Répertoire dn Théâtre français à Berlin. •^35. MARIE MIGNOT, COMÉDIE HISTORIQUE, MÊLÉE de COUPLETS, EN TROIS ÉPOQUES. PAR MM. BAYARD et PAUL OUPORT. Prix: 20 S B r. (16 rCi-0 wmmMz chez Ad. Mt. Schlesinger, Libraire et Éditeur de Musique, unter den Lindcn No. 34. 18 3 0. MARIE MIGNOT, nièce de Mlgnot..... Mail. RM CE. LAGARIJIE............. Mr. DELCOUR. MIGNOT, trailcur . •......... jyj r- HERAULT. M ARION DELOKUE......, . . . mi». LÊMBRX. NACOUART, procureur......... Mr. ai.ix. Lr Maréchal de L'HOPITAL ...... Mr. MAH1VS. CASIMIR, nu POLOGNE........ Mr. VURV1SSBL. GASTON, secrc'liiire-co|>i;ite du Maréchal, et secrétaire de Casimir......... Mr. MORAND. UN VALET............. Mr. CASTELLl. Les personnages sont places en tête do chaque scène, comme ifs doivent r éirt au th'iUre. • — 'Joutes les indications sont prises h la droite de Vacteitr. IMPRIMERIE de L.W.KRAUSE, Adler-Strasse No. 6. PRÉMIÈRE EPOQUE. Le théâtre représente une arrièrb~tatle du cabaret de Mignot, éclairée dans le fond sur la boutique. — A droite une table de blanchisseuse. Scène I. MARIE, Bjlanchjssbubm. {.lu lever du rit/eau elles sont occupait à placer du linge dans des corbeilles. CHOEUR. Air de la Fia nerf. HAtex-voui, Mesdemoiselles ; Ces plis el cette blancheur, Pri-s des marquis et des belles , Doivent nous mettre eu laveur . . MARIE. Oui, Mesdemoiselles, dépêchons-nous; vous êles eu relard, et cela doit impatienter les pratique! qui attendent leur linge, surtout celles qui n'en ont pas assez pour attendre La Reine d'Angleterre, par exemple . . pauvre femme! j'ai été l'autre jour chez elle: pas de l'eu, pas de bois!., ça fend le coeur.. la iille d'HenriIV!.-Vous lui ferez crédit, entendez- vous? . . je ne suis que Marie Mignot, la nièce d'un cuisinier . . une blanchisseuse • . niais je fais plus pour elle que le Mazarin! . . <,;, „„ e autre) Pas de faux plis, doue, c'est la robe de Marion Delorme; elle est si diilicile! . . elle surtout qui a exercé . . Air dit Pt%«. Marion avant ses beaux jours Travaillait pour les blanchi si eu sel . . Et ces pratiques-la, toujours Sont difficiles et grondeuses. Jamais on ac peut bien servir Ces daines qui furent des nûtrea, Lorsque plutôt que cl'Jonner à blanchir, Elles hAanahisiaieut pour tes asttrea, 4 FA surtout pas de crédit à Marion! .. N'oubliez pas la toilette «le noces de mademoiselle d'Aubigné . , ou de madame Scar- ron, comme vous voudrez . . Dieu! être si jolie, et épouser on mari aussi laid! et ça, parce qu'il est le Malade de la Reine! . . faut-il avoir de l'ambition! . . J'en ai aussi, moi, mais ça ne va pas jusque-là! C'est bon, voilà tout fini; partez! mais surtout beaucoup de soin . . Dans notre état, il ne faut qu'une robe chiffonnée pour compromettre une réputation. REPRISE I)U CHOEUR. llâtrz-vous , Mesdemoiselles , etc. {Les blanchisseuses sortent a gauche, emportant plusieurs paniers remplis île linge.') Scène II. MIGNOT, MARIE, Garçons porta ni des ballots; ilt entrent par le fond. MIGNOT. Allons, allons, tous les ballots . . du courage! MAKIK. Ah, mon Dieu! mon oncle, qu'est-ce que c'est que ça? MIGNOT. Ça, ma nièce? . . c'est ma vengeance! une satire contre ce Despréaux! . . Ah! Monsieur le satirique: „Mignot, c'est tout dire, et dans le monde entier, ,.Jamais empoisonneur ne sut mieux son mélier." Me larder ainsi, moi qui fais la meilleure pâtisserie ! . . Ça ne peut pas se digérer! . . Et le Châtelet a pu l'absoudre! . . MA Kl K. Vous n'êtes pas encore consolé de la perte de votre procès? • • MIGNOT. Consolé! . . moi qui avais envoyé des pâtés à tous les conseillers! . . On dit même que le président lîellièvre s'en est donné une indigestion, et qu'il ne m'a fait condamner que parce qu'il avait ça sur le coeur . . C'est affreux! . . Aussi monsieur Nacquart, mon procureur, m'a dit: appelez-en à Apollon! FA j'en ai appelé à Apollon . . c'est-à-dire à l'abbé Cotin; il a été insulté comme moi . et le ressentiment d'un poëte ou d'un cuisinier, c'est tout comme . . lîien ne porte à la tête comme le feu du génie ou des fourneaux! MARIE. Jésus, mon Dieu ! . . comme en voilà c'est une édition complète ! • • MIGNOT. Juste! . . il n'en manque pas une page . . Dame! allez chez lîarbin, le libraire au Palais . . demandez du Despréanx, il n'y en a plus . . mais du Cotin, il y en a toujours, et ce n'est pas cher ! . . comme m'a dit cet honnête Barbin ; „prêtiez toute l'édition, vous me donnerez quelques brioches, et nous serons quittes." Pour moi, j'ai mon plan : chaque exemplaire servira d'enveloppe à un pâté, à un biscuit, même à la modeste tartelette . . tout y passera! . . Heim! quel débouché pour les auteurs! Al H C'est Vhippocrcne tic J oltairc. Je veux, par un si beau traite, Dnîr leur génie et le notre, VA cl)es moi, satire et pâté. Vont se vendre l'un portant l'autre. Confondant nos talens divers, ttu'orl dise des traiteurs-poires: Vivo IMiguot pour tes beaux vers! \ive Colin pour les.galettes! . . Ah ça, ma nièce, tu t'es installée chez moi, c'est très- bien . . mais c'est ici que je reçois tous nos grands seigneurs, ainsi lais-moi le plaisir . . (Quelques g-arçons, sur m, signe .le ni„- rie, cillèrent les tables ,les blanchisseuses) Vite UUC fournée de poésie et de gâteaux feuilletés! (Ils emportent les ballots en sortant par la droite,*) MARIE. Ils vous eu faudra des fournées comme celle-là, pour payer les honoraires de monsieur Nacquart! . . MIGNOT. Mon procureur! . . je crois bien! . . il ne se paie pas de brioches, lui! . . mais dis donc, je crois qu'il en tient, monsieur Nacquart ; tu lui as tourné la tête . . c'est peut-être pour cela que j'ai perdu mon procès . . j'ai eu le contre-coup de sa passion . . Ij(;i,„: . . ( j U - c „ clis-tuI Eh! monsieur Aac- quart est un bon parti . . et pour une blanchisseuse . . MARIE. Laissez-donc . . si je voulais éditer Heurette, j'aurais mieux que lui, des gens de qualité: l'autre jour encore, le maréchal de l'Hôpital qui m'a rencontrée chez Mariou De- lonne . . mais je m'y fie comme à Jean de Vert; ces gros ») Marie, Miguut. 6 Messieurs, procureurs et courtisans, ça se ressemble pour la bonne foi. MIGNOT. Et puis, ce que tu ne me dis pas .. Lagardie va revenir, il voulait s'enrôler . . i! a peut-être la casaque de soldat . . Mais attention, Marie, au physique il est gentil, c'est vrai, mais au moral, il n'a pas le sou. MARIS. Je sais bien! . . et c'est désolant, surtout pour une fille qui veut être riche . . Mais c'est égal, quoique simple blanchisseuse , je vous réponds qu'il n'y aura pas plus de tache sur ma réputation que sur le linge de mes pratiques. MIGNOT. A la bonne heure! . . quoique les taches . . Moi, par état, je n'y prends pas garde . . mais la vertu . . (Ou entend le ôruii d'une voilure ) Eh, mais ! quel est-ce bruit ? • . un carosse à ina porte! . . MAMK. C'est Marion Delorme. MIGNOT. Un drôle d'à-propos, quand on parle de vertu! MAKIK. Est-elle heureuse !. . quel luxe ! . . quels beaux équipages ! . . toujours les livrées les plus riches ! . . MIGNOT. Je crois bien! . . Air du Carnaval. Toujours jolio et toujours adorée, Selon riirurciix qu'elle lait , elle prend Kl srs nrtnes et sa livrée . . . Et Dieu le tait, elle en ehaugn souvent ! Car riiez une l'enime pareille, L'heureux 'in loh? ou du matin, N'est déjà plus «on amant de la veille, West pas encor Cftlui (lu lendemain. Scène III. MARIE, MARION, MIGXOT. MARION, entrant pur U fond, et riant aux feints. Ah! ah! ah! bonjour, la belle Marie! bonjour, père Mignot! ah! ah! ah! h MIGNOT. Ah, ça, niais, est-ce de moi que rit Madame? 