Fc413/39 L E BIGAME SUPPOSÉ; O U LES TROUBADOURS PAR INFORTUNE, MÉLODRAME EN TROIS ACTES, Poème de M. Moussard, Musique de M. Quaisain,' Ballets de M. Richard , pensionnaire de l'Opéra. Représentée , pour la première fois, sur le théâtre de l'Ambigu-Comique t le 27 fructidor', anxr. A PARIS, Chez Barba. , Libraire , palais «lu Tribunat, galerie derrière le Théâtre Français de la République , u°. 5i. an xi.—(i8o3.) J852S,24 PERSONNAGES. ACTEURS. Le Comle FERDINAND. M. Jaigny. FERDINAND, son fils. M. Vigneaux. GARNEO , homme de confiance du Comle. M. Dufresne. SALVADOR , l'un des chefs de la compagnie des Indes , et attaché au tribunal de l'Inquisition. M. Tautin. CÉCILE , jeune Marseilloise. 1 Mlle. Ldvéque. FÉLIX , son fils , âgé de six ans. Mlle, Louise. BRUSCOT , -vieux domestique allemand , attaché à Cécile. M. Rafde. Le Docteur STEPHANO, médecin italien , attaché à la maison du Comte , et dévoué à Garnéo. M. Meltour. Un Domestique Pédro. M. Martin. Un Officier de la Cour. M. Laporte. Soldats et familiers de l'Inquisition. ha scène se passe à Lisbonne, dans le palais des Ferdinand. LE BIGAME SUPPOSÉ, o u LES TROUBADOURS PAR INFORTUNE. ACTE PREMIER. Le théâtre représente au jond la rivière du Tage , et dans le lointain un point de vue de la ville de Lisbonne. A gauçhe, le palais des Ferdinand. Dans l'angle formé par la rivière et Le palais, on appeiço 'u des jardins ou un parc. La droite Offre le site oui avoisine la rivière. SCENE PREMIERE. GARNEO , FERDINAND , ils viennent du coté du jardin. G A R N E O. El* vérité , seigneur , je ne reviens pas de mon étonnement. Quelle subite conversion ! à cet air sombre et rêveur , qui pourrait reconnaître l'aimable Ferdinand dont les galans exploits étonneront un jour l'Europe. FERDtNAND. Mon ami , il est des moinens où le souvenir de nos erreurs devient pour nous un supplice. o A r n e o. Voilà une pensée fort édifiante. Elle aurait suffit , jadis , pour nous réjouir quinze jours entiers. FERDINAND. Laissons les principes qui m'ont commit par le passé , songeons au présent et à l'avenir qui ne me laissent pas sans inquiétude. O A R N E O. Oui , en effet : vous «'tes hji le point d'épouser la plus jolie femme de Lisbonne , et cela est fort désagréable pour le présent : elle vous apporte (lue foi tune immense y et cela est très-inquiétant pour l'avenir. ( 4 ) 7KRD1NAND. Penses-tu que je v.>ie d'un oeil tranquille et indifférent célèbre, ce mariage si près des funérailles 'le l'épûlïse que j'ai perdue, ou plutôt dont j'ai |hàté la fin par des procédé» qu'elle 1 ne méritait pas. G A R N E O. Ah! par exemple , je trouve bon qu'on s'avise d'aimer les gens quand ils ne sont plus. Sans doute vous vous souvenez que la chère dame n'avait pas une part bien active à votre tendresse. Aussi eut-elle le bon esprit de se retirer à la campagne après un an de mariage ; elle aimait la solitude , et nous nous sommes bien gardés de l'y troubler j elle y est morte , eh bien 1 est-ce notre faute ! F E R D I N AND. Elle n'a pu supporter mon indifférence. Ma conduite à son égard a excité la haîne de Salvador son Irère , mon hymen va la faire éclater. Déjà il est instruit que l'entant malade depuis la mort de sa mère , se trouve à toute extrémité , et il est impatient de reclamer la riche succession de sa sœur. G A R N E O. Ceci au moins est conséquent, il s'agit d'intérêt ; mais reposez-vous sur mon zèle. FERDINAND. Ah ! le remord qui me déchire... g A R n e o. Quel reproche pouvez-vous encore vous faire. A cette étour- derie près , vous êles l'innocence même. FER DINAND. Et cette française intéressante dont j'ai fait aussi le malheur. G A n. n E o , riant. Quoi f vous pensez encore à cette petite aventure de Marseille. FERDINAND. J'ai trompé sa borine-foi, son innocence. G A R N E O. Pas du tout ; votre constance a duré autant que votre amour, c'est tout ce qu'on peut exiger. FERDINAND. Elle était mon épouse , et je l'ai abandonnée lorsqu'elle allait me donner un gage de notre union. G A R N E O. Oh ! pour cette faute , elle appartient toute entière au Comte Ferdinand votre père. N'est-ce pas lui qui vous à rappelle à Lisbonne, et vous à fait prendre une autre femme pour raine- ( 5 ) ner dans sa famille la fortune qui s'en était éloignée. Vous vous êtes soumis à ses ordres , et je vous regarde comme un modèle d'obéissance: FERDINAND. Tu sais bien que si j'ai cédé aux volontés de mon- père, en épousant la sœur de Salvador, c'est parce que je croyais Cécila tout-à-fait perdue pour moi. Le bruit de sa mort s'était répandu ; des lettres que tu me remis alors , m'avaient confirmé cette affligeante nouvelle ; aujourd'hui , je me trouve le plus malheureux des hommes. G a r N e o. Comment ? F E R D I N AND. Le hazard me conduit hier chez le Corrégidor, mon ami, je jette un coup-d'ceil sur le tableau de sûreté publique ; quelle est ma surprise ; j'y apperçcis le nom de Cécile Lieutaud. Je m'informe, et j'apprends de lui que, depuis lui serait - il possible de vous découvrir ( 6 ) sous votre nom de famille, tandis que vous n'étiez connu dans vos voyages que sous le nom de chevalier Gonzales , qui est l'apanage des aines de votre maison. F E R D I N A N D. Ah ! cé n'est pas assez d'avoir l'estime des hommes , j'ai aussi besoin de la mienne , et j'attends de toi le service qui peut me la rendre. Tu as de l'empire sur Pesprit de mon père, tu possèdes sa confiance ; parle , supplie , fais ensuite que ce mariage projeté soit rompu ou du moins éloigné. G A R n e o. Vous me chargez-là d'une belle ambassade. Votre hymen est convenu entre les parens , et votre père en a fixé les fiançailles à demain , jour de sa fête ; or ce n'est pas la veille qu'il vous est permis de faire des réllexions puériles. On commence ce soir à célébrer , par des jeux et des danses , ces deux époques chéries. Tous les gens du pala-s sont employés aux préparatifs ; les étrangers même veulent y prendre paît. Les bat- teliers , à qui on permet la pèche le long de la rivière , ont déjà vêtu leurs habits de fête, et leurs bateaux sont élégamment décorés. Ce sont eux qui doivent donner le signal des réjouis- sanses ; et vous voudriez changer eu deuil cette joie universelle. FERDINAND. Je veux alléger ma conscience du poids qui l'accable , aucune considération ne m'arrête , si tu me refuses ta médiation auprès de mon père, je lui ferai moi-même l'aveu le ma faute; et puisque la mort de ma dernière épouse m'a rendu libre , je le presserai de confirmer mon union avec Cécile. g A r n E o. Gardez-vous bien... FERDINAND. J'y suis décidé. g a r n e o , appercevant le Comte. J'apperçois votre père ! SCENE II. Les précédens, L E C O M T E. g A R N e o , devançant le fils. Monsieur le Comte, vous arrivez fort à propos; je m'entretenais avec votre fils de son prochain mariage , il en est enchanté. FERDINAND. Mon père , cpi'il me soit permis... (7 ) LE COMTE. Mon fils , je me réjouis de vous voir dans ces dispositions. Je vous avoue que je craignais le contraire. FERDINAND. Mon père , je dois vous le dire , un mariage si précipité... LE COMTE. Vous savez les raisons qui m'ont déterminé à presser cette union. Notre famille , quoiqu'une des plus anciennes de Lisbonne est loin d'être une des plus riches. Votre premier mariage vous a apporté une fortune considérable ; mais votre fils, dont l'existence vous assure celte fortune , est d'une santé si délicate , qu'il fait tout appréhender pour ses jours. Vous retomberiez dans votre premier état, et il n'est pas sûr qu'alors le riche parti qui vous est présenté , attachât quelque prix à notre alliance. FERDINAND. Eli ! qu'importe. g A R n e o. S'il m'est permis d'ajouter une réflexion , je dirais qu'il est d'autant plus urgent de conclure ce mariage , que Salvador , votre beau-frère , fait répandre sourdement le bruit que l'enfant est mort, et cela pour faire échouer vos projets. FRRDINAND. Mais , Garnéo , ces bruits n'auraient-ils pas un fondement réel ? GARNEO. Non , seigneur. Votre fils , toujours retenu à votre maison de campagne , depuis la mort de sa mère , n'est pas entièrement rétabli ; mais il se porte beaucoup mieux. La dernière b l 1 te du docteur Stéphano me l'annonce , et il revient aujourd'hui même vous apprendre que le danger est passé. Votre lils le suivra bientôt , et sa présence confondra l'imposture et la méchanceté. LE COMTE. Garnéo , je suis sensible à l'intérêt que vous prenez à notre famille. GARNEO. Seigneur , ce n'est que la véritable expression de ma reconnaissance pour tous les bienfaits que j'en ai reçus. Mais, que vois-je ! eh ! c'est le docteur lui-même. ( à part. ) Que vient-il nous apprendre? je n'ai pas eu le tems de le prévenir. ( il va au-devant de lui. ) ? ( 8 ) SCENE III. Les précédens, LE DOCTEUR. G A R N E O , bas. Eh bien ! LE DOCTEUR. Plous d'espoir , e morte l'enfant. g a r n e o , revenant. Réjouissez-vous , seigneur, l'enfant est sauvé. LE DOCTE U K. Que diché ! o a r n e o , bas au Docteur. Laissez-moi parler, {aux autres.) 