fond , à un soldat. Veillez sur ce jeune homme. (Il désigne Alexis. A un autre. ) Vous , ne laissez plus entrer personne dans la Terme, [désignant la- porte de la maison ) Placez un homme à celte porte. ( Tous ces mouvemens s'exécutent ; ensuite il s'avance. ) mat.guérite , et angélique., courant au devant de lui, et d'un air suppliant.) Ah ! Monsieur !.. . le grand prévôt, larehnant. Je sais , Madame, que vous êles la mère de ce jeune soldai. La loi qui défend , sous des peines sévères, de donner azile aux déserteurs , ne peut être appliquée aux auteurs de leurs jours ; cela serait con traire à la nature. MARGUERITE. Hélas! ce n'est pas pour moi que je vous implore. LE GRAND PHÉvÔt. Que vois-jc?. . . Vous ici, M. le Colonel? CHARLES. Oui, Monsieur; et ma présence, en ce moment, chez la mère, an milieu de la famille de ce soldat, ne permet pas de supposer qu'il voulût déserter. LE CATIT AINE. Je vous l'avais bien dit, M. le grand Prévôt: je réponds encore «l'Alexis. 55 LE 0B AND PREVOT. Moins de précipitai ion , Capitaine. ( Tirant un papier et le pré- tentant à Charles. ) M. le Marquis , veuille? prendre la peine de lire. {Charles prend le papier et l'ouvre.) le capitaine, s'approchant de Charles. Qu'est-ce donc, Colonel? chaules, lisant des jeux. L'ordre donne, par le Major, d'arrêter A!e.\is, déserteur. le capitaine , lias. Vous pouvez. .... ch'arms, de même. Je ne puis rien , je n'étais pas au camp. ( Il remet l'écrit au Grand Ppévôt. ) m iBoainiim , qui suivait tous les mouvement. Que dit-il? ALEXIS. Je ne sais , mais je suis perdu. LE GRAND-PRKVOT , à Alexis. Vous vous nommez Alexis, vous èies de Nouvillc . sergent dan» la cinquième compagnie ; régiment de Grançey? ALEXIS. Oui, monsieur. le grand-prevot. Hier, après a retraite , vous êtes sorti du camp? ALEXIS. Je n'ai point déserté. le or. ANh-pnÉvoT, sévèrement. Vous êtes sorti du camp, sans ordre, sans permission , contre la défense publiée dans l'ordre du jour, et sans répondre à la sentinelle, qui cria trois fois et tira sur vous ï 1 ALEXIS. Il est vrai. MARGOEBITE. Grand dieu. LE GRAND PRÉVÔT. Vous descendites la colline, vous prîtes le chemin du château; v oiis reneomrâles votre colonel à rentrée du Lois de Nouville , et v '0us le contraignîtes à meure l'épée à la main. CHARLCS. Je l'avais provoqué. LE GR.WD-PRÉVÔT. Il ne devait pas s'offrir sur votre passage ; il n'a pu s'y trouver 'l'ie comme déserteur. ( Marguerite, Angélique et Alexis font jf't mouvement d'effroi.] Et tout - à - L'heure encore ce soldat, '"yant de cette maison, a mis le ialire à la main. chaules , avec fureur. Il ne peut être responsable de ce dernier délit, c'est moi seul qu'il * u t en accuser. C'était par mon conseil, et sur mon ordre l'oituel 56 qu'il cherchait à sortir d'ici pour retourner au camp , libre et deio» propre mouvement. LU GRAND-PREVOT. Il n'en eût pas été moins répréheusible : son dëiit est d'être sorti. Je ne dois pas approfondir les motifs qui vous font prendre ici la défense de ce soldat. Il est coupable, sa faute est grave, et la Ui pai le. ALEXIS. Oui, monsieur, je suis sans doute coupable ; j'ai manqué à ta discipline , en sortant du camp sans ordre, et malgré la défense de mes chefs. Quelle que puisse être la punition que mérite celle faute, je l'accepta sans murmurer ; mais je ne me suis point rendu coupable du crime odieux que l'on m'impute. J'ai combattu sous les yeux de nies chef et de mes camarades : j'ai mérité l'amitié de quelques-uns, l'estime de tons. Fidèle \ mon devoir, exacte il mon service, l'honneur fut toujours la règle de ma conduite. Serait-ce sur la terre qui m'a vu naître, sous les yeux d'une mère que j'adore, que je serais venu souiller ma vie, et me condamner