7 MARION. Non, pas cette fois-ci ! . . Ah ! ah ! je venais . . demander à votre nièce . . MARIK. La robe de bal? je viens de l'envoyer chez Madame. MARION. A la bonne heure ! . . car les plaisirs se succèdent ! . . . Mon Dieu, que la vie est gaie! MARIE. Pour vous, Madame, à qui tout rit . . MARION. Et qui rit de tout . . même de m'entendre appeler Madame! . . moi qui ai débuté, il y a long-temps de ça . . par être la pauvre Manon Delorme, comme tu es la pauvre Marie Mignot, une griselte absolument comme toi, MARIK, à part. Insolente! .' . MARION. J'allais porter les robes de mes pratiques à pied . . et maintenant, je porte les mienues en voiture . . MARIE. Dame ! . . c'est que vous avez toujours eu du goût pour aller vite. Ci part) Attrappe. MARION. C'est le reproche de mademoiselle de Scudéry, que je viens de rencontrer, J'en ris encore! Air du Verre. Kilo prétend ijuc les Amours, Craignent Je bruit et le Mandate; Connue Clélie elle fait des discours Pleins de fadeurs et de morale, l*uis elle vante son honneur, Sa vertu! . . -J'y crois, et pour cause , • Ne fout-il pas ipie sa laideur Lui servo au moins à quelque chose? MARIK,. J'espère qu'il n'y a pas que les laides qui puissent répondre , . , MARION. Ah! tu dis ça pour toi; tu es prude aussi. Qu'est-ce que ça prouve? que tu n'as jamais élé tentée ! comme «lisait un jour Mazarin à la Régente, qui prenait son éventail en entendant prononcer mon nom . . — Est-ce que Madame répondrait touzonrs d'elle-même? — Quelle demande! — Ma si ou offrait a Madame oui» million? — Ç" eae horreur! — s Onna million de pistoles ? — Finirez-vous! — Ouna centaine de millions? . . MARIE. Ah ! dame, vous en direz tant . . MARION. Allons donc!.. et voilà des Marion Delorme toutes trouvées. MIGNOT. Le fait est que c'est une jolie somme! OTARIE, à part. Dien! . . est-ce que j'aurais aussi mauvais ton, si j'avais voiture? . . Je voudrais bien voir . . MARION. Oh! moi, je n'en rougis pas . . Je serais fièro de donner mon nom à la galanterie .. comme Corneille au génie tragique, MIGNOT. Et moi aux sauces. MARION. Mon existence est si heureuse . . si animée! .. c'est une ivresse perpétuelle . . A mon lever se presse et bourdonne à ma toilette un essaim de jeunes seigneurs. Quelle sera la partie du jour? Où dinera-t-on? Graves questions que je décide sans appel.. Le soir, j'occupe la plus belle loge à l'hôtel de Bourgogne . . Ma parure fait le désespoir des duchesses.. A minuit un tapis vert. . Un brillant lansquenet. . Des pyramides d'or qui s'élèvent et disparaissent . . Moi, ça m'amuse . . j'aime les caprices de la fortune . . C'est tout simple . . n'eu suis-je pas un? MARIR, à part. Dieu! son bonheur donnerait des idées • • MARION. Et les amans qu'on prend, qu'on laisse, qu'on désole . . Ah! c'est drôle! MARIE. Pourtant . . quand on aime quelqu'un, il me semble que la fidélité . . MARION. La fidélité? . . je ne l'ai connue qu'une fois . dans un autre temps . . Pauvre Cinq-Mars! . . Mais aujourd'hui . . AIR du Charlatanisme. La fidélité! . . c'est mon lot! . . Je l'estime fort et pour causes; Biais non pas en détail; il laut En grand ronreveir bien des riioics : Un amant a-t-il notre foi? y Ou'i son coeur le vôtre réponde; Boyez lui fidèle . . Pour moi J'uinic tout le monde, et je «loi Être fidèle à tout le monde. Scène IV. MARIE, LE MARECHAL, MARI ON, MIGNOT. LE MARECHAL, gui est entrl sur les dernières paroles. Fidèle à tout le inonde! . . C'est Marion Delonne. MIGNOT. Monsieur le maréchal de l'Hôpital! LK MARECHAL. Ah! ça, les maréchaux de France en sont-ils? MARION. Ah! ah! c'est charmant! au cabaret . . je vous j prends. LE MARECHAL. En bonne compagnie, du inoins. MARION. Eh! mais, que venez-vous faire ici? LE MARECHAL. Commander un diuer de garçons. Eh! parbleu, Marion, ça se trouve bien . . vous en serez, MARION. Si la compagnie est digne de moi. LE MARECHAL. Comment donc? . . nous avons presque un roi . . l'héritier présomptif du trône île Pologne. MARIE. Le prince Casimir? . . . Celui qui s'échappa de Yinceu- nes? . . LE MARECHAL. Oui, c'est cela même . . le prisonnier de Richelieu . . Çuel intérêt! . . (apercevant Marie) Eh! mais, que vois-je? . . cette jolie blanchisseuse que j'ai distinguée l'autre jour chez vous, Marion? {bu, h Marion) Oue diable fait-elle ici? . - Est- ce qu'elle s'est lancée? . . MARION, bas. Elle? . . allons donc! Air du PmséepaHoui . . Pont oser marcher sur nus l#*cei, 11 lui faudrait d. l'esprir, «li s Ul —ll . • 10 LE MARECHAL. Taille légère, oeil vif, traits pleins de grâces . , C'est vous quanti vous aviez vingt ans! , . M ARION. Sa figure est sans caractère! . . LE MARECHAL. Ah! vous voulez dire tans fard? . , M ARIOV. J'ai commencé bien plus tôt qu'elle à plaire . . LE MARECHAL. Elle pourra finir plus lard. LE MARECHAL, à Marie. Qui êtes-yous donc, ma belle enfant? M1GNOT. C'est ma nièce, monseigneur. le MARECHAL. Ah ! ah ! mon cher, je ine sais bon gré d'avoir donné aujourd'hui la préférence à votre cabaret. SlIGNOT. C'est bien de l'honneur pour moi. lf. MARECHAL. Le prince Casimir m'a été confié par Mazarin, qui veut lui faire oublier la terrible hospitalilé de Richelieu, qui n'était aimable . . que pour vous et pour certaine grande dame . . Le ministre de Louis VIII gouvernait avec des prisons, celui de la Rég-ente avec des bals, il nous a donné l'Opéra, c'est plus gai que Vincennes! . . Ma foi, pour bien divrrtir le prince, j'ai imaginé un dîner de beaux-esprits . • Surtout, Mignot, distinguez-vous. MIGNOT. Oui, monseigneur, nu repas dans les règles . . Ce n'est pas moi qui ferai «les incongruités de bonne chère , . quoi qu'en dise monsieur Despréaux. LE MARECHAL. Ah! dame, il y sera. MIGNOT. Il y sera, Monsieur le maréchal? MARION. Prenez garde. • vous allez mettre aux prises deux grands ennemis . . Ah! ah! MIGNOT. Riez! .. riez! .. un-petit faiseur de vers! .. Et c'est moi qu'il attaque . . moi que la Cour honore de sa confiance! . . Qu'il vienne donc, ce Boileau . . je lui donne une sauce à laire, et je suis sur qu'il la manquera. 