11 est plein de santé; le docteur, au Comte. Signer, la maladia était incourabilé... ma... G a r N e o, l'interrompant. Oui, mais rien ne résiste à votre talent, {lui serrant la main.) Vous êtes le premier médecin de Lisbonne. E E DOCTEUR. Les mié-talenté sount connus , il est vrai, ma... FERDINAND. Docteur , je n'oublierai jamais ce service. LE DOCTEUR. Ah ! signor, jé voudréro meriteré. g a R n e o, bas. Paix, {haut.) Le docteur joint la modestie la plus vraie au mérite le plus éminent. LE DOCTEUR.' Zé n'en tire pas de la vanita dans ce momento. E E COMTE. Après ce que vous annoncez , docteur , on peut faire transporter l'enfant ici sur-le-champ. g a r n ko, bas au docteur. Répondez oui. LE DOCTE R. Si , signor. {à part.) Ze n'y comprends nienté. LE COMTE. Ainsi , mon fils , voilà les intrigues de Salvador déjouées, et notre esprit, exempt d'allarmes , peut se Inrer aux jouissances les plus pures. Venez que je vous présente moi-même à tous les gens du palais, venez entendre les acclamations <|ue votre présence fera naître , et recevoir les vœux que l'on forme pour notre félicité commune. ( 9 ) T- 1 —-— 1 ■■ -..... -■- 1 —............ SCENE IV. GARNEO, LE DOCTEUR. LE DOCTEUR. Nous voici soûls , j'espère que voï allez m'expliquer l'énigme , car je ne souis pas oun OEdipe. GARNEO. Docteur , il faut réparer le mal que vous avez fait, en laissant mourir cet enfant. LE DOCTEUR. Comment ! le maie que j'ai fato ! per tous les doctors de Salerne, on voit ben que voï n'avez pas connouto la causa délia n.-.ladia. GARNEO. Je le crois bien, mais il est mort. le docteur, rapidement, .Apprenez que le petit était attaqué d'oun marasme qui avait déranzé toute l'économie aniinalé , lequel s'était manifesté par oun diagnostico effrayant. Or, oun aphorisma d'ilyppoorate dit, qu'en pareil cas, la maladia il est incou- rable. GARNEO. Vous avez suivi une méthode excellente ; mais il est mort. i. s docteur, continuant. La maladia était mourale ; il fallait donc commencer per gaine lo spirto : admirate ma conceptione ! garneo, lui criant aux oreilles. Mais enfin il est mort, vous dis-je , il est mort ! il est mort ! le docteur, reprenant avec gravité. Concedo : niais je l'ai fato vivere oun grand mese de piou, et ma reputatione. GARNEO. Te tairas-tu , babillard!... c'est pour votre réputation et l'intérêt <îe la famille de Ferdinand que j'ai à vous parler. L K DOCTEUR. Bené ! bené ! j'éceute. G A E N E O. La elioso est de la plus grande importance. Si la mort de l'enfant vient à transpirer, Salvador, héritier naturel des biens de sa soeur , se hâte d'entrer en jouissance; et l'illns- tre famille du Comte se trouve ruinée presqu'entièrement. Le Bigame supposé, B ( 1° ) LE DOCTEUR. Quoualque soin que l'on prenne , le mystère finira par se iécouvriré , ou voudra vedere l'enfant. g A r n e o. On le verra. LE DOCTEUR, étOUTlé. Ali! ali! nouvel escoulape: vous ressouscitez donc les morte. G A R N E O. Non , mais je les remplace par des vivans. Ecoutez : l'enfant qui vient de mourir est'âgé de six ans , et il y en a quà- tre que, relégué avec sa mère à la campagne , il a été dérobé à tous les regards de sa famille , son père même ne l'a pas vu depuis ce teins. Je puis donc , sans crainte d'être démenti, substituer un autre enfant au véritable héritier. Par-là je cou- serve la succession aux Ferdinand , et vous , docteur incomparable , vous pas ' z pour le sauveur des malades désespérés. LE DOCTEUR. Grand merci de l'honor , ma, diantre , les risques... G A R N E O. Et quels risqiies? les personnes que j'avais placés auprès de l'enfant me sont dévouées , et un seul mot réglera leur conduite. LE DOCTEUR. Ceci est rassurante. G A r n e o. D'ailleurs, il n'y a pas à balancer ; vous savez que je vous ai fait venir d'Italie, afiTi de seconder nu s projets. Je vous connaissais pour un habile intriguant, et, grâces à nies soins, on vous regarde comme un honnête homme; vous n'étiez <. u'un misérable charlatan , et vous voilà célèbre médecin. LE DOCTEUR. Oun charlatan, oun charlatan... G A n n e o. Si ce projet ne reçoit pas son exécution , savez-vous ce qui en résultera ? La famille des Ferdinand est ruinée , mes intérêts sont compromis tout-à fait) je suis contraint l- faire une reforme sévère, où même de rentrer dans l'obscurité. Si, au contraire , nous avons le bonheur de roussir , la fortune est fixée pour toujours dans ce palais, il m'est permis d'en disposer comme par le passé, et vous pensez bien que vous né serez pas oublié dans mes bienfaits. le docteur. Je connais la vostra générosita. ( ■> ) O A n N E O. Ainsi vous me devez tout, espère* davantage; mais ne nie faites pas perdre la bonne opinion que j'ai de votre savoir faire. LEDOCTEUR. Vous ta fare perdere ! ben au contraire, je prétends la rendre mou excellente à vos yeux. Respondez mi , signor : l'enfant que voï voulez souposer est-il dans la vostra pouisstntza? G A R N E O. Non pas encore. LE DOCTEUR. Pas encora , eh bien , rendez honor al niio genio : j'ai votre affaire. G A R N E O. Comment ! LE DOCTEUR. Si, signor. Sachez que je viens de guaiire d'ouna maladia, oune femme qui a 01111 f.'ii f untà peu près de la même confi- gouration que celui de don Ferdinand, et, peroun hasard ben singoulier, d'oune telle ressejiiblantza que j'en ai été frappé moi-même. G A R N E O. Voilà précisément l'héritier qu'il nous faut. LE DOCTEUR. Eh bien , vous l'aurez. La madré d'il picciolo eoune de ces cantatriche qui courent le payso sentza aucoun asile, sentza personne que s'intéresse à elle , il loui sera diffichile de nous résister. JVÎioux cjue cela: elle parait être dans la peine,; perche je présoume qu'avec quoualque argent elle cédera far.hila- menté. Si , per contrario , elle refousait, nous la ferons enlever soubito , et pouis andar , signora , andar , andar. G A R N E O. Je mo repose entièrement sur vous de en soin. Voilà ma bourse , et mes gens sont à vos ordres. Il n'y a pas de tems à perdre : j'entends déjà sur la rivière les cris d'allégresse des batteliers , et la fête va commencer. H.Uez-vouî de découvrir votre cautatrice ; moi je me rends auprès de mon élève, (il s'éloigne.) LE DOCTEUR, SCItl. Ceci me parait ti ès-loucratif. Voilà oune branche tle commerce incôflnouio jusqu'à présent dans là médecins; leAréaé des vivants contre les morts; c'est precioux, veramenté, c'est pi'écioux. Ha! ha ! le singoulier commerce! {il sort en riant.) le vivante coi r e les morté. Ma, voici la fête qui commence , allons travailler à l'exécution de nos projets. ( ï» ) SCENE V (1). (■Plusieurs bateaux ornés de guirlandes t!e fleurs s'avanrenf sr.r le Tage et s'arrêtent pour donner le teins aux pêcheurs et aux musiciens île sortir. Ces derniers viennent se grouppcr sur un des côtés de la scène et continuent de jouer tandis que les bateliers et les lavandières des bords du Tage ferment une danse. Ils élèvent ensuite avec leurs avirons une espèce d'arc de triomphe drvant la porte du comte , au haut duquel se trouve un tableau , portant ces mots , HOMMAGE A L'AMOUR ETA L'HYMEN. Ensuite les musiciens et les bateliers se mêlent ensemble et forment une danse finale. A la fin du ballet un Intendant du palais témoigne, au nom de ses maîtres , sa satisfaction à tous les danseurs et 1rs fait entrer.} SCENE VI. CECILE, FÉLIX, portant un triangle à sa ceinture , B R U S C O T , un orgue a"Allemagne sur le dos. b R uscot, examinant. Nous ne nous trompons pas, voilà la fête commencée. C'est bien ici la demeure du jeune seigneur qui va se marier. Ces guirlandes ne laissent aucun doute. Ce lieu , madame , est bien choisi pour notre début. CÉCILE. Hélas ! B R U S C O T. Vous soupirez, madame. H est vrai que cet état ne vous convient guère ; mais que voulez-vous ? c'est In faute de In fortune : elle n'a jamais fait que des sottises, et ce n'est pas pour nous qu'elle se corrigera. CÉCILE. J'ai du courage , mon cher Bruscot. , BRUSCOT. Et moi aussi , j'en ai , et je nargue cette fortune qui ne favorise que ceux qui ne le méritent pas. Quand nous avons été volé sur la route de Lisbonne , je n'ai désespéré de tien , morbleu, pas plus que pendant votre maladie. Allons , Erus- eot, me suis-je dit, ce n'est pas en pleurant que tu soulageras ta maîtresse. Les pleurs conviennent aux femmes , lais voir que tu es un homme. J'ai ramassé mes dernières rea- (1) Dans les théâtres des départemena ou on n'aunrt pas des ballets, on peut jouer la pièce sous la forme d'un drame. C '3 ) sources , l'ai acheté cet orgue d'Allemagne, et vive l'indus- trie , morbleu , vive le talent ! CÉCILE. Que d'obligations... BRUSCOT» Il faut dire aussi que je faisais ce métier en Allemagne avant de prendre du service en France chez monsieur voire père. Après tout, nous faisons comme les anciens troubadours, ils couraient le monde en chantant l'objet de leur flamme , et vous cherchez un époux que vous aimez tendrement ; imiis une chose me contrarie là-dedans, c'est que vous m'ayez .accompagné. Jarni , c'était, bien assez de moi. Votre père m'a nourri pendant trente ans , ne dois-je pas faire quelque chose pour sa fille ? et vous voulez m'empêcher de payer ma dette : Tenez , madame , c'est affliger le père Eruscùt. c É c I L Ei Laisse - moi partager ta peine, mon ami, et je jouirai avec plus de plaisir du fruit de ton zèle. BRUSCOT. 