moi-même à la mort la plus infâme? non, monsieur , je ne suis point un déserteur ! j'en fais serment sur mon drapeau, que j'ai sauvé deux fois. MAnOtlKHITE. Non, monsieur , mon fils ne désertait pas. LE CAPITAINE. M. le Grand-Prévôt, j'ai soixante ans d'honneur , et j'ose jurer aussi qu'Alexis ne désertait pas. le r.r.Ai^D-PFiKvôr. Ce témoignage est honorable. Il doit vous rassurer , madame, votre fils le fera valoir au conseil militaire. MAUGUEItlTE et ANGELIQUE Au conseil militaire. CHAHLES. Quoi ! monsieur , vous ne pouvez , en ma faveur ?. . LE GHAIND-PliGVÔT. Monsieur le colonel, sous l'uniforme , ]e ne connais (pie mon devoir ; et je vous respecte trop pour croire (pie vous en doutiez. LE CATITHNE. C'est juste!. . • allons, jeune homme, du courage! il faut passer au conseil.. . Morbleu ! ce n'est pas toi qui est le plus coupable! ton capitaine le sait , et tu n'es pas eneerc condamné. . . Cepcii' dant , si tu l'étais, ne va pas oublier que lu es soldat, et qu'il faut mourir eu brave ! MARGUEltlTE , ClVCC effroi. Mourir ! . LE g a pït \ ine , avec expression , ôtr.nt son chapeau. M. le eolonel, je vais chez votre père.. . en Ara.: s , avec noblesse. Allez, capitaine : moi, je retourne à mon camp. Je vous supph f > je vous ordonne de dire au maréchal toute la vérité, 5? LE GRAND-PB ÉVOT, Qu'il soit conduit au camp. ( Les soldats s'approchent. ) ANGÉLIQUE. Maman , ou l'arrête! H«nr.GEitrrE. C'en est donc fait !... M. Charles! M. Charles ! ne l'abandonnez pas. CHARLES. Non, madame, non mademoiselle ; l'honneur me le défend ! alexis , avec fierté. Mon colonel, je ne vous demande qu'une grâce, et je l'ai cruellement achetée !.. . c'est d'attester au conseil que je ne désertais pas. CHARLI J'en ferai serment. ALEXIS. . Adieu , ma mère !. . . adieu , chère Angélique ! . . ne vous livrez point encore au désespoir. Le conseil militaire ne sera pasinjusteet barbare ! il ne couvrira point d'opprobre et d'infamie un soldat sans reproche! mon capitaine, mou père , ne m'abandonnez pas. ( Il se jette entre les soldats. ) Marguerite et anoélique fondant en larrnes. Mon fils !... Alexis. {Angélique et Marianne se jettent avec elle aux genoux de Charles. Le Grand-Prévôt fait signe de partir. ) Fin du deuxième Acte. ACTE III. Le théâtre représente tint 'rieur de la tente du Colonel. Les rideaux du fond, lorsqu'ils sont ouverts, laissent voir nue partie du camp. On y voit une labié ronde , couverte de tout ce qu'il faut pour écrire, et quelques tabourets en serge verte. SCENE PREMIERE. CHAULES, un Secrétaire, JULIEN , deux Aides-de-Camp , Officiels. {Au lever du rideau, Charles et le. Secrétaire sont assis chacun Le Colonel. H 58 dun côté de la table. Char!, s a la télé appuyé? sur sa main. Le Secrétaire achevé de cacheter deux paquets , et y met les adresses t Les deux Aides-de-Camp, debout, et le chapeau à la main, attendent de l'autre côté de la lente. Les autres personnages ne sont pas encore entrés. ) chaules, se levant tout-a-coup avec violence, puis s'arrétant, tirant sa montre èi Regardant l'heure. Dix heures!., déjà dix heures ! ci \ as encore de réponse do Maréchal ! Est-ce Alexis, est ce moi qu'il abandonne:? cependant, c'est a midi que le conseil militaire re les trois rideaux. On voit les soldats sous les armes. ) SCENE IV. CHARLES , LE GRAND-PREVOT, LE MAJOR, Officiers. LE GRAND-PRÉVOT. M. le colone , i! n'est aucun des officiers de votre régiment qui ne connaissent l'intérêt qne vous portez au jeune Alexis , et qui, par respect, par attachement pour vous, n'éprouve une douleur profond" du malheur que sa faute doit attirer sur lui. Voici les membres du conseil, appelés par leur grade et leurs lumières, à prononcer dans cette affaire