11 LE MARECHAL. On dit que vous publiez contre lui une satire un peu forte? MIGNOT. Très-forte! . . c'est du Cotin! . . et comme j'ai dit à l'abbé : ,,11 ne s'agit pas d'épargner le sel et le poivre . . il „faul que ça emporte la bouche, . . je ne connais que ça.." Ah! il vient aujourd'hui? A la bonne heure! je l'attends . . Ma tête s'exalte, j'entre en verve! MAKION. Il est dans le feu de l'inspiration. LK MARECHAL. Allons, qu'on dise de vous: „Que Mignot aujourd'hui s'est voulu surpasser." MIGNOT , « part. Encore du Boileau! LK MARECHAL. Je vais prendre le prince . . Ainsi, Marion, à midi sonnant! . . je compte sur votre promesse. MARION. Soit! . . j'en fais tous les jours . . pour changer je veux en tenir une. LE MARECHAL. Ain : Fragment de ht (lazza. Pour \ ous revoir, Soutirez , ma toute belle, Ou'uu doux espoir En ces lieux me rappelle! MARIE Ct MIGNOT. Un amant de liante naissance! . . Il veut ^"j" ^ séduire, je pense; Mais ( ( !|'i>) fonnaij trop ( ""n" ) ,lcvo, ' l! ENSEMBLE. LE MAREC1I AI.. One do charmes et d'innocence! Cela m'amusera, je pense, l)o les réduire en mon pouvoir! MARION. Il la courtise, eu ma présence! Le perfide! quelle inconstance! . . C est tomme moi dans mon boudoir. „ Marion. ,„ Bon coeur est fier; blanchisseuse dans lame, D un cuisinier elle sera la femme! (l'arif.) Mignot, faites venir mes gens. 12 ENSEMBLE. MIONOT et HARIB. Ah! c'est trop fort! quelle arrogance! Peut-on, avec plus d'insolence, A ce point-là nous insulter:' Quelle colère î Kt comment faire Pour la lorcer i nous mieux respecter? LE MARECHAL, Que de charmes et d'innocence! Pour moi quelle douce espérance De pouvoir nie faire écouter! . . Bientôti j'espère, Je saurai plaire; Sur mes rivaux je saurai l'emporter. MARION. Je vois déjà son inconstance! * . Je ne tèrais pas mieux, je pente! Mais ici, pourquoi m'emporter ? Point de colère; D'un mot, j'es|)ère, Je forcerai l'ingrat à me rester. (//s sortent par le fond.') Scène V. MARIE, seule. Femme d'un cuisinier! blanchisseuse dans lYune! Aïr de Marianne, Ah! pom une honnête personne] LAGARDIK. Et lequel? lequel? . . niAKIR. Ça m'est égal, je n'ai pas de préférence . . je ne tiens qu'à la voiture . . et à toi. LA G AUDI H. Ah! j'en perdrai la tête! . . Que faire? . . on puis-je me mettre? . . Scène VII. Les Mêmes, MIGNOT. MIGNOT, entrant par In fond à droite. A la broche! • . chaud! chaud! . . Ah! te voilà! . . J'ai pensé à l;i proposition . . Me succéder! . . c'est ambitieux, mais ça ne me déplaît pas . . ça vaut mieux que d'aller se l'aire tuer sur la frontière . . Sois tranquille ! . . une l'ois entre mes mains! . . c'est que j'ai fait des élèves! . . Yatel! par exemple, le petit Vatel, le maître d'hôtel du prince de Coudé, il sort de mes fourneaux! . . Et, dis-moi, qu'est-ce que tu crois que ton oncle pourra bieu te donner à-peu-près? LAGARDIK. Il m'avait parlé de 4,000 écus . . mais à présent, qu'importe? . . MIGNOT. Comment, diable! . . 12,000 livres! . . mais avec ça nous nous entendrons bien. LAGARDIK. An contraire, j'ai peur que non . . votre nièce . . Ah! père Mignot! . . MIGNOT Qu'est-ce que c'est? . . une querelle?. . allons donc! . . 1 amour c'est comme un dîner, ça ne vaut plus rien quand ça refroidit . . Ce mariage-là me convient très-fort! . . Je viens d'en toucher, tout-à-l'heure, deux mots à monsieur Nacqnart, qni te baise bien les mains, Marié. LAGARDIK, Ah! monsieur Nacqnart? quel est cet homme-là? MIGNOT. Oh! dame! c'est un homme charmant! n" procureur honnête et désintéressé, seul et unique de son espèce! . . Croirais-tu qu'il n'a jamais voulu recevoir mon argent? . . il 16 me fait remise des frais . . c'est superbe! . . Ah! c'est qu'il est riche celui-là! MARIE. Je crois bien! . . à la bonne heure, yoilà un état . . procureur! . . lagarwe. Comme mon oncle. Quoi! vraiment, ça vous plairait? M1GNOT. Un procureur doit toujours plaire à une femme, quand il fait bien ses affaires . . Et M. Nacquart! . • il faut voir dans son antichambre des grands seigneurs . . et je dis des plus hupés, les mains dans leurs poches, ou bien soufflant dans leurs doigts . . Voilà comme il les traite! . . Moi c'est diffé. rent . . reçu tout de suite . . et des politesses! . . — „Com- ment va la belle Marie?.. Pense-t-elle toujours à moi?.." — Aussi, quand je lui ai parlé de ton mariage, ça a paru l'intéresser . . qu'il en est devenu tout pâle, quoi! . . MARIE. Qu'en pense-t-il? x MICNOT. Il allait me le dire, quand nous avons été interrompus par une duchesse. 11 voulait la reuvover pour moi ; parce que lui, les duchesses, ce n'est rien du tout. Mais je me suis retiré, et il m'a fait reconduire de force en carosse. MARIE. Comment! il en a un? HIGNOT. Celui d'un marquis dont il a fait saisir les meubles. Air: Fuutlevillc tics Maris ont tort, Ali! dam', c'est un beau privilège; I m procureur voit cliaipie jour, Dans son élude qu'on assiège, A ses pieds ta ville et la cour. On cède à tout co qu'il ordonne, Les plus grands iniplor'nt son appui; Clomna il n'a d'égards pour personne, Va l'ait iju'toul l'inonde en a pour lui. MARIE. Comme sa première femme était heureuse! M1GNOT. Je crois bien! LAGARMK, ,V pnr i. Que dit-elle? . . Ce caprice . . 17 BIARIK. Un mari qui tient dans ses mains le sort de tant de personnes • . MIGNOT. Et leur carosse ! MARIE. Çui peut humilier les uns . . MIGNOT. Çui fait remise des frais aux autres! MARIS. Courir en poste à la fortune! . . MIGNOT. Courir! dis donc voler! . . Et puis le désintéressement . , Moi, si je n'étais pas pâtissier, je voudrais être procureur. MARIK. Dieu! si vous l'étiez! I.AGARDIK. Qu'entends-je? . . Lui ou moi, n'est-ce pas? MIONOT. Eh bien! qu'est-ce qui te prend donc? MARIK. Liagardie! MIGNOT, apercevant Nacquart qui paraît dans le font!. Ah! tenez, c'est lui, c'est ce bon monsieur Nacquart, mon digne procureur! LAGARDIE, part. Procureur! . . pourqnoi pas? . . J'écrirai à mon oncle. Je cours voir mes amis! . . Marie, vous serez contente! . , Père Mig'iiot !.. tu /,„• secollc /„ m „,„.) MIGNOT. Mais encore, dis donc? . . LAGARDIE. Ne me retenez pas! . . Adieu, Marie, adieu! (/î sort par le /,„„/, Irvs-rivnmnnt , M heurtant monsieur Nacquart qui se trouve sur son passage,) Scène VIII. MARIE, NACQUART, MIGNOT. MIGNOT, secouant son poignet. Est-il drôle! . . comme il m'a serré la main. Marie Mignot. C 2 ] 18 NACQUART. Voilà un jeune homme qui paraît bien aimable! . . il a manque me jeter par terre. MIGNOT. C'est l'amoureux . . vous savez, Lagardie, que ma nièce adore. MARIE. Mon oncle . . NACQUART. 11 ne faut pas rougir, mon enfant! . . C'est que votre nièce est d'une rigidité . . Moi-même, j'ai essayé de voir si • . et j'ai vu que non . . Ça m'a fait plaisir . . C'est la première; car voilà ce qui m'a empêché jusqu'ici de me remarier. Je tenais à m'assurer par moi-même, attendu que ma première femme était d'une légèreté . . MIGNOT, >'< fart. Diable! je crois bien, c'est connu. NACOUART. Non pas que je dise . . MIGNOT, à lui-même. Ce n'est pas la peine, vos clercs l'ont assez dit. NACOUART. ™ Ouoi qu'il en soit, j'ai reconnu que Marie avait des principes solides, et j'ai résolu de venir avec la franchise de mon état, surtout depuis que je sais qu'un autre se présente . . et attendu l'urgence, je vous la demande en mariage. MAR1K. Ou'entends-je ! X MIGNOT. Sérieusement? NACOUART. Ça vous étonne? . . Je sais bien que ça fera jaser mes confrères; aussi, je vous préviens, qu'afinqu'on se taise plus vite, je veux qu'on n'ait la première nouvelle de mon mariage, qu'en apprenant qu'il est déjà fait. Mes mesures sont prises; si j'ai votre aveu, celui de la belle Marie, c'est aujourd'hui même. MARIS. Sitôt? NACQUART. Père Mignot, parlez pour moi. MIGNOT, prtnani h milieu. Ca la regarde, plaidez votre cause, et surfont ne la perdez pas comme la mienne. 