4 , . Eh bien , j'obéis. Votre présence au moins m'anime, et ja sens que je me surpasserai. Vous allez voir si j'ai du talent à jouer de l'orgue d'Allemagne ! ah ! ah ! et comme je chaule ! le tuyau de ma voix n'est pas des plus bruyans , mais je me fais entendre... et t'est ce qu'il faut. f é l i x. Et moi? vous me comptez pour rien? n'ai-je pas aussi mon petit talent? t'est pour maman que je vais l'employer, et je suis sûr de plaire. .'BRUSCOT. Bien , mon petit Félix ! quand oh a de tels sentimens pour sa mère . le ciel nous favorise ! Tenez , ca me donne bon espoir à moi ! et là-dessus , en qualité d'ancien , je commence... Allcgramento , signori ! (/'/ prélude.) {Différentespersonnes viennent sur la place écouter.) bruscot,/! Cécile. Bon ! voilà déjà des curieux qui s'approchent , Madame. (<;' part.) Pourvu , morbleu , qu'il n'y ait pas plus rl'afflucnro que de générosité, (liant.) C'est le bon moment. Eh ! madame, je ne tremble pas ' Je sais qu'il fiait dans cet état, comme • 'ans les autres, de la fermeté, qu'on appelle impudence. Est-ce que je ne connais pas les hommes ? ils ne croyent ù votre talent que quand vous y croyez vous-même. Au diable la modestie, (il tousse , crache et d.ante.) ( «4 ) A R I E T T E. Biches mortels , à l'indigent Donnez votre offrande légère ; Cédez au tendre sentiment Qu'inspire un enfant et sa mère. Pour vous , c'est doublement jouir, Que d'exercer la bienfaisance, Et de voir la reconnaissance Verser des larmes de plaisir. Riches mortels , etc. B R u s C O T. Ah ça , nous allons maintenant chanter quelque cliose pour les jeunes gi ns qui -vont se marier; peut-être nous feront-ils l'honneur de se montrer. A nous deux , mon petit Félix. F ï £ 1 X. M'y voici. B R V S C O T. Tâchons en même tems d'égayer ta pauvre mère , et de U distraire de cette mélancolie qui me désole. Ce sera là notre meilleure récompense. Premier couplet. O vous tous, que l'hymen invite A vous ranger sous son drapeau , Souffrez que je vous félicité : A mon avis rien n'est plus beau ; Oui, le jour où l'on se marie Est le plus charmant de la vie. ( Pendant la ritournelle , Rrnscot danse d'une manière comique a^ecle petit Félix, Cécile , assise sur un banc de gazon, les accompagne avec l'orgue d'Allemagne ) Second couplet. Nombre d'époux en mariage Ne s'aiment plus après six mois ; Tous ceux qui font mauvais ménage, Disent en se mordant les doigts: Ah ! le jour où l'on se marie , Est le seul beau jour de lu vie. ( Mdne jeu que la première fois. ) Troisième couplet. Souvent l'époux s'exagénairo. Court encore après le plaisir ; C'est assez, dit-il, j'ai beau faire , Arrêtons-nous au souvenir : Car le jour où l'on se marie , Est le seul grand jour de la vie. 'llcme jeu. ) ( i5 ) brcscot, aux personnes qui se sont rassemblées. Voilà , sigtiori , ce qu'on a l'honneur de vous offrir. ( Part' tomime. A Cécile. ) Eh bien, madame , ceci ne s'annonce pas m il Voilà un bon commencement, et j'ai bonne idée pour le ri sle do la journée. Allons , ne soyez pas si triste. Voulez- vous donc vous rendre encore malade ? le médecin vous en a averti. CÉCILE. Ah ! mon ami , que mon sort est affreux ! b r u s c o t , appsrcevant Stéphano. Eh ! voici le docteur qui vous a guérie. SCENE VII. Les précédens,LED O CTE UR. le docteur., dans le fond du théâtre. Précisément je vi cherchais. ( à Cécile. ) Grâce à mon art» et alla mia sientza , je vous vois rétablie perfailamenté. CÉCILE. Dites aussi grâces à vos soins bienfaisans. F É l I x. Maman; je vais l'embrasser pour toi. LE DOCTEUR. Il est charmant le picciolo ! (ilLe caresse. ) Je pourrais loui être outiîe , madame... et en même tems à vous aussi... Vous n'êtes pas dans oune sitoualion horouse... b r u s c o T ■ C'est vrai ; mais que*voulez-vous ? il faut bien prendre le tems pour ce qu'il est, nous prendrions également l'argent pour ce qu'on le donne , si la coutume d'en donner ne commençait à se passer. LE DOCTEUR, à Cécile. Cet enfant est encore ouue charge per voï. CÉCILE. C'est un fardeau bien léger pour une mère. ( elle le presse dans ses bras. ) B R U S C O T. Sachez que tant que le père Bruscot aura du pain , le fils da sa maîtresse n'en manquera pas. CÉCILE. O mon ami ! r. je docteu r, prenant la main de Bruscot. Eh bien, vous êtes du petit nombre des hommes que j'estime. ( à Cécile. ) Je ne prétendais pas vous fare oune offenlz.t. .la voulais solurnenlé dire que je connais cuua doua qui désira ( «6 ) adoptere oun joli enfant. Cului-ci ne peut manquer de loui placere et sa fortune est late. b r u s c o T. Oh ! ciel ! serait-il bien vrai? touches-là à votre tour, {lui tendant la main. ) c F. c r x, E. Cette offre est séduisante , mais... Il R USCOT. Oh ! parbleu , ma chère maîtresse , il ne faut pas de mais à ceia ; voilà une excellente occasion qui se présente : offrez voire lils à cette bonne dama : elle vous prendra peut-être ; vous serez tous deux heureux, et moi , satisfait de votre bonheur , je continuerai de por«cr mon orchestre sur mes épaules. LE DOCTEUR. Malhourousamemé questa dona ne veut avère aucoun rapport avec les païens , ni même les connaître. Elle craindrait de ne pas jouir entiéramente dellamore de son fils adoptivo. CÉCILE. Quoi ! il faudrait renoncer au titre de mère ! jamais ! FÉLIX, effrayé et se pressant contre sa mère. Oh ! mon dieu , maman , est-ce qu'il voudrait ni'einraener loin de toi ! LE DOCTEUR. Dieu me préserve de causer il vostro malhore. ( à part. ) Il faut avère recours à oun autre moyen, {haut.) J'avais ciou •vous fare oune ollre agréabile, je me souis Uompé. b r u s c o T. C'est que, voyez-vous , M. le Docteur, ma maîtresse n'est pas ce que notre état ferait croire : elle u été riche, et elle s'en souvient encore. t. E DOCTEUR. Et per qoual revers la fortuna... n r u s c o T. C'est noire secret. Nous pouvons seulement vous dire que nous sommes partis avec assez d'argent pour venir dans ce pays-ci , où une affaire de la dernière importance nous appelle. le docteur,c part. Voilà oun conte qu'ils me débitent. b r u s c o T. Nous avons été vôlés aux portes de Lisbonne. Ma maîtresse h la suite de cet événement a été malade. La nécessité , comme vous savez , donne de l'industrie Avec quelques bijoux que j'a\ais cachés , j'ai acheté cet orgue. ( 17 >" LE DOCTEUR.' Des bijoux ! ( à part. ) Va béné, lé comte) va bené. B R U S C O T. Et nous voilà à l'abri du besoin. LE DOCTEUR. J'aJmire une si belle action. C É C I L E. Lui seul était capable d'un tel dévouement. b r u s c o T. Nous n'aurions pas eu besoin de ces moyens-là si les voleurs mous avaient laissé nos papiers ; j'avais dans mon porte-feuille l'adresse d'un négociant , correspondant de votre père. C'est un homme très-riche , associé comme lui à la compagnie des Indes ; mais il faut renoncer à cet espoir. le docteur, à part. D'après ce récit io vedo qui n'ont aucoune rissortsa , et je pouis poursouivere mes projets. ( haut.) Ne pensons plus à ce que je voï proposais. Je veux cependant vous être outile. Je souis le médecin de presque touti les habitans d'ichi. Con- fiez-mi le vostré amabilé enfanté. Soyez persouadé que l'intérêt quel inspirera a touti le personné qui le verront ne sera pas infrouctuoso ; et je commence perce palais. CÉCILE. Que de bontés 1 BRUSCOT. Enfin voilà un homme qui ne ressemble pas aux autres. (r#- mettant Félix au Docteur. ) Il veut vous faire du bien celui- là. CÉCILE. Mais si... B R U S C O T. Allons, madame , ne craignez rien. Va, mon ami , je suis sûr quêta jolie petite figure intéressera. LE DOCTEUR. Soyez tranquille , ma bella dona. FÉLIX. Ah ça , vous me ramènerez bientôt. LE DOCTEUR. Oui , sans doute. Dans oun moment ze le rends à la vostra tendressa. Viens , mon petit, viens. ( // entre par le jardin. Musique. ) Le Bigame supposé. C ( «8 ) SCENE VIII. CÉCILE, BRU SCO T. B R V S C O T. Savez-vous , madame, que sa première propos!tson est avantageuse. CÉCILE. Moi renoncer à mon fils ! mon ami, dans ce moment tu ne vois que notre infortune , et tu oublies ce kgue je dois à la nature. Si j'avais le bonheur de retrouver enfin mon époux ; que lui répondrais-je , quand il demanderait son fils. B XI U S C O T. C'est vrai , c'est vrai ! mais le retrouverons nous Jamais cet homme, ce barbare , qui a pu vous aimer et vous abandonner ensuite ? Voilà bientôt six mois que nous parcourons envain le Portugal, lieu de sa naissance j enfin nous voilà à Lisbonne ou rien ne nous fait espérer un meilleur sort. CÉCILE. L'espérance est le seul bien que la fortune m'ait laissé, pourquoi voudrait-tu me l'enlever ? un secret pressentiment me dit que le ciel, dans peu , le rendra à ma tendresse. b r v s c o T. Enfin il vous a abandonnée , et j'en reviendrai toujours là. CÉCILE. Il a obéi aux ordres impérieux de son père ; mais si tu avais entendu l'expression de sa douleur , en me quittant , ses tendres regrets , ses protestations d'amour , et surtout si tu avais tû ses larmes et son désespoir au moment de notre séparat ion ; jamais , non jamais , tu ne pourrais douter de la sincérité de «on coeur. B R U S C O T. Jour de dieu ! pourquoi le destin m'avait-il alors éloigné de la maison ; j'aurais bien vu quel liomme c'était ; j'aurais pénétré jusqu'au fond de son ame. C É C-I L E. Tu voyageois pour les affaires de mon père, lorsque le jeune Gonzales eut accès dans ma famille , et me fit connaître son amour. La vertu était peinte sur sa figure , et je ne pus résister au charme qui m'entraînait vers lui. Mon père, ayant d'autres vues pour mon établissement , m'ordonna détouf'for un amour qui contrariait ses projets. Cette défense ne fit que m'en- flàmer davantage. Mon amant, allarmé par la crainte de ine perdre , me proposa bientôt un mariage secret. b r u s c o T. C'est qu'il n'avait pas de bonnes intentions , madame. ( »9 ) CÉCILE. ' J'eus la faiblesse de consentir , et c'est à cette faute que je dois mon infortune. Je me réfugiais chez une parente où je restai cachée. C'est là que je pleurai pendant cinq ans le malheur d'avoir trop aimé , et que je ine consolais en élevajit le fruit même de cet amour. Enfin , après la mort de mon père , je rentrai'dans le seiu de ma famille. Tout ne m'offrait plus que l'image de la douleur et de la désolation. Je formai alors le projet de chercher celui qui est l'objet de touies mes affections. Celait un devoir pour moi , de rendre un père à mon fils. Ma démarche ne peut-être blâmée par la vertu la plus sévère. Tant qu'il ne m'aura pas rejeté de son seiu , je me plairai à le croire tel que je L'ai vu , et je rends grâce au Ciel de m'avoir donné en toi , un ami qui ait daigné me soutenir au milieu de tant d'incertitudes et de fatigues. b r v s c o T Eh ! madame , après avoir passe'; ma jeunesse auprès du père qui .