F c 412/10 CHATEAU DE s APENNINS o u LE FANTOME VIVANT, DRAME EN CINQ ACTES , EH PROSE, ET A GUANI) SPECTACLE. Imité du Roman Anglais, les /M/stères d'Udo//>.'ie. Par R. C. Guilbert Fixer éco.urt. Ballots de h. J. Milon, du Théâtre des Arts. ftepn'sehtg ,'pour les premi^-es fois, sur le th'-àtre. de U Ambigu- Comique , les nj, 20 , 2 i , 21, 20 et 24 Frimaire , an ni. A P A R T S , Chez BARBA , T.ihrnire, au Magasin des pièces de théâtre , au petit Dunkerque, près le Pont-Neuf. AN S K P T I E M ». JS52S,24 PEU S O N N A G E S. ARTISTES. Cns. et Cnes. MONTONI, chef de Condottieri, et oncle d'Iîmilie. Eithemeb. MORANO, fécond chef de Condottieri ,' promis à Emilie. lsmon. ALFRED , officier supérieur des ti iïupes ' Vénitiennes , et amant d'Emilie. Canaille St.-Aubin. JLTTDOVJGO j ancien serviteur de Laurentina, attaché à Emilie, et amant d'Anna. Duparray. CE8ÀRIO,"concierge ét'geolîer du château , scélérat dévoué à Morano. Rev alaru. EMILIE , ; nièce de ; Montoni , et amante d'Alfred. Julie-Diarcourt. ANNA,'suivante d'Emilie, jeune fille timide et ingénue. CoustN.Fe. Picard. Un Officier Vénitien. TJne Vénitienne. Un paysan Vénitien. Un Officier de Condottieri. Vénitiens et Vénitiennes. Condottieri. , Troupes Vénitiennes. Paysans et Vassaux" de--M6ntoni. Les décorations soiu'peintcs par S. Moenck , père. La Scène est au château d'Udolphe, dans les Apennins. LE CHATEAU \ DES APENNINS, 0 u LE FANTOME VIVANT, DRAM E. ACTE PREMIER. Le théâtre, représente un jardin magm r 'nuetnent orné, et dans lequel tout est préparé pour une f"-L j ; des verres de mille, ■couleurs et des guirlandes de fleurs pendent en J es tons d'un côté à l'autre de Pavenue; sur la gauche, est une estrade sur:nontée d'un dôme en verdure, et en fleurs et couverte d'un riche tapis 5 un canal occupe, tout le Jimd; au-delà , sur un des côtés , se voit un temnle, de. marbre , décoré avec la plus grande élégance ; dans le lointain , la façade du château brillamment illuminée. SCENE PREM'TliR E. LUDOVIGO, suite de M O N T O N I. Au lever du rideau , on voit les domestiqués du château et les ouvriers terminer les préparatifs de la /été On place autour de l'estrade et le long du canal, des vases élèsaks remplis de fleurs ; J.udovico préside à tous les travaux et les dirige. Pendant la scène suivante , les ouvriers s'éloignent. A a LE CHATEAU DES APENNINS, S C E N E I I. , L U D O V I G O , AN \ A. Anna , accourant. C'est vous que je cherche, monsieur Ludovico..-. Oh! Hjon dieu! mou dieu! t[ue je suis contente..!.... LUDOVIC o. D'où vous vient cette grande joie, ma chère Anna ? ANNA. En vérité , je ne m'attendois plus à voir un visage aimable dans ce vilain château : c'est que depuis un mois que nous y sommes arrivées, je n'ai pas apperçu l'ombre d'une figure humaine, {après une pause, et souriant avec grâce.) Excepté vous, monsieur Ludovico. LUnovico. Grand merci de ^exception. Mais apprenez-moi donc Ja cause de votre gailé ? . ANNA. Comment!.. . vous ne savez pas qu'il vient d'arriver de Venise beaucoup de Siguois et de belles dames ?.... La grande cour du côté du Nord, est remplie des voitures qui les ont amenés... c'est un train!... un mouvement!... oh! comme nous allons mener joyeuse vie! nous irons danser et chanter dans la petite salle, n'est-ce pas, monsieur Ludovico ? et puis vous nous conterez encore de ces belles histoires que vous contez si bien, et qui me font si peur? Oh ! je vous le dis, monsieur Ludovico, j'etois si contente quand je les ai vus passer sous ha grande grille, que j'aurois volontiers baisé les chevaux qui nous amenoient si belle compagnie. LUDOV ICO. Vous modérerez bientôt votre joie, qiiand vous saurez que tout ce monde n'a été mandé par le s;g:ior Montoni, que pour célébrer d'une manière plus pompeuse , le mariage de sa nièce avec le comte Morano. ANNA. Que me dites-vous là? Quoi! tous ces préparatifs.... DRAME. 5 i, ti r> o v i c o Sont pour la fête qu'on célèbre ce soir ANNA. Comment ! ma maîtresse éponseroit ce vilain comte cm me fait toujours trembler, tant il a l'air méchant? i. u t> o v i r, o. Du moins, son oncle le veut ainsi. ANNA. Mais, grand dieu! qriëlîe raison peut le porler à sacrifier une jeune signora toute aimable et qui aime ailleurs un objet vraiment fait pour plaire? vous n'avez pas vu le signer Alfred ? Eb bien ! je \ ous assure, là , sans flatterie, qu'après vous, monsieur Ludovico, je ne oonnois personne qui mérite plus d'être aimé que lui ; mais encore un coup, qui peut engager le signor Montoni, à agir de la sorte ? LUDOVICO. Son intérêt, Anna. ANNA. Son intérêt?.... Qui peut en trouver à faire du mal? LUDOVIC o. Les médians. ANNA. Expliquez-vous mieux, je ne vous comprends pas. L 0 D O V I C O. Soyez discrète;, Anna. ANNA- Tant que je le pourrai, monsieur Ludovico. LUDOVIC o. Songez qu'une indiscrétion me perdroit.. anna, vivement. Soyez tranquille, j'ai trop envie de vous conserver. ludovtco. Bonne Anna! (confidemmenl.} vous avez été témoin des excès auxquels le signor Montoni se livroit à Vpnise ; ma;,s vous n'avez jamais su que les pertes considérables qu'il fit. au jeu, et ses débauches continuelles, causèrent dans sa fortuue un tel dérangement, qu'il se vit dépouillé de tous ses biens et réduit a venir habiter ce trtpte château. ANNA. Ah, vraiment! je me rappelle qu'à cette époque il nous A 3 6 LE CHATEAU DES APENNINS, relégua dans un couvent , ma pauvre maîtresse et moi , maigé les instances de la signora LaurenMna qui ne vouloit pas quitter sa nièce; elle piévoyoït peut-être qu'elle ne la reverroit plus. LUDOVIC O. Montoni avolt ses vaisoas pour agir ainsi, il vouloit écarter les regards importuns Un mois a pi è > son arrivée à Uilol- phe . ta signora Lauretftiqa mourut subitement, du moins, on nous l'assura ; je vous ni dé à raconté les circonstances qui ont accompagné cette mort singulière. anna. presque tremblante. Oh! je ne m'en souviens que trop!... Mais revenez donc au signor Montoni. l u n o v i c o. Eientôt fatigué de la vie monotone qu'il menoit ici, et pour se distraire peut-être de fâcheux souvenirs, il chercha les moyens de réparer ses portes Tour y parvenir , il appela à lui tous ses compagnons de débauche qui se rendirent en foule au château... (ici Anna écoute avec beau- cqup f>lus d'attention et se rapproche île Ludovic». ) et amenèrent avec eux un grand nombre de déserteurs et de -gens sans aveu , dont ils c omposèrent une espèce d'armée sous le nom de Condottieri, sorte de partisans trop fameux dans nos guerres civiles. . anna, d'ime voix altérée. Vous me faites frémir!., seroit-il vrai, comme on le dit tout bas.... que le signor fût... l v o o v TCO. Un chef de voleurs?... pas lout-à-fait, mais à-peu-près ; seulement il fait les choses en grand. Il profite des dissent ions qui déchirent notre malheureux pavs, pour servir tantôt un parti , tantôt l'autre, et acquérir des richesses immenses, en pillant et ravageant tour - à - tour les possessions de ceux contre lesquels il sert. ANNA. Oh! mou dieu ! tout cela est-il bien possible ? LU D O V I C O. C'est surtout depuis un au , qu'enflé de ses succès et de sa puissance, son caractère s'est entièrement déployé à nos yeux; l'orgueil, l'ambition, l'avance et la vengeance, sont ,-BR A M E.. fT -y .. . 7 C fi I fl ri >'l V**»* G *T\r, 2\ ^J. 1 /l 11 . > . » ■ / les seules passions qu'il , çonnoisse. Aucune ^on-vrléralion ne l'arrête, aucun .obstacle ne peut éluder . la ..profondeur de ses stratagèmes. Méfiant et soupçonneux à l'excès , il ne connoît point d'amis, et conserve à l'égard de ses olli- ciers cet air de hauteur qui commande la, sttijtuis.si.cn aux esprits lâches et timides, mais qui excite la fierté et la haine dans les esprits élevés ; aussi est-il .entouré, de .nombreux et mortels ennemis; le Comte Morauo,, surtout.... ANNA., .O . 1 J ^' 'i o Comment ! celui à qui il donne sa nièce,.?..., i. u d o v r c o. . -, | JustementtC est parce qu'il le craint qu'il veut se l'attacher. Ce jeune, homme, d'un caractère ardent, impétueux, est jaloux de. la puissance de Montoni, et voudrait la partager. Celui-ci s'en est appeiçu. ... ANNA- Et il sacrifie sa nièce h sou ambition.'"Pauvre Signera ! c'étoit. bien la peine de lui faire quitter.le couvent, pour lui donner un pareil mari !... L U D O V I C O. Je la plains bien sincèrement. Elle ne peut qu'être malheureuse avec, un tel homme. A N N a" Si du moins il lui resloit àuelcfue espérance; mais comment résister à la volonté (le ce méchant Signor , quand elle a perdu sa tante qui opm oit seule la proléger , et qu'elle est éloignée peut-être pour toujours de celui qu'elle aime ? .. car, lorsque nous avons quille Venise, il y àvoit. plus de, six mois que signor Alf'red'éloit parti-pour l'armée, et depuis lors nous n'en avons point entendu parler. luuovico. Vous m'avez dit souvent qu'il étoit bravé.... et les combnts qui se livrent entre les deux partis, sont toujours sanglans et marqués par dè'grandes' pertes. ANNA. Tout cela est bien affligerai, monsieur Lndovico, car je ne vous cache pas que si ma maîtresse étoit heureuvi, j'accepterais de tout mou cœur , l'offre que vous m'avez faite de me prendre pour votre femme ; ( en,soupirant ) mais elle ne l'est pas , et Anna se reprocherait de goûter le moindre A 4 8 LE CHATEAU DÉS APENNINS, plaisir, quanti