Répertoire du Théâtre fiançais à Berlin. No. 343. Deuxième Série. (No. 93.) -«o«- M Ce que femme vent... COMÉDIE EN DEUX ACTES, PAR 1V1HI. Du vert et IjAiikaiiiic. ------- -=e=k;s kiQiï sas»--- RERLIAT, IS48. , Ad. M t. Schlesinger, Librairo et Editeur de Miuiquc. l'ri* 15 BfT. (12 jOr.) Ce que femme veut... C0MKD1E-VAUDEVILLE EN DEUX ACTES, PAB MM. Duvert et Lauzanne. Personnages CHAMPIGNEL, profeiaeur. BALIVET, maître clerc d'avoué, 38 ans. AGATDB DELAUNAY, jeune veuve. BOSBTTE, jeune ouvrière, AMARANTHE, vieille fille, lanle de Mme Delaunay. UN DOMESTIQUE. UNE POBT1ERE. I,a sc»\ne ae paaae à l'aria; au 1er acte chez Champignel, au 9e acte clica Mimi Delaunay. ACTE I. Le théâtre représente un petit jardin de Paris; au milieu, un massif de fleurs de forme ovale dans le sens de la largeur du théâtre; au centre de ce massif, un socle d'un pied de haut sur lequel est un amour en plâtre; k chaque bout de ce massif, un rosier-tige. — Au fond, troisième plan, un mur de dix pieds garni d'un treillage auquel grimpent des clématites eu fleurs et des cobéas. — Au premier plan, à droite, l'habitation de Champiguel, dont la porte ouvre sur le jardin; à gauche un pavillon en saillie qui dépend de l'habitation de madame Delaunay ; la porte de ce pavillon est condamnée, et une fenêtre qui fait face au public est masquée par des persiennes. Derrière le pavillon, et au fond à gauche, une porto qui donne sur une cour dépendante de l'habitation de madame Delaunay Ri'pertoir. No. 343. s é r j. fi 0 . 93.) 1 3 CE QUE FEMME VEUT.. el par laquelle on communique avec l'extérieur. — Devant les fenêtres de Champignel et bous les persiennes du pavillon de madame Delaunay, sont d'étroites plates-bandes garnies de fleurs. — Audelà du mur du fond, on aperçoit le haut des maisons qui sont de l'autre cOlé de la rue. - A droite, au premier plan, une table de jardin auprès de laquelle sont une chaise, et un arrosoir. Scène I. ROSETTE. Rosette, seule; elle semble avoir reconduit mie personne qui est sortie par le fond û gauche, et lui parle encore : Oui, mamzclle Amaranthel.. Oh! bien sur, mamzelle, que j'irais vous voirl (Elle descend la scène avec joie.) Est-il possible? Elle veut me donner sa pratique pour ses dentelles... elle s'intéresse ii mon mariage!., mais les parents d'Olivier s'y opposent parce que je n'ai pas de dot... Mademoiselle Amaranthe dit que cela ne fait rien; qu'elle en parlera à sa nièce madame Agathe Delaunay, (Elle indique le pavillon à gauche.) la propriétaire... Olivier est son bijoutier... et que bien sûr... (Arec joie.) Me marier!.. Oh! rien que cette idée là!.. AIR: dYelva. Pour moi ça s'rait un fameux avantage; Auaai j'y pense tous les jours, Car un jeune hotmn'qui proposée mariage... Ab ! c'eat si rar'qne ça se r'grett'toujours. Hea amoureux j'sais bien quTespèce abonde. Mais sans J'mariage je n'reux pas de cela t.. C'est eflVayant «'qu'on voit dtiomm's dans la mondt> Qui propos'nt tout... excepté c l'objet la! Oh! oui, elle a l'air d'une bien bonne personne c'tc mam/.elle Amaranthe!.. pour une vieille fille. Et puis ce qui m'a prévenue en sa faveur, c'est qu'elle paraît prendre, bien de l'intérêt ii ce bon monsieur Champignel, qui a été si excellent pour ma famille... aussi, pendant son absence je viens donner un coup d'oeil a son ménage et arroser ses fleurs qu'il aime tant. — Mademoiselle Amaranthe m'en a-t-ello fait des questions de toutes sortes sur M. Champignel... Pourquoi, lui qu'est, maître d'école au collège Louis-Ie-Grand, il est allé a Alger?.. Pourquoi on ne l'a jamais vu chez madame Delaunay?.. - Elle le croyait morose, taciturne. Ah ben oui!.. — Si M. Champignel n'a pas accepté les invitation de la propriétaire, a ses dîners, à ses bals, c'est peut-être bien parce qu'elle a refusé de faire ACTE I. SCÈNE II. 8 quelques séparations qu'il demandait... — Locataire et propriétaire, c'est le chien et le chat, ils passent leur vie à grogner et à (aire le gros dos. — Et puis il faut avouer que M. Cham- pigncl est un peu original !.. Scène IL ROSETTE, BALIVET. Balivet, qui s'est approché sur la pointe du pied et lui prenant la taille. Il vient du fond à gauche. Oh ! nui, Rosette!.. Bosette. Oh! vous m'avez fait, peur! Ballvet. Ce n'était, pas mon dessein... (La lulinant.) Ce n'était pas mon dessein ! Rosette. Finissez donc, monsieur Balivet! Parole d'honneur ! pour un premier clerc d'avoué, vous avez, des manières de saute-ruisseau!.. C'est bête, pour un homme de voire âge ! Balivet, piqué. Comment? de mon âge?.. (A lui-même.) Il est vrai que j'ensuis!.. (Haut.) Rosette, parlons raison... I.e motif qui m'amène est horriblement sérieux ... Je guettais la sortie de mademoiselle Amaranthe, qui n'est pas si jolie que vous... Rosette. Taisez-vous donc!.. Si elle vous entendait? Ballvet. Par où?.. Ce pavillon dépend de son appartement (Il indique le papillon à gauche.) et de celui de sa nièce, c'est vrai... Mais la persienne est fermée et la porte est condamnée... une exigence de Champignel. . . Bon garçon, ce brave Champignel, mais quel ours! . . (D'un air mystérieux.) Qu'est-ce que mademoiselle Amaranthe venait faire ici, re matin ? Rosette. Une visite. Balivet. Une visite k un homme qui est en Afrique? Rosette. Pourquoi pas? Raltvet. Rosette!., ceci sort complètement des usages reçus... (D'un air insinuant.) Je parie que mademoiselle Amaranthe vous a questionnée sur le compte de mon ami Champignel ? Rosette. Oui. Balivet, à part. J'en étais sûr! (Haut.) Kt... elle a pris des renseignements sur ses habitudes, sur son caractère?.. Rosette. Peut-être bien . .. (Elle retourne arroser les /leurs.) Ah ça! mais ... il pleut des questions, dans c'te maison-ci... Ballvet, à part. C'est inconcevable!.. Klle a ouvert 1* ■i CE QUE FEMME VEUT. une enquête sur Champignel... Klle est capable d'exalter l'imagination de sa nièce, uue veuve de quinze mille livres de renies, qui m'irait si bien! Justement , j'éprouve le besoin d'une femme de trois cent mille francs, pour acheter une étude... J'ai isolé madame Delaunay... Je lui dis du mal de Champignel... Klle ne voit que moi... c'est une chance; mais les femmes sont si singulières... Klle est capable de m'en préférer un antre... si elle le voit . . . Kt mademoiselle Amarantlic fait des efforts inouïs pour attirer les galants... C'est, terrible, ça!.. (Appelant.) Kosette! Rosette, r/ni arrose au fond, à droite. Monsieur Bali- vet! (Elle redescend.) Halivet. Mademoiselle Amaranthe avait-elle un air . . . bien animé, en vous questionnant sur notre ami? Rosette. Mais... comme vous en me questionnant sur elle.. . Halivet, arec effroi. Ah! sapristi!.. Rosette. Kn quoi donc ça peut-il vous intéresser s" Kalivet. Kosette! ces dames sont les clientes de mon patron; c'est moi qui fais toutes leurs alîaires; elles n'ont rien de caché pour moi... KoKi'tlc. Kn ce cas, je n'ai rien il vous apprendre. Kalivet. D'un autre côlé, Champignel est mon arni... Kosette. Kt, comme il ne vous dit jamais rien... vous êtes bien aise de savoir par d'autres... Hein!?.. Balivet. d'un air résolu. Kli bien! oui, Kosette!.. Il y a diablement longtemps que je vous ai distinguée... Vous m'inspirez une confiance, que je ne crais pas de qualifiât rie considérable... Kt, si vous voulez me tenir au courant de tout coque vous apprendrez sur les rapports de mes clientes avec mon ami... je vous promots... Kosette. Quel! Kalivet. Ma pratique! . . c'est effrayant ce que j'ai de dentelles a raccommoder... Rosette, rianl. Vous? un clerc d'avoué ?.. Ah! ah! ah! Kalivet, lui prenant la taille. Kt, pour commencer, j'ai un baiser qui a bésoin de réparations ; je vais vous le donner. Rosette. Par exemple! voulez-vous bien ! (Hosctlepasse à gauche; il la poursuit.) Halivet. Il n'y a pas de voulez-vous bien!.. (Il l'etn- orassc. tandis qu'Amaranthe entre par le fond â (/anche.) ACTE I. SCÈNE III. Scène III. ROSETTE, AMARANTHE. HALIVET. (Amaranthe est une rtrille fille ttmHmèntalt et e.r allée Son costume accuse une prétention à la jeunesse, mais ne dotl pas être grotesque.) Amaranthe, entrant virement, par le fond. Ro.vtte, me voila revenue. (Rosette et Balivet se sép/ireul eu jetant un cri.) Balivet, interdit. Dieu! mademoiselle Amaranthe! Amarnntlir, virement. Que vois-jo! Bnlivet, l'excusant. Rien, rien du tout . . . une bètiae, uuo simple plaisanterie. (A part.) Quelle faute!., moi qui recherche la main de sa nièce!.. Rosette. Mademoiselle Amaranthe, je vnni pris du croire que c'est monsieur qui est venu de but en blanc... Amarantlie. J'en suis persuadée, Rosette... sans cela, je ne serais pas accourue ici pour vous offrir de l'ouvrage rte la part de madame Delaunay... Rosette. A moi! (A part.) Encore une pratique!.. Amarantlie. Je lui ai parlé de vous, d'Olivier... File s'intéresse à votre bonheur... elle veut vous le prouver... Rosette, avec joie. Ah! mamz.elle, si c'était vrai! Amarantlie. Bile vous le dira elle-mènu ! Balivet, à part. Des intelligences dans la place, diable!. Aiiiarantlic. Quant à M. Balivet... Balivet, bas à Amaranthe. Je tiens H me justifier k von yeux... Je désire vous parler en l'absnnce de madame Delaunay. Amarantlie. Ciel! (A part.) Voudrait-il uie parler d'amour? Mon Dieu! que je suis émue! (Haut.) Oui, Rosette, je désire vous occuper... Mais je voudrais voir un peu de vo Ire ouvrage... Balivet, avec joie, à pari. Elle l'éloigné! Rosette, virement et arec enjouement. C'est Irop juste, mademoiselle!., je demeure en face... je vais chercher un voile que je suis en train de réparer... Amarantlie. à Rosette, va revenez vite! (Rosettetort vivement par le fond, a i/auclic. regardant Ru/ire/ el minaudant.) Il faut si peu de temps pour être compromise! 6 CE QUE FEMME VEUT.. .Scène IV. AMARANTHE, BALIVET. Balivet, vivement. Oh! merci! vous êtes un aogo tombe •Iil ciel. Amaranthe, minaudant. Ne trouvez-vous pas, monsieur Balivet, que je suis un peu bien imprudente de consentir à vous écouter loin des regards protecteurs de madame Dc- launaj-. Balivet. Au contraire, mademoiselle... Et c'est précisément pour cela que je suis charmé... Amaranthe, l'interrompant. Quand on est demoiselle ... on ignore tout... (Soupirant.} Ah! monsieur Balivet, ce titre impose de pénibles devoirs... Mali vol. Horriblement pénibles!.. Amarantlie. Les hommes sont généralement... si coquins! Balivet, étonné. Quoi? Amarantlie. Dit-on!.. — Les Saint-Preux, les Val- mont... sont si nombreux! Balivet, ûpart. Elleconnaît ,,Les Liaisons dangereuses!" Amarantlie. II y a tant de Eaublas dans le monde! Balivet, vivement. Vous avez lu Kaublas? Amaranthe, avec dignité blessée. Moi!., j'aurais lu... Ah! Balivet. Je me disais aussi... une demoiselle... Amaranthe. Non... mais je l'ai entendu lire. Balivet, stupéfait. Ah ! Amaranthe. Voilà pourquoi je suis si craintive . . . (Minaudant.) Mais, vous ne me direz que ses choses que je comprenne et auxquelles je puisse répondre, n'est-ce pas! Balivet, vivement. Rassurez-vous... Ne suis-je pas votre guide naturel... Où trouverez-vous des sentiments qui vous soient plus dévoués, à vous et à madame Delaunay? Amaranthe. Vous êtes un bon jeune homme, je le suis. Balivet. Et pourtant, mademoiselle Amaranthe, je n'ai plus votre confiance... Madame Delaunay ne me consulte plus .. malgré mes avis, elle a acheté cette propriété... un emplacement détestable... pourquoi êtes-vous venu l'habiter?., est-ce qu'on demeure dans la quartier de l'Estrapade?.. Vous voyez bien qu'on me fait des cachotteries... Amaranthe, minaudant. Non, Balivet. ACTE I. SCÈNE IV 7 Balivet. Le nom de Chanipignel, qui se trouve mêlé à toutes vos conversations, ces questions intarissables adressées it tout le monde, sur son caractère, ses habitudes... votre présence ici... Avouez-le... 1! y a du Champignel la dessous! Amaranthe, d part. Il est jaloux... pauvre chérubin. (Haut.) Non, Balivet, jamais monsieur Champignel n'a jeté les yeux sur moi ! Balivet, vivement et comiquement. Oh! je vous crois! Amaranthe. Je l'avoue, si j'étais femme, au lieu d'être demoiselle, et par conséquent (imido et ignorante, (Avec exaltation.) j'adorerais un homme comme monsieur Champignel ; Il a un si noble caractère, si beau, si généreux! Balivet, 1res surpris. Champignel? Amaranthe. Oh ! Rosette m'a appris à le connaître... aussi, je le réhabiliterai dans l'esprit de ma nièce! Balivet, il part. Ce que jo craignais! (Haut.) Et dans quel but? Amarantlie. Mais pour faire cesser les injustes préventions d'Agathe, pour avoir un homme de plus dans notre société... nous n'avons que vous, c'est si peu... Balivet. Cependant, il roe semblait... Amaranthe. Mais Agathe résiste... J'ai beau chercher ii l'exalter... c'est un marbre, elle ne sent rien! Balivet, à part. Tant mieux!.. Amarantlie. AIR: Je sais attacher des ruôans.) Klle résiste aux conseil* les plus doux! Son coeur est froid... oui, son âme est glacée : Je voudrais tant uu'elle prit un époux! Balivet, à part. Grand Dieu! (Haut.) Pourquoi celle ardeur empressée? Amarantlie. Un tendre espoir viendrait me ranimer, Car alors, songeant a moi-même, Pauvrette, j'oserais aimer, (bis) (Baissant les yeux avec embarras.) Pour apprendre comment on aime 1 (bis) Balivet. Songez donc que madame Delaunay a pris Champignel en grippe. Amaranthe. C'est affreux!., un homme admirable! Balivet. Voilà de l'exagération . . . Comment a-t-il répondu à vos politesses?., pas une visite, ni même une carte... C'est un locataire qu'elle ne pourra conserver... Amarantlie. Par exemple! il a un bail? Balivet. Expiré depuis le ternie dernier. Amarantlie. Mais, madame Delaunaj ... 