était riche , il aurait été beau de me voir abandonner sa fille parce qu'elle était dans le malheur. CÉCILE. Ma reconnaissance égalera ton dévouement. b n U S C O T. Nu parlons pas de ces vétilles là , ça n'en vaut pas la peins cécile, avec inquiétude. Te docteur tarde bien à revenir. f B B U S C O T. Effectivement. CÉCILE. Ce retard m'inquiette. B R U S C T. Je vais voir... mais j'apperçois des gens qui paraissent nous examiner. Ce sont des alguasils... oh! les vilaines figures ! ( Musique. ) SCENE IX. Les précédens , GENS DE GARNEO, travestis. 1er. soldat, avx autres. Voici les gens que Garnéo nous a commandé d'enlever ; approchons. ( à Cécile tt Bruscot. ) Pourquoi rodez-vous par ici depuis une heure. BRUSCOT. Parce que nous en avons le droit aussi bien que vous. * I ( 20 ) 1er. soldat. Prenez garde que cette insolence ne vous coule cher, (à Cécile. ) Répondez , que faites vous en ces lieux. CÉCILE. Messieurs, j'attends mon fils, qu'un homme généreux vient d'introduire dans ce palais, 1er. soldat. Vain prétexte que cela. On vous connaît, et l'on sait que Tous êtes de ces misérables , qui, pour émouvoir la pitié , ravissez les enfans à leur famille. CÉCILE. Qu'elle horrible accusation. 1er. soldat. Point de réplique , vous vous défendrez ailleurs. B R U S C O T. Mais, parbleu... 1er. soldat. Paix. B R U S C O T. Au moins , permettez à ma maîtresse d'attendre son fils, le», soldat. Encore. Cécile, criant. Mon fils ! mon fils ! 1er. SOLDAT. Justement , c'est un enfant qu'ils ont dérobé , saisissez- vous de ces gens là. CÉCILE et BRUSCOT. Au secours ! au secours ! 1er. SOLDAT. Enlevea , enlevez toujours. (Musique. Ces dernières parolei sont prononcés tandis qu'< n Fait des efforts pour les entraîner dans la barejae. Bmscot et Cécile tentent pendant quelques momens de s'élancer vers le palais ; mais i! succombent bientôt , et on les jette dans la barque qui disparaît à l'instant. ; Fin du premier Acte. C 21 ) ACTE II. Le théâtre représente une salle du palais des Ferdinand. SCENE PREMIERE. GARNEO, LE DOCTEUR. LE DOCTEUR. T^out a reoussî selon le vostre dcsir. J'ai proposé à cette cantatriclie d'adoptere l'enfanté. Elle a refousé. Per lors j'ai attiré le picciolo adroitement , pouis j'ai l'ait enlevé la m.iuii comme c'était counvenouto. GARNEO. A merveille, docteur. 3. I! DOCTEUR. Zé mi souîs sourpassé , et zen souis étonné moi-même. Aussi zai bonne espéranlza de la vostta generosita. Ma... à propos de generosita , oiine chose m'inquiette , non vedo pas tropo quoualla garantie per mi , ze vois bené per voi. GARNEO. Ah, ali! docteur, je vous entends, voilà de quoi vous éclairer dans votre marche. (/'/ donne une bourse.) Prenez , en attendant mieux. ledocte un. Bené, bené, signor. Il en viendra d'autres, j'espère ; per que voi êtes à la source. GARNEO. Vous êtes donc bien intéressé, M. le Docteur. le docteur. Pas altramenté que voi , seigneur. Savez-vous qu'oun enfante comme ca coûte cher. Il m'a fallout employer de rouses et de soubterfouge de touti les façons. Zai caressé le picciolo , zai consolé la madré, zai liât té le servitore ; et c'est; toutes ces choses-là qué coûtent.Generaleniente dans touti les ai- fairea di quoesta natoura, Si Cm reoussi , rien de pious adini- rabile ; on reçoit des bourses pleines d'or et d'argento, ma si la fourberia sy découvre , on n'altrappe rien moins que la bastonnade, ou quelque chose de mioux, es-co n'est pas tropo agreabile. GARNEO. Il n'y a rien de tout cela à craindre , et puisque l'occasio» * ( 22 ) s'en présente, je vais m'expliquer avec vous. La fortune fis Ferdinand se trouvant assurée, grâce à mes soins, da-jis quelques jours je lui découvrirai les moyens que nous avons employé pour cela , et dès lors la crainte de quelque indiscrétion de notre part le tiendra sous notre dépendance. LE DOCTEUR. O profondor del genio ! ze mi prosterne et ze mi tais. G A R N E O. Quant à l'enfant , nous ne le garderons ici que le toms nécessaire pour assurer le mariage , après quoi nous l'enverrons à la campagne , sous prétexte d'un entier rétablissement. LE DOCTEUR. Achevons donc ce quenous avons si bien commencé , ze vai voi chercher l'enfant. Ze l'ai remis à vostré servi tore aliidé qui l'a déjà vestito des habits del petito Ferdinand. Ma foi, il a des talens ce servitor.C'est loui qui a enlevé la madré. (// sort.) • G A R N E O. Voilà mon intrigue qui marche. Salvodor ayant oni dire que son neveu était mort , à fait demander au Comte un entretient particulier. C'est sans doute pour reclamer ses droits. Comme il va être trompé dans sou espoir , et comme j.' jouirai en lui présentant un héritier de ma façon. Mais voici l'enfant. SCENE IL GA.RNEO, FELIX, LE DOCTEUR. le docteur, a l'enfant. Vilà un moussou , qui va vous dite des choses qui vi feront grand plaisir. g a r n e o , à part. Dieux ! qu'elle ressemblance ! {au Docteur.) Je vous félicite , Docteur , en vérité j'y serais trompé moi - même. Vous pouvez maintenant annoncer sans crainte au seigneur Ferdinand l'arrivée de son fils. le docteur, sortant. Adio picciolo , fachetc" bené tout ce qui voi dira il sigtior. {il sort.) ( 23 ) S C E N E I I I. GARNEO, FELIX. FÉLIX. Etes>vous le monsieur qui doit me faire ses petites libéralités. GARNEO. Non , mais il ne tardera pas à paraître. FÉLIX. Qu'il vienne donc vite , car maman doit être inquiette. GARNEO. Il n'y a pas long-tems que vous êtes ici. FÉLIX. Pardonnez-moi , monsieur , on m'a déjà fait prendre un bain, on m'a habillé depuis les pieds jusqu'à la tête, et certainement... GARNEO. Sans doute que ces beaux habits vous font grand plaisir. FÉLIX. J'aimerais mieux voir maman. G A R N E O. Elle va venir ici. FÉLIX. Quoi ! dans ce beau palais avec moi. G A R N E O. Sans doute , et le maître tjai est un seigneur bien riche veut faire sa fortune et la tienne. FÉLIX. Oh ! que je suis content. GARNEO. Mais il faudra bien l'aimer. FÉLIX. Je l'aimerai de tout mon cœur. G A R N E O. Il faudra aussi l'appeler ton papa. Félix, avec douleur. Moi ! oh ! je n'ai point de papa. G A R N É cf. Non ! FÉLIX. Hélas ! il a abandonné maman depuis bien long- teins , biea long-tems. GARNEO. Il l'a abandonnée. ( H ) FÉLIX. Oui , mais elle espère le retrouver.» o A H h e o. (lé bien , mon petit ami, il est déjà tout retrouvé. C'est lui que tu vas voir dans un moment. FÉLIX. Mon papa. G a R V e o. Eh ! quel autre qu'un père t'aurait donné d'avance tant da preuves de tendresse ! FÉLIX. Oh ! il faut que je court apprendre cette bonne nouvelle à maman. ( // court vers la porte, ) g a r n e o , Carrelant. Tin instant. Ta maman va se rendre ici dans quelques minutes i je te l'ai déjà dit : en attendant, tu vas voir ton petit papa qui vient pour t'embrasser. Il faudra bien le caresser , souviens t'en. F É t i x. Oh ! je n'y manquerai pas , et puis maman m'a dit que je devais toujours l'aimer , quoiqu'il nous ait causé beaucoup de chagrins. G A R N E O. Le voici qui entre. Cours to jetter dans ses bras. SCENE I V. FERDINAND , GARNEO , FÉLIX , LE DOCTEUR. Ferdinand, prenant l'enfant dans ses bras. Mon fds. FÉLIX. Mon papa. le docteur, élùnné , à Garndo. Déjà. garneo, bas. Garnéo ne fais rien à demi. FERDINAND. Que je suis aise de te voir enfin rendu à la santé. le docteur, à part. Haye. FÉLIX. Moi, je me porte bien. GARNEO. Vous savez ce que ls Docteur a eu l'honneur de vous dire. ( »5 ) LE DOCTEUB. Le teînt e le symbolio de la sanita , et vol vide quat coloris !... FERDINAND. Je croyais mon fils perdu pour toujours, FÉLIX. Et moi , je ne croyais jamais voir mon papa. ( Montrant le Docteur. ) C'est lui qui m'a remis dans vos bras. LE docteur, embarrassé. Si , si... zai ou cethonor. ( à Garnéo.) Ne va-t-il pas tropo pailare. garneo, bas. C'est ce qu'il y a à craindre. Ferdinand. Savez-vous qu'il est bien grand pour son âge ! la docteur. Fa grandira la maladia. GARNEO. Seigneur , si vous le permettez , on va le remettre entre le» mains de sa gouvernante. FERDINAND. Non , j'ai beaucoup de plaisir à le voir. FÉLIX. Mais , maman , ne vas donc pas venir ? le docte ur , à part. Ahi ! tout è perdouto ! FERDINAND. Que veut-il dire ? garneo, le tirant à part. C'est qu'on lui a caché la mort de sa mère. FERDINAND. Je croyais au contraire que la mort de sa mère avait CftU»« sa maladie. LE DOCTEUR. E vero que je l'ai traité , comme si la maladia... FÉLIX. Que dites-vous de maman ? FERDINAND. Rien , mon ami. F É L IX. Elle sera bien contente de te revoir. Elle est ici dans le palais. FERDINAND. Hélas ! Le Bigame suposé. D ( 26 ) FELIX. Tu l'as rendue bien malheureuse ! FERDINAND. Oui , j'ai eu de grands torts , niais je les réparerai de tout mon pouvoir. FÉLIX. Depuis fort long-tcms tu l'as quittée , et c'est bien mal. FERDINAND. Il me déchire le cœur. G A R N E O. Ne parlez point de cela , mon enfant , vous voyez que vous affligez votre père. FÉLIX. Ah ! c'est que maman l'aime tant ! FERDINAND. Dieux ! r e docteur, à part. Il maledetto va tout decouvriré. FÉLIX. Si elle n'eut pas BCU la musique, nous aurions été bien plu* malheureux encore. LE DOCTEUR. Ah ! per le coup , e finito. FERDINAND. Comment la musique ! G A r n e o. Votre épouse aimait passionnément la musique ; et elle avait recours à cet art agréable pour calmer sa douleur. FERDINAND. Ah ! combien je suis coupable. f É l i x , à Ferdinand. Viens , allons voir maman. ( à Stéphano qui le tire par la main. ) laisse-moi , tu me fais mal. G A R N E O. Tout ce que votre fils dit de sa mère , augmente votre tris- tresse. Souffrez qu'on l'éloigné. FERDINAND. Il est bien pardonnable. C'est la nature qui s'exprime par sa bouche. 