malheureuse. Etonnés qu'un bon soldat ait commis un tel crime, in lignes du péril qu'il vous a fait courir; mais cependant, touchés de la clémence que vous faites éclater en faveur du coupable, ils viennent vous assurer qu'aucune prévention funesle ne les anime contre lui ; i t qu'en se renfermant dans la loi, [>arce que tel est notre devoir , la plus impartiale justice dictera seule a sentence. ( Lai remettant un papier. ) Celte liste contient les noms de ces messieurs. cmRUs. Je vous remercie, M. le Grand Prévôt. ( fi met la liste sur la laide. Aux officiers. ) Messieurs, j'adhère à voire nomination. Je compte, pour A'cxis, sur la justice du conseil, et sur l'équité de chacun de ses membres. ( Tous s'inclinent en signe de promesse. ) LE MAJOR. M. le colonel , le conseil militaire s'assemblera à midi ; les ordres sont donnés. M. le maréchal, voire père, que j'en ai fait avertir par un message , no m J a point encore fait savoir s'il s;- rendrait au camp. La condamnation d'un simple soldat, pour un délit prévu par le.s lois militaires, n'exige pas d'autre formalité. Mais le conseil qui va s'ouvrir , pour être régnlièrinunl formé, doit être présidé conjointement livre M. le Grand-Prévôt, par le colonel du régiment, ( Charles fr.it un mouyernent de surprise. ) A moins qu'il ne déclare officiellement se récuser comme juge. CHARLES. Vous n'avez pas du penser, monsieur 'e major, que dans une cause où je suis impliqué , je siégerais parmi les juges. Messieuis je paraîtrai au conseil ; mais ce sera comme défenseur d'AK.xis , et mon propre accusateur. ( Mouvement général de surprise. ) LB MAJOIl. Y pensez-vous, colonel ?. .. Il ne m'appartient pas, sans doute , de blâmer ce que vous jugez convenable de. faire; mais je vous conjure de réfléchir encore. L'élévation de votre grade , l'éclat de votre nom , la gloire surtout du maréchal, votre pèi e, exigeai uile estreme prudence. eu ai Lus. L'armée jugera ma conduite : s'il est vrai qu'unfds puisse tcrnirla gloire de son père, c'est lorsqu'il commet une fmte, et non lorsqu'il la répare. Messieurs, faites votre devoir, je remplirai le mien "i. le grand prévôt , pouvez-vous m'accorder un moment d'entretien? LE GRAND-FRLVÔr. Je suis à vos ordres. LK MAJOR. Colonel, je vous supplie de m'excuser. CHARLES. Je ne vous dois que des remerciemens. ( Aux officiers. ) Messieurs je vous salue. ( Le major et les officier; sortent ; la lente se referme. ) SCENE V. CHARLES , LE GRBND-PftEYOT. CHARL' 3. Monsieur, je vêts prie de me parler avec sincérité : ne craigQçii. Pas de me dire ce qu'il fa it enfin .pie j'apprenne , dois-je renoncer « •ont espoir r tB oiiANn-PRi vor. Vous avez lu le rapport contenant l'exposé des faits. Alexis l'a s'tgiiq s aris opposition. Le conseil aura donc à prononcer sur Un délit trop l ' v 'dent, et la peine de iriôirl en doit être le résultat. chahl s. . M, le grand-prévôt , ce n'est plus ail magistral insensible, quelque 'ois maîtrisé | ar une aveugle loi, (pie j'en appelle ici ; c'c»i à 1 hen ni honneur, à sa conscience réfléchie, que je demande uu tur«'l }•■ 62 un arrêt qui ne soit pas suivi de regrets ci de remords !... Eh ! quoi, je vous ai dit moi-même par quelle erreur funeste le malheureux (ut conduit à cet acte de désespoir. C'était moi qu'il Tenait chercher à ïfôuvillé; mais il ne fonjeait pas a quitter son drapeau; je vous en ai donné la preuve incontestable ; ci trop instruit , dans le fond de voire, âme, pour former un seul doute , vous condamtiçrie* Alexis comme un lâche déserteur! vous Conveniez du sang-froid à la mon , quand voire cœur est convaincu qu'il n'a pas déserte; quand voue conscience vous cric qu'il est innocent ! LE GitAr,D-r; évgt , indigné. M. le colonel!