8 CE QUE FEMME VEUT.. Ballvet, appuyant. Sait qu'il dit partout un mal affreux d'elle;., que son voisinage l'obsède, lui est insupportable ! Amarante. C'est impossible!., et dès qu'il sera de retour, je le verrai, je lui parlerai... Ballvet. Vous?., une demoiselle?., clie/, un homme seul '>... Amaranthe. C'est imprudent... mais je puis braver un danger... (Minaudant.) que j'ignore... Ballvet. Vous n'obtiendrez rien; car il répète il chaque instant: qu'il aurait quitté cette maison le jour où madame votre nièce l'a achetée, si ce n'était ce jardin, ces fleurs qu'il aime pardessus toutes choses... aussi, quand madame Oelaunay a appris cela, elle a eu un mouvement d'indignation (Mouvement a"Amaranthe; — appuyant.) bien légitime d'ailleurs! ce qui me fait penser qu'elle se débarrassera d'un locataire si désagréable ! Amaranthe, avec force. C'est ce que nous verrons ! Ballvet, à part, avec joie. AIR: A retourner dans voir'famille. (Famille du Fumiste.) Pour moi quel avenir prospère 1 Oui, le combat est engagé I J'en suis bien fâché, mais j'espère, 11 aura bientôt son congé I Amaranthe. Oh I n'importe 1 on aura beau faire ; Champignel est mon protégé, Je saurai braver leur colère, l'A certe, il n'aura paa congé 1 Scène V. BAL1VET, AMARANTHE, ROSETTE. ICoseKc, venant vivement du fond à gauche, et appro tant un petit carton. M.'imzeH'gera conlent'jc gage, Voyez ! (Elle ouvre le carton et montre un toile en dentelle ) Amaranthe, sans regarder. Bien! je vous emploierai! Bosette. Ojuoi? sans regarder mon ouvrage? Amarantlte, narguant lialiiel Icijj'voua en apporterai, Et chaque jour je reviendrai ! ACTE I. SCÈNE VI. Hosette, à Amaranthe. Ile cett'promesse m ' est chère, Ali! mon coeur vous est obligé, Ali ! Mamzelle' pour vous satisfaire, Par moi, rien ne ara négligé ! Balivet. Tour moi, quel avenir prospèrf, etc. Aiiiai*antlie. Oh I n'importe ! on aura beau foire, etc. (Amaranthe et Balivet sortent par le fond a gauche*) < Scène VI. ROSETTE, puis CHAMPIGNEL. Kosette, avec joie. Est-il possible! .. moi, qui depuis longtemps manque d'ouvrage, parce que c'est la morte-saisou pour les dentelles, voilà que tout d'un coup ... c'est inimaginable! . . trois nouvelles pratiques dans un jour... c'est a dire deux... M. Balivet, c'est un hâbleur... Mais en v'ih-t-il une chance!.. (Elle a posé le carton sur la table à droite.) Cliamiilg'iiel, à l'extérieur. C'est bon! c'est bon! . . puisque Rosette est dans le jardin... ça suffit. Rosette, passant vivement à gauche. Ah! mon Dieu!., cette voix!.. (Champignel entre vivement et se dirige vers son habitation; il tient à la main une valise à laquelle sont attachés de grands pistolets d'arçon.) Monsieur Champignel !.. Clianiiilgnel, gaiement. Moi-même, ma bonne Rosette ! (Il jette vivement sa valise à terre.) Viens donc m'embrasser! Bosette, se jetant dans les bras de Champignel. C'est- il possible!., vous?.. Ah! je suis ai saisie!.. Mon Dieu! que je suis donc contente!.. CliRmiiigiiel. Et moi doue! AIR: Ces postillons sont d'une maladresse. Mais donc le comble a mon bonheur extrême, Ouand je rentre dans nies foyers, l'arle-moi de tous ceux que j'aime... As-Iti greffé mes églantiers, 0(H j'ai quittés depuis deux mois entiers? Et toi, loi, ma bonne petite I (Regardant (oui auteur de lui.) Vous, oeillets au parfum si doux ! Kt toi, surtout, ma blanche clématite t'omment vous portez-vous? (bis) .p.-"-: ] 1.0 CE QUE FEMME VEUT.. Rosette, gaiement. Tout le monde va bien, soyez, tranquille... Mais votre frère, lui? €7hampl$nel. Serais-je ici, serais-je gai comme je le suis, s'il n'était pas tiré d'affaire?.. Oui, nia chère, bien portant, grand garçon, enfin, sauvé ! Rosette. Est-ce qu'il était bien blessé? Citant jtlgiiel. Blessé? sous quel prétexte?.. Il n'eut pas militaire... Non, ma chère Rosette, une simple et triviale pleurésie... affection purement civile; il est employé dans les fourrages, le laurier ne le regarde pas, il ne s'occupe que du foin... c'est moins poétique, (Gaiement.) mais les chevaux le préfèrent. Rosette. Et votre voyage a été bon ? Chamnlgnel. Charmant!., déduction faite des ennuis sans nombre qui m'ont assailli pendant la route. Rosette, vivement. Vous avez été arrêté par des voleurs? Cltamplgnel. Non !.. je le attendais, j'avoue que je les attendais . .. je m'étais même muni a leur intention d'une paire de pistolets d'arçon... (Les montrant.) que voilà... mais personne I Les chemins du fer ont supprimé les voleurs de grande route: les voyagnurs ont changé de désagrément. Rosette. Mais vous êtes parti par la diligence? Champlgnel. Oui; mais une fois arrivée au Jardin - des-PIantes, la diligence a pris le chemin de fer . . . ou, pour parler plus exactement, c'est le chemin de fer qui nous a pris. Rosette. Comment ça? Chantpignel. Certainement! car, ma chère amie, une fois qu'on se confie à la mansuétude par actions, on abdique sa condition de citoyen ; on se croit une personne, on devient une chose... on s'embarque comme homme, on voyage comme l'article. Rosette. S'il est possible! CltamiiiK>tcl. O'abord, en arrivant à l'embarcadère, je croyais que nous allions mettre pied à terre pour donner le temps ii l'administration de placer notre diligence sur le truck... Rosette, gui n'a pas compris. Hein ? Cltampigitel, gaiement. Ça s'appelle un truck, ma chère amie... un mot anglais... [,a langue française a des fissures, les mots anglais pénètrent chez nous par infiltration, que veux-tu?.. J'étais bien aise de descendre, parce que... enfin, je voulais descendre... lorsque je sens qu'on nous enlève, et que vous sommes ballottés dans l'espace par la société anonyme... au capital de 40 millions! — „Je veux descendre !*' criai-jc k pleine voix. — „On ne descend pas !" me répond une ACTE I. SCÈNE VI. U casquette, sous laquelle, je crois, il y avait un emploie. — „C'est abominable! monsieur; on a aboli le gibet depuis 89, et de quel droit me Iraite/.-vous comme une pierre de taille?" — „C'est le règlement!" me répond l'habit vert, dans lequel je crois encore qu'il y avait un employé. Rosette. Après ça, si c'est le règlement! < lut■■■ piynel. Je n'en persiste pas moins à penser que c'est un abus. Que l'entreprise du chemin de fer suspende ses employés dans leurs fonctions... s'ils ont malversé, à la bonne heure! . . mais quelle suspende ses voyageurs dans leur personne... au risque de les faire très bien verser... c'est un acte d'omni... potence, que je n'approuve pas, que diable!.. Je dois dire que nous sommes retombés sur notre truck avec assez do bonheur: mais cela prouve seulement que les chaînes de la compagnie sont plus solides que ses raisonnements. (Il rit.) Enfin, j'entends tousser la locomotive, et nous voilà partis! Kogette. On va vite, là dessus, n'est-ce pas? <'hani|iisii(>l. On va d'un train à faire maigrir de jalousie les hirondelles... c'est effrayant, ma chère... Les villages, les arbres, semblaient fuir à notre passage, et je partage parfaitement leur opinion . . . après une heure de glissade, le train s'arrête... Je fais au même instant un signal de détresse au monsieur que j'aperçois sur la plage. — ,,Du tout, me dit cet employé, vous descendrez à Etampes, on ne s'arrête ici que pour renouveler l'eau de la chaudière. — Mais, monsieur, lui répondis-je, bien que mon motif diffère essentiellement de celui de la chaudière!., je demande à fouler le sol... qui ne m'a point vu naître..." Bah!., il était déjà loin... la machine nous entraînait de nouveau dans toute l'ardeur de sa pituite... (S'aîlimatlt.) Obligé d'attendre Etampes!.. une heure de chemin ... soixante minutes !.. soixante siècles !.. pour tromper mon martyre, jo me blottis dans mon coin... Te dire comment cela se fait, je n'en sais rien, niais je m'endormis. Combien de temps Morphée sccoua-t-il sur moi ses bienfaisants pavois? je l'ignore... Tout à coup... haoup... je me sens réveillé par une secousse imprimée au truck... 6 bonheur! m'écriai-je, vous voilà a Etampes! — Oui, monsieur, me dit une de mes voisines. — Cocher, je veux descendre; j'ai affaire ! — A Orléans, monsieur' Kosette. Comment, à Orléans? Cliamplgnel, douloureusement. Oui, ma chère, le convoi avait stationné pondant mon sommeil... Il repartait! Et nous n'étions qu'à moitié chemin, encore deux heures de route !. Rosette. Ah! mon Dieu, mon Dieu! Champignel, Je voulais descendre plus que jamais !.. a chaque kilomètre, dès que j'apercevais un cantonnier, je ten- w CE QUE FEMME VEUT. (luis vers lui mes bras suppliants, je criais «l'une voix déchirante: Conducteur!., oh! conducteur, nrrête/. !.. pas un ne m'a répondu !.. Kntin, après deux heures d'une torture dont l'inquisition elle-même n'a pas laissé d'exemple, la ville d'Orléans s'arrêta devant nos. Rosette. Il était temps! Cliamnijfiiel, avec une douloureuse confusion. Non, Kosette, il n'était plus temps! — Voilà l'agrément dont j'ai joui en chemin de fer... (Il s'assied à droite.) Je regrette les relais. Rosette. Pauvre M. Champigncl !.. Enfin vous êtes arrivé à Alger sain et sauf! «Chamnig'iiel, se levant d'un air enthousiasme. Oui, Kosette, j'ai vu l'Afrique? Quel pays, ma chère!!! Des cactus en pleine terre!.. Des alnës qui viennent là, sans culture, comme che* nous le chiendent et le pissenlit... quel vaste champ pour l'amateur! Il y a bien quelques lions qui désenchantent le botaniste isolé... Mais qu'est-ce que cela?., c'est le roi des animaux... l'essentiel est de mo le pas rencontrer. — Du reste, c'est un pays qui ne me plairait pas... Il y a trop de chameaux ... Je no blâme le goût de personne... mais moi... aussi, ma chère, dès que mon frère fût rétabli, je pris mes claques... et me voilà, ma foi, me voilà!.. Je te trouve bonne mine... Kst-il venu des lettres?.. Rosette. Oui, monsieur Champignel. (Elle entre vivement chez Champif/oel (/ni pendant ce temps examine ses /leurs, arec amour, Rosette revient aussitôt arec des papiers à la main.) Kt puis des papiers griffonnés fin, fin, lin... Chani]il£iiel, prenant les papiers. Procédons par ordre. Voyon.'i les lettres . . . (H les ouvre.) Des invitations île bal.., (Avec humeur.) de la propriétaire!.. Kncore celle ferme 'i Kosette. Sa tante est venue ici, ce matin; elle m'a parlé de vous avec un intérêt .. Champignel. Je prie ces dames de me laisser tranquille ... je ne les ni jamais vues, et elles me pourchassent comme une pièce de gibier. Rosette. Mais alors, vous n'ave/, pas de motifs sérieux? <'lia»n|»l«"'««'l» l>as rie .....tifs? mais lu ne le rappelles donc pas les tracasseries sans nombre dont elle m'a accablé., ces milles persécutions à coups d'épingle, d'autant plus cruelles qu'elles sont légales... et je n'ai pas le droit de mo plaindre .. sans m'entendre dire que je suis un locataire désagréable. Non, je vois ce que c'est: elle veut me lasser, m'ohligci k m'en aller; mais je la ferai enrager aussi, moi: je ne partirai pas. ACTE f. SCÈNE VI. 48 Kosette. Vous vous trompez, bien sûr, sur les intentions de madame Delaunay... Elle vous fait dos politesses... CliailipiKlirl. Mais je ne lui demande rien... que me venl-elle ? Rosette. Vous voir, sans doute, puisqu'elle vous invite. Cliaiiililjfnel. Eh! bien, moi, je ne veux pas la voir; je refuse tout rapport avec cette femme; ainsi, ne m'en parle iamais! Rosette. Eh! bien, c'est dommage, là!.. Cliamplgiiel. examinant les papiers que lui a remis Hosette. Qu'est-ce que c'est'?.. Protêt? signification?.. Rosette, avec tristesse. Je n'ai pas pu tout déchiffrer, mais j'eu ai lu assez, pour savoir qu'il s'agit de lettre de change. CliampiKiiel, e/frai/é, après tiroir In. Ah! ma pauvre Itosettc ! Rosette. Qu'est-ce que c'est donc? CliaiiiplKiiel. Tu sais bien, qu'il y a six mois, j'étais sur le point de nie marier... Rosette. Oui ! et c'est pour me doter que vous faisiez ca mariage là... fliaiiigiiK'iiel. Ça ne te regarde pas. Ma future... n'était plus jeune, mais j'ai tout lieu de croire qu'elle l'avait été ...de plus elle n'était point jolie, et même elle avait une épaula nu peu plus ambitieuse que l'autre... Rosette. Bossue alors? < ■•iuii|ii(Ciiel. Peut-être bien.. Cependant, je le donne ma parole d'honneur que je l'aurais rendue heureuse. Rosette. Oh! ça j'en suis sure! Clianipljfciiel. J'avais arrangé pour elle un petit bonheur de sou âge... je lui aurais fait la lecture... j'aurais appris le boston... je ne l'aurais jamais quittée; ça m'aurait peut-être ennuyé, mais je l'aurais rendue heureuse! . . Enfin, tout cl ail convenu, le contrat était prêt; lorsque j'apprends qu'un de mes amis, un camarade d'école, est sur le point de se jeter à l'eau, fauta do 4000 fr... pour une dette d'honneur je vole chez lui, je le trouve noyé... Rosette. Grand Dieu! <'lu»iit|»i«itel, C Of U i mu ati Dans les larmes... Je n'avais pas le sou, mais j'allais être riche, j'était sûr de pouvoir payer... Je lui fais une lettre de change, et mon ami est sauve. Rosette. Je vous reconnais bien là, c'est un beau trait. dtam])i£iiel. C'est un assez joli liait. Mais, quelque •emps après, par une fatalité inouïe, ma future rompait avec moi, et me voila aussi garçon et plus endetté que jamais . . 