1 E DOCTEUR. Si, signor. Ma c'est oune afllictione tropo grande per voi. Ferdinand, H l'embrasse. Qu'on l'emmène. ( 2/ ) ï É t i x , à Garnêo et au Docteur. Laissez-moi, vous autres (lise débat entre les bras du Dot- teur qui l'emmène et crie de toutes s forces. ) Maman , maman , je veux voir maman. G a R N F o. Dieux ! Salvador avec le M. Comte s'avancent ici. FERDINAND. Quel motif ! c A r N e o , au Docteur. Emmenez , emmenez l'enfant. ( à part. ) Cet instant exige toute ma présence d'esprit. SCENE V. IE COMTE , FERDINAND , GARNEO , SALVADOR. LE COMTE. Mon fils , voici notre parent Salvador que la nouvelle de la mort de votre enfant conduit au milieu de nous. SALVADOR. Oui , seigneur , et il ne fallait rioii moins qu'un pareil événement pour m'amener dans cette maison. LE COMTE. Expliquez-vous sans aigreur. SALVADO I». Je voudrais avoir un caractère aussi heureux que le votre pour rester calme , lorsque je perds la seule parente qui me, lut clière au monde, et lorsque j'ai sous mes yeux l'auteur de ses longues souffrances. Si nos sontimens se trouvent si opposés , c'est que la véritable amitié m'attachait à elle , tandis que l'in- téièt seul vous avait fait briguer sa main. le comte. Il me semble qu'une famille qui tient simplement à la magistrature devait s'honorer d'une alliance telle que la nôtre. SALVADOR Cette ambition a perdu ma malheureuse sœur. Je m'y suis Opposé ouvertement , et si j'ai donné mon adhésion , c'était dans l'espoir que ma sœur trouverait auprès de vous les égards, les prévenances , les procédés enfin, qui doivent caractériser un homme de votre naissance. Vous avez trompé mon attente. FERDINAND. Salvador , votre sévérité à mon égard... SALVADOR. Rien ne peut justifier vos torts. Vous étiez aimé de ma sœur , et, coupable époux , vous avez méprisé sa tendresse. Elle est restée à la campagne pendant cinq ans «ans que i« ( 28 ) remords vous ait ramené à ses pieds. Vous n'avez pas mémo daigné la visiter à son heure dernière ; et à peine est-elle dans la tombe , que vous aspirez après un nouvel engagement. E E COMTE. Salvador, ne venez-vous donc que pour faire entendre des reproches ? SALVADOR. Ce sont les expressions que m'arrache un souvenir douloureux , et c'est un hommage que je devais aux nu'nes do ma sœur. Ç'eut été de votre part insulter à sa mémoire que de faire servir sa fortune à vous faciliter les moyens de contracter une nouvelle alliance. Le ciel, toujours juste , ne l'a pas permis ; l'enfant qui vous assurait celle fortune n'est plus , et je la réclame , moins parce que je la désire , que pour vous empêcher d'en abuser. E E COMTE. C'en est trop. FERDINAND. Mon père , veuillez vous calmer. ( à Salvador. ) J'ai des torts , je le sais , et mon coeur me les reproche encore plus fortement que votre bouche. SALVADOR. Je connais le prix que je dois attacher à cet aveu. Ne nous occupons que du motif qui m'amène. FERDINAND. Dans ce cas , je n'ai rien à vous répondre. Mon fils existe. SA LVADOR. Votre fils existe ! cette assertion est bien hardie. FERDINAND. Elle est vraie. I, TE COMTE. D'où vient donc votre persévérance à faire courir le bruit de cette mort ? quel motif peut vous engager.... SA LVADOR. Laissons toute conjecture , qui ne pourrait que m'offenser. Si l'enfant existe , qu'on me le présente. g A n n e o. Rien ne sera plus facile ; il est ici. Je vous demande pardon , M. Le comte , c'est moi qui suis coupable. Oui , monsieur , j'ai causé votre erreur : je savais que vous aviez gagné plusieurs de nos gens , qui épiaient secrètement ce qui sa passait dans le palais , et vous en rendaient compte. Cette conduite me fit deviner l'envie que vous aviez de ressaisir la fortune de votre sœur. Je vous ai fait parvenir la fuisse nouvelle de cette mort ; j'ai tout disposé , pour la rendre vraisemblable ( =9 ) à vos yeux , afin de mettre au grand jour votre avidité , et faire retomber , sur vous-même , la lionle que vous préparé i à une famille illustre. E E COMTE. Garnéo, je blâme votre conduite. Vous avais-je chargé de cette épreuve ? s a t v a D o R j avec dédain. Je ne dois pas connaître cet homme dans notre différent; et son imputation ne m'inspire que du mépris. Que l'enfant gâtais se , c'est là tout ce que je vous demande. FERDINAND. Faites venir mon fils. ( Garnéo sort. ) SALVADOR. Mais il n'y a pas long-tems qu'il était malade , et l'on paraissait même désespérer de ses jours. FERDINAND. Il est vrai ; mais nous devons ce prompt rétablissement aux, soins d'un médecin habile que j'avais placé près de lui. ( Garnéo entre avec Siéphano et l'enfant. ) SCENE VI. Les frécédens, GARNEO, LE DOCTEUR, FÉLIX. Ferdinand, prenant l'enfant dans ses bras. Le voilà , ce fils , pour qui je sens redoubler nia tendresse ! FÉLIX. Je t'aime aussi beaucoup , mon papa. LE COMTE. Eh bien , le reconnaissez-vous ? SALVADOR. Oh ! oui, c'est lui-même 5 et j'avoue mes torts , avec cette joie que produit un bonheur inespéré. LE COMTE. Que cette leçon vous soit utile, et vous apprenne désormais à suivre plutôt les conseils de la prudence , que les impulsions du ressentiment. s a r. v a d o n. Je suis enchanté que mou erreur soit détruite. En héritant des biens de sa mère , j'espère aussi qu'il aura hérité de ses vertus. Viens , mol» enfant , viens dans mes bras l FÉLIX. Quel est ce monsieur ? GARNEO. C'est votre oncle. ( 3o ) FÉLIX. J'ai donc bien des parens. ( il l'embrasse. ) salvadob, à Ferdinand. Rendez-le plus heureuar'que sa mère. F É L I X. Oh ! il est bien fâché des chagrins qu'il lui a causé». x- e n o c t e u h , à part. Oh ! le petit babillard , il va nous trabiré ! G A R N E o , bns à Salvador, Pardon , souffrez qu'on l'emmène : c'est la lèle du Comte } et il a besoin de s'y préparer. SALVADOR. J'entends. ( on emmène l'enfant. ) ( Salvador au Comte. ) M. Le comte , permettez que je me retire , et veuillez oublier ce qu'il peut y avoir eu d'offensant dans ma démarche. le C o M T E. Mais , quel bruit se fait entendre ! SCENE VII. Lesfrécédens, BRUSCOT, deux Domestiques. bruscot, 5e débattant contre les domestiques. Personne ne m'empècbera de voir s'il est ici. Où est il ? où est-il ? F E R D I N AND. Que cherchez-vous , mon ami ? n r u s c o T. Le fils de ma maîtresse qu'un scélérat nous a enlevé. g a n n e o , à part. Ciel ! tout est perdu ! ( haut. ) C'est un fou. ( Le prenant par la main. ) Mon ami , prenez garde à ce que vous faites , et veuillez sortir. BRUSCOT. Non , parbleu , je ne sortirai pas que je ne sache ce qu'on en a fait. G A R N E O. Vous vous trompez , vous dis-je , vous êtes dans la maison d'une personne qui , par son rang , peut... BRUSCOT. Je nie mocque des rangs , l'injustice rabaisse tous les Iiûra- mes. Qu'on me rende l'enfant de ma maltresse. salvador>o part. Ce que j'entends fait naitre en moi des soupçons. ( à Brus- eot, ) Mon ami , vous réclamez ua enfant ? ( 3i ) B R U S C O T. Oui , monsieur , c'est l'enfant de m'a m&îtresse. g A R n e o , à part. Nous aurons de la peine à nous tirer de ce nouvel embarras. Salvador, à Ferdinand. Aux torts dont vous êtes coupable , auriez-vous ajouté ua crime ? L'enfant que j'ai vu serait-il supposé. b r u s c o T. Un enfant ! c'est le nôtre. G A R N E O. Sortez , allez-vous-en. Ferdinand, avec force. Non , qu'il reste ; je suis accusé , je ne veux pas que les soupçons planent sur ma tête. ( à Salvador. ) Interrogez vous- même l'homme qui les excite. ( à Bruscot. ) Mon ami , expliquez-vous sans crainte. G a R N e o , à part. Malheureux ! que va-t-il faire î B R U S C O T. On a enlevé le fils de ma maîtresse , vous dis-je ; le ravisseur est entré dans cette maison ; et comme si son crime n'eut pas été assez grand , il nous a fait saisir ma maîtresse et moi. Mais , corbleu , on ne mène pas le père Bruscot comme un mouton. J'ai tant fait de bruit que tout le monde s'est amassa autour de nous , et que les coquins qui nous tenaient nous ont lâché et ont disparu. Je n'ai pas perdu de teins , j'ai couru vers ce palais , où j'espère déterrer le Iripon que j'ai cru honnête homme. Je suis entré , malgré tout le monde , et de par tous les diables , je n'en sortirai pas que je ne sois satisfait. Ma maîtresse qui n'a pas des poings comme moi pour se faire obéir , est restée à la porte. Ordonnez qu'elle entre et elle s'expliquera. Salvador, au Comte. Seigneur , si vous êtes étranger à cette alfaiie , donnez vos ordres sur-le-champ. G a R n e o, a part. Il faut ici un coup de génie. l e comte, aux domestiques. Faites entrer cette femme, et que l'on sache enfin ce qu« tout cela signifie. BRUSCOT. Je cours la chercher moi-même. FERDINAND. Faites en même tems venir mon fils , ainsi que le mu Je ci h qui l'a soigné et qui est actuellement près de lui. ( 3a ) SCENE