---- CHAr.tr.s. Répondes-moi, monsieur!... ici , soyez, voire juge. i.k cnAND-piavÔT , reprenant le. calme et la dignit é. Je veux n'attribuer qu'à la douleur d'une Ame généreuse , cette in. discièle impétuosité , qui, tout à coup , sans examen , sans réllexion, me charge d'une responsabilité qui ne doit peser que sur vous. 0:ii , Monsieur, Puisque vous le demandez, je crois Alexis innocent ; non par devant la loi, qui va prononcer sur un fait trop réel ; mais ~ terne'. D'un ton plus dauxet respectueux. ) M. le Colonel , pardonnez-moi ce langage sévère ; nous sommes seuls, et votre âge pffroic! encore qu'on vous éclaire ci qu'on vous guide. Oui, une longue expérience ne me laisse aucun doute sur la marche que suivra le conseil, elle est tracée d'avance Pour vous, le juste et vif intérêt que voU» inspire le malheureux Alexis, préparent à votre cteur une épreuve trop cruelle : croyez-mot, éloignez-vous du camp. ciunLFS, après un instant de silence, C'en est donc fait, monsieur. le cRAXD-rr.Lvôr.. Je voudrais endouter. CH \KLBS. Vous êtes bien certain qu'il s^a condamné? 63 LE CRANn-PliEvôr. Vous domatulcz !a vérité. .. Oui , monsieur t i! sera condamné. CH A f.LES. Eh bien , dans ectie affreuse certitude vous ne pouvez me refuser une grâce; c'est de permettre que je puisse voir un leul institut Alexis, avant qu on le mène au conseil. LE Ofl \Ml- pr.Évo C. Vous désirez le voir. . . ici, monsieur. Cil ARLES. Veuillez en donner l'ordre. LE GRAND PHÉVOT. M. le colonel, je ne veux rien vous refuser de ce qu'il m'est per mis d'accorder avec mon devoir. Mais qu'espérez vous de cette en t revue. CHARLES. Daignez céder ù mon désir. LE GR AND - PP.ÉvÔ I'. Dans un instant vous serez satisfait. ( // sort d'un air inquiet et surpris. ) SCENE VI. CHAULE , et peu-à-près JULIEN , il firme tous les rideaux. CHARLES , seul. Allons, j'y suis contraint. . . Dussai-je nie perdre sans retour, il ne me reste que ce dernier moyeu , ei je n'hésite plus !. . . Si je pouvais conserver la moindre espérance , sans doute je le regretterais. . . Mais Alexis sera condamné. .. il faut sauver ses jours! (// appelé.) Julien ! M. le Marquis! julien, entrant vite. CHARLES. Ecoute... Pour me sauver l'honneur, l'existence, plus encore; s'il fallait l'exposer, pourrais-je compter sur toi ? JULIEN. Sur moi, mon cher maître ?.. . jusqu'à la mort! ne vousai-jepas été chercher sous les batteries ennemies? en i a les , lui serrant la main. Il est vrai, mon ami !. . . Eli bien , ee que j'aliends de toi m'est plus eh que la .. Il faut sauver Alexis! JULIEK. Alexis!... Et comment ? CHARLES. J'ai tout prévu: mon plan est arrêté. Je ne crains que le refus d'Alexis.. .Mais j'arracherai son consentement.'...Il va venir ici. Les gardes qui doivent l'amener resteront en dehors. Toi, fais conduire près de l'autre ouverture de ma tente,'mes deux meilleurs chevaux: lui ouvrant les bras. Viens, Alexis ! ah.xis, se précipitant sur sa main qu'il veut baiser. Mon Colonel !. . tant de bonté , après l'action horrible que j'ai commise ! CHARLES. Arrête !.. arrête, Alexis!., ce n'est pas toi qu'il faut accuser tout homme d'honneur défend des droits sacres au péril de sa vie; et ;e jj« yeux pas que, devant celle qui t'est chère, et qui doit l'estimer <5 7 !il restes pins lei:g-tcms chargé du soupçon d'un crime. Angélique, apprenez la vérité... ALKXIS. Qa'allcz-vous faire ? CHARLES. ll'accuser ; je le dois. MADGUKRITK. Elle sait loin , M Charles. I 11 fait un mouvement de surprise. Angélique , r/ui s'est déjà détournée , essuje ses pleurs ensiknee.) Hélas ! épargnez la. en'n les. Eh bien! c'csl donc à moi de réparer tant de tàiut , attiré* par ma seule imprudence, ou d'en porter la peine. Maretferité.' il faut vous