14 CE QUE FEMME VEUT.. (Feuilletant des papiers.) Mon ami devait faire les fonds, il parait que le pauvre diable... rien n'y manque... les formalités vont vite, quand on voyage... un jugement ! un commandement ! Rosette, avec anxiété. Qu'est-ce que ça vent dire?.. Chaniplgnel. Ce que ça veut diro, Rosette? Tu vois bien ce collet?.. Rosette. Eh! bien? Champljenel. La justice va mettre la main sur cette partie de mes vêtements. Rosette. Mais votre ami est donc un gueux ? Clianipljfiiel, gaiement. S'il n'avait pas été gueux, je n'aurais pas signé pour lui. Rosette, remontant. Où est-il! .le vas aller lui arracher les yeux ! diampiKiiel. Calme-toi; ce n'est pas avec des yeux arrachés qu'on paie des lettres de change... Kt puis, l'exploit dit qu'il a disparu de son domicile . . . Pourvu qu'il ne se soil pas jeté à l'eau, le pauvre garçon! Rosette. Et dire que je n'ai pas 4000 fr. ii vous prêter! Cliantfiijciiel. Oh! sois tranquille... J'ai ma place... J'ai 16S—66 à, dépenser par mois... j'irai voir mon créancier, et, s'il a des cnlrailles, nous nous entendrons ... Je lui dois 4000 fr., plus les frais, mettons 5000; je lui proposerai 10 fr. par mois: en 500 mois je serai quitté. Toute la question est de savoir s'il a des entrailles... ou s'il n'en a pas. Kosette. Mais s'il refuse? dtampiRnel. S'il refuse!.. Mon parti est pris, je lui abandonne tout. Rosette. Et comment vivrez-vous? Champ!ain'l. Je vivrai... de privations... Je n'achèterai plus de fleurs. Rosette. Vous?.. Vous vous passeriez plutôt, de pain! Champlgcnel. Non, Hosette, je suis fort, va! quand j.- veux! AIR: De la Robe et des Bottes. Non, plus de fleurs, ma petite Rosette. Pour remplacer celles qui vont mourir; Et pour toi, quand viendra ta fête, Plus de ces dons que j'aimais à t'oftrir! J'y trouverai du moins cet avantage. Heureux bienfait de la nécessité, C'est d'aimer encor davantage (Lui tendant la main ) Celles qui n' m'auront pa» quitté. Et j'aurai fait honneur a ma signature. (H s'assied à droite.) ACTE I. SCÈNE VII. 15 Scène VII. LA PORTIÈRE, ROSETTE, un peu an fond. CHAMPIGNEL, assis. Rosette, qui remonte. C'est madame Balandras, la por tièrc. Qu'esf-ce que c'est? La Portière, venant du fond à gauche. Un lettre et un papier pour M. Champignel. Cliuniitijc'iiel, assis. Une lettre? Stn. Portière. Ce y rte monsieur GhMtpigflel ! un si bon locataire! (Elle sort; liosette la reconduit et redescend ) ChnnipiKiiel, se levant et prenant les papiers des mains de liosetle. Qno diable a-t-clle avec son air plaintif? (Il passe à fauche en ouvrant la lettre qui est sous grand format cl sous enveloppe.) Rosette. Elle m'effraie... Qu'est-ce donc? t'Iiaiaipijriiel. qui a ouvert la lettre. O ciel! Rosette. Mon Dieu, qu'ave/.-vons? 4'Bi:«ati|>tg,'is4'l. Lis, ma pauvre fille] je n'avais qu'une permission d'une mois; on a patienté six semaines; voilà deux mois que je suis absent, on me destitue!.. Me voilà sur le pave... pins rien... (Il va s'asseoir à droite.) Rosette. Esl-il possible! Oh ! ne vous désole/, pas trop . .. ça ne sert il rien, d'abord... II est impossible que le proviseur... t'ianmpigciiel. Oh I ce n'est pas le proviseur que je regrette... celui-là... (Il se relève.) Rosette. Oui, mais la place... Cliampignel. Ce n'est pas la place non plus ... Ce •sont les appointements I..: Les lfiti-66! Rosette. Mais cet antre papier... voyez donc... c'est peut-être du bonheur... car il est impossible... Vliaitipignel, avec découragement. Ah! oui, du bonheur . . . (On entend un bruit de marteau dans le parillon a gauche.) Qu'est-ce que c'est?., on démolit la maison?.. Rosette. La tante de madame Delannay est venue, ce malin, avec son architecte... elle se proposait d'embellir votre logement. ClinmpiKiiel, qui a. lu. Grand Dieu! l'embellir dis-fn? ... Elle fait ouvrir celle porte de commiiniraiion. elle nie donne congé ! (Le bruit cesse. Il remonte à gauche. ) Rosette. Congé!., vous aviez, raison!., ah! c'est mal à li, CE OUE FEMME VEUT... madame Delaunay, car elle n'a pas toujours été heureuse et propriétaire! Uliamnlffiiel. Mais elle est Aujourd'hui, elle se venge sur ses infortunés locataires. Itosette. Je lui croyais de la piiié pour les pauvres gens... ça lui était si facile!., elle n'avait qu'à se souvenir... car, dans les temps, à ce que m'a dit Olivier, sans un brave jeune homme qui lui est venu en aide... un artiste, M. Anatole Sautriot... diaiiinigrnel, souriant de pitié. Sautriot, ce nom ! Rosette. Ah! c'est mal, c'est mal! Champlgiiel. .Mais tu ne vois pas oii nous allons, elle confisque mes pauvres fleurs, elle me chipe mon jardin; c'est le bouquet!.. (Nouveaux coups de marteau dans le pavillon à gauche, jusqu'à la scène suivante.) Mais ça ne se passera pas comme ça! (Il s'approche du pavillon de gauche.) Madame, permettez!,. Kosette. Par exemple! ne croyez-vous pas que madame Delaunay démolit elle-même?.. <'liiiiH|>ift'iicl. élevant la voix. Madame! Une voix, de basse-taille, dans le pavillon. Que voulez-vous? CliRinniKiiel, à Rosette. Tu avais raison, c'est un homme. (Haut.) Monsieur, cette porte ne peut pas être ouverto ... J'ai un bail. lia voix. Expiré depuis deux mois. Cliaiiiniffiicl* Comment? expiré? . . Et l'on ne m'en prévient pas?., c'est un guet-à-pens!.. (Redescendant.) Ah! je comprends les gens qui cassent et brisent leurs semblables!.. Rosette. Calmez-vous! CliaiMpijçnel. Non! il faut absolument que je lui parle. (Il va à la porte du pavillon, et cri.) Monsieur! je vous prie de suspendre un instant votre travail. (On continue de frapper, Champiynel crie plus fort.) Je vous enjoins de modérer l'enthousiasme de votre merlin!.. Je veux parler a madame Delaunay ... On ne met pas un locataire à la porte, de cette manière là . . . Je demande madame Delaunay! \\ vaut que je voie madame Delaunay! .. (Le bruit cesse et la porte du pavillon s'ouvre tout à coup; Agathe parait sur le seuil.) Scène VIII. AGATHE, CHAMPIGNEL, ROSETTE. Agathe. Me voilà, monsieur. ACTE I. SCÈNE VIII. 17 Champignel, stupéfait. Ah! (Il garde son chapeau sur la tête. — Agathe fait signe à Rosette de s'éloigner. Celle-ci entre chez Champignel, avec la valise. — A lloset/e.) Prends garde, les pistolets sont chargés! Agathe, s'avançant. Que me voulez-vous, monsieur? Champignel, avec énergie. Madame, je suis charmé de vous voir ! Agathe. Vraiment, monsieur! je ne m'en serais pas douté ! Champignel. 11 ne s'agit pas de plaisanter, ici... (Avec une arrogance comique.) Qu'est-ce que c'est, madame? ... vous violez mon domicile, vous pénétrez militairement chez moi? vous entrez par la brèche? Agathe. Ne m'avez-vous pas appelée? Champignel. Oui, madame . . . parce que votre conduite est sans exemple, parce que vous avez profilé de ce que mon bail est expiré, pour me flanquer à la porte!.. Agathe. Oh! l'expression... Champignel. L'expression ne fait rien... un autre dirait peut-être: vous me signifiez mon congé... vous m'évincez ! ... Moi, je dis: vous me flanquez à la porte, tout bonnement.' Agathe. Je suis désolée que cela vous désoblige . . . Mais, vous comprenez que ma volonté ne peut, en ceci, subir aucun contrôle... Ce jardin me plaît. Champignel, avec ironie. 11 vous plaît, il «but plaît ... parce que j'y ai fait des dépenses folles, parce que j'en ai fait un paradis terrestre, et je m'en vais chasse?.. Je suis lo second il qui cet accident arrive depuis la création! Agathe, très gracieusement. Que voulez - vous, monsieur?., vivant seule dans cette maison... de désire être entourée d'amis... j'y ai fait tout nies efforts... je n'ai pas réussi ... ma resolution est prise, je ne veux pour locataires, que des personnes d'un commerce agréable. Champignel. Ah! voilà le grand mot lâché! . . Vous croyez que je suis un homme grossier, sans usage! (Il relire vivement son chapeau qu'il avait gardé par oubli, et le cache derrière lui.) Eh bien! madame, vous vous trompe/.... Je connais parfaitement la théorie de la politesse. Agathe, souriant avec ironie. Mais, vous ne pratiquez pas. Champignel. Mais, madame, si je n'ai pas accepté vos invitations, c'est que je ne l'ai pas voulu !.. Agathe, de même. Mon Dieu, monsieur, je m'en doutais ! Chani|)ignel, continuant. C'est qu'il m'aurait fallu Répertoire No. 343. (II. Série. No. 93.) 2 18 CE QUE FEMME VEUT.. aller faire le galant, l'empressé dans votre salon... ça me déplaît... Ensuite, je ne sais pas parler aux daines... il faut leur dire une foule de futilités... les niais y sont fort habiles... je ne suis pas de force à lutter, et puis, quand je trouve une femme jolie ... je m'embrouille, je parle soze, je zézeye, je passe incontinent pour un imbécile... je n'aime pas ça. Mais, si elle est laide, oh! alors, c'est tout différent, je me sens dans mon assiette, j'ai de la hardiesse, j'ai de l'aplomb ... je n'éprouve pas plus d'embarras... qu'en ce moment. Agathe, souriant. En enfiet, je remarque que vous me dites assez résolument votre pensée. diamitijfiiel, sans la regarder. Avec vous, madame, ça ne tire pas à conséquence, vous êtes peut-être joli, je n'en sais rien, ça m'est bien égal. Pour moi, vous êtes propriétaire, pas plus! .. à mes yeux, le propriétaire n'a ni sexe ni âge!., c'est un être à part, toujours le même . . . qui n'est doué que d'une sensibilité... trimestrielle... (Avec une animation croissante.) Le propriétaire est k l'espèce humaine, ce qu'est le vautour MB infortunées brebis... Pour toucher ses loyers, pour prendre possession violemment d'un appartement, d'un simple jardin qui lui plaît,., le vautour ne recule pas devant l'action la plus féroce ... Le pauvre locataire a beau bêler ses réclamations... rien !.. (Il prononce le mot bêler, en affectant légèrement le bêlement.) Le vautour plane sur lui, il fascine la victime de toute l'envergure de son bail expiré, il l'enlève dans ses serres et le laisse tomber à plat sur le pavé!.. (Avec beaucoup d'énergie.) Sur le pavé, madame!. . Voilà où vous nie placez, moi et mes meubles!.. C'est une horreur! c'est une indignité! j'en suis... outré; mais surpris? ma foi, non! lïiilhc. Vous savez, monsieur, une terrible opinion des propriétaires!.. Cltamiiiffiiel. Je l'avoue, et je crois que je les flatte. Agathe. Et si je vous prouvais, monsieur, quo vous êtes injuste, au moins en ce qui me concerne? Champlgnel. L'entreprise est téméraire, je vous en préviens! Agathe. Je la tenterai pourtant! . . Oui, monsieur, j'ai le droit de reprendre ce pavillon, ce jardin; mais enfin, (D'un ton aimable.) ce droit, je puis ne pas l'exercer dans tome sa rigueur. Champlgiiel. Que voulez-vous dire, madame? Agathe, très gracieusement. Que je ne veux pas que vous me quittiez fâché... Je me sens fort disposée... quand j'aurai consulté ma tante, à vous accorder un délai, tout le temps que vous désirerez... Venez... nous en causerons... ce ACTE I. SCÈNE IX. I!) soir, demain, toutes les fois que vous voudrez. Champagnel. Un défai, à moi?.. Je n'en veux pas, madame. Après avoir été si indignement traité, accepter une grâce de vous... non!., je m'en vais avec joie!., je pars avec allégresse... je déménage... j'abandonne l'Estrapade. (Ilremonte vivement et se dirige vers le fond à gauche.) Je vais dresser ma toute loin d'ici... aux Batignolles! Je jette Paris entre nous ! (Redescendant.) II y aura 900,000 âmes entre la mienne et la vôtre... jamais je ne remettrai les pieds dans cet affreux quartier! .. Ajl-athe. Quoi, monsieur... «'hamiiignel, avec bonheur. Je respire enfin! AIR: Au temps heureux de la chevalerie. Vous avez vu, parfois, j'aime a le croire, LÀ bnnnetm, cet inserte naïf, llmirtlonner un rhant de victoire, S'il rompt le fil qui le tenait captif! Heureux aussi d'un congé qui me datte, Du hanneton je comprends la fierté !.. (Avec enthousiasme, et se posant sur une jambe en agitant l'autre.) Je me dégage, en secouant ma patte, Kl je m'envoie avec ma liberté ! (Il sort vivement par le fond à gauche.) Scène IX. AGATHE, AMARANTHE, BALIVET. Agathe, stupéfaite et avec chagrin. Comment!., parti!., en méprisant mes offres!., ah!.. Amaranthe, à Balivet. Ils entrent tous deux par le pavillon de gauche. Comment?., que signifie?.. Cette porte ouverte!.. Balivet. Madame Delaunay est dans son droit... c'était le seul moyen d'amener Champignel a confesser ses loris. Amaranthe, vivement. L'amener?.. (A Agathe.) Il est donc revenu? Agathe. Oui, ma tante. Amaranthe. Vous l'avez vu? Agathe. Oui, ma tante. Amaranthe. Et je n'étais pas là!!.. Ah! Agathe, que vous êtes heureuse!.. Où est-il?.. Agathe. II est parti furieux pour no plus revenir. Amaranthe. Ah! 2* ao CE QUE FEMME VEUT.. Balivet, à part. Quel bonheur! (ont ce que j'espérais!.. Amarantlie, avec reproche. Ma nièce! vous aurez élu froide, dédaigneuse, comme a votre ordinaire! Agathe. Mais, ma tante!.. Amarantlie. Ali! si j'avais été l'a, il ne serait pas parti. Je l'aurais fasciné, moi! Agathe et Balivet. Fasciné ! Amarantlie. Je ne sais pas au juste commeot, étant demoiselle, je suis naturellement ignorante... mais certainement, je l'aurai fassiné! Balivet. Calmez vos regrets . . . Cliainpignel ne serait pas resté longtemps votre locataire: on lui prépare un logement. Agathe et A murant lie. Où cela? Balivet. Bue de Clichy... une lettre de change souscrite par lui... Un clien m'a chargé... Amarantlie. En prison?., lui?.. Agathe, à part. O ciel ! Amarantlie. Où demeure votre client?., je veux le voir ... je suis demoiselle; {Avec exaltation.) il doit y avoir moyen de le fléchir! Ballvet. Lui? vous attendririez plutôt le diable... c'est un parvenu! AIR: Il me faudra Quitter l'Empire. N'espérez rien, mademoiselle, De ce client dont le coeur est ferré : C'est un ancien fabricant de chandelle / Fort riche et fort considéré, Nous l'appelons le chandelier doré. Les parvenus, surtout les nôtres, Ne sont humains jamais qu'à leur profit; Du saint précepte ils renversent l'esprit, VA maintenant chacun d'eux fait aux autres Ce qu'autrefois il blâmait qu'on lui fit! Amarantlie. Ut moi, qui ai placé, hier, tout l'argent dont je pouvais disposer... Mais vous, ma nièce? Agathe, gui est pensive depuis quelques instants. Moi! (Allant à Balivet et lui faisant des signes.) Mais M. Balivet me disait ce matin ... (A Balivet.) Je suis tout à fait au dépourvu, n'est-ce pas? Ballvet, appuyant. Complètement!.. (A part.) Bravo!.. Agathe, bas et vivement à Balivet. Achetés la créance en mon nom! Ballvet, très surpris. Quoil Agathe, de même. Et poursuivez! rien n'est chaDgé, que le nom du créancier. ACTE I. SCÈNE X. 2\ liai ii «-t. Ah! (A part.) Très bien... C'est charmant!.. % m lira lit II Qu'est-ce que c'est? Agathe, virement. Bien, ma tante, rien. Balivet, à Amaranthe. Je disais que quand même madame Delaunay l'aurait pu, elle ne devait pas venir eD aide à un sauvage, qui n'a eu pour elle que des procédés blessants! Amaranthe, sèchement. De quoi vous mêlez-vous ? Agathe. M. Balivet a raison... et je n'ai qu'une crainte ... (Avec intention.) c'est que quelque officieux ami, pour soustraire ce M. Champignel aux potirsuiles dont il est l'objet ne lui offre un asile... Amaranthe, à port. Quelle idée! (Haut.) Oui, ma nièce, oui ... Il s'en présentera, gardez-vous d'en douter . ( Mouvement de joie d'Agathe.) Hall» et. Moi, j'en doute très fort. Amaranthe, hors d'elle et très vite. M. Balivet! . vous êtes une oie !.. Balivet, interdit, et jetant tin cri. Oli ! (On entend un grand bruit de voix à l'extérieur cl celle de Champigwl gui dit à la portière: Dites que je n'y suis pas.) Agathe. Qu'est-ce donc? Scène X. BALIVET, AGATHE, ROSETTE, AMARANTHE. Rosette, sortant vivement du pavillon de droite. D'où vient ce bruit?.. J'ai cru reconnaître la voix de M. Cliampignel ! Balivet. Rien du tout... Les gardes du commerce qui sont en train de le happer, sans doute... «entrez, jnesdamce . Rosette. Est-il possible? (A Agathe.) lit vous, madame, vous le souffrez? (Agathe indigne par un geste qu'elle n'y peut rien.) Amaranthe, très anime. Oui, Hosette!.. Mais écoulez... En attendant que je puisse me procurer les fonds, s'il a besoin d'un refuge, amenez-le chez moi. (Hosette l'ait un mouvement de joie. Avec exaltation, à part.) Quel malheur <|iit- lo célibat! . . si j'avais un mari, je volerais dans les bras de Champignel ' ENSEMBLE. AIR: de M. Poche. Hosette. l'entends aes pas, 'Jue faire ? lie las 1 'e suis tremblante, Agathe. l'entends aes pan le tremble lit-las : «2 CE QUE FEMME VEUT.. Mais lu tante l'Ius indulgente, Dans ce danger "»ns ce danger, Vient de aonger *>ans y songer Au moyen de le protéger- Vient m'aider à Je protegoi. Amarantlic. Balivet, aux dames. J'entends ses pas, J'entends ses pas, Je tremble hélas ! Ne tardez pas, Mais indulgente (A part) Cett'scène affligeante Ui bienfaisante, M'enchante, Dans son danger Car sans bouger Je dois songer Et sans danger, A l'aider, à le protéger. Je vais le voir déménager. (Agathe, Amaranlhe et Balivet sortent par le pavillon de gauche. Bruit de voix au dehors.) Scène XI. ROSETTE, CHAMPIGNEL, venant du dehors. Cliaiii]iiffnel, entrant très vivement par la porte du fond à gauche qu'il ferme derrière lui. Rosette ! Rosette ! Suite de l'air. On me poursuit !.. KOSette. Point d'épouvante ! On vous attend lit. (Elle indique le pavillon de madame Delaunay.) Cliamplgnel. Qu'elle horreur! Chez elle? jamais! ! Rosette. No "s '» *»■'• Vous offre un abri protecteur. 4'2a;ampi«;>><'I> Le vieille?., ah! mais ça me fait peurl (Rumeurs au dehors.) Rosette. Les voici! Champignel, vivement et avec effroi. Je ne veux pas les voir. (Pendant le milieu de l'air. Agathe a paru à la fenêtre du pavillon de gauche. Elle disparait avec un mouvement de joie, lorsque pendant l'ensemble elle voit que Cham- pignel accepte l'asile qu'on lui offre. Elle referme la persienne.) ENSË.V1BLIÏ. Koaette, l'entraînant. l'Iitiiiigiiicnel. J'entends leurs pas, J'entends leurs pas, N'hésites, pas; Que faire, hélas ? Je suis tremblante Mais cette tanto El suppliante M'épouvante, ACTE II. SCÈNE I. 88 Quelle douleur 1 Moi, professeur, Mo cacher comme un malfaiteur ! i ( liampignel et Rosette entrent dans le pavillon à gauche; on frappe à la porte du fond: bruit. Le rideau tombe.) Un salon élégant. Portes garnies de portières au fond, à droilc et k gauche. La porte de droite communique au pavillon de madame Delaunay, qui donne sur le jardin de Champignel. i.a porte de gauche conduit k l'appartement de madame Delaunay; celle du fond donne sur une galerie qui mène k l'extérieur. Une table et une fauteuil sur le devant de la scène, à gauche; sur la table un livre; à droite, sur le devant de la scène, k une causeuse et un petit guéridon élégant; sur le guéridon tout ce qu'il faut pour écrire, et une sonnette, chaises, fau- Scène I. UN DOMESTIQUE, en livrée. AGATHE. (Pendant l'entr'acte, l'orchestre joue l'air final du premier acte, le rideau se lève au milieu de l'air. Agathe tient de la droite, traverse le théâtre et se trouve auprès de la porte à gauche au moment où elle parle. Pendant ce qui suit, peur arriver à la scène II, l'orchestre a achevé de jouer le milieu de l'air final du premier acte.) Agathe, se retournant vers le domestique qui est au fond. Dites k M. Champignel que mademoiselle Amaranthe lo prie de l'entendre dans ce salon. lie domestique. Mais, madame, mademoiselle Amaranthe vient de sortir. Agathe. N'importe, faites ce que je vous dis. (Agathe sort par la gauche.) FIN DU PREMIER ACTE. ACTE II. tetiils, consoles. 24 CE QUE FEMME ?EUT.. Scène 11. LE DOMESTIQUE, ROSETTE, CHAMPIGNEL. (Rosette et Champignel viennent de la droite. Tous les personnages ont le même costume qu'au premier acte. Rosette entre à reculons et semble inviter celui-ci à la suivre. Ilparaissent en chantant la reprise de l'ensemble final du premier acte ) Rosette. J'entends leurs pas, etc. t'lianiirignel, qui passe seulement et avec hésitation, la tète à la porte de droite. J'entends leurs pas, etc. Rosette, à Champignel. Mais entrez donc... que craignez-vous? Les gardes du commerce n'ont pas le droit de pénétrer ici. C/'lianiiiig;iiel. Tu crois?.. Rosette. J'en suis sûre. C/'liaiiipiKiiel, entrant. C'est drôle; celle petite connaît les lois! lie domestique. J'ai ordre de faire attendre monsieur dans ce salon et de prier mademoiselle de me suivre. Rosette. C'est bien, monsieur. (Ils se dirigent vers le fond.) t'Itanipigiiels au domestiqii", qui s'arrête. Dites à votre maîtresse de ne pas se déranger pour moi... J'ai le temps ... j'ai tout le temps... (Rosette et le domestique sortent parte fond.) Le soleil n'est pas près de se coucher... Scène III. CHAMPIGNEL, puis AGATHE. 4'hain»iicitel. seul. Rosette aurait-elle raison? . . La tante de la propriétaire me croirait-elle digne intérêt?.. Certes, je partage complètement son opinion... mais pourquoi?., à quel titre me protegerait-elle?.. (Il pose S07i chapeau sur In table à gauche.) A moins que ce no soit pour faire enrager «a nièce... Eh! eh!. Les femmes qui s'aiment le mieux laissent rarement échapper l'occasion de se faire un mauvais trait. . . Allons, allons, la stiposition n'est pas courtoise, niais elle ne manque pas de quelque vraisemblance! (Agathe rient de ta qauchc et remonte à la porte du fond pour s'assure» que personne n'est là.) ACTE II. SCÈNE III. 25 « luimplîi qui a entendu du bruit, « part. Une femme!.. c'est ma protectrice!.. (Vivement, en s'inclinanl.) — Madame, croyez que je suis vivement touché... (Agathe redescend la scène, le salue gracieusement; il lève les yeux, la reconnaît et s'écrie avec l'accent de la plus grande stupéfaction:) Vous, madame? . . Serait-ce chez vous que je suis? . Auriez-vous dressé sous mes pas cette nouvelle embûche? Agathe, tranquillement et avec aisance. Vous êtes chez ma tante, monsieur... Je la croyais ici... Pardon .. ne vous dérangez vas... (Elle va à la table à droite, sans paraître s'inquiéter de Champignel.) Vhamiiigiiel, stupéfait. Mais, madame, vous ne me reconnaissez donc pas? Agathe, naturellement et d'un ton indilTérenl. Parfaitement; mon locataire du petit jardin ; monsieur... monsieur Champignel? je crois. < 'ham|itj(iiel, plus stupéfait. Vous n'en êtes pas sûre? Agathe, toujours de même. Il me semble que si. ChniniiijKnel, avec véhémence. Et vous n'êtes pas surprise de me voir ici?.. Vous ne vous informez pas du motif qui m'amène ? Agathe, tranquillement et avec grdee. Ma tante reçoit qui bon lui semble; je n'ai aucun droit d'investigation sur les visites qu'on lui fait. Il me suffit do savoir que vous n'êtes pas venu ici pour moi... C'hantpijciiel, vivement. Ohl ça! Agathe. Et que je n'ai pas l'honneur d'être de vos amis. <'haiai|iig;iiel, de même. Oh! non! Agathe. La situation est franche: vous êtes mon ennemi. Chailipignel, s'exaspérant. Et comment pourrait-il en être autrement, après toutes les atrocités?.. Agathe. Permettez... Chaiiipignel, arec humeur. Que je permette quoi, madame ?.. Agathe. Un mot. MR: Certains soucis oppressent ma pensée. (Grand Palatin.) Vers ce salon, et contre notre attente. I.e liasartl seul a dirigé nos pas... ('haiii|>igiiel. Hasard fatal '. .. lj£atlie. J'en conviens, mais nia tante Hat étrangère a nos fâcheux drbals. Or, I'' bon goùl ne veut pas qu'on trahi aatwa ttt fl t* * l.a loi de l'hospitalité... 26 CE QUE FEMME VEUT. i'haniitignel. Vous m'imposez «lurs... Agathe* Une armistice Sur le terrain de la neutralité, (bis) Chaiiipignel, interdit et convaincu malgré lui. Ahl Agathe, très gracieusement. Ma tante peut tarder encore; mais rassurez-vous, je n'aurai pas l'inhumanité île vous adresser la parole: je me considère comme absolument seule. Vhamplgnel. Ah! Agathe, indiquant la table de gauche. Voici un siège, monsieur... Prenez un livre, faites comme chez vous... Nous n'existons pas l'un pour l'autre. (Du ton le plus aimable.) Je m'engage à ne faire aucune attention à vous... (Elle va à la table de droite.) Champigiiel, interdit. Trop bonne! (A part.) Elle a une manière de dire les choses... pas moyen de se fâcher... (Avec véhémence.) Je suis d'une humeur!.. Agathe, se retournant. Vous dites, monsieur?.. (Cham- pignel la regarde; leurs yeux se rencontrent. Champignel détourne brusquement la tête, et Agathe prépare tout ce qu'il lui faut pour écrire. Agathe s'asseyant à droite.) N'oublions pas ce que j'ai promis à Kosettc. (Elle se met écrire.) Champlgiiel, à part s'asseyant à gauche. Si c'est un démon vomi par l'enfer, comme tout me porte à le croire, quel bon déguisement il a pris! (A lui-même après un moment de Silence.) Elle ne dit plus rien ... Ça me faisait un certain plaisir de l'accabler de reproces... ça l'obligeait à répondre... Sa voix a quelque chose qui... je ne sais pas... Il me semble que j'ai déjà entendu cet organe... qui tient du rossignol... et de la... clarinette; malgré soi on a du plaisir... c'est effrayant ça!.. Et la tante qni ne vient pas!.. Lisons!.. (Il prend un livre sur la table et en lit le titre0 n&ttMe du propriétaire." (Il jette sur la table le livre avec humeur.) Ce genre de littérature est au dessus de la portée de mes moyens... Agathe, mettant l'adresse. A monsieur Olivier, bijoutier. (Elle sonne. — Un domesliqae parait; il vient du fond.) Cette lettre à son adresse. . Cellarius n'a rien fait dire? lie domestique. Non, madame. (Le domestique regagne le fond.) Agatlte, avec intention et se tournant du côte de Ckam- pignel, qui ne la regarde pas. 11 va venir alors... Je n'ai pas repassé ma leçon de valse. (Au domestique qui sort.) Vous demanderez une réponse. (Elle se lève et gagne le fond.) C/'hampigiiel, s'enfonçant dans son fauteuil, et lisant avec une grande attention. „lntroduction. Les embarras de la ACTE II. SCÈNE 111. 