VIII. LE COMTE, FERDINAND, GARNEO, SALVADOR. II COMTE. Que vent dire tout ceci , Garnéo? g a n n e o. J'en suis aussi étonné que vous , seigneur; mais un trait Ja lumière brille à nies yeux. Mon zùle pour l'intérêt de Voire maison ne s'est jamais démenti. C'est lui qui me donnera le courage d'attaquer directement le coupable , et je nomme Salvador ; oui, vous êtes d'intelligence avec le personnage qui vient de paraître et celui que l'on va vous amener. SA I-VADOn. Misérable !... mais j'ai besoin de me modérer Vos subterfuges sont aussi méprisable que les motifs qui vous les inspirent. Nousallons bientAt connaître la vérité, et qui de nous ici est, l'imposteur. SCENE IX. Les précédens, LE DOCTEUR, FELIX. le docteur, bas d Garnéo, Qu'y a-t-il donque , signor ? G A. R N E o', baS. Prudence et fermeté ! FERDINAND. Voici le docteur qui a traité mon 61s dans sa maladie , et son témoignage, je pense , doit être d'un grand poids. LE DOCTEUR. Voi n'êtes pas sentza avère entendoulo parlar del doctorSlé- pliano. s A L v a d o R. Cet homme vous est dévoué. Son témoignage me devient suspect. Non , ce n'est pas de sa bouclie que j'espère tirer la vérité. Mais voilà des gens qui pourront éclaircir nos doutes. SCENE X. Les précédens, CECILE, BRUSCOT. Félix, s'avançant vers sa mère, , Maman ! cécile, l'embrassant. Mon cher enfant ! BRUSCOT. Mon petit Félix ! ( 33 ) SALVADOR. Vous l'entendez. le docteur, a part. Ceci sent la fièvero. f é l i x, prenant sa mère par la main. Tiens , maman , voilà mon papa. c^ciLEj reconnaissant son époux. Est-ce une illusion ? non , non , c'est bien lui. ( à genou» et tenant Félix. ) Dieu de bonté, tu m'a donc exaucée ! FERDINAND. Que vois-je ! ( se cachant sur l'épaule de Garnéo. ) Césil» dans ces lieux ! garneo, bas. Quel contretems ! c'est elle ! le comte. Tout ce que je vois me cause un étonnement... SALVADOR. Je vous estime assez pour le croire , seigneur ; mais votre fils est loin d'avoir vos principes ; rien n'est sacré pour lui. J'ai déjà tout pénétré. Il a arraché à cette femme un enfant , qui, par sa ressemblance , devait tromper nos yeux et lui assurer une fortune dont il est indigne. FERDINAND. Non , seigneur , non , jamais un projet aussi odieux n'a pu souiller mon ame. Je croyais presser mon fils dans mes bras... Que cfis-je ! c'est lui , oui, je le vois , c'est mon enfant. LE COMTE. Mais alors , d'où vient cette contradiction? g a r. n e o , passant du côté de Cécile. Souffrez que je l'interroge moi-même. cécile, le reconnaissant , à part. Garnéo ! GARNEO. Eh quoi ! madame , vous osez soutenir que c'est là votre fils? ( bas. ) Niez-le t ou vous perdez votre époux. ( Cécile fait un mouvement. ) LE COMTE. Pourquoi cet embarras ? elle se trouble ! CÉCILE. Grands dieux ! LE COMTE. Que signifie l'agitation quel éprouve ? GARNEO C'est l'effet du remords, (bas.) Il a épousé une autre femme. {haut ) L'aveu que l'on vous demande est pénible , madame , Le Bigame supposé. E ^^vfi ( 34 ) mais il est nécessaire pour ramener le calme dans celte maison. LE COMTE. Eli bien , madame , vous plaira-t-il de mettre fin à cette cruelle incertitude. o A R n e o. Parlez. Cécile, à part. Que dois-je faire ! Ah ! nature , quel sacrifice ! Salvador, avec force. Répondez, madame , répondez , à qui appartient cet enfant ? cécile, avec un effort pénible. Il est son lits. SALVADOR. Vous vous disiez sa mère ; l'êtes-vous ? G A R N E O. Is'on ! BRUSCOT , après avoir écouté tout ce qui précède avec impatience et ce dernier mot avec étonnement. Comment , non! corbleu ! prétendez-vous vous moquer de ma maîtresse, vous autres ? Et vous , madame , est-ce que vous reniez voire sang? • ; t é r. i x. Oii ! mon dieu , maman , est-ce que je ne serais plus ton cher l élijt î c É c i l n , à part. Que je souffre \ Salvador, à Hruscot. Parlez , mon ami , parlez , et je vous ferai rendre justice. B R u s c o t , hors de. lui. Si je parlerai ! je crierai plutôt, s'il en est besoin. Ofli, c'est le fils de ma maîtresse. Ces gens l'ont intimidée, interdite ; mais , morbleu , personne ne me fera peur à moi. le docteur, à part. Le malé è dans sa criso. g a r n e o , au Comte. Mes soupçons n'étaient que trop fondés. Vous le voyez , cette femme, soit par crainte , soit par lu faiblesse attachée à son sexe , n'a pu long-tems dissimuler; elle vous a avoué qu'elle n'était pas la mère de cet, enfant. L'obstination de cet homme ( montrant Bruscot. ) doit achever de vous convaincre de leur imposture. LE COMTE. J'en sais assez et je n'ai pas besoin d'autres preuves ; la vé- ( 35 J rite brille à mes yeux. Holà ! quelqu'un, {le mouvement qu'il fait dérange la scène et découvre le Docteur qui était caché.) b h u s c o ï , cherchant. Je ne trouverai donc pas celui qui est cause de tous nos maux. Ah ! mille diables , le voici , je ne l'avais pas vu. L« Voilà le fripon quia enlevé l'enfant. L £ DOCTEUR. Piano, piano. G A R N E O. Ils se porte à des voies de faits. LE COMTE. Qu'on fasse sortir ces gens qui ont amené le trouble daru ma maison. oivrneo et le docteur, les repoussant. Allons , allons , sortez. FERDINAND. Arrêtez , arrêtez , je ne puis plus me contenir et mon secret m'échappe. Cette femme n'est pas coupable , c'est un prodige de vertu qui doit exciter votre admiration. Salvador, je suis éclairé maintenant, reprenez votre fortune , l'enfant de votre sœur est mort ; des scélérats , je le vois , ont substitué celui ci à mon insçu ; mais cet enfant n'en est pas moins mon fils, et dans cette femme qui, par son amour pour moi r étouffé le cri de la nature , reconnaissez , oui , reconnaissez mon épouse. ( il va se jeter dans ses bras.) T O U s. Son épouse ! B R U S C O T. Serait-ce celui que nous cherchons depuis si long-lems. ciici LE. C'est lui-même , c'est mon époux. b r u s c o T. O ! providence ! LE COMTE. Que viens-je d'entendre ! quoi vous auriez pu former un hymen clandestin et préparer le déshonneur de votre famille. SALVADOR. Il était marié , et il a épousé ma sœur ! quelle scélératesse ! je devrais sur-le-champ porter ma plainte devant les tribunaux , et dévoiler un crime que la loi punit de mort ; je retiens un couronx légitime, et je respecte mes ennemis abattus; cela Ruilit à ma vengeance. Je me relire, mais rappelez- vous que j'emporte avec moi le secret d'où dépend votre des-i tinée. ( 36 ) LE COMTE. Ah î Salvador , je le sais , vous êtes membre d'irn tribunal redoutable ; mais vos sentimens élevés me font espérer que vous n'accablerez pas entièrement une famille malheureuse. SALVADOR. Je ferai mon devoir. Adieu , seigneur. ( il se retire.) le comte, tombant dans un fauteuil. Ah ! père infortuné ! c É c I L E. Grand dieu ! qu'ai-je fait ! FERDINAND. O ! ma Cécile ! le comte, à Ferdinand. Malheureux ! voilà donc Je fruit de ton inconduite. Voilà l'opprobre que tu réservais à ma vieillesse; mais je ne descendrai pas au tombeau déshonoré. Tu ne m'appartiens plus ; je brise les liensde la nature. Que le ciel seconde ma vengeance j reçois ma malédiction. ( 1/ tient les bras élevés sur Ferdinand qui , étendu à terre , embrasse les pieds de son père , et s'écrie. ) FERDINAND. Mon père ! Cécile , s'opposant à cette malédiction ainsi que Bruscot et Félix. Arrêtez , c'est votre fils. ( La toile baisse sur ce tableau. ) Fin du second Acte. ( 3 7 ) ACTE III. Le théâtre représente les jardins du Comte. Au fond on voit la façade de son palais. Sur /es deux angles s'élève un tertre , et sur le devant on apperçoit une grande terrasse , où se formeront des danses qui répondront à celles qu'on exécutera sur l'avant-scène. Tout annonce les apprêts d'une fêté , et une illumination générale décore les jar~ dins. SCENE PREMI ERE. GARNEO , LE DOCTEUR , Domestiques , occupés dans le jardin. UN DOMESTIQUE, à GaTltéo. IjE jardin est/lisposé pour recevoir Ja société , et l'on n'.u- tend plus que vos ordres pour commencer la léte que vous ave« ordonnée. LE DOCTEUR. Per lë momento , on n'a pas envie de .danser. g a r.n e o y au Docteur. On fera avertir tout le monde quand il en sera tems. Eloignez-vous et laisses libre cette partie du jardin. ( ils se retirent. ) SCENE II. GARNEO, STÉPHANO. GARNEO. L'événement qui vient de se passer a bien dérangé nos affaires. LE DOCTEUR. Certainamenté , et depouis ça me donne une fièvre continue. ' GARNEO. Mais elles ne sont pas encore désespérées. LE DOCTEUR. Elles sont bien malado. GARNEO. Il s'agit seulement d'obtenir un ordre pour renvoyer cette ( 38 ) femme dans son pays, et la tranquillité renaîtra aussitôt. EEDOCTEUR. Exchellentissimo , le remedio ; ma qualle autorita vi dou- nara oun ordre comme ca. .» G A R N E O. Ceci regarde le Corrégidor , et tu vas aller... I. E DOCTEUR. Non , non , mi parait que per oune chose si importante vous feriez béné d'y audare vous-même. G A r n e o. Les affaires sont ici dans un tel état de trouble , que je ne puis ni'absenter un instant sans faire naître des soupçons. ' t E DOCTEUR. Je crains de ne pas roussire. G A R N E O. Le mandat d'arrêt contre cette femme existe depuis cinq ans. Ecoute-moi. 1 E DOCTEUR. Zo vi écoute. G A H N E O. Cette étrangère est fille d'un négociant de Marseille , appelé Jean-Baptiste Lieutaud. E E DOCTEUR. Jean-Baptiste Lieutaud ! ze l'ai connouto de repoutatione. G A R N E O. Après ce mariage fait clandestinement , elle sevitcontrainte de quitter les foyers qui l'avaient vu naître pour se dérober aux persécutions de son père. Celui-ci , dès L'instant car il ne sont pas mariés. 