rendre un (ils !.. à vous , Angélique , un époux chois: par votre cœur! cher Alexis ne t'oppose dons pas à ce cpie j'ai résolu. Je n'ai qu'un seul moyen de te soustraire au trépas : sorgp qu'il empêchera tout ce qui l'aime de tesuivrean tombeau, et qu'il m'épargnera la honte, le désespoir, et les remords éternels!.. Ecoute... £c utez tous: l'heur»' approche où le conseil va sonner pour juger Alexis/ aucun doute, aucun espoir ne me reste ; il sera condamné ! HAI\ honte : ;nes Juges, s'ils sont forcés d'être sévères, mouilleront rie Unir-, larmes l'arrêt de mon trépas; personne n'outragera nia cendre; ci du moins, ma mère pourra vivre encore : car le nom de mon père lui n s cra sans tache! m a no ci- rite. Cruel! peux-tu croire que je te survivtais? ANGÉLIQUE. Alexis! pas pitié pour nous, ne repoussez pas la main qui voua sauve! Al BUS. Vousaussi! Angélique : ma mère, que me demandez-vous? CHAH LE S. Songe donc que ta mort entraînera la leur! net'ni-je pas juré que j'allais te défendre? Ne suis-je pas obligé de te rendre l'honneur ? ALEXIS. Vous ne le pourriez plus, si j'avais déserté! non, non, mon Colonel j je suis soldat, mon drapeau est ici ; j'y dois rester et mourir! CHAULES. Alexis, je t'en conjure ! MARGUERITE Ct ANGÉLIQUE. Mon fils ! cher Alexis ! ALEXIS. Je me perdrais ! CHARLES. Fuis, te dis-je ! aiexis avec force. Je ne puis! ^^^^^^H 6g MAUGUtniTE Eh bien, c'est à genoux que la mère l'en conjure ! A UÎX1S. Vous, à mes pieds! ma mère! Ah! grand dieu! ( // la relève àr.nt la jilus vive agitation, et couvre ses mains de baiser*.) J'obéis! j'obéis! julien , dn fond. llàiez-vous ! on vient sans doute chercher Alexi»! MARGUERITE et ANOÈL1QUE. Dieu! CHARLES. Fuyez! JULIEN. Je vois des troupes qui s'avancent de tous côtés. MARGUERIVE et ANGÉLIQUE. Partez! partez ! ALEXIS. Vous le vouiez'.. . Eh bien! mon Colonel, arrachez-moi donc à l'instant d'ici, ou je ne réponds plus de quitter mon drapeau ! Charles , [entraînant. Viens !... viens, Alexis ! ( On bal aux champs et on crie : ) Aux armes! aux armes ! tout le monde, s'arrêtant. Ah !... le sEcnÉTAinE, entrant par l'ouverture latérale. M. le Colonel, le Maréchal est au camp! ____. , ____ / Mon père! Le Maréchal! Il n'est plus tems ! Charles, consterné. mahgueiute, Alexis et Angélique. JULIEN. marguerite, au désespoir. Il est perd» ! [Les aides de camp, officii rs , etc. entrent précipitamment ; un d'eux annonce : le Maréchal ! Le Maréchal entre aussitôt, suivi du Capitaine , de ses aides de camp et officier* d'Etat Ma-or. Tous les rideaux sont ouverts jusqu'à la fin) SCENE X. LE MARECHAL, JE COLONEL, LE CAPITAINE, Officiers, etc. ALLXIS, JULIEN, MARGUERITE, ANGELIQUE. (Xes rideaux du fond se tontouverts enentierpour l'entrée du Ifa- i échal et de sa suite ; ils restent ouverts ju.au à la fin de lu Sein r ik. Dis que le ^.aiéçhal paraîtrai guérite, Angélique et Churlt, 7° se précipitent au devant de lui. Alexis se jette dans les Iras du Capitaine, MARGUERITE. Grâce ! grâce, Monseigneur!. . . jXîciifiis n'est pas coupable ! CH MIL/ÎS. Mon père, sauvez Alexis ! ( // pose un ev nnu en terre. ) le mai Éch xl, après un moment de silence. Levez.-vous, Monsieur ; vous êtes devant le Maréchal, et non pas devant voire père. s CHAULES, 5e relevant. Oui, j'ai me'rilé le courroux de mon père, et je n'osais reparaître à ses yeux!... Mais ee n'est {pas pour moi que je l'implore: Héi«*î c'est pour lui ! ( // mun're Alexis. ) LE c Pi r une , à Alexis. Du courage ! marguerite , suppliant avec crainte. Monseigneur !.. . le maréchal, avec douceur. Marguerite , lais ci parler sans crainte votre douleur et vos larmes ! Oui, vous avez le droit d'invoquer la clëmrr.ee. peut-être la justice des hommes, el d'implorer