'il propriété sont tels, qu'où peu! que dire ".ne les geus vraiment heureux sont ceux qui ne possèdent rien." — Voilà une allégation qui prête beaucoup it la controverse. Agathe, dansant en chantant à demi-voix un air de valse. Tra la la... Tra la la... (A part.) II ne me regarde pas. (Elle s'arrête.) «Jliamiiig-iiel, a lui-même, en riant de pitié. Comment? . . . Je suis sans place, j'ai quatre mille francs a payer, plus les frais; je n'ai pas d'asile, et voila un animal de jurisconsulte qui prétend que je suis vraiment heureux de n'être pas en mesure... Agathe, dansant et chantant plus fort. Tra la la ! Tra la la! Chaiiiitiguel, regardant danser Agathe. Comme cette dame, du reste . . . c'est la seule sympathie qui existe entre nous... (Chantant entre ses dents, avec humeur et comme pour marquer la mesure.) Tra la la! ira la la! (Ouvrant le livre à un autre endroit.) ,,Tout propriétaire joignant un mur, à la faculté de le rendre mitoyen..." Agathe, qui n'a pas cessé de valser, et chantant plus fort. Tra la la la la. t'hampignel, avec humeur et jetant le livre. Ah ! une telle prose... et une telle musique... C'est trop pour ma frêle organisation... (Il chante avec humeur et frappe sur la table pour marquer la mesure.) Tra la la, donc! Tra la la, donc! Agathe, continuant. Tra la la! ira la la! (A part.) 11 y vient! (Haut et descendant un peu la scène en s'exerçant.) Mais, monsieur, la mesure est brisée. (Elle s'arrête.) Champlgiiel, vivement et avec ironie. Brisée ... oh ! oui! Agathe. Quand on est forcée de danser seule, on n'est pas soutenue. (Chantpiguel, avec humeur. Khi madame, on n'est jamais obligé de danser seul. Agathe. Quand on n'a pas de cavalier Chainpignel. Ou ne danse pas; c'est un art qui est à la portée de tout le monde. Agathe, recommençant à valser. Je vous demande pardon... Je vais ce soir au bal; il faut que je m'exerce, jusqu'à ce que je ne fasse plus de faute. t'liuni|iigit«>l. à part et reprenant sou livre avec dé sespoir. Ali !.. J'ai une agréable perspective alors L |£H» tanlc qui n'arrive pas !.. Agathe, dansant. Tra la la! Tra la la!.. t'haiiipigiiel, impatienté posant son livre si te Uvmnt 28 CE QUE FEMME VEUT.. Mon Dieu, mon Dieu, madame... cela me paraît pourtant bien simple! (Il prend le fauteuil sur lequel il était assis, l'enlace de ses deux bras et fait quelque pas de valse en chantant l'air sur lequel dansait Agathe.) Tra la la la. Agathe, qui s'est arrêtée pour le regarder. Mais, c'est cela, monsieur!.. C'est cela. Champfgnel. Alors, acceptes* mon siège, si c'est là ce qui vous manque. (Il lui offre son fauteuil.) Prenez. Agathe. Monsieur... Champigiiel. Ou plutôt, permettez... Vous n'en sortiriez jamais... (Il lui prend les deux mains.) Suivez bien le mouvement: Tra la la la! Tra la la la! Agathe, dansant. Mais vous valsez il ravir, monsieur. Champigiiel. J'en suis assez confus... Tra la la la.. (Ils continuent de valser.) Agathe, l'ourquoi donc? Champignel. C'est un art dans lequel les imbécile! jouissent d'une supériosité marquée. Agathe. Comment, monsieur! mais je vous assure que je connais des agents de change qui valsent fort bien. Champigiiel, gaiement et du ton dont on dit: C'est ce que je disais. Eh bien ?.. Agathe. Oh! voyez, quand on est bien conduite! (A demi-voix.) Tra la la la!.. Champigiiel, à part. La victime et le bourreau qui valsent ensemble... Et j'ai une prise de corps sur le dos... Cette situation n'est pas commune. Agathe. Etes-vous content, monsieur? Champigiiel, la quittant et s'arrêlant. C'est presque bien; il y a des valseuses qui exterminent leur cavalier, en s'appuyant sur lui, comme sur une béquille. Il faut vous rendre cette justice, on ne vous sent pas. Agathe, qui n'a pas cessé de continuer légèrement, cl sur place, le mouvement de la valse. De la galanterie! Champigiiel, recommençant à valser avec Agathe. Oh! ce n'est, ma foi, pas mon projet... Tra la la la... (Àpdrl.) Elle va bien, cette malheureuse femme... Elle va vraiment très bien... Quelle misère! Scène IV. CHAMPIGNEL, ROSETTE, AGATHE. Rosette, venant du fond, très étonnée. Est-il possible! ... Vous êtes donc raccommodés?.. ACTE II. SCÈNE IV. 29 (Champignel et Agathe se séparent vivement en jetant un cri.) i Champignel, s'asseyant vivement à gauche. Je suis brisé au contraire. Agathe, qui s'est assise sur la causeuse à droite. Monsieur avait la bonté de me donner une leçoD de valse, et avec une obligeance... Champignel. Mon Dieu, madame, il n'y a pas d'obligeance à cela... votre façon de valser m'agaçait... J'ai eu recours h un anti-spa8modiqtie, voilà tout. Rosette, « Agathe. Ne .'écoutez pas, madame, il ne cberclie qu'à rendre service; mais il n'aime pas qu'on lui en parle. Le dehors et un peu rude, mais le dedans est bien bon! Chaiiipij; nel, avec humeur. Comment le dehors, le dedans? . . (Se levant et d'un ton impérieux.) Rosette! quelle est cette réputation de pâté d'Amiens que vous venez me faire ici? Rosette. C'est pas pour ça que je suis venue. M. Ba- livet m'a chargée de dire à madame qu'il a exécuté ses ordres, et qu'il l'attend au salon. Agathe, se levant. Ah! très bien! Rosette. N'est-ce pas, madame, que vous ne renverrez pas M. Champignel de son jardin?., vous ne lui ferez pas cette peine la! Champignel, et allant vnement à Rosette. Rosette, qui vous a chargée?.. Rosette, A Agathe. Oh ! vous en êtes incapable, bien sûr... vos domestiques vous aiment trop... ils m'on dit de vous des choses qui sont si bien!.. Champignel, d part. Qu'est-ce qu'elle dit donc là?.. Agathe. Allons, venez indiscrète... (Elle se dirige vers la gauche.) J'ai à sortir, je vais m'habiller. Champignel. Rosette, je te prie de rester. Agathe, à Rosette. J'ai à vous parler... Rosette, s'excusant en montrant Champignel. Madame... Agathe, bas. D'Olivier... Rosette, vivement. Oh! tout de suite, madame. Champignel. Mais, madame, j'ai besoin de Rosette. Agathe, très gracieusement. Et moi aussi, monsieur. Entre ennemis, s'enlever ses alliés, c'est de bonne guerre. ENSEMBLE. AIR: Suivez-moi, soyez confiante, Bientôt vous saurez mes projets, Je crois que le bonheur augmente Lorsque l'on voit les heureux qu'on a faite 30 CE QUE FEMME VEUT Cli a m|ii^ii Oui, Is chose est humiliante, V Je suis vexé .les rfïorls que j'ai faits: Et pourtant «'Ile est attrayante, 0«i, j'en conviens, mais c'eal aveu regrela Rosette* À s» voix je sui.i confiante, J'ignore quels sont a*».s projets. Mais elle est bonne et bienfaisante, i i ces coeurs là ne trahissent jamais! (AgaHtè sert par fa oauche, êosette la .util.) Scène V. CHAMPIGNEL, seul, remontant jusqu'à l'appartement d'Agathe. (Avec dépit.) Kilo est partie!.. (N redescend.) Ah! je voudrais êire là pendant qu'elle s'habille... (Avec réserve.) pour lui dire ma pensée tout entière... ou plutôt, non... Je ne lui ai déjà fait que trop beau jeu, en nie montrant maussade, quin- teux, grognon, me blessant, de tou(— tandis que madame ripostait avec un esprit... car, c'est triste il dire... elle a de l'esprit... (B'vn ton charmé.) et, une grâce, tout à fait... (Avec humeur.) désolante!.. (Avec énergie.) Oh! mais, je me réhabiliterai, car je la reverrai, puisque je suis cloué ici... puisque je ne puis me montrer qu'après le coucher du soleil... comme la lune!., alors, il faudra bien qu'elle m'explique... car je la connais, j'en suis sûr à présent.. . Ses traits, que je me rappelle vaguement. . . (Se souvenant.) Ah ! . . (Après réflexion.) Non!., où diable l'ai-je vue?.. Scène VI. BALIVET, CHAMPIGNEL. Ralivet, venant du fond, au tàmèk dit désappointement Champlgoet!.. toi ici V (;iianipi«ïnel, allant virement à lut et l'amenant. Ah! mon ami, lu ne sais pas! . . Je suis poursuivi pour une lettre de change... Heureusement, la tante m'a offert un asile... Je croyais la trouver ici. et j'y rencontre, qui?., mon cauchemar! Italivet, Stupéfait. Madame Delaunay? 4'haniniff ••<"■• Oui, l'odieuse, l'exécrable madame De- launay, mon infatigable ennemie! ACTE II. SCÈNE VI. 31 Balivet. J'espère que lu l'as traitée de la bonne manière ! Chaili]liKiiel, vivemcnl. Tu peux l'en rapporter a moi ... (Arec énergie) J'ai été alroce avec elle !. . (l'iiangeanl brusquement de Ion.) Nous avons valsé ensemble. Balivet, stupéfait. Quoi? dhamplsnel. La wWb à deux temps. (Il remonte et regarde avec anxiété la parte de madame Delaunay.) Balivet, désolé, npart. Valsé! pendant qu'elle me faisait cerner le jardin par les recors!.. C'était donc pour mieux le retenir auprès d'elle!.. ClianiiiljKiiel, à lui-même. Mais elle ne revient pas... il faut qu'elle m'apprenne... (Il redescend près de Balivet.) Tu ne sais pas? je l'ai déjà vue, mais je ne peux pas me rappeler où... je suis sûr qu'elle le sait... je veux qu'elle me le dise! Halivet, ùparf. S'il la revoit, je suis compromis ! (Haut.) Tu veux lui parler, imprudent! Mon devoir est do t'éclairer. 171iampig;iiel. Allume la torche! Balivet, d'un ton mystérieux. J'ai appris, ce matin, une chose affreuse. Cliampignel. Dis-la, et je frémis immédiatement. Balivet. II y a six mois, ce mariage que lu allais contracter et qui devait ('enrichir... Cliamitlgnel. Oui. Balivet. Tu n'as jamais cherché la cause qui l'a fait manquer ! Champigiiel. Ma f,.i, non; un homme qui se noie s'amuse rarement à chercher où prend sa source la rivière qu'il est en train d'avaler. Balivet. Eh bien, mon ami... (Avec force.) c'est elle ! Cliampignel. Qui ? Balivet, plus fort. Madame Delaunay ! Chainplgnel, bondissant. Ah! ventre de biche! Balivet, avec insistance. Me croiras-tu, maintenant?.. Dans ton intérêt., je t'en prie, ne lui parle pas, c'est une sirène, ne la revois jamais! Clianipignel. Mais que lui ai-je fait, a cette femme? que lui ai-je fait?., qu'elle me le dise! car enfin, on ne persécute pas un homme avec cet acharnement, sans avoir un motif quelconque!.. On poursuit un lièvre, un chevreuil... c'est pour le manger... mais moi!.. Balivet, vivement. Quelle folie! « 'ha m pi»;iiel. C'est ce que je pense! (Très anime.) L "> ai-je dit qu'elle était sans grâce? . . Lui ai-je dit qu'elle semblait plus iigé e qu'elle ne l'est?:, L'ai-je laissée faire bas- 32 CE QUE FEMME VEUT.. relief dans un bal, quand je pouvais la faire danser? voilà déraisons majeures d'en vouloir à un homme ... Oh! alors, je comprendrais... Mais non!.. Jamais je ne me suis trouvé au bal avec... (Se frappant le front et se souvenant tovt a coup.) Attends donc! .. (Avec éclat.) J'y suis! . . ah! sacrcbleu, j'y suis !.. Ballvet, surpris. Quoi donc? Chamuigiiel, marchant avec agitation. Tu vois un homme perdu!.. Elle me fera assassiner, si elle le peut!.. C'est elle, mon ami! Je suis dans la passe de Monaldeschi ! Ballvet. Explique-toi, pour l'amour de Dieu! Cliampisiiel. Une aventure atroce, mon ami, et qui remonte déjà loin . . . C'était un jour de Noël ... jour célèbre dans les annales ds ma fie? Ballvet» En effet, j'ai quelquefois entendu madame De- launay parler d'un jour de Noël, qui fait époque pour elle... mais elle ne m'a pas raconté... Champ ignel, vivement et pressé d'arriver au fait principal. Figure-toi qu'un ami m'avait invité à une soirée dansante . .. j'étais en retard, parce que je n'avais pas voulu manquer une leçon particulière qui m'était très bien payée. Enfin, j'arrive; le maître de la maison, fort aimable garçon d'ailleurs, m'appelle lambin; je cherche m'excuser; il m'appelle lambini, je donne mes raisons; il m'appelle lambinos... On rit beaucoup de lui de cette ... plaisanterie, que je trouvai, moi, assez médiocre... mais c'est un ancien notaire, il fait ce qu'il peut. — Il ajouta: ,,Nous avons ici une belle dame; tenez! celle qui est là, en robe de satin blanc... Elle est un peu parente du ministre; je lui ai parlé de vous, elle peut vous être fort utile; venez!" Mon cornac m'entraîne et me présente; „M. Champignel, savant distingué... professeur de grec et d'hé- hreu.. ." La dame me fait un salut de l'éventail; moi, je me courbe comme une parenthèse... Ballvet. Et l'affaire était faite. Champignel. Plût au ciel ! Tu vas voir. — Ah! monsieur, me dit la dame, vous parlez hébreu?., c'est bien aimable à vous... je serais enchantée d'entendre quelques mots de cette langue... remarquable... — Cette demande inattendue me frappa de stupeur ... On ne peut pas se mettre à parler hébreu dans un bal... Du temps de Josué, c'eût été tout simple; mais aujourd'hui!., véritablement, je ne savais que dire, lorsque, par bonheur, un domestique passa, avec un plateau do rafraîchissements... je saisis une glace, comme prétexte, et je l'offris à cette dame, en lui disant, en langue hébraïque: (Il cherche a se rappeler.) — En usez-vous? ACTE II. SCÈNE VI. 83 Balivet. Le moyen était bon ! 4'ham|»is,-iiel. Excelleni! Mnis, tu vas voir... en m'a- vançant, je marche sur le pied rte la dame... Kllc fait un mouvement, je lève la jambe, j'attrape le plateau, je trébuche! . Va te faire lanlairel.. les rafraîchissement tombent sur la dame, le plateau tombe sur les rafraîchissements, et moi... (Iltourne sur lui-même.) Balivet. Sur le plateau '( diaiii]»igm'I. bit sur le ne/,'. AIR: Amis, jamais l'vhaiirin n'vfapprocèe. Oui, tandis que chacun s'écarte. Car, tu comprends, chacun craignait pour soi... t'umme des capucins fie carte Nous déboulons dana ce grand dt>sarrni, Sorbets, plateau, groseille, orgeat... et nui'., l'our un instant mets-toi donc à ma placu... Conçois-tu bien cette ebaine d'horreur, Ce chapelet de honte et de douleur, Qui commence par une glace (bis) Et finit pat- un professeur ? (bisj Balivet. Quel tableau! Mais la dame?.. la dame? . . Cliampigiiel, d'un ton posé. Ah! mon ami! as-tu quelquefois enlevé les petits d'une hyène, pendant que la mère était la? Balivet, e/frayé. Jamais ! ! CIiani]tl|t;iieI. Alors, tu ne peux te faire aucune idée du cri que jeta cette dame, en ajoutant d'une voix stridente: Kichu maladroit!.. Balivet. Ahl ce mol ! . . Cltamiii^nei. Il est grave. J'admets le mot fichu comme substantif; comme adjectif, il acquiert, dans la bouche d'une dame, une déplorable importance . . . O mon ami! quel affreux spectacle 1 La blancheur de sa robe avait disparu sous des avalanches de sorbets, sous un cataclysme de sirop de groseilles • .. C'était une carte de Cassini, coloriée; c'était une femme Panachée, vanille et pistache !.. Balivet. Quel événement! Cliaillfligiiel. J'ai la clé des indignités de madame Delannay, car c'était elle.. . (D'un ton affirma///.) Klle doit connaître le ministre? Balivet. Un effet, elle va quelquefois chez lui. l'ltaiii|»i£iit>l. Tu vois . . . c'est elle qui m'a recommandé au ministre, pour la première destitution dont il pour- r »'t disposer. (Il remonte.) Wallvet. Allons, tu déraisonnes.. . (A par/.) be plus K *pettoir« No. 343. (\\, Série No. 99.) 