1 E DOCTEUR. Comment! ils ne sont pas mariés ! G A R N E O. Non , et nous pouvons agir Hardiment contre elle. Il faut que je t'en fasse l'aveu , puisque la circonstance l'exige. LE DOCTEUR. Ne serait-ce pas oune de vos petites inventions , per mi fare avaler la pilloule. G A r n e o. Rien n'est plus certain. L'acte , le ministre , les témoins tout est faux. Il n'existe qu'un seul ai le de célébration de ce prétendu mariage ; c'est moi qui l'ai écrit , et il est là dans mon porte-feuille. Ce lieu n'est pas favorable , je te le montrerai dans mon appartement. - I. E DOCTEUR. Perche n'avez-vous pas averti le padré. O A. » tf E O. ' " ' " " "' C'était bien mon intention ; mais en ce moment que les partis sont en présence , cet aveu m'exposuiait à de grands dangers. Je déposerai ce secret quand là femme sera partie. (Juant à toi , si je te le dévoile , c'est que la nécessité m'y contraint, et que c?est le seul moyen de nous sauver. Ton sort est lié au mien , et dès cet instant tu deviens mon complice. LE DOCTEUR. Comment vostre complice ! est-ce que c'est comme oune ma- lailia épidémique qui se commounique , ca ? G A R N E O. Tu étais a Marseille à cette époque, et cela me suffit: ( Stéphane) fait un mouvement. ) car s'il te prend jamais la lantaisie d'être indiscret , rappelle-toi que je déclarerai qu« tu y as pris une part active. . LE D O C T E U R. Ah ! povero di mi ! c'est finito ! ( 4o ) G A H N E 0. Hâte-toi de remplir l'ordre que je t'ai donné ; le tems presse. 1e docteur. Basta , basta , signor , j'y vais et per la même coumodité , je prendero oun passa-port. G A R N E O. Comment , un passe-port t r. E DOCTEUR. Si , signor. Je vous ai dit que cette affaire m'a donné ouiis espèce de fièvre , perche , voyez-vous , j'ai besoin de respirer oun poco l'air natal. Ça mi fera de bien. G A R N E O. J'entends, c'est une maladie de poltronnerie. Au reste , guéris-toi à ta manière. LE DOCTEUR. Il est bon d'ouser de précautions. G A R N E O. Ma prudence n'a rien négligé , et nous sommes à l'abri d« tout événement dangéreux. LE DOCTEUR. Tant mieux, signor : ma doui souretés valent miouxqu'oune. garneo,« part. Je me retire , une plus longue absence pourrait devenir nuisible. Adieu , je compte sur ton zèle. SCENE III. LE DOCTEUR, seul. Comme cethomme m'a embarrassé dans ses filets , sans qu« ze m'en doute '. c'est que l'intrigue à laquelle il me fait l'iionor tle m'associer mène droit au tribounalde l'inquisition, qui Me broûlerait tout vivante. Oh dio ! dio ! mi voilà dans oune ci isa terrible. D'oun côté zai à craindre Garnéo qui est oun mauvais génie ; de l'autre , le Comte qui est tout puissant , et enfin Salvador qui è oun membre de l'inquisition. Zaurai ben de la peine à roi tirer de là... Basta, basta , commençons toujours per fare enlever cette femme , ça mi rendra agiéabile aux doux partis ; et sourtout n'oublions pas de première orn passa- port... On s'avance de ce côté , ze décampo. Ze vais faire le long du chemin oune consoultation en moi-même per veder si ze n'y trouverais pas oun moyen megliore de m'y tirer d'uflaro, ( // sort. ) (4> ) SCENE IV. LE COMTE, FERDINAND. le comte, à un domestique. Faites venir tes étrangers, et donnez des ordres pour qu'aucun domestique n'approche de ces lieux. Je les ai choisis pour être à l'abri des importuns. {Le domestique sort.) {M son Jîls.) Mon fils , la pitié à fait place au couroux. J'oublie que vous êtes un fils coupable pour ne plus voir en vous qu'un homme exposé au danger de perdre la vie. C'est ce qui m'a détermina à faire une démarche qui n'est ni dans mon caractère, ni selon mon rang. J'ai vu Salvador, et j'en ai obtenu l'assurance qu'il ne compromettrait point notre famille et n'exposerait pas votre sûreté. FERDINAND. Ah! mon père t combien je suis sensible à cette marque d'attachement. LE COMTE. J'ai fait en même teins une autre démarche , dont l'effet sera sans doute inutile. FERDINAND. Eh ! quelle démarche. LE COMTE. Vos résolutions vont déterminer les miennes, et je ne doute pas qu'elles ne soient conformes à ce que vous devez à votre famille et à vous-même. FERDINAND. Parlez, mon père , je suis disposé à tout ce que peut exiger l'honneur le plus rigoureux. LE COMTE. C'est de revenir aux sentimens que je vous ai inspirés dès votre enfance , et de réparer la faute que vous avez commise loin de mes yeux ; et voici les personnes qui vont déterminer ma conduite. ~s1Te n e v. Les précédens , CÉCILE, BRUSCOT, FÉLIX, accompagnés d'un domestique qui se retire aussitôt. le comte, â Cécile. Approche*, madame, et soyez témoin des volontés d'un père. Mon fils a formé des nœuds dans un âge où il n'avait pas le droit d'apir sans mon consentement , ce qui m'offre un moyen de les faire rompre actuellement qu'ils nie sont connus. CÉCILE. Qu'entemls-jo ! Le Bigame suppose. F ( 42 ) B R U s C O T. En voici bien d'une autre ! LE COMTE. Je conçois, madame, que cette résolution vous porte un coup terrible ; j'espère , cependant, que votre condescendance m'empècbera d'user de la rigueur que la loi me permet, c É c i L R. Ferdinand , suis-je réservée à de nouveaux malheurs ? FF. R » I N A N B. Ne craignez rien , Céi Lie , je suis votre époux , et ce titre m'est trop cher pour que j'y renonce. le comte, d un domestique qui entre» Que roulez-vous ? SCENE VI. Les précédées, UN OFFICIER DU ROI, G A R N E O. g a r n e o , au Comte. Un officier , porteur d'un ordre de la cour , demanda à êtta introduit. b r u s r, o T. Ceci est de mauvaise augure. LE C O M T F.. ' Je sais ce que c'est. Qu'il attende un instant , je lui tarai savoir nia réponse ; ne vous éloignez pas. ( il sort. ) FEBDINAND. Que doisje soupçonner, mon père... t >■ comte, d son fils. Craignez que votre résistance n'attire sur vous toute ma sévérité , et que je ne sois contraint <îe faire subir à cette femme , le sort de ces créatures qui portent le désordre au sein de la société. CÉCILE. Dieux ! F É L IX. Oh .' maman , il me fait trembler ! bruscot, bas. Ouf ! je me tais. Je sens que je gâterais tout. F E R V) i n a m n. Si vous aviez le barbare courage de briser des liens sacrés, et de flétrir la vertu de celle à qui je suis lié , maintenant, libre de mes actions, je saurai les renouer, malgré le crédit que vous pouvez employer ; et, si de vains préjugés m'empêchent ici de remplir mon devoir d'honnête bomme , je fuirai dans une terre étrangère , je braverai toul, jusqu'à l'indigence, ( 4? ^ j'aurai ' r É l i x. Mon papa î ( Cécile tombe dans les Iras de Bruscot.) {M.) SCENE VIII. LE COMTE, CÉCILE, FÉLIX, BRUSCOT , GARNEO. g A r n e o, entrant. Lh quoi ! seigneur., on emmène votre fils ! LE COMTE. C'est vous , Garnéo , qui êLes cause de la sévérité que j'exerce contre-lui : vous avez servi la folle passion d'un jeune homme , aux dépends de ce que vous deviez à une famille respectable : vous avez trahi ma confiance , et mon fils n'est pas le plus criminel. Pourquoi n'avez-vous pas employé toute l'autorité que je vous avais transmise , pour empêcher ta mariage inoui. G A n N e o. Calmez votre couroux , seigneur , et ne me condamnez pas si légèrement. J'ai combattu de tout mon pouvoir un penchant qui s'annonçait dans votre fils avec une violence sans exemple; il se consumait , dépérissait , et faisait tout craindre pour ses jours. La main de celle qui avait embrasé son aine , pouvait seule alors le sauver. Que devais-je faire ? LE COMTE. Il valait mieux user de violence , que de permettre une telle ignominie : aucuns motifs ne peuvent vous excuser. g a n. N e o. Mais, seigneur, ce mariage n'élant pas revêtu de votre consentement, je vo.ua laissais toujours la facilité de l'annuU 1er quand vous voudriez b r u s c o T. Voyez comme les fripons ont de la prévoyance ! LE COMTE. Sans doute que j'ai le droit de rompre cette union ; et Ifi* moyens de rigueur que j'emploie prouvent assez combien j'y suis décidé. Si vous êtes dans la persuasion que vous n'avez rien à craindre pour vous, madame, le sort de celui que vous paraissez aimer, vous sera-t-il indifférent. Il dépend de votre conduite dans ce moment , et j'en attache le prix à une renonciation entière de votre part. CÉCILE. Eh ! quand même j'aurai le courage de me sacrifier pour mon époux , m'est-il permis de sacrifier en même tems les droits de mon fils ! LE COMTE. Aussi, mon intention, madame, n'est elle pas de vou» î 45 ) abandonner dans votre infortune. Jugez mieux de mes senti- Bir'ns ; mes bienfaits vous accompagneront et vous mettront à l'abri des besoins. CECILE. Vous me ravissez Je seul bien qui me faisait chérir la vie ; tons les autres me sont odieux. Gardez ces bienfaits , qui , si je les acceptais, sembleraient un aveu tacite de mon déshonneur. Sachez qu'oui peut faire souffrir les honnêtes gens, mais qu'on n'achète jamais le droit de les humilier. bruscot, avec explosion. Bien, madame, préférez ia pauvreté la plus dure à une aisance honteuse. S'ils ont de l'orgueil , nous avons de la li< rte ; s'ils nous laissent le malheur, nous avons le courage j et, ventrebleu , depuis qu'ils ont voulu nous anéantir, je me crois un géant; ils apprendront bientôt si l'orgueil vaut mieux que la vertu. Je prends cet enfant par la main, je le conduis dans Lisbonne , je l'expose sur la place publique , et je m'écrie: habitons de ces lieux, le comte Ferdinand , que vous croyez si sévère sur l'honneur, vient de commettre une tîctioin indigne , une tyrannie affreuse, il a cassé un mariage légitime, il a jeté dans les prisons son. fils, et cet enfant , héritier de son nom , est réduit à demander l'aumône devant le palais de son père. LE COMTE. Quelle audace ! BRUSCOT. Oh ! je suis un vieil allemand , et ce que je dis je le fais. G A R N E o , à Cécile. Cette imprudence ne pourrait nuire à M. le Comte, et causerait la perte de son fils. I E COMTE. Eh ! quand même je braverais l'opinion, en consentant à ce mariage , pourriez-vous Soustraire votre époux à l'autorité des loix ; ne l'accuseriez-vous pas par votre présence nteme; ne découvrirait-on pas bientôt qu'époux criminel, mon lils a trompé deux femmes en même teins. Voilà sa position , et voilà les craintes d'un père : et vous femme infortunée, c'est par voire amour même ( car je crois à l'honnêteté de vos sentimens; ) c'est par votre tendresse que vous l'aurez perdu , que vous aurez attiré un châtiment terrible , eniin. la mort sur le malheureux qui vous a trop aimé. CÉCILE. Ah ! que dites vous '. écartez de mon esprit cet horrible î.»