10 AïR de Tttrenna. Mais mon dîner m'appelle, je vous laisse, Car aujourd'hui je traite Despréaux 5 Kn mauvais vers il me poursuit sans cesse, Mais je le tiens, je cours à mes fourneaux, Kt cuisinier, je nie venge en héros; J'ai, pour dompter cette muse farouche, Bagout! divins, mets friands, vins parfaits, Kt c'est à force de bienfaits *,)ue je lui fermerai la bouche. (// sort par le fond.) Scène IX. MARIE, NACQUART. NACOIÏART. Nous voilà seuls, tant mieux! • . Ma belle demoiselle, allons, que votre coeur se rassure . . Cette fois-ci, mes vues n'ont plus rien qui puissent vous mécontenter,. J'espère qu'il est encore temps? MARIE. Assurément . . je ne dis pas . . Mais monsieur Nacquurf, combien conte une charge de procureur? Q| NACQIJART. Ah! j'entends . . Les moindres de notre compagnie se vendent quinze et vingt mille écus. IHAK1K. Pauvre Lagardie! . . il n'a que douze mille livres! . . Et pour être procureur, il faut de longues études? NACOIIAKT. Trois ans de droit, et cinq ans de cléricature. MARIK, à pari. Huit ans! oh! que c'est long! . . Je l'aime bien . . mais je n'attendrai jamais jusque-là. NACQUART. Il faut du temps pour faire sa fortune, et moi, Marie, je vous en offre une toute faite . . Oui, c'est un secret de famille, les Nacquart sont procureurs de père en fils, la pelotte a grossi en roulant, et aujourd'hui, je ne dis cela qu'à vous, parce que la réputation de mon père pourrait en soulfrir un peu . . aujourd'hui je compte par cent mille écus. MARIK. Cent mille écus! NACQUART. Le double. [ 2* ] 20 MAHltî. Six-cent mille livres! NACQUART. Encore ! MAtUK. Vraiment? . . Et Lagardîe! . . Oh! non, non, jamais! . . monsieur Nacquart, vous m'aimez, vous le dites du moins, et je veux bien le croire, ne pourriez-vous l'aider à faire sa for- hine, le protéger? . . NACQUART. Enfantillage! . . on devient commis, on avance par protection . . mais procureur, c'est autre chose! . . il faut du travail et de l'argent . . Allons, nous avons ruiné tant de gens, j'ai besoin d'enrichir quelqu'un . . ça me ferait du bien. Le contrat est prêt: je vous aime, Marie . . Je vous assure toute ina fortune . . Jè vous donne un rang . . Je vends mon étude . • J'achète une charge au Parlement . . Pour vous plaire, je monte ma maison sur le pied le plus somptueux . . Vous aurez équipage . . Je donnerai des fêtes, où la Cour et la ville se presseront comme à celles du surintendant Fouquet. SURIR. Monsieur Nacquart ... de grâce . . . comme vous me pressez . . NACQUART. Il est permis d'embrouiller les idées de son juge, c'est de mon état. Voyons, choisissez: blanchisseuse ou grande dame . . Le curé m'attend . . Les diamans sont prêts. MARIE. Les diamans! . . Ah! ce pauvre Lagardie! Scène X. MARIE, MARIONj, NACQUART. MARION. Ah! te voilà? je suis venue exprès'avant l'heure du repas pour te laver la tête, ma petite blanchisseuse. MARIS , « pari. Allons, la voilà avec ses grands airs. MARION. Mais que vois-je? • . monsieur Nacquart? . . Je te rencontre à propos, mon beau procureur. 21 NACyUART. Voire procureur? c'est-à-dire, celui de vos créanciers. MARION. C'est vrai, mon bon petit Nacquart . . C'est égal, je ne t'en veux pas, au contraire ; tu sais bien que j'ai toujours de l'amitié et de l'estime pour toi. MARIE, à pari. Elle le respecte, lui! . . MARION. Comment vont-ils, mes créanciers? . . Veux-tu être du nombre? . . On dit que tu as fait saisir le carosse d'un marquis . . une voiture magnifique . . de l'or jusque sur le marche-pied ; le roi n'a rien de plus beau, c'est scandaleux.. Combien me le vendras-tu? NACQUART. Je ne le vends pas, je le donne. MARIOJV, la toisant. Toi? . . Diable, c'est plus cher. NACyUART, regardant Marte. Expliquons-nous . . Je le donne à celle qui sera ma femme. MARION. C'est trop cher, n'en parlons plus. Ah! ça, à nous deux, Marie! . . je suis très-mécontente de toi . . Comment, je U: donne à blanchir la plus jolie de mes robes de bal, et tu me la renvoies toute chiffonnée. MARIE. Madame, je vous assure . . MARION. Je t'assure que c'est une Indignité . . tous les plis sont faux . . Je m'y connais, peut-être? De mon temps, nous blanchissions mieux que ça. MARIE. Mais . . MARION. Mais . . ne réplique pas; quand on n'est bonne qu'à être ouvrière, au moins faut-il savoir son état. marie, h pmt. Je ne sais qui me tient . . m \R10N. Je te déclare que j'ai donné ordre à mes gens de la rapporter chez toi. ti marie. Vos gens! . . Ma foi, faites-la reporter chez qni vous voudrez; pour moi je ne veux plus être blanchisseuse. NACQUART, à part. Que dit-elle ? MARION. Qu'est-ce que tu seras donc? MARIE , arec aigreur. Ah! vous avez peut-être peur de la concurrence? rassurez- vous , je nie marie . . Monsieur Nacquart, c'est fini, ma main est à vous.*) MARION. Comment ? NACQUART, prenant la main Je Maria. Quand je vous ai dit que nous avions de la sympathie .. Ah! ça, plus de délais. MARIE. Oui, tout de suite. MARION. Allons donc, c'est impossible! MARIE, prenant le milieu de ta scène. Et pourquoi pas? S'il faut dépendre de quelqn'un, j'aime mieux que ce soit d'un mari que de certaine pratique . . Oui, monsieur Nacquart, oui, je suis votre femme . . Allez, allez tout préparer . . et à votre retour vous me trouverez prête à vous suivre. NACQUART. Je cours trouver votre oncle, mon notaire . . (H donne la main à Marie, et la conduitjusqu'à la porte à gauche. Marie Sort.) Alll Marion, quel service vous m'avez rendu! (// sort par h fond.) Scène XI. MARION, g eu le. Heim! .. je reste suffoquée!. . Il m'a pourtant courtisée, moi . . et peut-être si j'avais voulu . . Moi, madame Nacquart . . {riant aux Mats) C'est trop drôle! . . •) Marie, Narquait, Marion. 