3 34 CE QUE FEMME VEUT.. sur serait encore de l'éloigner... Mais comment?., les recors que j'ai apostés... Maladroit !.. Chamiilgnel. Balivet, sauve-moi, je veux m'en aller d'ici !.. Agathe, au dehors. C'est bien, Rosette... comptez sur moi... c'est entendu... Cham]ilgiiel. C'est elle!.. Fuyons!.. Balivet. Il faut que je reste pour la retenir, afin qu'elle ne se doute pas... Chanifiignel. Diable! c'est juste !.. Balivet. fccouto bien, car cette maison est pleine de détours. Chaniplgnel. Comme la propriétaire, alors. Balivet, lui indiquant le fond et à gauche. An bout de ce corridor, pousse une porte a gauche, traverse une grande pièce démeublëe, descends ensuite deux petits étages, tu seras auprès de la remise qui donne dans la seconde cour... il y a une petite porte ouvrant sur une rue déserte: va! Chaniplgnel, qui l'a écoutée avec la plus grande attention, et qui a indiqué comiquement la peine qu'il a à comprendre. Et je n'ai pas la carte!.. (Il sort par le fond el ///s parait d gauche et tête nue.) Scène VII. AGATHE, BALIVET. Agathe, à la cantonade. J'ai changé d'avis... je ne sortirai pas... Balivet, à part. Il était temps! Agathe, venant de la gauche et cherchant des yeux. Tiens!., il n'est plus l'a... où donc est-il passé?.. (Haut.) Les recors sont à leur poste, n'est-ce pas, mon cher Balivet?.. Balivet, à part, avec joie. Son cher Balivet. (Haut.) Oui, madame. Agathe. Vous me tiendrez au courant de tout ce qu'ils feront? Balivet. Oui, madame. Agathe. Je vous ai demandé les titres de cette créance. Balivet, lui remettant des papiers. Les voici, madame. Agathe, à part. H no peut m'échapper... (Haut, rayonnante de joie et de bonheur.) Vous avez déployé en tout ceci un zèle et une intelligence... dont je saurai vous tenir compte, mon cher Balivet.'.. ACTE II. SCÈNE VIII. 35 Ballvet. Elle récidive!.. Agathe, dans le même sentiment. J'ai eu parfois des loris envers vous... je vous ai brusqué... pardonnez-lc-inoi... ou a des moments d'humeur... involontaires... souvent, l'esprit souffre sans cause apparente... alors, malgré soi... mais, au- lourd'liui, je voudrais ne voir que des gens heureux autour de moi. Ballvet, vivement, avec joie. Quelle sympathie entre nous!.. Je suis juste daus le même cas; c'est drôle, cet effet là!.. Oui, madame, j'épouse vos joies, j'épouse vos chagrins... vous savez comment j'ai toujours épousé vos intérêts ... ah ! pour vous plaire, madame, (Avec passion.) que n'épouscrais-je pas!.. Agathe. Vraiment?.. Ballvet, soupirant. Je souffre!.. Agathe, le regardant avec surprise. Vous, Balivel ï Ballvet, avec passion comique. Oui, madame, et s'il faut tout vous dire, votre image me poursuit dans tous les greffes, jusque dans le tribunal de première instance, et j'y pousse des soupirs à troubler la magistrature!.. Agathe, riant. Ah! ali! ah! c'est amusant.. . (Riant toujours.) AIR: Quand je le vois, la peur me uagne. (Impressions de voyage.) Quand la justice vous contemple. Kh ! quoi, vous oses, chaque jour, Pousser au milieu de son temple Do profanes soupirs d'amour? Ballvet, avec passion. Oui, madame! Agathe. Dans votre inlidc-le mémoire Tous les lieux sont donc confondus 7 Ballvet, avec passion. Tous! Agathe, gaiement. Car, ici, vous devex vous croire Dans la suite des paa perdus! Iltiliv<>(. pique Ah! madame! ce mot est cruel ! Joli, mais cruel! (Agathe rit, à part.) Je crois qu'elle se moque 'le moi. Scène VIII. AGATHE, AMARANTHE, I3ALIVET. *»«araiith«'. outrant virement du fond Où est-il ? 3* 3G CE QUE FEMME VEUT.. où est-il?. . J'ai mis nos amis a contribution, je viens j'accours, j'ai réussi ! Agathe, à part. Que dit-elle? Amaranthe. Où est ce bon Champignel? Ballvet. Il est en sûreté; oui, en voulant soustraire aux regards de madame un homme dont la vue lui est pénible, j'ai secondé vos intentions bienveillantes, je lui ai donné la clé des champs. Agathe, vivement à Bnlivet, en allant à lui. Vous, monsieur!., qui vous a permis? Ballvet, avec passion, la main sur son coeur. l7amour! Agathe. C'est un abus de confiance! Ballvet, de même. Cupidon ! Amaranthe. De gré ou de force, ramenez-le ici, je tiens à le voir. Ballvet. Mais je ne sais pas où il est. Agathe. Cherchez-le !.. je l'exige... il le faut... je le veux!.. Amaranthe. Kt moi, je vous l'ordonne!.. Ballvet, à part. Elle l'aime! ENSEMBLE. Agathe. AIR: La voix de la patrie. Oui} qu'il vous en souvienne, Choisissez désormais En ces lieux qu'il revienne, Ou n'y rentres jamais 1 BallVet. Q ue ""ennui, 1 ue de peine! Il faut donc, ô regrets I Qu'ici je le ramène Ou que j'n'y r'vienne jamais t (Agathe et Amaranthe l'entraînent jusqu'à la porte du fond.) Scène IX. CHAMPIGNEL, AMARANTHE, B ALI VET, AGATHE. Champignel, venant de la gauche, ouvrant laporle. Je crois que je me suis égaré. (Agathe, Amaranthe et Balivet, qui sont au fond, l'aperçoivent, font un mouvement de sur prise.) Ah! par ici, peut-être... ENSEMBLE. Agathe. C'est lui! Amaranthe. Champignel! Ballvet. Grand Dieu ! (Ils redescendent la scène. ACTE II. SCÈNE IX. 37 Antaraiitlie, saisissant le bras de Vhampignel. Ah! à la (in je vous tiens! Champlgiicl. Vous me tenez! . . (A part.) Serait-ce un recors déguisé ? Amaraiithe. Je veux vous venger de9 tracasseries inexplicables de ma nièce. Cliamplfciiel, à part. C'est la tante... ah! diable! Amaraiitlic. .Monsieur llalivet, éloignez les gardes du commerce... (A Agathe, en la narguant.) Je paie la dette de M. Champignel... (A Balivet.) Donnez-moi le dossier... ltalivct. C'est madame Delaunay qui l'a. (Mouvement de contrariété d'Agathe.) Amaraiitlic, surprise. Comment? Hallvct. Kl le a désintéressé le créancier, c'est elle qui poursuit. Agathe. Ciel! (Elle s'assied sur la causeuse auprès de laquelle elle était, s'appuie du coude sur le guéridon, tient sa tête dans sa main et parait être en proie d mie vive préoccupation.) < limiigtiaiM'I. jetant un cri. Ah!! Amaraiitlic. vivement et avec reproche. Vous, ma nièce? Champigucl. Voila qui passe tout! (Allant vivement à Agathe, qui ne le regarde pas.) Pousser l'atrocité jusqu'à acheter une créance sur moi... et véreuse!.. Amaraiitlic. C'est affreux!.. diampijsncl,, plus fort. Et véreuse!.. (A Agathe, avec reproche et un peu d'émotion comique.) VA moi, qui, intérieurement, me reprochais d'être peut-être injuste à votre égard? . .. Je sentais comme une espèce de remords... framboise et vanille !.. Amaraiitlic, vivement à Vhampignel. Mais vous avez •oujours Je droit de vous libérer! ChampijKiirl, arec éclat. Ce que je demande avant tout, c'est une vengeance!.. Mais je la veux complète... écla- 'ante... abominable! Amaraiitlic, vivement. Si je vous l'offrais?.. Clianipiyiicl. Parlez! Je la saisis incontinent! Amaraiitlic. Il y a une âme qui répond k votre àmc. "n coeur qui sympathise avec votre grand coeur!., je fais cause '«minime avec vous! (Agathe se lève et écoute arec anxiété ) Cliampigncl. Oui!.. Amaraiitlic. Je vous épouse! Çhaiii|iiKii<>l, jetant un cri d'e//roi. et se saur nul lusqu'a Fteetrémité île l'avant'teène. Oh! sapristi!., où sont 38 CE QUE FEMME VEUT. les huissiers!., qu'ils m'oit rainent à Clicliy !.. je demande un abri sous sou toit 1111claire I Agathe, avec satisfaction. Il refuse!.. Amaranthe, blessé. Ah!!., cherche/, donc à faire des heureux!.. llallvet. Mais, la prison, tu n'y songes donc pas? (Jhamnignel, passant à la gauche de Balivel. Tu es bon, toi!., je n'en aurai que pour cinq ans; au bout du compte, ce n'est pas la mer à boire! < liaiiipit&iM-l. allant à Champii/nel, al d'un ton de reproche. Mais, monsieur!.. (Champii/uel s'en/ait épouvante « son approche, remonte la scène, puis redescend à droite.) BfiHMBMBbtt. AIR: Allez retrouver votre père Chnmnig;nel. A ses vertus je rends hoinmag»-, Mais je repousse un tel hymen; Car je crois que ce mariage tiendrait mon malheur plus certain ! Agathe. Ja m'attendais a ce langage , iT^Al - I lif W w nmsf Il mérite un meilleur destin . Non E il ne pouvait à son ùgc Subir le joug d'un tel hymen! Amaranthe. Ouelle horreur! quel est ce afjiglgc! Hefuier l'offre de ma main ! i'uur me venger de cet outrage. Je l'abandonne à son destin! Hsilivet. Je n'approuve pas ce langage, Quoi! réfuter ici ha main '? A la prison, c i:tait plus sage, Moi, j'aurais préféré l'hymen ! l'haninignel, a part. Mais l'une après l'autre m'assirgnii Amaranthe, furieuse. C'est affreux, monsieur! Agathe, a CMampiffnei, c'»«*Mwi <'littiii|ii(ciiel. surpris. Amaranthe, vivement Par!» I Agathe, à demi-voix, llcslcz! C'hani|tigiiel< itH twpfl* Serait-ce un piège, ? ACTE II. SCÈNE X. Ml % muran(ht», impérieusement. Et ne songez jamais à moi I 4 lut m pi» ■!«'!. Oh! ENSEMBLE. A ses vertus je rends hommage, etc. Agathe. Je m'attendais à ce langage, etc. Amarauthe. Quelle horreur 1 quel est ce langage, etc. Balivet. Je n'approuve pas ce langage, «te. (Amaranthe et Balivet sortent par le fond.) Scène X. CHAMPIGNEL, AGATHE. Cliamplgnel. Abl madame! je n'aurais jamais cru n tant do méchanceté!.. Et cela pour une robe de satin a In pistache panachée... Agathe, gui ne comprend pas. Vous dites, monsieur? C?hani|»igiiel. J'ai fouille dans mes souvenirs, je me suis rappelé dans quelle circonstance mémorable j'ai eu le malheur de vous voir pour la première fois; il y a deux ans rte cela... Agathe, troublée, à elle-même. Kn effet ! dinmi'igitel. Je vivrais trois cents ans, comme les perroquets, dit-on, que je ne l'oublierais pas!., c'était un jour de Noël... Agathe, à part, troublée. Ciel! Chamiiigiiel. A ce bal, où grâce a ma maladresse... 'lue je ne qualifierai pas autrement... quoique vous l'ayez fait avec bien plus d'énergie... je vous hlâme pas, c'était le cri de ,îl vérilé ... elle est assez, légèrement vêtue pour qu'on puisse lu ' allouer ud... fichu! Agathe, qui a cherché à comprendre. Je cherche en va,n , monsieur, à quoi vous voulez faire allusion. ('hai»i|ilgiiel. Mais est-ce ma faute, à moi, si ce misérable plateau de rafraîchissements est venu naufrager sur vo 're robe?.. Ai-je fait exprès de vous badigeonner si odieusement?.. Agathe, à part. Il se méprend... il y a confusion dans son esprit, (avec joie.) il no sait rien! . . (Haut.) Un plateau renversé, diles-vous? , , Ab ; .,„! vraiment, ce devait être un Plaisant coup d'oeil! 40 CE QUE FEMME VEUT. t : haiiijiigitel. au rond/te de la surprise. tille rit! . Vous riez, madame! Agathe. Je ris de voir que vos excuses font fausse route!.. Je ne me suis jamais trouvé au bal avec vous. 4'hant|»igiiel, 1res étonne. Quoi!., ce n'était pas... Agathe, avec la plus grande sincérité. Ce n'était pas moi. Chaiiiplgiiel, tout à fait désorienté. Mais alors, je n'y suis plus du tout... Quand je croyais vous avoir offensée, naturellement je supposais... Agathe. Une absourdité. Il en est de même de toutes vos autres accusations. CItamfiIgiiel, à part. Kl le me dit des injures! . . ça manquait!.. (Haut.) Quoi! madame, vous n'avez pas de honte? . . . Persécuter il outrance un homme ii qui vous n'avez, alors aucune raison d'en vouloir?., un homme que vous ne connaissiez même pas!.. Agathe, avec sentiment contenu. Je vous connais depuis longtemps, monsieur Champignel! C;hani|»i)sriiel, très surpris. Ah! bah! Agathe, avec expression. Et je vous ai voué une es- liwc«v .«-lin»»!!»» *im mHth MHwtrt U't .l^n ai<|«mtl'> t'ham|iljrncl> Je la mérite. . Agathe. Une admiration... profondes. Champignel, modestement. Oh! une admiration!.. Agathe. Une admiration, monsieur! Je connais la valeur des termes que j'emploie, et celui-ci n'a rien d'exagéré. Champignel. A Dieu ne plaise, madame, que .je veuille vous donner une leçon de français!.. Seulement... .Agathe, l'interrompant. Mais, pour vous témoigner ce double sentiment, il fallait vous voir... vous rapprocher de DMili «•►vh'I 4Mt*<4ivi**|>M*MMM>'Mi#« i«i*flM«Mp on - )i 'jiie. t/'hampignel. Je l ms lc plaisir de vous compreu- dM*kV{ tMl'Hp lO'KJ OM» f >» »«'IIHt'1»S'»l .VI'K 1*3 »Ua ... j:i Afcntlie. La difficulté était grande... Je pris le parti de me... rapprocher de vous. Champignel. C'est l'expédient inventé par Mahomet. Il est bon; mais je n'ai pas le plaisir. Agathe. C'est dans le but, monsieur, que moi, qui déleste le monde, j'ai ouvert mon salon; que pour vous y attirer, j'ai donné des dîners, des bals, auxquels j'ai invité lotis mes locataires... vous seul n'êtes jamais venu!, tarer donceoi > Pourquoi ? Champignel. Madame, c'est que Virgile a dit : Tknefi Dauao.s... ACTE II. SCÈNE X. 11 Agathe, Vivement. Mais je me suis pas votre ennemie I iK»el, vivement et avec sentiment comique Moi! .. moi, vous bair! . . Ali! madame! tant que vous aurt"/. celte opinion là, jo m; bouge pas d'ici. Moi vous haïr?.. (Ener- fjiquemenl.) Aile/, chercher la garde, madame! Agathe, vivement. Une pareille émotion !.. Chaili|iigiiel. Uc grâce, oubliez toutes mes injustices , . c'est il genoux que je vous le demande!.. Agathe, cherchant à le retenir. Ah ! C.'haiii|iigiiel, amiiquewenl. Ne craignez rien, je uc voulais pas m'y mettre . . . C'est ce misérable llalivct qui m'a monté la tète en me disant do me défier île vous, que vous liez une .sirène ! Agathe, vivement. 