celle à qui êffé ifëfi tout est dans l'infortune. Vous avez Irop lion cœur pour me blâmer, n'est-ce pas, monsieur Ludovic o F i. u n o v t c o. Cessenlimeus vous rendeni encore plus chèreà mon cœur. ANNA. Paut-il cependant se désespérer lout-à-fait? ... u'y-a-t-îl plus de moyens r".. . L V D' O V I C. O. Je n'en vois aricun... sépatom-i-oui , Anna. 11 me reste quelques ordres à donner, et vous savez combien Moutoiii est sévère. ANNA. Oh! oui, monsieur Ludovico, conservez-vous pour la pauvre Anna. Car, rnalg:é que j'aimè beaucoup ma maîtresse, s'il me falloit ne plus vous voir, je sens que je serois bien triste. l u n o v i c 6. lionne enfant ! du courape. ANNA. J'en aurai, puisque vous me le conseillez. l v n o v ico. Lites à votre maîtresse, combien sa situation me touche. ANNA. Llle le saura, monsieur I.udovico , soyez-en sûr. L V D O V ] C O. Au revoir , A pila*. ANNA. Adieu, monsieur I.udovico. ( l,udovico sort. ) S C Ë N E I I 7. A N N A. Le brave garçon ! ' .. comment ne pas l';omer 5 ... pour moi, d'abord, je ne sàiuois m'en défendre ; cependant, quand je pense à tout ce qui se paserçoit Moranoqui s'avance en rêvant.) C'est vous, monsieur le comte? SCENE v r. MORANO, CESARIO. MORANO. Je te cherchois, Césario. c | s a n I o. Et quoi ! quand tout s'apprête pour votre hymen, seigneur, vous fuyez les plaisirs, et l'on vous trouve seul et pensif en ce lieu solitaire r 1 DRAM E. ii Mo n a n o. Je méililois un grand dessein. c e s a u i o. La belle Emilie auroit bien, ce me semble , quelques * reproches à vous faire sur voire indifférence. M O R A M O. As-lti pu croire que l'amour tût pour quelque chose dans les liens que je vais former ? c e s a p. i o. Seigneur... M O R A M O. Penses-tu qu'un tel sentiment puisse jamais entrer dans mon cœur ? C E S A R I 0. .T'ai tort, j'aurais dû savoir que cela est impossible. Mais quel est donc votre projet eu épousant Emilie ? ni O «AND De m'assurer des bieiisde Montoni, dont elle est l'unique héritière. c e s a r t o. Cetle espérance est encore éloignée ; Montoni dans la force de l'âge , jouit d'une santé parfaite . . . m o r a n o, impatiemment. Je le sais. c P. s a R i o. Et ce n'est qu'après sa moit . .. moi a "N o , à part- Qui n'est pas loin peut-être. C R S A R I O. Que vous pourrez prétendre.. . > ni o h a n o. l'interrompant virement. Veux-tu me servir, Césario ? c e s a h i o. i En douter, seroit ni'olFenser, seigneur. C'est à vous que je dois le poste lucratif que j'occupe dans ce château , et quand la recounoissani e ne me feroit point un devoir de vous être utile , ce que mon zèle a tenté pour vous en diverses occasions doit pleinement vous rassurer sur mon compte. H ou a no, cûnfidemment. Je veux perdre Montoni. / ta LE CHATEAU DES APENNINS, c k s a r i o, avec un grand sang-froid. Je m'en doutois, seigneur. M O R A H O. Son orgueil, l'air insultanl qu'd affecte vis-à-vis ses officiers, et son refus de partager avec moi le commandement, avec moi , cjiii suis le principal auteur de sa Fortune actuelle.; tous ces motifs ont excité dans mon ccrur une haine qui s'accroît chaque jour, et qu il me seroil bientôt impossible de dissimuler. c k s a b i o, de même. Elle est bien légitime. M O R A N O. Un autre motif, non moins puissant, m'engage à ne pas différer l'instant de ma vengeance. Le Sénat à cpii nos usurpations et nos brigandages ont fait concevoir de vives inquiétudes, est décidé à employer la force pour soumettre Mon ton i ; il a rassemblé des troupes, et. avant un mois peut- être Montoni et ses partisans seront en son pouvoir. C E S A R I O. Avant un mois ! m o R a n o. Oui. Jnstruitde cesdispositions pendant mon dernièrvoyage à Venise, j'ai promis au Sénat de lui livrer Montoni. L'est à ce prix qu'il m'accorde ma grâce. c e s a r i o. Mais quel moyen romplez-vous emplover? M O R A N O. La fête qu'on va donner, m'en offre un infaillible, c e s A r i o. Je vous comprends. Dans le tumulte et la confusion , une main adroite ... ..{Il fait le mouvement d'un coup de poignard. ) M O R A N 0. Ce seroit. commettre un crime infructueux ; je Connois mieux mon intérêt.,Tu sais qu'A l'issue du bal , Montoni a ordonné un repas splendide, et qu'il a permis, pour qu'où se livrât davantage à la gaité, qu'on s'y présentât masqué... c E s a r i o. Eh bien ? 0 D R A M E. i3 R OI A I O. Voic i mon projet. Masqué et vAtu comme l'un de ses serviteurs, je m'approche de lui pendant lé repas, je jettedans'sa coupe un poison , qui sans êlre trop actif, doit lui procurer une mort certaine. Quand je suis assuré d'avoir réussi, je me perds dans la foule des danseurs, je repremis par tes soins un autre déguisement et reviens bientôt mêler ma oie à celle des convives Le repas fini, mon hymen se termine, et demain la mort me venge d'un ennemi, et me rend seul possesseur de ses biens. c e s a R i o. Ce plan est d'autant mieux conçu que jamais les soupçons n'oseront s'étendre jusqu'à vous On ne pensera point que vous ayez choisi pour vous venger de Montoni, le jour de voire alliance avec lui. m o R a n o. Ainsi je puis compter sur toi ? ce s a r r o. Comme sur vous-même. If O R A H Mb. J'apperçois Montoni... Jl esl avec sa nièce .,. Dérobons- lui notre secrète intelligence. ( Ils s'enfoncent dans le bosquet à gauche. ) S C E N E VIT. MONTONI, EMILIE. I l | L i t, Ah seigneur ! je vous en conjure, rendez-vous aux vœux de la tremblante Emilie; différez encore quelque tems la conclusion de cet affreux hymen. MONTONI. Je ne le puis ; ma parole est engagée. EMILIE. Souvenez-vous que ma main fut promise à Alfred avant > votre départ de Venise. Rappelez-vous que cette union au- roit comblé les désirs de ma tante*. Souffrez du moins qu'avant de' m'engager ailleurs, je puisse acquérir la triste certitude d'avoir peidu celui que j'aime. 14 LE CHATEAU DES APENNINS, M O N T O N I. Tout ce que vous pourrez m'objecter, doit céder à des considérations d'un avantage plus solide; mon honneur est engagé, j'ai promis votre înain an comte, et vous l'épouserez. EMILIE. J'avois espéré, seigneur, que d'après l'explication que nous avons eue déjà sur ce sujet, vous m'épargneriez la peine de vous déclarer de nouveau mes s. ntimens ; mais puisque vous m'y forcez , je vous piolesle et pour l.i dernière fois que ji n'accepterai jamais la maiu du comte Morauo. m o n t o N i. Me croyez-vous disposé à servir de jouet à vos caprices ? EMILIE. Je ne crois pas , non plus , devoir être sacrifiée aux vôtres; du moins, ce ne fut jamais l'intention de matante. M O N T O N I. Votre tante n'est plus. F. m i t. i E , douloureusement. Je ne le sais que trop. w o n ï o N i. Oser refuser un pareil époux'., vous qui devriez vous trou*» ver trop honorée de ma protection et de ses recherches !.. songez à votre naissance ... EMILIE, vivement et avtc dignité. Je m'en fais gloire , seigneur , mes pareas étoient vertueux... M o N T o N I, avec dédain. Et pauvres. E M I L I E. Ils en étoient plus estimables. M O N T ONT. Dites-moi si jamais vous pouviez prétendre à un parti aussi avantageuxr . .. EMILIE. Je n'ai point assez d'orgueil. . . m o n t o n I, vivement et avec ironie. Je pense au contraire que vous en avez beaucoup. Au reste , c'étoit encore là une des qualités de votre père. Emilie, avec calme et dignité. L'orgueil de mon père, seigneur, avoit un noble objet. Il DRAME. i5 ne lefit jamais consistera surpasser personneen fortiine.ll ne dédaignoif point ceux qu'accabloien.t le malheur et la pauvreté ;... seulement il meprisoii quelquefois le* personnes qui, au sein de la prospérité, se ren,'oient méprisables à force do vanité, d'ignorance , ou de cruauté. .Te mettrai toujours ma gloire à suivie un tel exemple. M o n T o N I , t/t- S'ii/u'tint à peine sa colère. Vous vous livrez à la satire , je crois?. . Mais avant de vous permettre, de gouverner les autres , apprenez d'abord à pratiquer les vertus qu'on exige des lemines, la modestie et l'obéissance. E M T LTE. N'attendez pas que je vous obéisse jamais à cet égard. M O N T o N I , d'une voix menaçante, Terminons un débat qui m'irrite. Je vous préviens que je n'entends pas à être joué plus long-tenis. Cet hymen est pour vous d'un si grand avantage que ce seroit folie de vous y opposer. Il m'importe peu que vous y consentiez ou non; mais il sera, célébré ce soir à l'issue de la fête. F. M t L 1 E. Et de -quel droit enfin, exercez-vous sur moi-une autorité" aussi absolue ? ., . \ \ \ , uù\ m o n t o n r. ( y/fcc ironie.) De quel droit ?... ( avec force. ) Du droit de ma volonté ! Songez-y bien,, Jî.iruhe > c'est votre iuté, èi. seul qui me détermine ; mais si vous me forcez à. devenir votre enneim ., ( Uemblez... la punition , surpassera votre attente ,_V n' ! .... ™»nfJVy » •<•! R • lUuV 5P.iu.ir E M I L r E , ( avec effroi. ) Seigneur, calmez ce courroux. M O N T O N T. Un cachot éternel, me répondra de votre obéissance. EMILIE. , Vous me faites trembler ! M Ô S TON I. Cet arrêt est irrévocable. EMILIE. Ali seigneur ! laissez-vous lléchir. VORIOKt. Jamais. ,6 LE CHATEAU DES APENNINS, ( Emilie, éperdue , se jelieà genoux, le supplie quelque terris ; mais il est sourd à toutes ses prières. Il veut s'éloi;;ner , elle s'attache à lui, et il se dégage en la repolissant durement jusqu'à terre où elle tombe presque évanouie. G m (Lie. Donnez-moi plutôt la mort. M 0 M * & W I. Non , vous m'oléirez. emilie., ( avec l'accent du désespoir. ) Malheureuse Emilie! ( On entend le prélude du chœur suivant. ) M O N T O N I. On s'avance pour la fête, {illa relève brusquement) n levez- vous, et songez que j'ai les yeux sur vous. ___t_ S C E N E VIT T. Les mêmes, VÉNITIENS ET VÉNITIENN"I5S. Un grouppe de Vénitiens et de Vénitiennes, vient saluer Emilie, et l'engager à assister à la féte. Montoni conduit Emilie vers f estrade, et s'assied à cAtè d'elle; des Vénitiens et Vénitiennes masqués , s'avancent, et exécutent des danses variées et agréables... Au son d'une musique majestueuse, on voit arriver sur le canal, dans une espèce de conque tramée par ,/.