avec confiance la protection que le ciel ne refuse jamais aux cœurs vertueux • ( à ionfils, avec force. ) Mais vous, n'élevez plus la voix devant une mère dont les larmes ont flétri vos lauriers, et laisseront sur votre vie des taches inefi'açabies ! c"est devant elle qu'il faut vous prosterner dans la poussière! c'est devant elle, dont je eut vous conserva la vie, et dont vous envoyez le fiis à la mort, cpi'il faut expirer de honte tl de remords. (Cita les s'ap t roche en silence de " Maréchal reste calme.) {Le soldai /jui a déjà paru, entre avec quatre fusiliers. LE SOLI) VI. Colonel, le conseil est assemhlè. Je suischargé par le grand Prévôt d'y conduire Alexis ; veuillez me remettre le prisonnier. (// sefait un silence. Tous les regards se /wtenl sur le Maréchal , fit on attend ce qitil va dire. I>B maréchal , v.st nfds. Eh hien ! Monsieur. chari.es , tremblant. Mon père... ordonnez. .. 7 1 I.B «AF1TAINE. Maréchal ! MARGUERITE. Monseigneur. . . LE MARÉCHAL. Mon pouvoir ne peut arrêter le cours de la justice ; la loi commande, il faut obe'ir. . . ( A Alexis.) Allez, jeune homme , donnes l'exemple de la soumission ; une conscience pure doit être calme devant ses juges. LE CAPITAINE. Maréchal, ce n'est pas là.. . le maréchal. Silence ! M A KOU FRITE. Vous l'abandonnez donc ? ciiaiu.es. B'ïon père, il va marcher à la mort! ALl-XIS. Colonel, pensez-vous que je la craigne? (montrant ja mère et. Angélique.) Ah ! voilà les seuls objets de nia douleur! M. le Maréchal, je vous jure devant Dieu, que je n'ai point Voulu déserter ; mais j'ai commis une haute imprudence : si pou: elle je suit conduis à la mort, pour qu'il reste à ma mèr« un cœur qui la console, n'accablez pat voire lils d'un courroux trop sévère : croyez qu'il sera bien à plaindre! {A Charles.") Et vous, monsieur, quel que soit le motif de ma rébellion, elle n'en est pas moins coupable; et mon cœur, maintenant éclairé sur la bonté du vôtre, me la reproche avec amertume. M. Charles , [>ai\\u\mçr.-mo).(Saisissant sa main qu'il veut baiser.) Mon Colonel; veuillez permettre. en \ n es , le serrant dans .ses bras. Alexis, ton malheur n'admet plus de distance entre nous : ta cause r s: aussi la mienne, le même arrêt va nous frapper, je te suis au conseil. ALi-.xis, voyant sa mère et Angélique qui leur tendent les Iras. Et vous, nia mère...vous, Angélique. MARGUERITE, W/tC COttlTOUX. I Allons, mon fils.' du courage ! ton Colonel va te dé'en Ire ! ta mère •t Ion épouse vont iuipiotvr tes juges, et lu n'es pas coupable! LE MARÉCHAL, ail tol'.Ct. Soldat, exécutez votre ordre. LE CAHTAI\''\ Comment , morbleu ! oh remmène ! Maréchal ! (Le Maréchal arrête ton mouvement.} [te soldat et les quatrefusilliers s'empan ut d'Alexis : il sort au milieu d'eux. Marguerite et Angélique le suivent. Le Maréchal les laisse tortir sans les regarder. 'Le Major r tient a psine son impatience. Charles, le dernier, va aussi sortir; mais comme ile-l déjà près des rideaux , il s'arrête, revient lentement et craintif, *ert le Maréchal.) 7 2 CHAULES. M. le Maréchal, mon père : oserais-je encore? LE MARÉCHAL. Aile* nu conseil ; faiies voire devoir; le reste ne de'pcntl point de TOu». {Charles se relire et sort accablé de douleur.) SCENE XI. LE MARÉCHAL, LE CAPITAINE, LE SECRÉTAIRE, Officiers, etc. (Tout-à-coup , le Capitaine prend son parti ets'en va. lk haïiéchal, l'arrêtant. Capitaine, où allez-vous? LE CAPITAINE. Au conseil, Mare'clial. LE MARÉCHAL. Demeurez, je vous l'ordonne. (Se tournant vers le secrétaire , qid est resté près de ta table.) Approchez, mon-ieur.