23 Scène XII. MARION, CASIMIR, LE MARECHAL, entrant par le fond. LE MARECHAL. Tenez, mon prince, je n'ai pas besoin de vous la présenter; à ces éclats de rire, vous avez deviné . . CASIMIR. La belle Marion Delorine, qui me vengeait de Richelieu, quand'j'étais prisonnier d'état. LE MARECHAL. Comment cela? MARION. Belle demande! . . avec la vengeance de notre sexe . • CASIMIR. En te trompant, LE MARECHAL. Ah! Marion, vous êtes bien la plus vindicative des jolies femmes!.. Mais de quoi pouviez-vous rire ainsi toute seule? MARION. D'un mariage, mais d'un mariage sérieux . . et le plaisant, c'est que j'y suis pour quelque chose . . le riche procureur Nacquart épouse la petite blanchisseuse, vous savez? . . LE MARECHAL. Oh! une blanchisseuse ! CASIMIR. Eh bien! je conçois cela depuis mes aventures de Yin- ceunes . . LE MARECHAL. Mais bah! je suis charmé que le procureur l'épouse! . . Une jolie lille de si bas étage, c'est de l'or dans la mine. CASIMIR. Ah! que vous êtes heureux, vous autres Français; . . tout est chez vous matière à plaisir! . . C'est le ton de la Cour . . Que d'éclat, de grâce et de gnielé! . . Mais votre peuple aussi est assez bien, vous avez des bourgeois qui ne sont pas du tout sots! . . Votre Corneille, votre Pascal, ça a des idées . . presque comme nous! . . Et vos petites roturières sont, ma foi, fort agréables! . . Ah! si je n'étais pas condamné à régner ira jour, je voudrais n'être, tout simplement, qu'un de vos ducs et pairs, avec 100,000 écus de rente, et une campagne parisienne. 24 BIABION. Vous u'êtés pas dégoûté, mon prince. Scène XIII. MARIE, CASIMIR, MIGNOT, NACQUART, LE MARECHAL, Cuisiniers, Blanchisseuses, quelques Bourgeois. mignot. Eh! oui, c'est bien, j'approuve tout . . Vite la mariée . . Ah! Messeigueurs, pardon . . je vous présente mon neveu, monsieur Nacquart, procureur, bientôt conseiller au parlement. (î/ entre dans la chambre de Marie.') LK MARECHAL. Déjà? . .Eh! monsieur Nacquart, vous menez les affaires bien vite. NACOUART. Mais oui, quand ce sont les miennes. (Ici Mignot entre, donnant la main à Marie, qui est en toilette de mariie.') MARION. Voici madame Nacquart *). CASIMIR. Çue vois-je? . . Marie! . . MARIE. Le prince Casimir! . • MAKION. Eh bien! une reconnaissance! . . c'est intéressant! . . NACQUART. Quoi! Marie, vous connaissez des princes? CASIMIR. Oui, Monsieur, c'est elle qui, à Vincennes, pendant ma captivité, me faisait passer les lettres de mes amis. AIR: Si ra l'arrivé encore! (de la Marraine.) Au souvenir de ces jours-la, Je sens mes yeux mouillés de larmes. Pauvre enfant! elle élait déjà Riche de candeur et de charmes; Kllc promettait que le temps Ajouterait à se.s ricbVMAi . . Et vous voyez hien, à vingt ans, Comme elle a tenu ses promesses. •) Marion, Casimir, Mignot, Marie, Nacquart, lo Maréchal. 25 Mon enfant, je ne vous ai point oubliée . . vous refusiez tons mes présens . . n'accepterez-vous pas celui-ci? c'est mon cadeau de noce. MARIE. Ah! prince! MIGNOT, qui est passé dans le coin de la scène à droite. Certainement, prince, nous acceptons . . MARION , à part. Rien qu'une agraffe d'émeraudes ! . . je me défierai des princes polonais! . . LE MARECHAL. Arec la permission de M. Nacquart . . voici le mien . . MARION, à part. Une bague en rubis! . . A la bonne heure! . . c'est d'un \ aréchal de France. MIGNOT. Nous acceptons encore. NACQUART. Moi, ma chère Marie, voici mou petit cadeau. MARION. {A part) Quelque misère ! ... il est si avare ! . . . (haut) .oyons, voyons, donne, Marie. Celle ouvre rtcrin) . . Çue vois-je? , . toute une parure en diamans! . . et de quelle •rosseur! . . MIGNOT. NOUS acceptons toujours . . 01 passe dans son cabaret.) MARION, « Marie mer regret. Tenez, Madame. (<« part) Décidément, je sens que j'aurais pu être madame Nacquart, avec des compensations de cette espèce-là. NACQUART. Allons, partons vite. MARION. Ça fera une veuve bien heureuse! Scène XIV. MARION, CASIMIR, LAGARDIE, MARIE, NACQUART, LE MARECHAL, emuile MIGNOT. FINAL de M. Doche. - ,. LAGARDIE. Je viens, j'accours . . 20 MARIE. Juste ciel! Lagardie . , LAGARDIE. Quoi! d'une noce en ces lieux les apprêts? Parlez, répondez! y ni donc se marie:' MARION, à Casimir. C'est l'amant. Çd Lagardie.) Fuyez pour jamais! LAGARDIE. Celle que j'aime ?.. MARION. Est mariée! LAGARDIE. Mais ma tendresse? . . MARION. Est oubliée! NACQCART. Allons, partons! {Tout le monde va pour sortir.') LAGARDIE, les retenant. Non , arrêtez ! ( A Marie qui se trouve t/parle du rente de la noce. ) Il est donc vrai? pour lui vous me quittez? Pour céder à votre caprice, Si vous saviez quel sacrifice! . . MARIE. O ciel! auriez-vous obtenu? , . MARION. Je le plains! mais j'en ai tant vu! MARIE. Parlez . . LAGARDIE. Me dévouant au travail le plus rude, J'ai promis dès demain d'entrer dans une étude. Mo voilà clerc . . un jour je serai procureur. MARIE. 11 se pourrait! , . LA G ARDIE. Si tu me rends ton coeur, A ine faire un état je mettrai tant d'ardeur, Que dans six ans . . MARIE, aveo regret. Dans six ans. (Elle donne la main à Nacquart, qui s'est rapproché d'elle.) NACQUART. pari) L'ingrat!., il est déridé ! . . LE MARECHAL. Eh bien? . . Mad. NACQUART, avec une nîsanre ajfertle. Eh bien! monsieur le Maréchal, je ne vois pas dans tout cela de quoi se désoler! LE MARECHAL. One dites-vous? x Mad. NACQUART. Que ce n'est point à mon âge qu'on a besoin d'un titre pour briller dans le monde: remplissons tous deux notre sort, devenez cordon bleu, moi, je reste une veuve jeune et jolie . . tout le monde sera content. LE MARECHAL, Oui, si vous étiez moins cruelle.. si vous m'aimiez pour moi. (// veut lui prendre la main.) MAD. nacquart. Je vous aimais assez pour un ami . . vous vouliez plus, je sacrifiais nia liberté, j'allais être votre femme , . 37 LK MARECHAL. Oh! si cela se pouvait! . . Mad. nacquart. Non, non, cela ne se peut pas, et je ine hais moi-même d'eu avoir du chagrin, parce que j'ai la faiblesse de . . LK MARECHAL. De m'aimer? . . achevez! . . mad. nacouart. Non, monsieur le maréchal, n'en parlons plus . . me voilà libre . . eh bien !.. je m'étourdirai . . j'en aurai besoin . . et à mon Tige, on y réussit toujours . . on a des distractions . . Les hommages, les assiduités d'une foule de jeunes cavaliers . . et que sait-on? . . dans le nombre, il peut s'en trouver un qui ne soit pas maréchal, et qui n'attende pas de cordons . . il faut espérer, qu'en France, tout le monde ne sera pas de l'ordre dn Saint-Esprit. LE MARECHAL. Vous à un autre! . . Scène VII. LE MARECHAL, MIGNOT, Mad. NACQUART. MIGNOT , « sa nièce. Le voilà! Mad . NACQUART, à part. Ah ! Lagardie! LE MARECHAL. Comment, Miguot, encore! . . On ne pourra donc pas se dire un seul mot sans être relancé par vous? MIGNOT. Monsieur le maréchal, c'est une visite pour ma nièce. Mad. NACQUART, arec intention. Une visite! . . et qui donc, mon oncle? MIGNOT. Parbleu! c'est Lagardie. M *D. NACQUART. Lui à Paris! . . qu'elle surprise! . . LK MARECHAL. Eh! mais . . Lagardie, n'est-ce pas ce pauvre diable qui s'était fait clerc le jour où vous épousiez un procureur? . . Oue vient-il faire ici? 38 Vil ad. NACQUART. Je ne sais . . cela pique ma curiosité; et vous, monsieur le maréchal . . LE MARECHAL. Moi? . . du (ont . . je ne suis pas curieux . . Mignot, dites-lui de nous épargner sa visite, et menez-le à ma caisse pour lui compter 100 pistoles. MIGNOT. Mais il n'a besoin de rien .. . Tout ce qu'il désire, c'est de voir ma nièce. Mad. NACQUART, observant le marlclial. Ce bon Lagardie! LE MARECHAL. Est-ce que vous seriez d'humeur à le recevoir? Mad. NACQUART. Pourquoi donc pas? . . un ancien ami! . . oh! je ne suis pas