-s l'ri:ons , une Vénitienne vdlue en na'iade entourée d'en/ans , représentai:? les ris et les jeux, et gronppés diversement. La conque s'arrête au milieu du canal. La Vénitienne et sa suite , descendent dans le jardin. Deux enfans représentant l'amour et l'hymen, s'unissent pour féliciter Emilie, et lui présenter la couronne de l'Iij nun. Emilie descend de l'estrade pour, la recevoir, et retombe dans une profonde rêverie , après avoir jetlé un regard douloureux surtout ce qui l'environne. Alors un masque s'approche doucement d'elle après s'être assuré qu'il n'est point observé. SCENE DRAM E. '7 SCENE IX. i les MEMES, UN INCONNU, masqué et vêtu en magicien. L* INCONNU, ( bas, et d'un ton mystérieux à Emilie,) Suspendez, s'il se peut, la conclusion de votre hymen. Emilie,^ sortant toût-à-coup de sa rêverie. ) Que voulez-vous dire ?... L' in connu, ( poursuivant sur le même ton. ) Paix! on nous observe; et trouvez-vous à minuit dans les ruines de la chapelle , vous y apprendrez un secret important. E M I L i e. Dans les ruines de la chapelle ? .. .. A minuit ? ... L' I N C O N N U. Oui , soyez exacte. (Emilie veut répondre et l'arrêter ; mais il lui écliappe et se perd dons la fouleJ ( Les ris et les jeux forment autour d'Emilie, des danses vives et légères ) Quand le bal a cessé. Monta ni fuit apporter un couvert magnifiquement servi. SCENE X. les mêmes, MOR.ANO, masqué et couvert d'un domino. CESARIO, tUDOVICO, ANNA. Pendant qu'on se met à table , on voit Morano s'avancer vers la gauche ; Césario qui l'appercoit, quitte sa place et vient près de lui. cesario, ( bas à Morano. ) Est-ce vous , monsieur le comte ? morano, (de même à Césario , et lui prenant la main.) Oui, tout est prêt. (Césario s'éloigne , Morano se place derrière Momoni. La B i8 LE CHATEAU DES APENNINS, Vénitienne s'avance et citante pendant le repas les couplets iuivans , dont le refrein est répété en chœur et dansé par les enfans» ) UNE VÉNITIENNE. Couplets. Chnrun doit rendre hommage A l'empire amoureux 5 Il faut, si l'on est sage, Aimer pour être heureux ; Répétons sans cesse, Vive la tendresse! Qui vir sans d'amour, N'a pas un beau jour. L'hymen seul ne peut plairej II est trop sérieux ; Il faut qu'amour, son frère, Vienne égayer nos noeuds; Répétons, etc. Dans des chainea si belles, Coulez d'heureux instans; Soyez amans fidèles, Soyez époux constans ; lit répétez sans cesse , Vive la tendresse ! Qui vit sans amour , N'a pas un beau jour. moutoni, se levant. Messieurs, buvons à nos exploits. uw seigneur vénitien. Buvons d'abord à la belle Emilie. montoni. Soit. ( Pendant que Césario et Ludovico versent à boire aux convives , Morano prend la coupe de Montoni, y jette du poison qu'il lire de son sein , et la remplit ensuite ; puis il la rend à Montoni et attend impatiemment. les yeux Jixés sur lui, le moment qui va le défaire de son ennemi; tout le monde se lève et salue Emilie. ) TOUS. A la belle Emilie DRAME. i 9 M o n t o N I porte la coupe à ses lèvres , quand tout-à-coup fixant la liqueur, il s'arrête et s'écrie d'une voix terrible. Il y a un traître ici ! tous- Un traître ! , M O N T O N I. Oui ! sachez que cette coupe précieuse , conservée de* long-terns dans notre famille, a la propriété de ne pouvoir contenir de liqueur empoisonnée, sans se briser aussitôt qu'elle l'a reçue. tous avec effroi. Eh bien ? M O N T O N I. Vous le voyez... le vin bouillonne... Le vase éclate....: v En effet, la coupe se brise et tombe en morceaux.} Mais qu'il tremble, l'infâme auteur de cet horrible attentat! J'en aurai vengeance. Soldats , accourez tous. SCENE X I. MONTONr , MORANO , CESARIO , LUDOVICO , EMILIE, ANNA, VENITIENS, CONDOTTIERIS. Une garde nombreuse vientj>rendre la place îles danseurs et danseuses qui s'éloignent en fuyant , Morano fait un mouvement pour s'échapper ; Monioni le relient par le bras. ) montoni, à Morano. Demeure. morano,» part. Fatal contre-tems ! MONTONI. Que tout le monde se démasque. ( Tous les convives se démasquent , Monioni les examine avec une curiosilé féroce. ) morano, à pmrt. O rage ! montonx, s'apperçoit du mouvement de Morano. Tu frémis!... Seroit-ce toi ?... U lui arrache son masque. Que vois-je ? .. • Morano ! . .. ao LE CHATEAU DES APENNINS, TOUS. Morano ! {Tableau général} dans lequel l'étonnement, la fureur et l'effroi se peignent sur les visages.) MORANO. Ou!, j'ai voulu te perdre ; mais re que la ruse n'a pu faire, je l'obtiendrai par la force. Amis, unissez-vous à moi, frappons un tyran. ( 77 tire son stilet et veutfrapper Montoni ; un soldat arrête son bras. ) M OHTONI, avec un grand sang-froid. Soldats , vous ne connoissez ici d'autre maître que moi...; Qu'on l'entraîne à l'instant, et qu'il soit conduit à la tour de l'Ouest , jusqu'à ce que j'aie fait prononcer sur son sort. C'est à toi, Césario, que sa garde est remise. PLUSIEURS VÉNITIENS. Mais , seigneur..... montoni , d'un ton menaçant, et tirant son épée. Obéissez. Tout le monde se lève en tumulte , Ludovico et Anna emmènent Emilie , qui s'est évanouie pendant cette scène, tandis que Montoni fait arrêter Morano 3 et qu'on l'entraîne malgré les efforts de quelques-uns de ses partisans. ÏIH DU PREMIER ACTE. DRAME. si ACTE II. Le théâtre représente une chambre gothique et ténébreuse, au fond de. laquelle on voit dans une alcove. un lit couvert d'un tapis de velours noir. Tout y est dans le plus grand désordre ; quelques tableaux garnissent les murs ; des meubles tombant de vétusté, sont placés çà et là ; à droite , une table, en marbre ; du devant, quelques fauteuils, ha porte, d'entrée est à gauche dans le fond. Il fait nuit. Vendant l'en- tr'aetc , on entend un orage violent. SCENE PREMIERE. EMILIE, LUDOVIC O. IUDOVI co entre le premier , tenant une lampe d'une main et conduisant Emilie Je l'autre. Voici la chambre où votre oncle m'a ordonné de vous conduire; elle est fort éloignée du jardin. Vous y serez à l'abri de tout danger et pourrez y passer tranquillement la nuit. v e m i i r E. Comment espérer du repos dans un lieu que chaque jour rend témoin de scènes aussi horribles ? {Elle s'assied.) L U D O V I C, O Bien loin de m'affliger de celle qui vient de se passer, je m'en r.éjouis puisqu'elle rompt pour jamais un hymen que je regardois pour vous comme le plus grand malheur. EMILIE. Ah! Ludovico! quelle nuit affreuse. lé V D O VIC O. Je crois, signora, qu'elle ne peut avoir que des résultats heureux. Il ne sauroit désormais exister la moindre liaison..Ueau. entre le comte Morano et votre oncle, ils se sont juré une haine éternelle. EMILIE. Si le comte triomphoit ? B 3 M 22 LE CHATEAU DES APENNINS, LUDOVIC O. Ne le croyez pas. On les hait tous deux; mais on craint davantage Montoni et Ja victoire demeurera de son côté. EMILIE. Puissiez-vous dire vrai! Mais dans la précipitation avec laquelle nous avons fui ce spectacle de mort, nous avons perdu de vue ma pauvre Anna. Que sera-t-ella devenue? pourra-t-elle découvrir cette retraite ? LUDOVIC o. La pauvre enfant doit avoir bien peur. Je vais, si vous le permettez, vous laisser seule un moment et ne tarderai point à vous l'amener. EMILIE. Allez, Lutlovico. {On entend frapper rudement à la porte). On frappe..... Ne répondez pas. {Ils prêtent une oreille attentive ; on frappe de nouveau). Anna, en dehors d'une voix tremblante cl altérée. Etes-vous là?..... Ludovico!.... Oh mon dieu !.....-répondez-moi de grâce.... je meurs d'effroi. EMILIE. C'est Anna. Ludovico va ouvrir. Anna entre éperdue, et tombe dans un fauteuil. SCENE I I. LES MÊMES, ANNA. LUDOV IGO. Qu'avez-vous donc , Anna ? ANNA. Ce que j'ai?.... Oh! l'infernale maison!..,. H est sûr que je n'en sortirai jamais vivante. EMILIE. Que t'est-il arrivé ? A M N A. Pour cette foie je l'ai vu. LUDOVICO. ù? DRAM É. ii ANNA. Je ne sais si j'aurai la force de vous le raconter. LUDOV ICO. Calmez-vous, Anna. ANNA. J'avoîs déjà parcouru un grand nombre de corridors e cherchant à vous re'oimire et pour échapper au danger d'etn tuée par ces médians signors et ces soldats qui se battent enlr'eux; lorsqu'au milieu de la galerie longue et obscur» qui conduit à cette chambre, et que je tfaversôis en courant de toutes mes forces, sans oser seulement tourner la. tête; j'entends tout-à-coup ...... LUDOVIC o. Eli bien?..... vous entendez ?..... ANNA. Vous allez encore vous moquer de moi. monsieur Ludovico ; mais cela est aussi vrai que l'apparition qui eut lieu l'autre ni.il sur les rem; arts........ Vous vous souvenez bien de ce grand fantôme qui fit si peur à un soldat?..... EMILIE. Poursuis donc , Anna. ANNA. Oui, sgnora, j'entends un long gémissement...... puis une grande figure blanche se présente.... (Ludovico rit) Oh! vou s avez beau rire. Je ne l'ai pas moins vu, comme je vous vois. Vous jugez bien que la frayeur ne m'a pas permis d'en voir davantage, je ne sais ce que je suis devenue, ni comment j'ai pu arriver jusqu'à cette porte; mais ce qu'il y a de certain, c'est que le fantôme m'a parlé. ludov ico, (souriant). A vous ? ANNA. Eh oui, à moi -Il a prononcé bien distinctement mon no et à plusieurs reprises. Ah! monsieur Ludovico, ne nou s quittez pas, je vous eu prie; tenez, je ne voudrais pas pour mille sequins, rester une heure dans cette partie du château- ludovico. Il vous faudra cependant y passer la nuit. ANNA. Passer la nuit..... où ? B 4 34 LE CHATEAU DÈS APENNINS, LUDOVIC O. Ici. ANNA. Ici ! .. • y songez-vous, signora ? j'aimerois mieux dormir sur le canon du rempart que dans cette chambre. LUDOVIC O. C'est cependant une des plus belles du château; ma pauvre maîtresse l'avoit choisie de préférence, parce cjue de cette croisée , elle découvroit le sommet des Apennins , et que leur aspect sauvage et silencieux, servoit encore à entretenir sa mélancolie. E M t /. I F. Quoi! c'étoil ici l'appartement de ma tante? lu d o v r c o. Oui, signora. Il est en bien mauvais état, n'est-ce pas ? Je ne crois pas qu'on y soit entré depuis la mort de cette infortunée. anna, avec effroi. C'est ici qu'elle est morte ? . ... LUDOVIC O. Hélas ! oui. ANNA. C'est fait de nous, nous n'y survivrons pas. ( En sanglot- tant.) Oh! pour le coup me voilà dégoûtée des voyages ; si jamais je puis retourner à Venise, rien au monde ne pourra m'engager à en sortir. Je ne pensois guère , en le quittant, venir me séquestrer dans un séjour diabolique, au milieu des plus affreuses montagnes, au risque d'y être tuée vingt fois par jour. LUDOVIC o. Remettez-vous , Anna , votre imagination troublée..... ANNA, piqûre. Je n'ai point d'imagination, monsieur, entendez-vous ; je dis ce que j'ai vu , parce que cela est vrai. C'est vous qui avez l'esprit troublé, de nous amener dans la chambre d'un mort pour y passer la nuit. LUDOV ico. J'aurai sain, en vous quittant, de prendre avec moi la clef de cette porte, c'est la seule qui communique à cet appartement ; ainsi, vous pourrez reposer sans crainte. DRA M E. sS A N N A. Dormir ici! je m'en garderai bien. EMILIE. Je meurs d'impatience et d'inquiétude, Lndovico;je voudrais savoir quelle a été l'issue de cet affreux combat, et ce qui me reste à espérer. ludovico. Je vais m'en informer, signora; dans un moment je suis de retour. EMILIE. Comment pourrai-je récompenser lant de zèle? l u n o v i c o. En acceptant toujours mes services Votre tante m'a comblé de bienfaits , le peu que je possède est le fruit de ses dons ; ainsi, vous voyez bien que vous ne nie devez pas niêma de reconuoissance; je ne fais, en vous obligeant , qu'acquitter la dette de mon cœur. EMILIE. Bon , Ludovico ! ANNA. Ee brave garçon !.... Allons, cela me réconcilie avec vous. {En lui faisant une pente révérence ) Voulez-vous bien me permettre de vous embrasser? LUDOVICO, l'embrassant. Aimable enfant! rassurez-vous, je ne vous quitterai pas long-tems. ANNA. Revenez vite ; surtout fermez bien la porte. ( Ludovico sort/) SCENE II L EMILIE, ANNA. ANNA. Ah, signora! l'affreux séjour que ce château: EMILIE. Hélas ! ANNA. Mais vous ne savez pas comme moi ce qui s'y pnsse } 26 LE CHATEAU DES APENNINS, Benedetfo m'a tout conté à Venise avant notre départ. Vous vous rappelez bien , Benedetto , le valet du signor Maze- riiii, ce beau jeune homme qui porte son manteau replié avec tant de grâces, et qui venoit, au clair de la lune, chanter de si jolis vers sous ma jalousie.... Vous en souveuez-vous, maintenant ? EMILIE. Il me semble que ses vers ont emporté ton cœur. ANNA. Non , signora; quoique Ludovico ne me parle qu'en prose, Je l'aime mieux que lui. EMILIE. Eh bien , que t'a dit Benedelto ? ANNA. Oh! je ne veux pas vous le raconter, cela vous efFraieroit trop. EMILIE. Dis toujours. ANNA. Il sa voit tout cela, lui, parce qu'il étoit venu passer ici un mois avec son maître.... EMILIE. Mais, que t'a-t-il dit ? ANNA. Il m'a dit : — mademoiselle Anna , ne savez-vous rien sur ce château on vom allez demeurer ? — Non, loi dis-je, monsieur Benedetto ; que savez-vous donc , je vous prie ? — Mais, ajouta-t-il, ètes-vous capable de garder un secret ?.... car , autrement, je ne vous dirois rien. —Alors, j'ai promis de n'en pas parler. Emilie, souriant. Si vous avez promis le secret, Anna, vou3 avez tort de le révéler. ANNA. Mais à vous , signora, je puis tout vous dire. EMILIE. Enfin, que t'a-t-il appris de si intéressant ? anna, confidcmmenl. Benedelto assure que ces longues galeries et ce3 grande» salles, ne sont faites que pour les lutius et les revenans qui DRAME. 37 y vivent, et qui sont en grand nombre dans ce château. Oh, vraiment, je crois que si j'y vis encore long-tems, je deviendrai un revenant moi-même... Paix, signora, j'ai CTO entendre du bruit.... EMILIE. C'est le vent qui agite cette porte... poursuis. A N N A. ' Benedelto ajoute qu'on en voit souvent Toder dans les bois et autour du château , pendant la nuit. EMILIE. Tu es folle. ANNA, avec un air d'horreur. Gardez-vous d'en rire , signora , cela n'est que trop vrai- On dit qu'il y a dans ce château plusieurs endroits où l'on n'ose pas aller.... entr'autres une vieille chapelle.... Emilie, l'interrompant vivewent, et avec inicrét. tJne vieille chapelle ? ANNA. Oui, signora, une vieille chapelle qui tient à la partie orientale du château, où, quelquefois à minuit, l'on entend des gémissemens ! des sons lugubres!.... que cela fait frémir!.. EMILIE. A minuit, dis-tu ? ANNA. Oui , signora, à minuit. ' EMILIE. Quel étrange rapport ? ANNA. Ceci paroît vous inquiéter, signora? e U I £ 1 y. Ce n'est pas sans raison. Apprends à ton tour ce qui m'est arrivé ce soir pendant le bal. anna, ù part. Voilà ma frayeur qui redouble, {haut ) Je vous écoule, signora. EMILIE. .T'étois plongée dans une rêverie profonde et ne songeois qu'à Alfred, au milieu d'une fête destinée à célébrer mon union avec un autre , lorsqu'un inconnu masqué et vêtu eu magicien, s'approche doucement do moi et me dit d'un tou *8 LE CHATEAU DÉS APENNINS, mystérieux de me trouver à minuit dans les ruines de la chapelle et que là on m'apprendra un secret important. ANNA. Gardez-vous d'y aller, signora ; ce seroit votre dernière heure , vous n'en sortiriez jamais. EMILIE. Je ne puis me défendre d'un vif désir d'approfondir ca mystère. . .. cette voix m'a frappée; j'ai même cru reconnaître... ANNA. Ne savez-vous pas que les revenans empruntent souvent la voix des personnes qui nous sont chères , pour mieux nous tromper et nous entraîner dans les pièges qu'ils nous tendent ?.... De grâce, Signora, résistez à cette fatale envie. E M I LTE. C'est vainement que je voudrais y céder , puisqu'il est déjà dix heures et que je ue crois pas que nous puissions sortir de cet appartement avant le jour. ANNA. le ciel nous préserve d'y passer la nuit ! EMILIE. Qu'avons-nous à craindre dans une chamhre bien fermée et où personne que Montoni ne peut songer à venir nous trouver ? ANNA. Les esprits passent partout. EMILE, souriant. En effet, ils sont si minces ! Allons, laisse là tes contes ridicules et songe plutôt à dormir. ANNA. Sans doute, si je le puis... mais ces fauteuils sont si incommodes. EMILIE. Si tu t'y trouves mal, va te reposer sur le lit. ANNA- Moi, Signora ! Jamais je n'oserois en approcher. DRAME. 29 EMILIE. Qu'as-tu à craindre ?... ne partagerai-je pas tes dangers. ANNA. Je n'ose ... EMILIE. Prends la lampe, et tu te convaincras bientôt de la puérilité de tes craintes. v ANNA. Cela n'est pas nécessaire. EMILIE. Vas, te dis-je. ANNA. Mais , Signora . . . EMILIE. Je le veux. ANNA A part. Quelle contrariété ! ( Elle prend la lampe et s'avance en tremblant du côté du lit. On entend le bruit éloigné du tonnerre ; quand elle est arrivée près du lit, il se fait un éclair très-fort , la foudre éclate. Anna jette un cri perçant> laisse tomber sa lampe et revient d'un air effrajè jusqu'au devant de la scène. ) Signora !. .. . Signora! ... Quelqu'un est dans ce lit... J'ai vu les rideaux s'agiter... EMILIE. Je vous ordonne de vous taire, Anna. ANNA, sanglotant. Que je suis malheureuse ! .. . Elle va s'asseoir. Mon dieu ! veille sur les jours de la pauvre Anna ( Elle se retourne, et change souvent d'attitude en témoignant beaucoup d'inquiétude ; enfin elle s'endort à l'exemple d'Emilie. ) \ 3| LE CHATEAU DES APENNINS, SCENE I V. Dès qu'elles sont endormies , lèvent si/le avec violence , et semble s'engouffrer dans les longs corridors qui conduisent à cette chambre. EMILIE, ANNA, endormies, M Ô R A N 0, CliSARJ 6. ( On entend un bruit sourd du coté du lit; un pan de la boiserie s'ouvre à droite. ) c E s a a 10, entrant le premier , et tenant une lanterne sourde. Je crois que c'est clans cette chambre , autant que j'ai pu m'orienter à travers ces passages obscurs et dérobés.... Suivez- moi, monsieur le comte. M O R A N o , entre. J'y suis. C E S A R I O. Convenez donc qu'il est forl heureux que Montooi vous ait remis entre mes mains. c E s A R I o, avec ironie. Vraiment il ne pouvoit choisir un gardien plus fidèle. C E SA RIO. Il me semble que nous