(y^ part.) Je suis coulent de Charle* : son repentir, son désespoir, parlent d'un nohle cœur. Re'parer ainsi la faute qu'on a commise, cela vaul à mes yeux une action héroïque! LB CAPITAINE, qui a écoulé attentivement , à part, affectant de se tourner ; mais très-haut et très-ferme pour être entendu. Cela peut être : mais fusiller un hon soldai, qui n'a pas voulu déserter, cela ne me parait pas héroïque du tout. (Le Maréchal, qui l'a écouté, laisse échapper un sourire, et se tourne vers le secrétaire.) Lu M aréchal , au secrétaire. Quand le conseil passera aux avis, pour prononcer l'arrêt, faites conduire Marguerite et sa jeune parente dans la tente du Major, où vous les ferez garder. Après que la sentence aura été rendue, que l'on permette à xViexi'. de se réunir à sa mer'.- et a ta cousine.Vous prierez M. ie Grand Prévôt de m'apponer ici le Jugement. LE CAPITALE. Pour le signer ? LE MARECHAL. Pour le signer. ( Le Capitaine se détourne brusquement, il se fait un moment de silence. Au Secrétaire.) Vous avez bien entendu, Monsieur? (le Secrétaire s'incline.) Pari'z. (iui Officiers, etc.) Messieurs, allez m'altendre au quartier-général, cl tenez-vous prêts à partir. { Le Secrétaire, Officiers, Aide-de-Camp sortent.) SCENE XII. LE MARÉCHAL, LE CAPITAINE. le maréchal, l'approchant du Capitaine avec bonté. Eh bien, Capilaiue...mon vieil ami... vous souffrez ! soyez jusi» 73 pourtant : que trouvez-vous de? blâmable clans raa conduite? comme Maréchal, mon pouvoir, absolu sur le champ de bataille, doit s'ar- rêier ei se taire devant un tribunal. Où sérail la justice, si mon autorité en méprisait les lois? que deviendrait la discipline, sans la sévérité ? .. comme père... Ah! Capitaine, je souffre plus que vous , car je punis mon fils !... Cependant— le capitaine, le saluant brusquement. Je vous salue , Maréchal. (;// se retourne j/our sortir.) i k maréchal , l'arrêtant. Eli bien!... eh bien, Capitaine, où courez-vous encore ? le capitaine, avacjlrmelé. M. le Maréchal, je ne suis pas tente de passer aussi à votre conseil militaire, pour avoir manqué de respet ktnonchef.(Fausse sortie.) LE MAI ÉcilAL. Un moment doue!.. qui vous menace de cemalheur? le capitaine, avec uneforle. impatience , qu'il lonticnt un peu. Qui ?... ma tête , M. le Maréchal, que je ne puis maîtriser, quand je vois condamner un excellent soldat, pour la faute que le Général a fait commettre au Colonel. le makl'chal. Que voulez-vous dire. LE capitaine. Je suis loin d'avoir votre esprit, et je ne me pique point de beaux raisonnement; mais dans mon grossier bon sens, je sais bien une chose: c'est que si le malheureux village ois n'eut pas été trop près du château de Grancey ; et M. le Marquis, tiop long-tems dans la ferqi'e de Marguerite, le fils d'un Maréchal de France ue se fût point trouvé le rival d'un soldat. Chacun son rang: chacun sa place. El la fable du pot de terre, que brise en cheminant son noble ami le pot de fer, renferme cent fois plus de sagesse que tous vos li vres dorés sur tranche. {Le Maréchal immobile, réfléchit sans répondre.) Pardon, Maiéchal. . . pardon , je m'oublie .. ( Retenant ses larmes.') Mais j'ai le cœur ulcéré ! vous m'aviez ordonné de servir de père à ce jeune homme... et majheur.euseraent je vous ai obéi. ■ LE MAI'.ÉCHAL. Vous avez bien fait, Capitaine... et de plus, vous m'avez dit la vérité. ( Lui tendant la main. ) Vous serez toujours mon ami. le cap itaine, saisissant sa main avec respect, et se penchant sur elle. Ah ! Maréchal! mais mon pauvre Alexis ! le M ARF.CHaL. Est-ce à vous de douter de mon cœur ! serais je ici ? y laisserai:-je : s« mère, pour le voirpérir? brave guerrier, voire Alexis esi sauvé^ LK CAPITAINE. Comment.,. IK MAIIten u.. j;<~ „«♦ Quel que soit son jugement, il est une: voici...