fière, moi je ne suis pas de ces gens qui rendent d'un côté les dédains qu'ils essnient de l'autre. Mou oncle, veuillez me l'amener. MIGNOT. J'y vais . . Va, je te reconnais, tu es ma nièce. (// sort à gauche,") LE MARECHAL , à part. Eh bien! voilà une situation fort agréable pour moi! Mad. NACQUART. Mais, j'y pense, monsieur le Maréchal, notre conversation serait bien insignifiante pour vous . . d'ailleurs, je ue suis pas chez moi . . LE MARECHAL, la retenant. Du tout . . an contraire, restez . . je serai charmé d'être là, et de vous voir renouveler connaissance avec un jeune homme qui est votre ancien ami . . Ce sera très-amusant. (// s'assied près de la table h droite.) Scène VIII. LE MARECHAL, Mad. NACQUART, LAGARDIE. LAGARDJK, entrant a gauche. Enfin, Madame, il m'est donc permis . . Ciel! quelqu'un! . • ^ Mao. NACQUART. Ah! Lagardie, je suis bien aise de vous revoir . . nous ne nous retrouvons plus si jeunes ni si frivoles; mais nous n'en serons pas moins bons amis, n'est-ce pas? 39 LAGARDIE. Ponrriez-vous en douter, ma chère Marie? . . Ah! c'est à VOS genoux • . {le maréchal fait un muurement tr'es-marqué sur son fauteuil — « part) Mon dieu ! que c'est gênant uu tête-à-tête à trois. Mad. NACOUART, se rapprochant <•' reprenant) 40 C'est bien, Lagardie, le sort que vous me proposez me flalte infiniment . . LAGARDIE. Vous l'acceptez? Mad. NACIJUART, toujours occupée du martchal. Pourquoi non? j'ai eu un moment d'autres idées, j'en conviens. Oui, une charge de robe, ce n'est pas mal saus doute . . mais je n'aime plus autant celte profession-là, surtout depuis que j'ai eu un mari qui en était . . j'aimerais mieux une charge où il y eut un peu de gloire. LAGARDIE , à part. Encore de l'ambition! Mad. NACQUART. L'épée aurait des attraits pour moi . • non, pour le rang qu'elle peut faire conquérir, et pourtant (tlevant la mùj nous avons l'exemple de Fabert que le Roi a fait maréchal. MGARDIE. Ah! Marie, que n'ai-je connu plutôt vos voeux! mais non, ces goûts étaient les miens, vous ne les approuviez pas.. je vous les sacrifiais . . oui, je pensais encore à vous plaire quand vous m'abandonniez. Ah! si vous me l'eussiez permis alors, je me serais engagé, j'aurais suivi le Roi sur la frontière, «n Flandre, et j'aurais trouvé sur les champs de bataille, ou la mort, ou un peu de gloire. Air : J'en guette un 'petit de mon Age. Comme Fabejrt, no puis-je pas, Madame, £tre officier , maréchal, grand seigneur ? MAD. NACQUART. Mais Je perdrais Ions nie-; droits SUT votre âme; Un ordre . . un mot . . l'espoir de la laveur . . Ï.AGARDIE. Ah! quel que soit le grade où l'on me nomme, Je remplirai tons mes sermens. MAD. N ACOUART, O'cst-lâ Ce que de vous j'attendais , . et voilà (Se rapprochant du marlchal.) Ce que doit dire un gentilhomme. LE MARECHAL. Ciel! LAGARDIE, Et voilà dix ans que j'ai perdus! . . Encore si la France était en guerre à présent! LE MARECHAL, se levant, à part. Ah! c'est trop fort! Il faudra que le roi fasse une guerre pour qu'il soit maréchal. 41 LAGARDIE. Mais enfin j'ai des protections, du moins j'en aurai loin de mou pays . . j'y porterai ma fortune. MAD. NACIJUART. Comment, pour l'amour de moi? . • LE MARECHAL, prenant le milieu rie la scène. Désolé, mon cher Monsieur, mais Madame a la bonté de présider à une fête que je donne, et tons ses instans sont comptés. 1 LAGAKD1F.. Pardon, monsieur le maréchal, je me retire. (11 remonte la «.;,„. ,( revient. Uns à madame Nacquart) Je reviens bientôt, (liant) Menaient-, je vous en supplie, protégez-moi dans son esprit, vois le pouvez, puisqu'elle vous reg-arde comme son père. (// baise la main a Madame ]Sacquart.) LE MARECHAL, « part. Son père! . . il ne manquait plus que cela. (H se retourne, Lagardie le salue et sort a droite.) Scène IX. Mad. NACQUAHT, LE MARECHAL, LK MARECHAL. A quelle scène m'avez-vous exposé! . . Me faire essuyer joqu'au bout toutes les incartades amoureuses de ce petit beugeois! Yous ne pouviez pas le remettre tout d'abord à sa plce par un refus bien sec? Mad. NACQUART, Et pourquoi donc un refus? Vous l'avez écouté, vous vc7ez s'il în'aiine! LE MARECHAL, Oui, sans doute; mais est-il donc le seul? Mad. NACQUART. Il ne m'a point oubliée, il revient à moi. S'il recherche les honeurs, c'est pour me les faire partager . .Ah! peut-être aiais-je dû . . LE MARECHAL. N'achevez pas! . . C'en est fait, vous avez pris un tel eroire sur moi, que l'idée seule de vous perdre . . habitué à ous voir, à vous entendre, à ne prendre conseil que de vos, à ne vivre que pour vous, que deviendrais-je si vous qittiez ce hôtel? . . Quelle consolation? . . Mad. NACOUART. Uu grand cordon . . (mouvement du mariehal) Ah ! pardon, 42 ce mot m'est échappé . . Mon dépit se cache en vain sous un air d'indifférence, qui est loin de mon coeur. Mais aussi vous faites-vous un jeu de mes peines ? • . Me soupçonner !. . ah! Maréchal! . . AIR du Haiser au porteur. Dcdaignez-moi, fuyez-moi . . Je vous Jure Que de ce coeur trahi par vous, Jiélas! Vous n'entendrez ni plainte, ni murmure} De ma douleur vous ne rougirez pas. Que votre orgueil se satisfasse . . Et je saurai paraître aux yeux de tous, Heureuse encor d'un cordon, (l'une grâce Qui ne doit consoler que vous! . , g LE MARECHAL Eh! quoi, Madame, des larmes? Scène X. MIGNOT, Mad. NACQUART, LE MARECHAL. MIGNOT, entrant a droite , en tenant des papiers. Ma nièce! . . («7 tient i„ haut de la scène) Pardon, monseur le maréchal, de vous interrompre encore; mais Lagardie (retend que c'est très-pressé. LE MARECHAL. Qu'est-ce que c'est? MIGNOT. Ce billet qu'il vient de griffonner au crayon . . ca- il était si ag*ité • ■ (il ouvre un papier gu } il remet vivement dans sa ptcfie) Pardon . . le menu du souper pour le maître-d'hôtel. (// passe à droite de sa nièce,] LU MARECHAL , bas à Madame Naemiarl. Vous le voyez, il vit de pair et compagnon avec nos gjns. Mao. NACQUART, h part. Il a dit : nos gens. MIGNOT, remettant un papier à sa nièce. Tiens, ma nièce. MAD. NACQUART, lisant, le tnarlchat suit des yeux. „Vous m'avez cilé l'exemple du maréchal Fabert . , lîh „bien! Marie, vous serez contente . . Je ,snis recommandé •< „l'ami>assadeur de Suède; je cours chez lui . . Permeltez- ,,moi de vous revoir aujourd'hui, ce soir, à la fête." (tristement) Quel est son projet? . . Pauvre Lagardie! . . LE MARECHAL, « part. Un soupir! . . (bus) Ce soir, le recevrez-vous? 43 MAT). NACQUART. Ce soir, je recevrai . . je ne recevrai . . que mon mari. LK MARECHAL. Eh bien! je cours au Louvre, je parlerai au Roi; je combattrai la calomnie, j'assurerai que vous n'étiez pas . . mail C'est que vous l'étiez . . N'importe, on n'est pas obhgé de dire la vérité . . „, Map. NACQUART. Eh bien! c'est assez; je me fie à vous. (« pan) Mais je prendrai mes précautions. LE MARF.CIIAL, bas. Ouant à votre oncle, tant qu'il n'était qu'un étranger, cela passait; mais s'il devient mon parent, je ne puis plus l'avoir chez moi. Mad. NACQUART. On lui parlera. MIGNOT, h part. Je crois qu'ils me regardent. Mad. NACOUART. Mais Marion Delorme que vous recevez souvent . . LK MARECHAL. Je vous l'abandonne . . Çu'ils partent, je ne veux plus les revoir ni l'un ni l'autre. MAKION , dans la coulisse li droite. Je vous dis que c'est chez madame Nacquart . . elle y est pour moi. MIGNOT. Eh! c'est Marion! Scène XI. MIGNOT, Mad. NACQUART, MARION, LE MARECHAL. MARION, entre en chaulant. Marion pleure , Marion crie , Marion veut qu'on la marie . . Totre servante, monsieur le Maréchal. (Jl devant die, et sort à droite sans la regarder) TieilS ! Comme il est fier aujourd'hui! .. A son aise! .. Je vous salue, madame Nacquart ; bonjour, père Miguot . . Si vous savii z, la valetaille qui ne voulait pas ine laisser entrer, parce que je suis arrivée dans une chaise à porteurs. Mad. NACQUART. C'est l'ordre de mes gens. 