sommes dans l'appartement deLàu- rentina ; en tout cas, je ne vois rien. Je ne me suis cependant point trompé, j'ai bien positivement entendu l'ordre que le duedonnoit à Ludovico de la conduire ici. M O R AH O. Passons plus loin. (// se fait quelques éclairs.) C E S A R I O. Attendez .. . J'ai cru voir là-bas . ..Approchons. m o r a n o. En effet, j'apperçois quelque chose. c e s A r I o, s'approcliantd'Emilie. C'est elle. M O R A N O. Mais elle n'est pas seule; de-l'autre côté, je vois . .. c e s a r i o. C'est Anna ; eh bien, le voyage sera plus gai ; j'aurai DRAM E. 3i ma compagne aussi. Ah! je te tiens eufin , dédaigneuse créature , et tu ne saurais m'échapperl... M O 11 A N O. Elles dorment profondément. C E S A R I O. C'est ce qu'elles ont de mieux à faire. M O R A N O. Mais comment les emmener d'icj sans les réveiller? C E S A R I O. Prenons-y garde, car les cris d'Anna nous auraient bientôt trahis. M O R A N O. Il faut cependant trouver un moyen de les empêcher. ces a R i o, après avoir rêvé un moment. Je n'en vois pas d'autre que de les transporter avec précaution dans le fauteuil où elles reposent, jusqu'à ce que nous soyons parvenus en un lieu où leurs cris ne puissent plus se foire entendre.... d'ailleurs, en cas de nécessité, te bandeau.... M O R A y o. Expédient merveilleux!... Procédons. une voix. Scélérat! c E s a RI o, avec émotion. Çu'ai-je entendu ? M o r a n o. Ce n'est rien. C E S A R I O. Je vous assure, seigneur.... m o R a n o. Aurois-tu la foiblesse de partager les craintes puériles des habitans de ce château ? c e s a r i o. Mais, j'ai distingué clairement.... AI O R A N O. Un bruit confus occasionné par le retentissement des voix à travers ces longues voûtes. Allous, poursuivons notre dessein. C E s a r i o. Je suis prêt. ( Ils s'approchent du fauteuil d'Emilie et l'enlèvent.) la voix, plus fort. ArivLe ! (Césario laisse iomber le fauteuil, Emilie se réveille.) 52 LE CHATEAU DES APENNINS, EMILIE. Que vois-je ! Anna ! {Anna se réveille et cric de toutes ses forces; Césario coure à elle et lui couvre la bouche avec son bandeau. ) M o r a N O. ( A pari. ) Fâc.heilx événement ! d'.ssimulons. ( haut. ) Rassurez-vous , belle Emilie , mon intention n'est pas de vous causer le moindre effroi. EMILIE. Xaissez-moi. M o H a n o. Ecoutez un homme qui vous adore, et que la crainfe de vous perdre réduit au désespoir. F ayez, Emilie, fuyez cette prison affreuse avec l'amant qui vous adore; fuyez, les portes vont s'ouvrir et demain le soleil vous verra dans Venise.... songez que chaque instant rend la fuite plus difficile ; une voiture nous attend sous les murs du château ... partons. (Anna arrache le bandeau, se dégage des bras de Césario , et jette un cri, mais Césario la saisit de nouveau , et la menace avec un poignard. J EMILIE. Je vous rends grâce , seigneur , de l'intérêt que vous prenez à mon sort; mais je vous demande encore, laissez- moi à ma destinée. M O R A N O. Plutôt périr!.... pardonnez cette violence, niais l'idée de vous perdre me trouble la raison. E M i L I E. Calmez-vous , seigneur , et quittez ce château que rien ne sauroit m'engager à fuir avec vous. M O R A M O. Oui, je quitterai ce château , mais je n'en sortirai pas seul ; mes prières n'ont pu rien obtenir, la force l'emportera. EMILIE. Seigneur. . . M O R A N O. Toute résistance est inutile... suivez-moi. i y i ( i i. Jamais. fi3 ■1 DRAM E. oa ^ Ay <«Wii7 M O R A N O. A moi, Césario ! ( Césario enlève Anna qui se débat. , tandis que Morano en* traîne avec force Emilie vers la porte de l'escalier dérobe , en tachant d'éloliffer ses cris. Alors un fantôme sort du fond de l'alcove. , et court se placer entre Morano et Césario , menaçant l'un d'un poignard, et l'autre d'un pistolet. Tableau» Césario effrayé, laisse échapper Anna qui court à la porte , et jelie des cris perçant du eôlé de la galerie.) ANNA. Au secours ! au secours ! ( On entend un grand bruit dans- la g/derie. ) m o n t o n r, en dehors. Vengeance ! césario, à part. MpTftoni vient ! .. Je suis perdu !.. A N 'N A. Du secours! mon dieu ! du secours ! CESARIO, a part. Fuyons. Morano fait un mouvement pour tirer' son épéc ; le fantôme change d'altitude , le retient d'une main et le menace de l'autre ; pendant ce teins, Césario s'éloigne doucement et s'échappe par la porte dérobée. Morano qui s'en apperçoit veut le suivre, le fantôme l'arrête encore ; le bruit redouble dans la galerie , Césario ferme la porte sur lui , le fantôme disparoit derrière le Ut , et la portede la gale fie s'ouvre avec fracas. Emilie et Anna fuient dès que la porte est ouverte. & 3 4 LE CHATEAU DES APENNINS. SCENE Y. MONTONI, MORANO, plusieurs officiers, quelques domestiques portant des flambeaux. MONTONI , à Morano fondant sur Lui l'épie à la main. Lâche, reçois la justice qui t'est due. (Les officiers veulent s'élancer sur Morano , Monloni les relient.} Arrêtez! je me réserve le soin de le punir. // s'engage un combat très-opinidlrc entre Montoni et Morano ; enfin Vavantage se décide pour le premier, et DIorana tombe sans connoissance. MONTONI. ( On emporte Morano. ) Qu'on l'emmène hors du château.; et nous signors , ( en parlant à ses officiers ) allons achever de soumettre les partisans de ce traître, .le remets à un au Ire moment le soin d'éclaircir comment tout ceci s'est passé. IL sort fièrement suivi de ses officiers. Fin du deuxième Acte. ACTE II I. % Le théâtre représente une cour du chiitcau remplie de ruines et de décombres > parmi lesquelles se trouvent dey sapins, ci- près et melcses ; dans le fond, le portail et les restes d'une chapelle gothique; à gauche , une vieille leur, au-devant de laquelle est un escalier à demi ruiné; à droite, dans le fond , une porte grillée qui conduit au ponl-levis ; en avant, du même cote , un vieux badinent. Il fait nid:* SCENE FREMI E R E. CE SARIO, sortant du vieux bâtiment. Je n'entends plus rien , et le comte ne paroit pas!... Se- roit-il tombé sous les coups de Montoni? Dans ce cas, tout espoir de fortune seroit évanoui pour moi. Que serait-ce donc •i je n'avois su m'évader à tems ? Il m'eût fallu soutenir le» DRAME. 35 regards terribles du dut- , et subir un interrogatoire auquel je n'échapperai point peut-être... Comment lui faire croire que le comte prisonnier et commis à ma garde, ait pu se trouver un moment après dams l'appai tement reculé où sa nièce a été conduite par son ordre, sain que j'aie favorisé son évasion et partagé ses desseins?... Mais, que dis-ie ?... cet événement qui m'accuse, et semble devoir causer ma perte, je puis le tourner contre Ludovic o ; en effet, les passages déiobés qui m'ont conduit à cet appartement, et qui communiquent dans tout le château, à travers l'épaisseur des murs, sont, inconnus à Montonj ils avoient été découverts par mon prédécesseur, qui m'en confia le seiret avant sa mort ; Ludovico avoit seul une ciel' de cette chambre , il est donc, clair que lui seul peut être co qiable de trahison , ainsi je puis l'accuser avec succès ; mais pour donner plus de poids à cette assertion, et, dissiper entièrement le> soupçons de Montoni, en lui donnant des pn uvescertajns de mon zèle, je vais épier scrupuleusement les (lenarc lies de sa nièce . et de cette Anha , quejje brûle d'avoir en ma puissance, peut-» être avant peu.... Quelqu'un s'approche!... de la prudence. SCENE I r. MORA Jî 0 , enveloppé dans son manteau , G E S A RI O. C E S A R I O. Qui va là ? M O R A N O. Est-ce toi, Césario ? c e s a r r o. Oui, seigneur. Comment avez-vous pu échapper à la colère de Montoni? m o R A Ht o . Il vient de se livrer entre nous un combat très-vif, dans lequel, soit que l'adresse ou le sang-froid l'aient servi mieux que n,oi, tout l'avantage se décidoit pour lui ; alors, me sentant vigoureusement pressé, j'ai feint d'être mort elle oient atteint et de tomber sans connoissance ; le duc m'a cru mort, il a ordonné qu'on me transportât Sur-le-champ hors C 2 i 56 LE CHATEAU DES APENNINS, du château.Quelques-uns 'le nies partisausque j'avois n connus parmi les gens de sa suite, se sont chargés de ce soin et m'ont bientôt remis en liberté. c e s a r i o. Je ne desirois rien tant que la conservation de vos jours; car , je pense, seigneur, que vous n'imputerez point, à un manque de fiilélilé de ma part, ce qui vient de se passer, et que ce fâcheux conlre-tems n'altérera point la confiance dont vous m'honore/. M o R a n o. Au contraire, je - ne puis que louer ta prudence; en demeurant avec moi . tu te perdois smis me servir, et tu t'enlevois désormais les moyens de m'être utile. c e s a r i o Mais que pensez-vous, seigneur, du personnage mystérieux qui est venu si brusquement troubler nos projets ? M O R A N O. Je laisse à d'autres le soin d'éclaircir ce mystère. Quant à moi, je ne songe plus qu'à me venger. c e s A r i o. Que pouvez-vous à présent dans ces lieux où Monloni ne craint plus de rivaux, et va exercer plus que jamais un pouvoir despotique ? m o r a n o. Je ne prétends point y demeurer pluslong-tems ; dans una heure je serai déjà loin d'Udolphe, et demain, je cours à "Venise, solliciter du sénat, la faveur de commander moi- même les troupes destinées à attaquer Montoni. Avant huit jours ces murs seront témoins de ma vengeance et de mon triomphe. Cependant, soutiens toujours l'espoir