- llleau. Je vois à présent les maux que j'allais causer; ma résolution est prise , une séparation est indispensable. LE C O M T E. Vous rendez le calme au cu'ur d'un père. C 46 ) F F. L IX. OIi ! ma pauvre maman , nous voilà encore bien à plaindre. {Annonce de musique.) SCENE IX. Les trécêdens, L' 0 F F I C I E R. LE COMTE. Que vois-je ! quel sujet vous ramène en ces lieux. E' OFFICIER. Un événement que je ne pouvais prévoir. E E COMTE. Fxpljquez-vous ! l' officier. Nous passions devant la demeure d'un membre do l'inquisition , votre fils demande à lui parler. LE COMTE. Et vous l'avez permis ! L' OFFICIER. Te u'.:vais point d'ordre contraire; je n'ai pas cru devoir m'y opposer. L E COMTE. Hé bien ! T.' OFFICIER. Un instant après le juge m'a fait signifier que votre GIi était sous la puissance du tribunal , et, que le mandat, dont j'étais porteur , demeurait sans ellet. LE COMTE. Savez-vous quel motif l'a fait agir ! l'officier. J'ignore ce qui s'est passé , n'ayant pas été admis à cette entrevue. (// sort.) le comte, en lui-même. Quel peut-être son projet ! c É c i l e , à Bruacnt. Se serait-il porté à quelque action désespérée. {Autre, annonce de musique.) ■ LE COMTE. Ali ! voici Salvador , peut-être nous apprendra-il ?... S C E N E X. Les pré céd en s, SALVADOR. SALVA DOR. Je vous apporte , seigneur, une trisre nouvelle. Je me disposais à venir vous trouver, selon ma promer.se, lorsqu'on membre de l'inquisition ? m'a invité à passer chez lui. Je m'y transporte aussi lot. Jugez quelle est 'ma surprise d'y trouvw votre en ine voyant, il s'élance vers moi, et me serrant la main, il s'écrie : Salvador , votre sa ur sera bientôt vengée. Ces paroles proférées avec l'accent du désespoir me font trembler pour ses jours ; je veux empêcher un aveu terrible, et malgré les instances les plus vives, il déclare qu'il est coupable du crime, bigamie , et qu'il a prophaué les rites sacrés de lu religion. Il invoque même mon témoignage, et me contraint d'avouer un secret que j'avais fait serment de tenir caché dans le fond de mon cœur. LE COMTE. () fatale imprudence I CÉCILE. Ciel ! je me meurs ! FÉLIX. Maman , ma chère maman. SALVADOR. J'ai ordonné qu'on l'emmenât dans votre palais. ( Annonce de musique.) Je l'apperçois qui s'avancent , escorté des muets du tribunal redoutable. ( Ces trois motifs de musique doivent avoir une gradation bien marquée. ) SCENE XI. L Es p r é ce d es*, Ffe$Dt#AND, les Muets. le comte, a son Jils. Malheureux ! qu'as-tu fait ! ' FERDINAND, au Comte. J'ai rempli mon devoir, (à C.'ci/e.) Cécile je vous ai déclarée mon épouse devant les magistrats ; mon nom , nia fortune j pies droits, tout vous appartient. LE COMTE. Insensé. FERDINAND. Il ne me restait que ce moyen d'être juste. CÉCILE. Cruel ! avez-vou£ pu imaginer que je voudrais d'un bonheur arrosé de votre sang. Croyez-vous aussi que voire fils pourrait jouir de cette fortune et de ce rang, lorsque le souvenir de son père viendra troubler la pàixde son orne.Tes funestes bienfaits seront éternellement baignés de ses larmes , et moi , fa malheureuse mère, je n'aurai que le douloureux emploi du les essuyer et d'y mêler les miennes. FERDINAND. Ce tableau me déchire le cœur. G A R N E O. Eh ! monsieur, oubliez-vous que votre faute fut involon- ( 48 ) taire ? ft'avies-vous pas reçu la fausse nouvelle Je la mort de madame. s a i. v A D O R. Que dites- vous î CECILE. Oui , sons doute , il a dû l'a recevoir , c'est moi qui l'avais fait répandre pour me soustraire aux persécutions de mon père ; il n'est donc pas coupable. G A r n E o. I C'est sur la foi de cette nouvelle qu'il a contraclé son mariage avec votre sœur , je puis vous montrer les papiers qui la prouvent. FERDINAND. La fausse nouvelle, dites-vous? eli, ne devais-je pas tout faire pour l'éclaircir? ne cherchez donc pas du vaines excuics à un crime réel. CÉCILE, avec desespoir. Grand dieu ! j'ai donc perdu mon époux. FERDINAND. Cécile , ne vous laissez point abattre, la nature vous l'ordonne. Vivez pour cet enfant qui n'a plus que vous sur la terre. CÉCILE. Le fardeau de la vie , est au-dessus de mes forces, et la loi frappera deux victimes. bruscot,û Cécile, Que dites-vous, madame, courons plutôt nous jeter aux pieds des juges. Nous leur ferons connaître la vérité. Ils verront une famille éplorée , ils s'attendriront, j'en suis sûr , et n'oseront commettre une injustice aussi criante. SALVADOR. Mes amis , calmez votre douleur, tout n'est pas désespéré. Ce que je viens d'apprendre atténue sa faute , et je me charge de défendre sa cause. Le tribunal verra dans son aveu même l'élan d'une ame qui ne fût point volontairement criminelle. ( à Ferdinand. ) En attendant que je fasse valoir vos moyens de défense, je prends sur moi de vous laisser dans le palais de votre père. Quant à vous , madame , quelque événement qui arrive, croyez que la famille des Ferdinand aura l'oeil ouvert sur vous , et que votre sort nous inspire autant d'intérêt que les sentimens que vous venez de manifester. Soldats ! conduisez ces personnes dans l'intérieur du palais ; je les confie à votre garde. (Al'Officier.') Demeurez , vous m'accompagnerez au tribunal. (Musique. Ils s'éloignent.) MHBWMNHHHIRMIHtflÊSftMIII ( 49 ) SCENE XII. SALVADOR, LE COMTE , LE DOCTEUR. le docteur, a part. Le» voici soûls, loucasion e favorabiie per perdere Garnco el mi sauver... t SALVADOR. Seigneur , dans cette circonstance , je me dois à moi-même de vous prouver qu'aucun ressentiment ne m'animait contro votre fils. Son généreux dévouement me donne la certitude de son innocence , Lui fait recouvrer mon estime et mon amitié , et je vais , pour le rendre à sa famille et à la société, employer tous les moyens qui sont en mon pouvoir. Comptes sur mon zèle. ( il -va pour sortir. ) le docteur, a Salvador. Signor... Salvador, Vappercevant, Comment misérable, vous osez reparaître en ces lieux ' LE DOCTEUR. Signor né vi fâchez pas, ze vi apporte oune novella excellente. LE COMTE. Quelle nouvelle ? LE DOCTEUR. Za-i obtenouro contre ces étrangers oun ordre du gouvernement per les saisire. Les gardes sont-là dans le jarrlino. En niTnie tempo zai retenouto oune place su oun vaisseau per lei embarcar tout de souite. LE COMTE. Qui vous a chargé de ce soin ? LE DOCTEUR. C'est d'abord moun zèle qué me l'a dicté , ma Garnéo m'y a engagé. Ma ce n'est pas le tout. Ze souis venouto tout exprès per voi apprendere oun secret des pious importante. SALVADOR. Un secret ! — LE DOCTEUR. Si , signor \ oun secret qui peut arracher votre fils à la morte. LE COMTE. Comment, vous pourriez !... LE DOCTE UvB. Certainamenlé. Ma auparavant z'ai oune petite grâce a yi demander , c'est de mi accorder le pardon de mes petites faiblesses. ( à Salvador. ) Vou êtes membre de l'inquisition, VOU avez don pouvoir. ic Bigame supposa. & ( So ) SALVADOR. Si l'aveu est aussi important que vous le dites , je vous pardonne , mais à condition que vous partirez sur le-thamp d« ces lieux. LE DOCTEUR. Signor , ze mi souis toujouz fait oun devoir d'aller au-devant de vos désirs et zai dézà mon passe-port. ( Au Comte. ) Le signor aussi mi pardonne. J- E C ,0 M T E. J'approuve tout ce que fera Salvador. LE DOCTEUR. Apprenez donc que ce mariage que \i cause tant d'inquié- toude , n'est pas véritable. C'est oune fable , oun mariage faux. LE COMTE et S A L -V A D O R. Un mariage faux ! LE DOCTEUR. C'est l'ovre sole de Garnéo. Vous trouverez même su loui l'acte qu'il a fabriqué per le marier. LE COMTE. Garnéo serait coupable d'une action aussi infime ! LE DOCTEUR. Si , signor et c'est d'autant pion blamabile que la dimoiselle est liounête. C'est la filla d'oun habitante de Marseillo que si somme Jean-Baptiste Lieutaud. SALVADOR. Jean-Baptiste Lieutaud , négociant à Marseille ! LE DOCTEUR. Précisémenté l Salvador, an Comte. Ah ! monsieur, quelle étrange rencontre ! cet homme qu'il vient de nommer était mon correspondant , mou intime ami. Il était associé à la Compagnie française des Indes , comme je le suis a celle du Portugal. Il me chargea même , il y a cinq ans , de faire des perquisitions pour trouver sa fille qui avait fui la maison paternelle , et qu'il présumait être partie pour Lisbonne. Je fis , à cette époque , ma déclaration chez 1« Corrégidor. LE COMTE. Que m'apprenez vous .' SALVADOR. Il éprouva sur la fin de sa vie de grands rèvers ; mais je n'ai point oublié que c'est à sa probité dans les affaires , que je dois une partie de ma foitune ; et je bénis le ciel de c