11 vous a dit cela? ACTE II. SCÈNE XI. 13 fJhaitiiiignel. Oui, madame, il me l'a «lit... avec cet air bèle . . . qui l'honora, car, s'il ne l'avait pas, ce serait un fourbe. (Très exalté.) Mais il ue le portera pas en paradis, je vais le frapper. . . Agathe. Que dites-vous? Uhampigiiel. l)e stupeur, en lui signifiant que vous m'avez, subjugué, moi, philosophe, moi, professeur!.. Je lui apprendrai que vous êtes aussi bonne, aussi généreuse que jolie : (Avec abandon.) car je crois tout ce que vous m'avez dit . . . c'est peut-être une bêtise, mais je le crois. Agathe, souriant. Prenez garde . . . c'est presque une déclaration... fJhamiiigiiel, vivement. Tant pis!., ou plutôt (aut mieux!.. (Après un temps.) Kt vous ne me repoussez pas? . . Aguthe, avec expression. Vous repousser. . . vous? . < lui m |>iï, ■■<-!. trié surpris. Quoi! madame, mou physique vous aurait, touché à ce point? Agathe. Je ne m'attache pas à de si périssables mérites. Uhampigiiel. Vous avez raison... (Avec rèsiijnation ) Je passerai... comme tout passe! Agathe, avec âme. Mais vous serez toujours le meilleur et la plus généreux des hommes ! diampignel. C'est étonnant, ça!.. Mais eu dont avez-vous eu le bonheur de me voir pour la première fois?.. Agathe, avec réserve. Oh! sur ce point, ne m'interrogez pus... Il est des choses d'une telle nature, qu'elle éveillent il la fois toutes les susceptibilités du coeur et... qu'une femme, ne peut les confier... Champigiiel. Qu'à qui? Agathe. Qu'à celui dont elle porterait le nom. Uhampigiiel, très exalté. Elle me demande ma fortune et ma main!.. (Allant n Agathe.) O bonheur!., vous consentiriez? (Il lui baise la main avec transport. Halirel entre ) Scène XI. Les mêmes. BAL1VET, venant du fond. Kalivet, entrant et apercevant Càampignel boisant lu main d'Agathe. Grand Dieu! Agathe, /'étant un cri. Ah! (Elle s esgtUvè vicemen' l'ai la gauche. (Iiampiijnel la suit jusijit'a la porte de son ''l'i'ttrtentent ) II CE QUE FEMME VEUT.. Scène XII. CHAMPIGNEL, BALIVET. Mallvet. Comment es-tu encore ici? 4 Imm!»!:;■■ cl. l'amenant vivement sur l'acant-scene. Avance un peu, toi! Je veux fuir cette enchanteresse, et tu me fais retrouver avec elle nez à nez! . . Tu m'as complètement dupé!.. (Avec abandon.) Viens que je t'embrasse!.. Balivet, se débattant. Quoi! quoi! diamplffitel. Viens que je t'embrasse!.. Balivet, pendant que l'hampignel lelreiut dans ses bras. Quoi! quoi! quoi? Champiwnel, le repoussant. Quels sont ces cris de canard en détresse? Balivet. Tu dis que madame Delaunay ?.. diami>i£iiel. Je puis obtenir sou coeur, sa main, tout, tout! Balivet, jetant un cri, à part. Ali!., je me détraque!.. (Il tombe sur le fauteuil qui est auprès de la table à gauche.) Champlgnel, marchant, agité, avec joie. AIR: Et voilà comme tout s'arrange. A moi. cet liôlel somptueux, Cette vaste et riche demeure ! (^asseyant au fond, à droite.) Kt ces fauteuils aux coussins si moelleux. A moi!., mais n'est-ce pas un leurre?-. (Il .se lève et redescend.) lté la maison, fjuni! dès ce soir, Je deviendrais propriétaire? I II fait lever violemment Balivet qui est sur le fauteuil de gauche. et s'assied à sa place. Balivet va piteusement s'asseoir sur la causeuse à droite.) Moi. moi qui, dans mon désespoir, (Il se lève.) N'étais pas bien sur de pouvoir Y rester comme locataire! (bis) (Il fait violemment lever Balivet /jui est sur la causeuse, le fait pirouetter, s'étale sur la causeuse pendant que Balivet va s'asseoir à gauche.) Balivet, désolé, décidément clic l'aimait donc?.. (Il se 1ère.) C'était de l'amour!.. Cliaiiijiieiiel. Il parait! Mais comment cela lui n-t-il ACTE II. SCÈNE XIII. 45 pris?.. Elle a oublié de me le dire... Tu dois savoir ça, (oi, qui ;is la confiance de ma future... Ballvet, avec une intention mnliijne. Peut-être du vivant de son mari... diaiiipisriiel. C'est possible! Ballvet, de même. II est tout simple, alors, qu'elle no t'ait pas avoué... Cliampiffiiel. Ca m'ennuie, ça... parce que... ah! ça m'ennuie, ça! Ballvet, de même. Elle est très impressionnable! CliampiKiiel, le rudoyant. Quelle horreur de supposition!.. Mais, animal, c'est affreux, ce que tu dis là... Recommence un peu, tu vas voir... Ballvet. Après ça, elle a peut-être un motif secret... (Avec malignité.) Le pavillon couvre la marchandise... Chani|iiKii«l. Que signifie cet axiome commercial ? Ballvet, de même. II y a deux ans, madame Delaunay n'était pas riche... Il y avait sur son carre, ici dans cette rue, au numéro 8, un artiste, un ciseleur, M. Anatole Sautriot... 4'liaiii|iiu,'ii«*l. Sautriot. . . oui, on m'a dit. .. Ah! je n'aime pas ce nom là ! Ballvet, de même. II portait beaucoup d'intérêt à madame Delaunay... Elle le recevait... Cliamplicnel, vivement. Tais-toi, ça n'est pas vrai! Ballvet, méchamment. II y a même eu correspondance entre eux... ChamplKiiel, avec force. Tu mens!.. Je ne sais pas ce que (u veux dire; mais je te défends de me parler de ça... (H s'éloigne.) Ballvet. Ça te regarde!.. Scène XIIÏ. ROSETTE, CHAMPIGNEL, BALIVET. Bosette, entrant vivement, elle rien/ de ta uavehe. A «! monsieur Cliampignel, quel bonheur!.. Vous no savez pas V • ■ ' j'épouse Olivier... Madame Delaunay a tout arrangé... Elle r st si bonne, si généreuse!,. ChanipiKiiel, lui-prenant la main. Ah! lu lui rends justice, toi... Ballvet, ironiquement. Et moi aussi; clic a (ous les sentiments d'une aniste. Rosette. A propos d'artiste, madame Delaunay m'a 46 CE QUE FEMME VEUT.. chargée d'aller chez M. Sautriot chercher un paquet qu'elle réclame de lui depuis longtemps. t^liampi^nel, convaincu, à part et avec chagrin. Des lettres d'elle, sans doute? Rosette. II paraît que c'est un souvenir précieux et que M. Sautriot l'a confié à quelqu'un... on ne sait pas il qui. t'Iiuiiipigiiel. avec éclat. Malheureuse! tu jettes du vitriol sur moi!.. Rosette. Qu'avez-vous donc? Cliaiii|iii;'iiel. Ainsi, c'était vrai ! Klle me trompait encore!.. Et moi qui allais l'épouser. (A Itoseltv avec éclat.) J'allais l'épouser! Rosette. Comment! ('Iiaiiigii&'iael. Comme on épouse, parbleu! (Marchant dans toute la largeur du théâtre avec agitation.) Les femmes 1 les femmes! Quelle erreur de la création! Quelle affligeante nécessité ! Rallvet, désolé. Ah! mon ami! . . (Il se jette dam tes liras de ChampignelJ Cliamiiljçnel, doucement. Qu'est-ce que c'est? Kalivel. désolé. Moi qui espérais l'emporter sur toi! t'liani|tis;nel, le repoussant vivement. Veux-tu bien me laisser tranquille!.. Mais ce Sautriot, quel plat coquin!., mettre un tiers dans la confidence d'un bonheur qu'il devait garder pour lui seul ; je vais l'aller trouver dans cette rue, numéro 8... Mes pistolets sont chez moi. (Il remonte.} Balivet, vivement. Ah! bravo! Rosette, allant à Champignel avec anxiété. Qu'allez- vons faire chez M. Anatole? Chamiii|(iiel. Reconquérir ces lettres au péril de ma vie, (Redescendant.) ou plutôt de la sienne, ce que je prerèro de beaucoup ! UB: Mon coeur liai, il s'élance, il palpite Il !e faut, à l'instant, ma vengeance... ENSEMBLE. Kosette, a part. *kl pami» **«mi HaliVCt. C'eat au mieux! t'Iiaiiiiiitriiel. D'un coquin va punir l'inaolence 1 BNSBMBLfc Rosette, à part, c-mi affreux 1 Bal fret. c '" fst *«'••* ('liampigiiel. Oui, sur lui, H'un seul coup je m'Manep ! ACTE II. SCÈNE XV. r, ENSEMBLE. Kosette. Ah ! 6 rl " ds • ,icl,x ! Balivet. C'est au mieux ! igiiel. Je prétend* lui ravir l'existence ! ENSEMBLE. Kosette. c '"' « ffreux ! Rallvet. C'est heureux : l'IinmpiKiiel. Et je reviens victorieux ! ENSEMBLE. CiiailipilCIiel. Oui, je reviens victorieuxl liOSette Ct Balivet. » reviendra victorieux! (('hampignel sort vivement par la porte de droite, t/i/i conduit che% lui.) Scène XIV. BALIVET, ROSETTE. Kosette. Mon Dieu, mon Dieu, monsieur Balivet, il va se battre! Balivet. C'est un noble coeur, ct je l'approuve! Kosette. Et vous restez lit?., vous lo laissez parlii seul? Balivet. Un duel... moi?., un avoué?.. (D'un ton su lennel.) La cour de cassation enchaîne ma vaillance! Kosette. OliI vous êtes un vilain homme! . . Moi, je saurai bien empêcher... (Elle remonte vivement.) Scène XV. BALIVET, AMARANTHE, ROSETTE, puis AGATHE. \ niaranl lie. entrant vivement par tu ffaucàe. Oiicsi- ce cher Champignel . . . où est-il? . . Tout va la mieux du monde!.. Rosette, allant à Amarantlie Oh! mademoiselle!.. v ou» ne savez pas... Amarantlie, avec j'oie. Si! si! il aime ma nièce, ça "e sort pas de la famille. Elle va pouvoir songer a mon établissement... Je suis d'une joie!.. Kosette. Mais il est parti! Amarantlie. Parti? 48 CE OUE FEMME VEUT.. Agathe, entrant ; elle vient de la gauche. Qui donc? Rosette. M. Champignei!.. Ah! madame! quel malheur 1 Agathe. Expliquez-vous!.. Rosette. M. Balivet prétendait que vous aimiez M. Anatole... Ainarauthe, scandalisée. Ah!.. Agathe, avec énergie û Balivet. Vous avez supposé... et vous vous êtes permis de dire à M. Champignei?.. Rallvet, cherchant à faire l'empressé. C'étaitdans votre intérêt... pour l'éprouver... pour s'avoir s'il était digne rie l'honneur que vous voulez faire à un homme qui vous est peu connu... et j'ai réussi... il est parti en déblatérant contre vous! Rosette. Dites qu'il était désespéré, et qu'il va se battre avec M. Anatole! Agathe, vivement et avec éclat. Se battre? Amaranthe, tombant sur la causeuse, à droite. Ah ! je m'évanouis ! Agathe, énergiquement et désespérée. Courez ... qu'on l'empêche, mon Dieu, qu'on l'empêche! . . Mais courez donc, monsieur! (Elle remonte.) (La porte du fond s'ouvre; Champignei paraît; il est pâle, défait, peut à peine se soutenir. Il porte à chaque main un grand pistolet d'arçon. Il s'arrête sur le seuil de la porte. ) Scène XVI. Les mêmes, CHAMPIGNEL. Tous. Ah! Amaranthe. D'en venez-vous, malheureux V <'haiit|»iffiiel, d'une voix éteinte. J'en viens... Tons. D'où? Cliamplenel. De chez Anatole... Tous. O ciel ! Chaniulgnel. Sautriot. Tous. Eh bien! t?haiii»igçiiei, âpres un temps. Mort! Tous. Mort!!! « lianiitift iicl. descendant sur l avant-scène. Depuis quinze jours ! Agathe. Ah! pauvre garçon! (Jhainpignel, à Agathe, avec réserve. Je regrette, madame, d'avoir à vous porter ce coup douloureux! Agathe. Monsieur... ACTE II. SCÈNE XVII. 4'.i t'hamitlgnel, avec effort. Mais avant de m'éloigner, je désire vous parler une dernière fois... seul... Amaranthe. Ma nièce... il m'effraie!., ne craisnez- vous pas?.. (Agathe la rassure du geste. Champignel ta déposer ses pistolets sur le guéridon à droite.) ENSEMBLE. AIR: Walse de Strauss. Kosette, Balivet, Amarnnthc. I.a coeur me bat, c'est d'espérance! Il est entr'eux quelques secrets, Obéissons, par convenance Ketirons-nous ; soyons discrets. C^liampignel. I, alïreux espoir de la vengeance Vient se mêler h mes regrets t Lorsque mon coeur heureux d'avance nevait déjà de doux apprâts. Agathe. Je sens mon coeur trembler d'avance, Il va savoir tous mes secrets ; Mais il le faut; ma confidence Sera le prix de ses bienfaits. (Amaranthe, Rosette et Balivet sorteut par le l'omi t Scène XVII. AGATHE, CHAMPIGNEL. Champion**!, froidement. Madame, il n'y a plus d'équivoque possible entre nous. Le voile est déchiré. Agathe, en proie à une vive émotion et s'asseyant à gauche. Je no sais ce qui se passe en moi... j'éprouve... Champagnel. Eh bien!.. Elle se trouve mal!.. (Allant à elle.) Madame!., madame!.. Le moment est bien choisi... Remettez-vous, voyons, remeltez.-vous... Agathe, avec émotion et reconnaissance. Ce n'est rien -• une émotion bien naturelle... ce que vous ave/, l'ait... la pensée du danger auquel vous vous exposiez!.. t'hampigiiel. Oh! si ce n'est que cela... (Froidement et avec dignité comique.) Madame!., j'allais chez le Sautrlol question pour m'emparer des lettres qui pouvaient vous ravir l'cslinto du monde; je ne voulais pas, moi, que la-femme que j'avais aiméo pendant... nno heure un quart environ... pût être méprisée... "eperloire No, 343. (JO, Série No. 93.) 