de mes partisans ; surtout, surveille exactement les démarches d'Kmilie, c'est à toi seul que je m'en remets du soin de la conserver ; songe que c'est à la possession de ses biens que j'attache le plus grand prix. Si je la trouve à mon retour, mille sequins et la maison d'Anna seront ta récompense. c e s a r i o. Je n'avois pas besoin de ce double motif pour vous servir, seigueur, vous coimoissez mou attachement?... D R A M E. 3 7 M O R A N O , lui donnant une bourse. "Voilà pour l'augmenter. Viens m'ouvrir les portes du château, et songe à exécuter ponctuellement iucj ordres, c e s a r i o. Suivez-moi, seigneur. ÇCésario conduit Morano par la grille qui tsl à droite , dans le fond. ) SCENE I I T. EMILIE, ANNA, paroissant du coté opposé. anna, portant une lanterne sourde. Cet entêtement nous sera funest ■, signora , vous le verrez. Quelle imprudence ! deux femmes seules, parcourir, à l'heure qu'il est , un château ruiné, où tout dort, excepté les lutins et les revenans. E M i r. I F., sans l'écouter. Nous voici, je crois, dans les ruines de la chapelle?... ANNA. Hélas! je le crois de même. Malgré le vif attachement que je vous porte , je voudrais pour beaucoup, ne m'ètre point engagée dans cette périlleuse recherche. „ E M I L I K. Tu es folle. , , ANNA. Plût à dieu ! EMILIE. Que l'air est humide eL froid dans ces cours! ANNA. Vraiment. j'e vous l'avois bien dit; croyez-moi, signora , retournons à votre appartement, votre santé pourroit ètr« altérée____ . . ,,, , EMILIE. Non, je suis décidée à éclaircir le mystère caché sous ce rendez-vous; c'est à minuit, m'a-t-on dit... a n n A , à par:. Justement, à l'heure où l'on voit les apparitions! ( On entend soniier l'horloge du clidlvatu ) Ah! mon dieu ! pourvu que ce ne ioit pas.... ■ M i L i R, Paix! {Elles écoutent toutes deux.) C 3 38 LE CHATEAU DES APENNINS, S C E N E I V. LES MÊMES, C E S A R I O. CESARIo(// rentre pur la grille , et paroît surpris de voir des femmes. Il approche, doucement elles reconnaît. ) Emilie 1 Anna ! que peuvent-elles faire à cette heure dans ces lieux écartés ?... Si ïe pouvois m'en emparer, sous prétexte d'exécuter les ordres de Monlonj.... Sans doute... l'occasion est excellente; iiâtons-nous d'en profiler. (_ // rentre dans le vieux bâtiment de droite. ) SCENE V. EMILIE, ANNA. ( L'horloge a sonné minuit.) Minuit! EMILIE. ANNA, avec effroi. Minuit! c'est fait de nous! {Elle tombe sur une pierre. On entend préluder sur un luth dans la tour de gauche. ) EMILIE. Qu'entends-je ? ANNA. Fuyons , signera, il n'y a nen à gagner ici. EMILIE. Ecoutons. ( Une voix venant de la même tour, chante la romance sut* vante, elle est accompagnée du luth. ) ROMANCE. PREMIER COUPLET. D'un calme heureux tout ressent la douceur; L'air est serein , la nature est tranquille ; Un long silence habite cet rouille reparoissent par la grille traversent le fond et sortent par la gauclic. Emilie et Ludovico restant immobiles et Anna se cache derrière les ruines en observant ce qui se passe dans le fond. Ils sont partis !... Ludovico descend doucement Emilie jusqu'à terre, elle l'embrasse ainsi qu'Anna; et tous trois se jettent à genoux pour remercier le ciel. LUDOVIC O. Sortons promptement de ces lieux, (à Anna ) Pendant que je vais conduire votre maîtresse à son appartement , par la grande terrasse et la galerie du nord; vous, Anna, tâchez de gagner l'office , et vous direz au vieux Carlos que la signora s'étant trouvée indisposée, vous êtes allées prendre l'air sur la terrasse; puis, vous le prierez de vous • Ionuer quelques reslaurans, et vous viendrez nous rejoindre par l'escalier de marbre. ANNA. Y pensez-vous , monsieur Ludovico ? après tout ce qui m'est arrivé celte nuit, que je parcoure encore seule es vilain château ? LUDOV ICO. Songez an service important que vous rendez à votre maîtresse, puisque par-là vous lui évitez avec Montoui uns explication qui ne peut qu'être fâcheuse. EMILIE. Je t'en prie, Anna. ANNA. Comment vous refuser , puisque vous m'en priez ?.. . . j'aurai cependant bien peur. 44 LE CHATEAU DES APENNINS, LUDOVIC O. Allons, un peu de courage. Partons. ALFRED. Adieu, mon Emilie. Brave homme, veille sur elle. L V D O V I C O. Comptez sur mes soins. EMILIE. Adieu , cher Alfred. LUDOVIC o. Vous vous reverrez!.... et bientôt, peut-être. ALFRED. Adieu.... tout ce j'ai de plus cher. (Alfred se retire de la croisée , Ludovico conduit Emilie, tous deux sortent par les ruines du fond ; quand Anna les a perdus de vue , elle va pour sortir par la gauche, mais elle apperçoit Césario, et revient précipitamment au-devant de la scène. ) SCENE X. ANNA, CESARIO, CONDOTTIERI. anna, avec le plus grand effroi. Je suis perdue Voilî encore ce maudit concierge. ( Césario et i suite repa.rois$aHt, et après avoir fait plusieurs tours, rerienent passer devant l'escalier dont la démolition les frappe; Anna s'est cachée sous la voûte, et ne tarât- point à être découverte par Césario qui la lire brusquement, à lui ) CESARIO. Que fa"ites-vo!is dans ces lieux à cette heure, malgré la défense de Monloni. anna, à part. Je ne sais que lui dire ! cesarto, à part. Enfin, je la tiens, (haut ) Eh bien ? ANNA. Je vous en, prie, monsieur Césario, laissez-moi rejoindre ma maîtresse. DRAME. 4 5 C E S A R I O. Mon devoir s'y oppose. ( d'apprendre qu'Alfred est enfermé dans un cachot qui » communique à la chambre du geôlier----(C'est apparemment là, {vit montrant la porte de eoniinunica'ion ). » il faut » absolument que je le voie: pour cela, il est nécessaire » d'écarter Césario. Au lieu de rejeter son amour, laisse- » lui concevoir quelqti'espérance: surtout tâche dej'éloigner » promptement ; Ludovico et moi, nous serons aux aguets; » dès qu'il sera parti, tu nous en instruiras par ce signal...». ( On entend à la porte un grand bruit de clefs et de verroux). On vient !.,.cachons cette lettre. C Elle m s'asseoir dans un €oin, et patoîl afjligce. SCENE DRAM E. 49 SCENE IV. ALFRED endormi, ANNA, C E S A R I O. ces a n i o , {en entrant il /elle sur la table sa cape et un trousseau de clefs. ) ( A part. ) La voflà donc en nui puissance ! -----( haut. ) Eh bien , dédaigneuse Anna ! comment vous trouvez-vous ici ? ANNA. Mais, fort-mal. c e s a r i o. C'est voire faute. N'imputez qu'à vos mépris l'extrême sévérité dont j'use à votie égard. ANNA. "Vous avez choisi là un joli inoven de me faire la cour ! c e s a k i o. N'avez-vous pas rejeté mes vœux? ANNA. J'en conviens ; mais aussi, vous vous y prenez si mal ! C E S A R I O. Comment ? ANNA. Sans doute. Croyez-vous que ce (on dur, ces manières repoussantes soient très-propres à toucher un coeur ? vous vous trompez Nous voulons des èeatrll, des soins, de la prévenant e ; nous vouions voir enfin dans celui qui nous aime un êtrè complaisant, soumis à nos moindres désirs, et non pas un tyran c e s A r i o. Que ne m'avez-vous dit tout cela ?.....j'aurois tâché de m'y conformer. ANNA. -Te ne crois pas que vous soyez jamais susceptible de pareils soins. . c e s a rt i o. Ce jugement est bien sévère. ANNA. Votre conduite ne m'en permet pas d'autre. c e s a r i o Et si je vous prouvoîs que sous ces dehors brusques et re- poussans , Césario porte une ame sensible ?____ ANNA, avec finesse. Si vous me le prouviez ?.....je le croirois. C K S A 11 I O. Eh bien ! cruelle Arma , il ne tient. qu'A vous de vous en D 5o LE CHATEAU DES APENNINS, / ' convaincre. Ne rebutez pins un amour que vous avez fait nailre, oubliez ce Liidovico que je hais, consentez à partager mon sort, et vous me verrez sans cesse tendre , empressé, attentif à vous plaire.....vous détournez la vue ? ANNA. Vous me pressez si vivement ! c e s a k i o. De quel avantage d'ailleurs seroit pour vous l'hymen de Ludovico ?..... il possède fort peu de choses, et peut-être perdra-t-il bientôt le poste auquel le duc l'a élevé. ANNA. ( Vivement cl avec intérêt. ) Se pourroit-il ? ( se remettant et avec une gaîté forcée , ) qu'a-t-il donc fait pour cela ? je vous prie. c e s a r i o Ce soin importe peu à notre amour. Qu'il vous suffise de savoir que ma fortune est déjà considérable, et qu'outre les émolumens qui me sont accordés par le duc. en qualité de concierge et de geôlier du château , je reçois encore de nombreux présens de ceux auxquels je puis rendre quelque service.... Par exemple, on m'a promis, il n'y a pas six heures, mille sequins..... ANNA. (Vivement et avec curiosité,) mille sequins ! pourquoi faire ? A part. Je tremble ! C E S A H r o. A part. J'aliois me trahir ! {/mut) Vous le saurez plus lard. Je vous le répète, Anna, consentez à partager mon sort, et je vous promets d'adoucir, autant qu'il dépendra de moi, votre captivité. ANNA. Ma captivité i Je dois donc rester ici long tems ? C. E S A R I O Si vous m'aimez , votre intérêt s'oppose à ce que la liberté vous soit rendue avant huit jouis ? ANNA. Avant huit jours ? césar r o. Oui. Mais pendant, ce tems vous trouverez dans Césario tous les égards que vous avez droit d'atiendre. Commandez enfin et vos moindres désirs seront remplis. a n n a , à part. Si je pouvois l'éloigner ! ( Elle paraît se trouver mal.) CESARIO. Qu'avez-vous donc, Anna ? ... Votre œil se troubla ous ne me paraissez pas bien !.. » DRAME. i S ANNA. Il est vrai que lesévènemens de cette nuit m'ont fortement agitée. c tu M