'Il MARION. (BfW) De tes gens! . . encore plus drôle! • . Eh! pourquoi diable, ma chère Marie, t'avises-tu donc d'avoir des gens? M1GNOT, à Mario», en riant. Le fait est que c'est comique Ah! ah! ah! . . (Madame Nacquart le regarde avec colère, cl va **MM0t> pour écrire. — Mïgnot, honteux t a'est relire dans le coin de la scène, à droite.) MARION. Mais c'est au Mare'chal que j'en veux; il est sorti sans me dire une parole . . ah! j'ai vu un temps où il était moins silencieux! . . Dame! chacune son tour.. J'étais belle alors., comme toi . . impertinente . . comme lui . . et j'avais des gens comme les tiens. AIR : On a tant de peine . . (De la Fiancée,) Mais mon règne est passé*, Mrs attraits ont baissé, Ce que* j'iii n'est qu'an mince avantage; Je vois fuir les grandeurs, Kt la chaise à porteurs A déjà remplacé l'équipage. Dans mes filets j'ai pris Des ducs et des marquis; Je gagnais beaucoup d'or, J'en mangeais plus prieur, Marne à présent, vois-tu, Je n'ai pas tout perdu; (A/s.) Je puis , dans mes bons jours. Rattrapper les amours! . . Cependant il faut être modeste, Mrs attraits passeront, Les amans les suivront; Ab! du moins que la gaîlé nous reste! Un jour vient où l'on n'a Rien que ce plaisir-là! . . (ois.) alIGlMOT, allant près de Marion. Écoutez donc, Mamz'ello Marion, ma uièce, ça sera différent, parce qu'elle aura des maris. MARION, C'est juste, des maris, c'est plus solide! ... A propos, père Mignot, est-ce vrai, ce qu'on dit, que madame Nacquarl va se remarier? . . C'est une nouvelle qui court . , Oh! j'en ai bien ri! . . et toi aussi, tu en riras, j'en suis sûre; n'est- il pas vrai, madame la Maréchale? MAI). NACOUART, toujours assise à la table à droite. Pourquoi pas? MARION, ,V part. Dans le fait, où serait la mes alliance? le mari un haloii, la femme un battoir, ça fera de très-belles armoiries! M1G1NOT, lias à Madame Ifacauart, Et Lagardie? 45 IHAD. NACQUART. Voici la réponse . . Mon oncle, approchez . . plus près. Cas) Marion ne doit plus paraître ici . . le maréchal veut qu'on la renvoie . . Je compte sur vous. MIGNOT, l»is. Comment! tu exiges . . MARION. Ah! ça, décidément, madame Nacquart, vous serez donc «ne grande dame? _ b MAI). NACQUART. Qui a besoin de vous pour un petit service. MARION. Ah! compte sur ma complaisance. (Bile va jirrs de madame Nacquart.) MAD. NACQUART. Écoutez. (Elle lui parle bas à Torcille.') MIGNOT, à part y dans la coin à gauche. Maréchale! . . ma nièce! . . Voilà la peur qui me prend; si elle s'élève, il faudra que je monte encore . . et Dieu sait ofi je m'arrêterai! MARION , bas à madame Nacquart, Qui! . . votre oncle? . . Mad. NACQUART, bas. Il le faut, le maréchal le veut. MARION, bas. Allons, je m'en charge, ne fût-ce que pour adoucir le coup. MAD. NACQUART , à part et prenant le milieu de la. scène. Au moins, en m'y prenant ainsi, j'évite les reproches de l'un et les railleries de l'autre (haut) .. Je vous laisse, Marion. Adieu, mon oncle. (Elle sort à droite, en regardant Mignot d'un air de regret.) Scène XII. MARION, MIGNOT. MARION, 2 pari. Ce brave père Mignot! . . comment lui tourner le compliment? MIGNOT , h part. Pauvre Marion, comment lui assaisonner cela? MARION, se rapprochant de Mignot. Eh bien! mon vieux traiteur? 46 MIGNOT, s' 'avançant aussi. Eh bien! mon ancienne pratique? MARION. Comme tout change autour de nous.! MIGNOT. Oui, et à notre dge, on ne peut plus compter sur personne. MARION. Ni sur les parens. MIGNOT. Ni sur les amis! MARION, « part. Est-ce qu'il se douterait? . . MIGNOT, à part. Est-ce qu'elle s'attend? . . MARION. Ma foi! en pareil cas, il faut être philosophe. MIGNOT. Sans doute . . et oublier ceux qui nous oublient. MARION. C'est cela.. Au lieu de les laisser nous-inettre à la porte.. MIGNOT. Il vaut mieux nous en aller de nous-mêmes. MARION. Je suis enchantée de vous voir dans ces dispositions-là. . MIGNOT. Justement ce que j'ai à vous apprendre des ordres dn maréchal . . MARION. A inoi? cela se trouve bien, car j'ai aussi à vous parler. Le maréchal exige . . MIGNOT. Sans doute, vous concevez qu'il est des circonstances . . Votre présence chez le maréchal . . Enfin on m'a chargé . • Hum! hum! huin! . . MARION. De me fermer la porte? MIGNOT. Quelque chose comme ça. MARION, riant aux Mats. Vrai? . . Ah! ah! ah! MIGNOT, de même. Elle prend assez bien . .Ah! ah! ah! 47 MAR10N. C'est charmant! . . ah! ah! le bon tour! . . et moi qui allais tous en dire autant. MIGNOT. Hein? plaît-il? . . Ah, ça! ne plaisantez pas! marion. Eh! non, sur mon honneur! vous n'êtes plus un assez grand personnage . . et votre nièce vous prie de .. hum! hum! yous comprenez? MIGNOT. Il se pourrait? . . c'est une infamie! . . Ah! je vois bien qu'elle sera de la cour! . . elle ne reconnaît déjà plus ses parens! MARION. Et moi, donc, une ancienne camarade! . . MIGNOT. Eh bien! je prends mou parti . . On envoie une maison complète . . en Pologne . . chez un roi . . j'en serai! . . j'y ferai la cuisine, et ça la vexera. AlK tic la ChnrmrUc. Rien n'égalo ma coUrc, . . Kh quoi! nous chasser ainsi! Ali! par nous bientôt, j'espère, Sun orgueil sera puni! Oti! de son dépit «l'avance, 11 me semble ici jouir! MARIO». Rien! courage! la vengeance Pour moi c'est un grand plaisir. MIGNOT. C'est le premier, sur mon âme. MARIO!V. Pour un traiteur, oui, c'est bon: Mais, mon cher, pour une femme, C'o n'est rien que le second. ENSEMBLE. Rien n'égale ("") colère . . Kh quoi! nous chasser ainsi! Ah! par nous bientôt, j'espère, Son orgueil sera puni I Scène XIII. MARION, LAGARDIE, MIGXOT. LAGARDIE, entrant à droite. On arrive pour la fête . . les salons se remplissent . . Si je pouvais pénétrer jusqu'à elle! . . 