4 50 CE QUE FEMME VEUT.. Agathe, à part, avec bonheur, en se levant. Il m'aime ! ... il m'aime !.. Chaiitiiigitel. C'était mon idée, vous la trouvez peut- être ridicule, mais c'était mon idée... Heureusement M. Saulriol n'était pas aussi coupable que je le supposais. Avant de décéder, il avait eu l'honnête pensée de descendre chez son portier et de lui confier le paquet dont vous étiez inquiète. Agathe, vivement. Mais je ne l'ai pas reçu! Vhampignel, froidement. Vous m'ave* rendu la liberté, ces lettres pouvaient vous perdre; les voici. (Il tire de sa poche un paquet sous enveloppe, et le lui remet.) Nous sommes quittes. Ajcathe. Ouvrez ce paquet, monsieur .. t'Iininpigiiel, avec surprise. Moi!.. Agathe. II le faut, pour que vous sachiez bien si je suis aussi coupable que vous le pensez. Chain]»iguel, vivement. Du tout, du tout, vous seriez capable de me prouver encore- Agathe. Et si je vous en priais, monsieur? Cliami>ignel. Mais... tguthe. Au nom de mon honneur, pour lequel vous alliez exposer vos jours? Champignel, interdit. Ah!., alors... (Il ouvre le paquet, à part.) C'est étonnant comme je suis plat devant elle... (Haut.) Qu'est-ce que jo vous disais... Une lettre signée: a. gautrlotL (A pari.) Ce nom m'est désagréable! (Haut.) Et vous ne tremble/, pas? Agathe. Lisez, Chanipigiiel, à lui-même. Quel sang froid !.. Cette temme était née pour être militaire!.. (Lisant.) ,,Pardonnez- moi, madame, de n'avoir pas obéi ii vos ordres, mais dans mon étal de souffrance, je ne pu achever plus tôt l'ouvrage que vous m'avez confié..." (Il lire un objet de l'enveloppe.) un cadre ciselé !.. Agathe. Et puis? t?haiii]»ignel. Une, médaille d'or... Oh! sans doute le polirait de l'objet aimé!.. (Regardant avec éclat de surprise.) Celui de Napoléon !.. Agathe, un peu émue. Oui... un Napoléon en effet ! Chaniplgiiel. Que signifie?.. Agathe. Il faut donc tout vous apprendre? Chamilignel. Oui, madame... « ont m'apprendre !.. C'est un aveu cruel dans la bouche d'un professeur... mais... Agathe, avec beaucoup de reserve, de simplicité, pendant tout le récit. Monsieur Champignel, la confidence que je ACTE II. SCÈNE XVII. 31 vais vous faire me coûterait beaucoup si je m'adressais à (ont autre... Je n'ai pas toujours eu une fortune indépendante... j'ai connu l'indigence... ChamitiKiiel, mettant le papier dans sa poche. C'est une connaissance que je vous félicite d'avoir perdu de vue... moi... Agathe. M. Delaunay, qui était un négociant honorable, ne se livrait qu'il des opérations régulières. . Toute sa fortune, celle de sa tante, la mienne, consistaient dans la propriété de deux navires... Ils faisaient voile pour le Brésil, lorsqu'ils furent capturés par la croisière anglaise, on les croyait négriers! C'liiiiii|iiRii<>l, avec compassion. Oli ! les gueux d'Anglais ! Agathe. Cette capture ruinait M. Uelaunay, tous ses amis l'abandonnèrent. «'It:«iiipiu'iK*l. même sentiment. Oh! les gueux d'amis 1 Asïî«' '•»*• Il fut forcé de suspendre ses opérations, et vint ;t Paris pour y cacher sa détresse et y poursuivre ses réclamations auprès du gouvernement. Des mois s'écoulèrent dans une douloureuse attente. Nos dernières ressources s'épuisèrent. M. Delaunay aurait supporté toutes les angoisses de sa situation, si elles n'eussent atteint que lui... mais voir sa tante, sa femme, en proie a toutes les horreurs de la misère... 4DliaiHi»ijcii«>1, à hti-mème. Pauvres femmes! .%8>athe. Notre avoué lui-même n'était pas bien certain que justice nous fût rendue. Tant do malheur excéda les forces de mon mari, une fièvre ardente s'empara de lui. avec compassion. Il y avait- de quoi! Agathe. Je travaillais avec courage, ma tante me secondait; mais le travail à l'aiguille est si peu productif!., le médecin continuait ses visites... il faisait des ordonnances... On soir... oh ! mon mari souffrait horriblement... un dernier moyen indiqué par le docteur, pouvait le rappeler h la vie... je confus chez le pharmacien... nous lui devions déjà quelque argent... il refusa. Champifgiiel, douloureusement. Ah!.. .tarât lté. très émue. Je le priai... je le suppliai en pleurant... Il refusa!.. (Pressant le débit et arec émotion.) J'étais désespérée... Il allait mourir... Je ne pouvais me décider il retourner auprès de lui sans apporter le secours qui devait l<: ■"appeler il la vie... et je n'avais rien! J'errais dans la rue, éperdue, égarée, lorsque instinctivement... (/laissant ta rm.r en ralentissant.) j'implorai la pitié des passants... (Arec plus de réserve.) Oui, monsieur... (Tendant la main.) Je mendiai!. 4* 52 CE QUE FEMME VEUT.. (Mouvement de Champignel; elle répète avec une douloureuse résignation.) Je mendiai!.. Champignel, avec émotion et une grande simplicité. Comme Bélisaire! Agathe. Oh !.. Je ne m'en repens pas!.. Champignel, doucement et émue. Je le crois. Agathe* Beaucoup d'indifférents continuaient leur route, sans même me regarder... d'antres me repoussaient durement en me disant de travailler!., d'autres!., (oli ! c'étaient les plus cruels, ceux-là!) Ils m'insultaient, monsieur, par des lionteux propos... II est des hommes qui ne comprennent pas la misère ... unie à la jeunesse... Kplorée, accahlée sous mon désespoir, j'allai tomber assise sur une borne, en m'écriant: (Avec désespoir.) Mon Dieu, mon Dieu! personne ne viendra-t-il au secours d'un pauvre mourant ?.. Champignel, ému et du ton du découragement. Personne ne vint? Agathe, vivement avec joie. Si ! Chanipignei, avec joie. Ah!.. Agathe. Un seul... un seul s'arrêta devant moi... (Du ton de la pitié.) „Pauvre femme! si jeune et si affligée! dit-il ... Tenez, tenez... volez au secours de celui que vous plaignez.!.." — Et il mit dans ma main quelques pièces de monnaie. Champignel, avec simplicité. Ah! ça me soulage- Agathe. Je me sentais riche... Je m'éloignais, monsieur! ... Il me rappela et me dit: „Non, c'est trop peu... que feriez- vous demain?.. Vous reviendriez encore implorer la pitié, et peut-être je n'y serais pas... Prenez ceci..." lit il glissa dans ma main une dernière pièce... Champignel, vivement. Une pièce?.. wmthe, vivement. Une pièce d'or... celle-ci. (Elle m- dii/i/e li' cadre que Champignel tient toujours à la main.) Champignel, vivement et commençant à comprendre. Attmdez-donc !.. madame!., altendez-donc!.. C'était un jour de Noël!.. Agathe, l'interrompant. Oh! laissez-moi, laissez-moi achever!.. (Hâtant le récit.) Je rentrai avec le secours tant désiré, j'apportais plus que la richesse, c'était l'espérance, le bonheur! car je trouvai chez le portier une lettre de notre avoué.,, notre fortune nous était rendue... hélas! trop tard! Je conservai religieusement celte pièce d'or, qui devint pour moi l'objet d'un culte... Elle me rappelait l'homme généreux qui a donné a l'aumône les proportions du bienfait!.. (Mouvement île modestie de Champignel.) Oui, monsieur, du bienfait... car il a rendue douce et paisible lu (in d'un inourant dont la dernière ACTE II. SCÈNE XVII. 58 parole » été une bénédiction... Elle me rappelait celui qui, avec une touchante simplicité, a tendu une main secourable à une femme éplorée, et qui l'a soustraite aux regards impurs d'hommes méprisables, il la souillure de leurs discours! Ceux- là m'insultaient dans ma misère et mon désespoir, et lui, lu noble coeur, n'a songé qu'à me secourir, me consoler... (Vain eue par l'émotion, elle pleure et porte son mouchoir sur ses yeux.) Oh! tenez, monsieur, quand on est femme, on ne peut oublier cela. Cliampigritel, avec simplicité et émotion comique et vraie. Mon Dieu ! c'est tout simple... mais vous avez une si drôle de manière de raconter, que... je ne savais pas, moi, avoir fait une chose si jolie que ça... Ag-atlie, vivement. Vous êtes ému?.. Alors, vous concevez combien de douces larmes j'ai versées... vous concevez, avec quelle ardeur je me suis mise à chercher mon bienfaiteur inconnu... dmniiiijçncl, avec simplicité. Mou Dieu! il fallait lotit bonnement aller demander M. Champignel à Louis-Ie- Grand: tout le monde... Agathe, l'interrompant. 11 m'avait à peine regardée, lui!., il n'avait vu que ma détresse... Mais moi... oh! ses traits s'étaient, gravés là!.. Longtemps, sans succès, j'explorai les promenades, les lieux de réunion... lorsqu'un jour enfin... au marché aux Fleurs, je l'aperçus... C-ltmiiiiignel, avec simplicité. Je suis un habitué du marché. Agathe. Mais, pouvais-je aller lui dire: Monsieur, c'est moi t|iie vous avez vue mendier?.. Non!., je voulais avant tout, me (aire de mon bienfaiteur un ami... Vous comprenez maintenant pourquoi j'ai acheté cette maison que vous habitiez ? Chaiiipig-iiel, à demi voix, d'un air entendu et avec émotion. Oui, oui, oui, oui... Agathe. Pourquoi j'ai fait tout au monde pour me rapprocher de lui? Champignel, de même. Oui, oui, oui, oui. Agathe. Voilà ma confession: Si je l'ai faite, c'est que, tout à l'heure, sous la violeuce et l'injustice de vos suppositions, il y avait un tel chagrin de me croire coupable, un si v if désir de me trouver innocente!.. Champigiiel. Oh ! oui, oui, oui, oui. Agathe, avec grâce. Que pour tranquilliser votre coeur, °w j'avais jeté le trouble... un peu sciemment... (Avec abandon.) î 1 -' vous devais toute la vérité. U CE QUE FEMME VEUT... l'hamplgiiel, vivement. Grand Dieu!., malgré ine* indignités, vous consentez k oublier... Agathe, avec reconnaissance. Non, je me souviens. Chamiiignel, vivement et comiquement. A vous souvenir, ça m'est égal! Vous acceptez mon nom?.. Agathe, avec sentiment et modestie, si vous me croyez digne de le porter... diampignel, avec éclat. Si je le crois?., ah! grand Dieu!., si je le crois?.. Oui, je le crois, je vous crois, je ne veux croire que vous!.. Ali! je ne regrette qu'une chose c'est de n'avoir pas a vous offrir un nom plus digne de vous !.. Je voudrais qu'il fût grand... comme voire âme; qu'il fût noble comme vos procédés... qu'il fût retentissant... comme un coup de canon!.. Mais c'est impossible à présent... mon père s'appelait Champignel... c'est un tort!.. Me le pardonnerez-voiis ? Agathe, lui tendant la main. Puisque je vais le partager!.. Chaiii]>ignel, fou de joie et très vivement. AIR: Aux braves hussards du deuxième. Est-il possible!., ah ! grand Dieu! quelle ivresse! A moi son coeur!., serait-re un rêve?., oh I non! Ah! par pitié ménagez ma faiblesse, J'ai peur vraiment «l'en perdre raison... (A part, s'éloignant vers la droite.) Heureusement je suis encor garçon! (A Agathe, revotant près d'elle.) Oui, concluons cette douce alliance, Mais hâtez-vous! jugez quelle douleur, Si j'allais mourir d'espérance Au lieu de mourir de bonheur. J'aime mieux mourir de bonheur ! (Il tombe aux genoux d'Agathe et lui boise la main.) Scène XVÏII. Les mômes, AMAR ANTIIE, B ALI VET, ROSETTE, venant du fond. Amaraiithe, d'abord hors de tue et entrant va peu à reculons. Venez! venez!.. Il est capable de se porter a quelque violence... Amaranthe, BalKet et Rosette, entrant. Que vois-je? Agathe. Un mari aux genoux de sa femme... c'est dans l'ordre. ACTE II. SCÈNE XV11I. 55 l'haiiiiilRiiel, gaiement. J'étais sans place... j'ai choisi celle-ci. (Il se relève.) Amaranthe. Ma nièce, il sait donc tout? Agathe. Tout! ma tante. Amaraiitlie, à Champiynel. Mon neveu! voila deux ans que je désire vous embrasser; venez là! (Jliampîgiiel, gaiement à lui-même. Voila le revers de la médaille! (Il embrasse Amaranthe.) Rosette. Il n'y a donc que M. Dalivet qui ne se marie pas Y lui qui a tant intrigué pour trouver une belle dot! Amaraiitlie, vivement. J'ai ce qu'il lui faut. Ballvet, vivement. Vrai? Amaraiitlie, jouant de la prunelle. Une demoiselle qui ne se refuserait pas il embellir vos jours... Ut qui baisse timidement les jeux sous votre regard incendiaire... Ballvet, détournant la vue. Elle me menace!.. C?haiii|tijtiiel, regardant Balivet d'un air ironique. C'est bien fait!.. Agathe. Ma tante, M. Dalivet est encore jeune, et c'est un choix qui me semble... Amaraiitlie. Je n'eu rougis pas, ma nièce! Un premier clerc... c'est un amant qui peut être avoué! Ballvet. Mademoiselle!., est-ce un calembour ?.. Kst-ce une ebarge que vous me faites?.. Chamiiigiiel, gaiement. Acheter, oui! Ballvet, a part. C'est cher!.. Mais je crois que... diamiilgiiel, vivement. Balivet! voici une occasion unique de devenir mon oncle... Saisis-la, et je t'accable de ma vénération. Amaranthe, lui tendant la main amoureusement. Balivet! Ballvet, à part. Il y a 800,000 francs... je traiteI Amaranthe. Enfin! je vais donc pouvoir abjurer cette timidité qui me pesait tant... (A Balivet qui va lui baiser la main.) Non!., sur mon coeur! (Elle lui tend les bras.) Balivet. Ah! mademoiselle! (Il se précipite dans ses bras.) Champignel, gaiement à Agathe en regardant Balivet. Il rembourse! il rembourse!! Agathe. Méchant! Chamiilgiiel, avec bonheur et abandon. Non! je ne veux pas l'être... je suis trop heureux... j'ai une femme charmante... une jolie maison... et tout Ça pour vinj;! francs... quel Placement !.. Mais, a ce taux là, si j'avais tu mille francs disponibles, le jour en question, j'aurais einqua nte maisons aujourd'hui ! 56 CE QUE FEMME VEUT.. Agathe, souriant. Et cinquante femmes! C'hnnipigiiel. arec empressement. Oh! je m'y tiens! (Champignel, prenant Agathe par la main et l'amenant svr le derant du théâtre.) AIR: De Fleur et le. (Mlle Loïsa Puget.) Oue votre grâce aéduisanle Pour noua intercède aujourd'hui... 4S»tin-, au public. Mealieura, je suis obéissante; Je me fais ericor... mendiante... (Montrant Champignel. ) Serez-voua ausai bon que lui r C'hHiiipigiiel, au public. Ainsi qu'un avrugle débile Elle implore... Agathe, au public. La charité. (liaiiipignel. Et moi, du pauvre, ami docile, Dana mes dents je tiena la aébile... Agathe. Ju suis là pour riuintilitr. fl ' h i» ni j» i it ; n e I. gaiemeut. Moi ! je peina la fidélité 1 KNSK.VIBLE. Un succès pour riiumiiitc, Et payez la fidélité. F 1 N. Impiiai chex t.. Kalbe » Berlin