o. Parlez, quel secours vous seroit nécessaire ? ANNA. Je ne sais. T,e défaut de nourriture a sans doute contribué à cette indisposition. c e s a R I o. Et je n'ai rien ici ! anna, à part. Bon ! Ct ! A t 10. Si je croyois que Carlos fût levé , jecourroisà l'office. a n n a , avec une feinte indifférence. Peut-être l'est-il. C E S A R I O. J'y vais. ANNA. Ce sera m'obliger. {A part. ) O Dieu , je te remercie ! c e s a r i o. A part Il paroît qu'elle me voil avec moins de répugnance ; c'est le moment de la flatter. {Haut ) Prenez patience, Anna, je reviens bientôt. (// sort sans reprendre ses clefs et ferme seulement la porte aux verroux. ) S CENE V. ALFRED, endormi, A N" N A. ANNA. On lui a promis, dif-il. mille sequins !. .. Ah ! j'en frémis encore ! . . . C'est suis don le quelqu 'horrible complot tramé par le comte . car. il n'ya qu'une mauvaise action qu'on puisse payer aussi cher ! Mais profilons d'un heureux stratagème, et suivons exactement mes instructions (. Ella jette un coup- £ œil sur la lettre d'Emilie, et frappe deux fois dans ses mains. S= LE CHATEAU t3 E S 'APENNINS, SC E ' S* E V L les H e ni E s , E M I L 1 E. Emilie ne larde point à paraître à la croisée. Anna lui recommande de faire le moins de bruit possible. Elit approche de la fenêtre imitable' sur laquelle elle pose une chaise : Ertiiliu descend et se jette dans les bras d'Anna. ANNA. Vous voilà ici ! mais comment pénétrer maintenant dans ce cachot ? e M i 1.1 E> Cherchons.; peut-être s'otFnra-t-il quelque moyen. ( Elle jette un coup-d'i'.'il autour d'elle et apperçoit le paquet de clefs que Césario a taisfé sur la table ; elle se précipite dessus. O bonheur! Vois-tu Anna ? . . Elle les baise toutes, et court les essayer à la porte de < ommitnication, mais elle ne peut réussir à l'ouvrir. Le bruit qu'elfe fait réveille Alfred. A L F R B u. Voici sansdoule le méchant coquin rpii pourvoit à ma subsistance. • EMILIE. O ciel ! Est-on plus malheureuse ?. ANNA. Je tremble que Césario ne revienne. EMILIE. .Te suis décidée à ne point sortir d'ici , sans avoir vu Alfred. A L E R R D. Cependant il n'a point coutume de venir d'aussi bonne heure. ( Emilie et Anna cherchent de nouveau dans la chambre. Anna apperçoit un petit paquet de clefs pendues pris de la porte du fond : elle les montre à Emilie, court les prendre et les lui donne- Celle-ci les essaie ; la véritable clef s') trouve; la po'le s'ouvre, et Emilie se jette dans le cachot d'Alfred, qui est demeuré couché. EMILIE. O mon Alfred 1 je te revois encore!... ( fis tombent dans les bras l'un de l'autre > et se prodiguait ict plus tendres caresses. A r. F R E D , se relevant vivement. Chère Emilie ! EMILIE. Tu ne sa s pas tout ce que j'ai souffert depuis que Montoni m'a fait venir dans ce château ! Mais trop heureux d'avoir „ a n m 53 p'i nous réunir, snobons meUtre à pro6t le^pau d'in&tans qui """s restent.. l'oyons, Alfred, fuyons- ref'iiorriLle séjour. Une échelle est pincée en delvors de cet te croisée . Ludovico nous attend . tout e»t disposé ; dnus deux beures nous serons loin d'Udolpbc. a j. f r e n, montrant le fond du cachot. Cette porte secrète nous offre un moyen plus sûr d'effectuer noire fuite Sortons par-là : dans un moment nous serons au îempart d'Occident e m i r. I E. .., Au rempart d'Occident ?... Gnrdons-nous d'en approcluir. Connue c'est le côté le plus foible du r.Viâteau .des patrouilles nombreuses le parcourent pour le gaVantîr des surprises de l'ennemi D'ailleurs Ludovico ne désire pas moins que nous d'être hors de ces lieux, et nous devons trop à ce boa serviteur pour l'abandonner. ANNA. •Ob ! non. N'oublions pas Ludovico. ■• _ • ' > ALFRED. Et bien, sortons par-là. {fis sortent du cachot. ) k m i L î i. Veille toujours, Anna, {parlant en dehors )EtesMrOUi là, Ludovico T . ludovico, en dehors". ■ Oui , signora. EMILIE. Montez,. Alfred. {F.lle lui donne la main; Il moife sur la chaise, et touche déjà la croisée quand Anna accoiùt et s'écrie : ) £ ! ANNA.. On vient ! n - , , .EMILIE. tjlel ! ( « Mfrcd) Sauvez-vous. -, 1 . AL F R E D. Vue je vous quitte !... jamais. ANNA. J en tends plusieurs voix. ( Ils écoulent tous trois. Al/red ett loujours sur la table. S C É NE VIT. les mêmes, LUDOVICO , se montrant par la croisée. lu n o v ico. I"uvez !... voici Montcni. D3 54 LE CHATEAU DES APENNINS, ALFRED. Rentrons. Venez, Anna. ANNA. C'en est fait!.. Je ne verrai pins Ludovico. A L F H E D Tu nous rejoindras au rempart d'occident. LUDOVICO. Au rempart d'occident!.. Comment pourrez-vous parvenir justjue-là r".. ALFRED. Par une porte secrète , pratiquée au fond de ce cachot, ne tarde pas à t'y rendre LUDOVICO. Il suffit. ANNA. Ils sont tout près. LUDOVICO. Fuyez. ( // se retire de la croisée; Alfred , Anna et Emilie, entrent dans le caellot dont ils referment la porte et écoutent de l'autre côté en formant tableau. ) SCENE VIII. xes mêmes, MONTONI, CÉSARIO, CONDOTTIERI. c e s a b i o , entrant le premier. Elle e t i< i, seigneur , vous allez l'interroger vous-même. // apperçoit la table et la chaise, placées près de la fenêtre. {à part) Que vois-je ? la perfide m'a trompé, profitons- en pour perdre Ludov ic o. montoni, entre. Où donc est-elle? ( L'éto internent est général ; on regarde partout. ces a R i o. Spigneur, voulez-vous en croire un serviteur fidèle? MONTONI. Parle. CESARIO. 11 existe une secrète intelligence entre vos ennemis «t Ludovto. MONTONI. Ludovico dis-tu ? DR A M E. 5d C Tî S A R I O. Oui, seigneur. Je n'avois fait jusqu'alors que la soupçonner, mais les évènemens de cette nuit ne me permettent plus d'eu douter; c'est, lui qui a ouvert au comte Morauu l'appartement de Laurentina. M o N t o N .1. Tu penserois ?•. c k s a n i o. Et quel autre auroit pu? lui seul en avoit la clef. MO NT O N I. En effet.... C E S A R I O. De plus, il aime éperduement Anna, et nul autre qus lui ne peut avoir tenté de la soustraire à votre juste courroux. montoni, à sa suite. Qu'on aille arrêter Ludovico. ANNA. lies malheureux ! alfred, lui mettant la main sur la boucl e. Paix ! Fuyons. // conduit Emilie et Anna vers le fond et tous ■s'échappent par la porte secretic. SCENE XL MONTONI, CESARIO, LUDOVICO, CONDOTTIERI. Ludovtco , qui s'est caché parmi la suite de Montoni , et qui a tout entendu , s'avançant avec fermeté. On vous trompe , seigneur. CESARIO. Te voilà, traître. ludovico. S'il en est un ici , c'est toi. CESARIO. Que viens-tu faire en ces lieux ? LUDOVIC o. Te confondre. MONTONI- On t'accuse d'avoir sauvé Anna; réponds. ludovico, avec beaucoup de calme. .Te connois dès long-tcms et la haine qu'il ma porte, et la basse jalousie qui l'anime contre moi ; mais tous ses efforts seront vains, l'innocence et la vérité l'emporteront. CESARIO. Répondez d'abord ; oii esl Anm ? LUDOVICO. Oui , je vais répondre, et malheur à toi! {à Mcntoru. D 4 Rff LE CHATEAU DES APENNINS, j'ignore ce qu'est devenue Anna; mais il pourra vous apprendre lui, tle quel côté Alfred porte ses pas. m o n r o N II Alfred'.____ I. u n o v i c o. Oui, seigneur, il vient de sortir à l'instant même.... c u s a r i o , furieux , à Ludovico. Oses-tu bien ? .... M O N T O N I , à Césario. Silence. IODOVICO, ironiquement, et après avoir jeté un regard sur la porte de communication. Il était tellement pressé de le l'aire évader, qu'il a oublié de fermer la porte..... c e s a b i o. Quelle horrible imposture! , m o n t o n I, à Ludovico. Es-tu bien sûr ? . .. . lï v r» o v t c o. Vous en doutez, seigneur?. ... (ailes ouvrir la prison. On ouvre te cachot, IWonioni entre., on cherche} tous ont disparu. La fureur brille dans les yeux de MontOtli. . ' j I V O ■ sa Ne perdons pas un moment Volons a sa poursuue , vie me répond des entreprises audacieuses du sénat. ( Ils sortent , suivis des Condottieri ) SCÈNE X î. MO R AN O, UN OFFICIER VÉNITIEN, TROUPES VÉNITIENNES. . . On voit paraître dans le bois au-dessus des souterrains, rano à la tétc des rroupes Vénitiennes. Observez le plus profond sHence , nous voici sous les mu; > du château. ,, .