( Comme il va. Le Colonel. K 74 pour tirer un papier de son sein, un grand bruit sefait entendre, et Charles revient du conseil dans le plus grand désespoir. ) Silence ! LE CAPITAINE. Ah! vous m'avez rendu la vie! SCÈNE XIII. LE MARECHAL, LE CAPITAINE, CHARLES, JULIEN, et peu aprèsLE GRAND PREVOT, LE MAJOR et tous les Membre» du Conseil Militaire. CHARLES. Mon père ! c'en c?t fait ! Alexis est condamné ! sa mort est mon ouvrage! je suis déshonoré ! LE CAPITAINE. Colonel !... {Le maréchal retient le capitaine prêt à se trahir. Le grand prévôt, le major et tout le conseil entre.) LE MARÉCHAL. Approchez , messieurs. Le conseil a donc prononcé? m grand-prevôt. Oui, M. le maréchal, malgré la noble et magnanime générosité de monsieur votre fils. LE MAJOR. Le conseil a fait son devoir; maintenant il vient avec respect, solliciter votre clémence. Alexis est chéri de tout le régiment ; et se» camarades , d'une voix unanime , vous implorent en sa faveur. Puisqu'il faut que vous signiez la sentence, on pourrait en suspendre l'exécution, et peut-être... LE MARECHAL. Non , monsieur , cela serait contraire aux lois. LE GRAND—PREVOT. M. le maréchal, vous pouvez... LE MARÉCHAL. Donnez-moi le jugement. (Le grand-prevôt le lui présente. Le capitaine fait encore un mouvement de surprise. ) i.e capitaine , à part. Eh bien?.. . Le maréchal jette un regard sur son ftl Sjt p U i s se tourne vers la table. ) Charles , se précipitant à ses genoux. Arrêtez!... arrêtez, mon père !.... je meurs si vous signez cet arrêt ! LE MARÉCHAL. Relève-toi , mon fils , et reprends l'attitude qui convient à ton rang. Il est peu d'hommes pour qui la sagesse ne soit le fruit amer des plui cruelles épreuves : heureux celui qui en sort comme toi ! 5 c -a 7* Ton père, qui le chérit, qui veut par tes vertus préparer ton bonheur, ion père a su contraindre sa tendresse, renfermer les plus doux Jentimens de la nature , afin de te montrer à quels maux Hicalenlah es nous expose l'oubli des convenances. {S'adressait! à tous.) Mes«iet'!\-, une faute grave avait été commise ; un châtiment terrible deviii eu être le résultat. 11 importait surtout que l'armée tout entière fût convaincue qu'aucun pardon n'est accordé à qui manque h son devoir , et jamais mon équité ne me permettra de mettre mon pouvoir au-dessus de la loi. Oui, messieurs , votre sentence eût été sansitp- pel, et la mon. . .. , mais Alexis n'appartenait plus au régiment de Granccy j il n'est plus soldat, et depuis trois jouis j'avais signé son congé. ( Mouvement de foie et surprise. ) Charles, avec la plus grande joie. Se peut-il ! •. . Ah !mon père!.. . LE CAPITAINE. Maréchal !.. . le maréchal, présentant le congé, au grand-prevot. Lisez, M. le grand-prévôt. ( Se tournant vers sa suite. ) Faite» entrer. ( Tout le monde s'écarte. Les rideaux du fond s'oavfi ni ; Marguerite, Angélique, Alexis aaeourent , et loi voit au Jond tous le* soldats et tous les villageois. ) SCENE XIV. TOUS LES PERSONNAGES. soldats et villageois, au moment oà les rideaux s'ouvrent. Vive M. le maréchal ! Vive monseigneur ! &LExi$ , se jetant aux genoux du maréchal. Ah! M. le maréchal!. . . je sais tout, et votte boulé. . ( Se fouinant vers Charles. ) Mon colonel !. .. ( Marguerite et Angélique baisent la main du maréchal. ) le maréchal, relevant Alexis. Marguerite, je vous rends votre fils!;. . Mademoiselle , je vous .c donne pour époux!. • • Mon fils, ce n'est que d'aujourd'hui que nous nous acquittons ! ( Tableau général. ) FIN. Ouvrages qui se trouvent chez J. N. Barba, Libraire, au Palais-Royal. M. MARTIN, on L'OBSERVATEUR ,-jàt Pigau! Lebrun, 3 vol. in-12. 5fr. LIGUE DES NOBLES ET DES PRETRES contre le» peuple» et le» Rois, depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours ; ou Tableau de» conspirations , révolutions , déuônemens , ;