^r ( Les troupes défilent avec précaution, et on les per tôt de vue, à travers les rochers et les arbres. ÏIN DU QUATRIEME ACTE. / 58 LE CHATEAU DES APENNINS, ACTE V. Le théâtre représente l'esplanade du château du côte" occidental ; à droite, un jardin agréable firme' par une grille; à gauche , des tours, des remparts , des bastions. En avant une vieille citerne , un mur de fosse' s'étend obliquement dans le fond d'un côte à l'autre. Dans le lointain le sommet des Apennins couverts de neige. SCENE PREMIERE. MO R A NO, Troupks Vénitiennes , L'OFFICIER VÉNITIEN. On voit descendre des montagnes, et disparo'itre ensuite toui-u-jail les troupes Vénitiennes conduites\par Morano. SCENE IL ALFRED, EMILIE, ANNA. {Anna sort avec précaution par le fond de la citerne, elle regarde de tous cotés ; quand elle est assurée que personne ne peut l'appercevoir, elle fait signe à .Alfred et à sa mai- tresse de venir la rejoindre. Tous deux sortent du souterrain et se jettent dans les bras l'un de l'autre en remerciant le ciel d'avoir protégé leur évasion. ) A H K A, avec inquiétude. Mais Ludovico ne paroît point.... ALFRED. Cependant, il seroit dangereux pour nous de demeure* long-tems ici. EMILIE. Anna, cours Jusqu'au rempart d'orient, tu ne peux manquer «Je l'y rencontrer; et tu le presseras de venir nous rejoindre. anna, d'un air triste. J'y vais, signora. EMILIE. Ramène-le promptement. ANNA. 11 suffit. ( elle sort. ) DRAM E. SCENE III. ALFRED, EMILIE. KM I L I E. Le ciel permet enfin que deux amans fidèles triomphent de tous les obstacles qui s'opposoient à leur bonheur. A L F R E 1). Ne nous flattons pas trop, Emilie; nous sommes encore loin d'être hors de la puissance de Montoni. Le plus difficile, est maintenant de franchir les barrières et d'arriver aux portes du château. EMILIE. Ludovico nous en donnera les moyens. Il a su se ménager des intelligences parmi les Condottieri, et les portes no tarderont point à s'ouvrir à sa voix. ALFRED. Puissiez-vous dire vrai ! SCENE IV. LES MEMES, ANNA. anna, accourant avec précipitation. Tout est perdu ! reniiez, sigaor, si vous aimez la vie. E MILLE. D'où provient cet effroi ? ANNA. Vraiment, il se passe de belles choses ici !... rentrez, vous dis-je, ou vous ne tarderez point, à être surpris. C'est un fracas ! un mouvement terrible dans le château !.. on ne voit que soldats et chevaux ; chacun court, s'empresse... le signor va, vient, il est partout, on ne parle que de deffense, de siège, d'attaque; on garnit les remparts d'artillerie, de munitions... que sais-je, moi? si je ne meurs pas, j'aurai bien du bonheur;! A L E H E D. Expliquez-vous mieux, Anna. ANNA. Eh bien, on dit que les Vénitiens sont aux portes du château. A L F R E D F... Les Vénitiens, dites-vous?.... heureuse nouvelle! ANNA. En effet ! cela sera bien heureux, n'est-ce pas, quand nous serons tous morts? car ils viennent pour lions tuer!... Go LE CHATEAU DES APENNINS, mon pauvre Ludovico ils le tueront aussi... oh mon Dieu !... je mourrai de peur aïi premier coup de canon. EMILIE. r Rentrez, Alfred ; sauvez vos jours. v A I. F II E n. Que je fuie, quand ils s'evposent pour me sauver et punir mi tviau ?.. . non... vous m'estimez trop pour m'en troue capable. EMILIE. Je ne vois que votre danger. A L F n K D. Si je ne puis combattre à leur tête, mon bras saura du moins les servir ici. ( // se jette à genoux , lui baise la main, et veut s'éloigner. ) Adieu, mon Emilie... je cours... f.jiilie, l'an-étant. Arrêtez, Alfred, vous allez vous perdre. ALFRED. Ne me retenez plus. (// lui échappe, et s'avance vers le fond.) E M I L I E , court après lui. Alfred !... S C E N E V. les me ai es M ONT ONT, CONDOTTIERI. M O N T O N I. Que vois-/e ?... Alfred ! Emilie ! Emilie, tombant. Ciel ! mon oncle i MON T O N I. Est-ce ainsi qu'on me joue ? mais grâces à mon active prudence, vos projets sont déçus. e m i l i E. . Seigneur.... M O N T O N I. Osez-vous encore élever la voix ? A L F n E I). Tyran ! fais-moi donner des armes M o N t o N r ironiaiicment. Pourquoi faut-il qu'un combat décide entre nous, puisque vous êtes en mon pouvoir et que mon intérêt est attaché à la conservation de vos jours ? A L t tt E D. Scélérat! M o n t o n r. Vaines clameurs, qui ne sauioient m'àtteindre! Soldats, DRAM E. fit ronduisez-le dans retle lour, et qu'on l'v garde étroitement. Vous m'en répondez sur vos têtes. EMILIE. .Révoquez cet arrêt ftinèslë, ANNA. Seigneur..... ALFRED. C'est s'avilir aire de prier un Ici monstre. M o n t o N I aux soldais. Obéissez. ( Bmiiie et Anna se jettent au-devant des soldais , et tout en suppliant Montoni , paraissent vouloir défendre A//red.) S C E N E VI. LES MEMES , UN OFFICIER DE condotti li. l'officier à Montoni. Seigneur, les Vénitiens s'approchent et paroissent vouloir tenter l'assaut. MONTONI. Malheur à eux s'ils l'osent ! ( en montrant Alfred} la tête de leur chef m'en répond, {aux soldats) Allez. ( Oit emmène Alfred. ) SCENE VII. MONTONI, UN OIFFCIER de condottieri. I.' O F F I C I K R. On a distingué à leur tête le comte Morano. M O N T 0 N I. Encore ce traître!____Marchons; ce jour verra signaler ma vengeance. ( Montoni sort suivi de ses gens. On sonne l'alarme. Le beffroi se fait entendre; tout est en mouvement. Plusieurs pelotons de condottieri traversent dans le jardin.) S C E N'E VIII- {On voit les Vénitiens escalader le mur du fond ; Morano est à leur téte. Un bon nombre a déjà pénétré dans le clid- teau, quand un corps de condottieri vient les rupousscr. On entend un grand bruit d'armes, d'artillerie. Plusieurs pelotons de condottieri venant du jardin paroissent fuir les J énitiens , qui les pressent, lorsque Montoni accourt, les rallie, et repousse les Vénitiens. Dans la mêlée , il reconnaît AloranO' M O N T O N I. Je te trouve ei:fin ! £■ LE CHATEAU DES APENNINS, M O 9, A H O. Je te cherchons. {Toux deux paraissent ivres de vengeance, ils s'élancent l'un sur l'autre et sê battent avec une fureur et un acharnement incroyable. Tous deux font des prodiges de valeur; mais enfin Montoni l'emporte, il terrasse Moruno et va le fiapper quand Césario accourt et le dégage. ) H ON TON! recule jusqu'à la tour et reconnaît Césario. Traître ! voilà la récompense. ( // lui lire un coup de pistolet qui l'élcnd mort. ) SCENE IX. ( Les Vénitiens accourent. Montoni entre promptement dans la tour , dont la herse se baisse derrière lui. On se bat encore quelque teins. tuais les condottieri sont repoussés et battus de toutes parts, l.a terre est jonchée de morts et de blessés.) SCENE X. ( Un corps de Vénitiens se présente devant la tour et somme Montoni de se rendre II paroit bientôt au sommet et se fait amener, par hudovieo , Alfred enchaîné. Montoni lève le bras pour le frapper de son Stilet, quand Ludouico, qui est derrière lui, l'arrête et le menace d'un pistolet. Au même instant les Vénitiens dirigent leurs armes contre lui , lorsqu Emilie et Anna accourent et se précipitent au-devant des coups. Tableau. EMILIE, A N N A. Arrêtez !. .. . On lève la herse, les Vénitiens entrent dans la tour et délivrent Alfred. Mille cris de joie et de victoire se font entendre. a L F R E D se jetant dans les bras d'Emilie. Emilie! EMILIE. Alfred ! LUDOVIC 0. Anna ! ANNA. Ludovico ! ( Ils s'expriment un moment la joie qu'ils ont de leur délivrance. On amène Montoni désarmé. ) UN OFFICIER VENITIEN. Détachons les fers d'Alfred et qu'on en charge ce monstre. DRAME, 63 X.O11 détache les fers d'Alfred et on enchaîne Mcnloni.) MONTONI à Alfred. Tu te repentiras bientôt d'avoir cherché à me perdre, je suis plus dangereux encore que in ne le crois, et ne tarderai point à reprendre là prfîssance qui m'échappe, frémis d'a'vance de l'usage que j'en fermai. 1.' officier vénitien levant sur lui son c'/jée. Scélérat ! alfred le retenant. Arrêtez ! la loi seule peut prononcer sur son compte. Qu'il soit conduit à Venise . ainsi que Morano , et le sénat en aura bientôt fait justice. I.' OFFICIER VENITIEN. Le comte Morano vient d'expirer de ses blessures. MONTONI avec une joie féroce. Il expire! ah! je suis vengé! l' officier aux soldats. Allez. ( On entmène Montoni qui t avant de sortir, exprime encore sa J'ureur dans ses regards et ses gestes. ) SCENE XI. E M I L 1 E , ALFRED, L'OFFICIER VENITIEN, ANNA, LUDOVIC. O , TROUPES VENITIENNES. l/ O F F I C I E R VENITIEN. Ne songeons plus maintenant qu'à nous réjouir de votre délivrance et de la réunion de deux tendres amans, f. tiDovico à Alfred. Mais, seigneur, qui donc a pu vous instruire des projets de Montoni ? ALFRED. Le hasard, ou plutôt un dieu qui veille sur nous, m'a fait découvrir, il y a deux jours, celte issue secrète, pratiquée au fond de ma prison, et qui, comme vous l'avez vu , conduit à travers l'épaisseur dès murs, dans toutes les parties du château. LUDOVIC O. En effet, je sais qu'il existe dans plusieurs châteaux forts de pareils couloirs destinés à faciliter les évasions en terni de guerre. ALFRED. C'est par ce moyen que, profitant du trouble et de la «onfusiou occasionnés par la tête, je me suis rendu dans 54 LE CHATEAU DES APENNINS, DRAME. ]e jardin pendant le bal, et vous ai donné l'avis qui a pensé vous devenir si funeste. EMILIE» Quoi? ce personnage mystérieux..... ce fantôme?.... ALFRED. L'amour m'inspirait'.... j'ai tout osé pour sauver Emilie. ANNA. Seroit-ce vous aussi, seigneur, qui m'avez si fort effrayée dans la grande galerie de l'Orient ?..... A L F R ED. Oui , ma pauvre Anna. ANNA. "Viaiment vous m'avez (ait une belle peur! A I. F r i: D. Je l'appelois afin de l'apprendre le complot infime qui venoit de se tramer contre ta maîtresse, et dont j'avois surpris le secret. j. u u o v i c o c;i souriant à Anna. Eh bien, Anna, craindrez-vous encore les revenans? \ N N A. Mais je crois que s'ils ressembloient tous A celtù-la, je n'aurois pas si peur. ( Un entend dans L'éloigncment une musique champêtre.} SCENE XII. LES MEMES, UN PAYSAN. le paysan à Emilie. Signorn , tous les paysans des environs et les vassaux de Montoni, que l'approche des Vénitiens a fait fuir au château, et qui se réjouissent d*élre délivrés de l'oppression sous laquelle ils gémissoiënt , demandent à venir vous présenter leurs hommages et leurs vtrux, et vous témoigner la joie qu'ils ont de vivre désormais sous une aussi bonne maîtresse. EMILIE. Qu'ils viennent. SCENE XII L les mêmes , PAYSANS ET VASSAUX DE MONTONS ( Le paysan fait signe aux autres d'entrer ; ils accourent en fouie , viennent saluer Emilie et terminent cette heureuse journée par des danses gaies et légères , exécutées au son de la fiù'.c et de la mandoline. 1' I N.