48 MIGNOT. Eh! c'est Lagardie! LAGARDIE. Mignot! . . eh bien! que m'apprenez-vous? . . MIGNOT. Rien de bon, mon pauvre ami! . . Marie est une ingrate! elle te trahit, elle me trahit, elle nous trahit tous! MARION. Comment! . . ce jeune homme? . . Eh mais! c'est le même qui à son premier mariage . . Et il est fidèle! . .Oh! par exemple, c'est jouer de malheur! LAGARDIK. Expliquez-vous! . . que voulez-vous dire? . . MIGNOT. Tiens, voilà la réponse à (on billet. LAGARDIK. Eh! donnez donc? (U lio . . „Mon ami" (s> arrêtant) , . Qu'est-ce que vous disiez? Mon ami! . . MARION. Ça ne prouve rien; je m'y connais. LAGARDIE, continuant île. lire, ,,Jamais je n'ai mieux apprécié tout votre amour, et je „Vons dois une preuve de mon estime . . c'est la réponse que „vous nie demandez, et je vous la promets pour aujourd'hui, ,,Venez ce soir . . et vous saurez si je vous aime. . " Vous voyez bien . . MIGNOT. Ma foi! si j'y comprends un mot . . MARION. Bah! elle ne s'engage à rien. MIGNOT. Ah! ça, mais son mariage avec le maréchal? LAGARDIE. Ou'ai-je entendu? . . avec le maréchal! . . Est-ce que, par hasard, j'arriverais encore trop tard, comme l'autre lois? MARION. Vous verrez qu'elle les ménage tous les deux pour eu avoir un. (Le fond du Thtiitre s'ouvre, et l'on voit plusieurs salons riehement ^" torts et remplis de monde. — Des valets sont à la porte du indu'"- Le salon où l'on reçoit, est avant celui ou se passe la scène suivante.) 49 LAGARDIK. Serais-je joué? . • Non! . . il faut que mon sort se décide . . Je l'aperçois enlourée d'une foule brillante . . N'importe, je veux qu'elle s'explique. MARION. C'est cela . . parlez-lui ferme. Un amant qui se fâche, ça me fait toujours rire! . . Scène XIV. MARION, LAGAIWIE, Mao. NACQUAUT, MIGNOT. M AD. NACOUART, paraissant dans le dcn.riènw salon. Oui, monsieur le Marquis, le maréchal est (liez le Roi; mais bientôt (elle entra dans le premier salon) Ciel ! Lagai'die ! . • Déjà? . . MARION, a part. C'est étonnant, comme elle à l'air enchantée ! LAGAKDIK. Madame, je ine rends à vos ordres. MIGNOT, h lêgOrdie. Ya donc, parle! LAGARDIK. Je viens vous offrir d'autres projets . . d'antres espérances . . J'entre au service; vous le savez, depuis long-temps, c'était mon ambition . . mais aujourd'hui, je suis riche . . j'achète une charge d'oïïicier; recommandé à l'ambassade de Stockholm qui fait des offres brillantes à de jeunes Français . .. Mad. NACQUART. Eh! quoi, quitter votre patrie! passer en Suède! MIGNOT, h matlame Narqnarl , avec 'motion. Et moi, eu Pologne! ça doit te toucher. LAGARDIK. Yous l'avez voulu!.. nn voeu j e Marie, est un ordre pour moi; et ma patrie sera partout où je vous trouverai. M AD. NACOUART, <'< part. Que le Maréchal est lent à revenir! Marie Alignât, [ 4 ] ;>() LAO ARDIB. Ain du Pot de fleurs. Parlez, j'attends votre réponse. MAI). NACQITART. Dans les salons le monde vient . . lîientot , , LAOARDIE, la retenant. Non, qu'avant tout votre bouche prononce Sur mon dettîn. MAI). NACQITART. Je ne puis , , 1\ CARDIE. II le fil ut. Ah! par pitié, pour l'amant le plus tendre . . M ARION. Pauvre garçon ! ah! de mon temps, Ils étaient hien aussi pressans, Mais je les faisais moins attendre. LAGARD1R. Un mol, un seul mot; mais je le veux ici, à l'instant ! Mail NACÇUART. Mon dieu! quelle impatience! {le Marlchal paraît dans h deuxième salon) Puisque tous le voulez, il Faut . . Ah! . . Scène XV. MARION, sur l'avant-scène à droite; LAGARDIE, Mao. NACQUART, LE MARECHAL, MIGXOT, sur l'avant-scène à gauche, Société, dans te fond. LK MARECHAL, au milieu de la socifl,': Pardon, Messieurs, i<' reviens de la Cour; j'ai été retenu long-temps près «le Sa Majesté. (On commence à entendre Vorchestré du bal. — Contredanse nouvelle de ,11. Doche.) LAGARDIK, « madame Nacquart. Expliquez-vous enfin. MAI), NACQUART. C'est bon, je Suis à VOUS, {au lUaréehal qui est descendu près d'elle) Eh bien? ' LE MARECHAL. Je suis plus incertain que jamais. Le roi redise de m" recevoir; mais j'ai vu monsieur de Colbert, il parlera pour moi, il me l'a promis : j'attends sa réponse. 51 LE VALET, annonçant dans le deuxième salon à gauche. Monsieur le vicomte de Turenne! (Le mar'chal va le recevoir,') M AT). NACQUART. Sa réponse . . encore! . . LAGARDIE. Adieu, Madame; je devine mon sort, je no resterai pas pins long-temps. LE VALET , annonçant. Madame de la Sablière! Mai). NACQUART, à Lagardie qui jait sa fausse sortie à gauche , en passant derrière elle. Attendez . . comment! me quitter ainsi? LAGARDIE , revient à la gauchi: de madame Nacquart. Que dites-vous? . . Quel bonheur inespéré! t . LE VALET, annonçant. Le sieur Despréaux! MIGNOT, à part. Ah! dieu! LK MARECHAL, revenant cnlr'ctt.v, cl bas à madame Nacquart. Encore cet homme chez moi! . . Songez que vous êtes.. Mad. NACQUART. Je suis madame Nacquart. LE VALET, annonçant. Monsieur le Prince! (l.e maricli'/l remonte avec impatience pour le recevoir.) LAGARDIE. Marie, je vous aime; je sens encore-là tout l'amour que vous m'inspiriez avant de m'avoir trahi . . J'ai tout sacritié pour vous, parlez ; si je sors, vous ne me verrez plus ! Mad. NACQUART* Oui, tout-à-l'heure, vous saurez . . UN VALET, entrant a droite. De la part de monsieur de Colbert. Mad. NACQUART, a part. Je tremble. LF MARECHAL, saisissant la lettre. Une lettre! donnez! LAGARDIE, à madame Nacquart Achevez! faut-il vous fuir? I 4* ] r>2 IHAI>. NACQUART. Mol, je . . ne sais . . je . . I.R MARECHAL, qui est descendu sur TavanUachne 3 « droite de madame JVacqnart , apree avoir lu. Grand Dieu! . . Venez, Madame. (.11 remonte vers h fond, la prend par la main, et la présente à la société , gui se rapproche en fuuir iin premier sa/an) Messieurs, je vous présente madame la maréchale de l'Hôpital! (On la saine.) LAGAHDIE. Ciel! MICNOT, à part. Ma nièce! MARION, « part. Voilà la blanchisseuse tout-ù-fait désencanaillée. ( Le rideau tombe sur le tableau que forme cette présentation. ) FIN DE LA DEUXIÈME ÉPOQUE. TROISIÈME ÉPOQUE. Le théâtre représente un intérieur gothique. — Le fond est ouvert, par trois portes, sur une galerie qui conduit, à gauche, au palais, et à droite, à la chapelle. — Sur le devant de la scène, une table et des fauteuils. — Deux gardes dans la galerie. Scène I. MARIE, ensuite GASTON. (Au lever du rideau, Marie est occupée à éplucher des fraises dans une corbeille élégante.*) GASTON, au fond, aux gardes. Eh bien! allez-vous m'erapêcher d'entrer, moi, uu «les secrétaires de Sa Majesté! MARIE , 40 levant. Ah! c'est monsieur Gaston! GASTON, entrant. Ah! mademoiselle Marie, c'est vous . . quel bonheur! MARIE, lui montrant Vhuissier. Chut! de la prudence! GASTON. C'est juste. Quand je pense qu'il y a trois jours que je ne vous ai seulement entrevue! . . Eh! mais, à quoi vous occupez-vous donc-là? MARIE. Allons, Monsieur, aidez-moi. GASTON. Comment, Mademoiselle, c'est pour cela que vous me faites venir .. pour éplucher des fraise»! • • Cela me rappelle le temps où yotre père me faisait copier ses notes de cuisine 54 ItfAHIK, se levant. Ingrat! vous ne voyez pas que c'est pour vous ce que j'en fais. GASTON. Je ne comprends pas. MARIE. Voilà ce que c'est: depuis que le roi Casimir a quitté la Pologne, où mon père était entré à son service . , GASTON. Lorsque j'y entrai moi-même, il y a dix ans, après le mariage de votre cousine, madame la maréchale. MARIR. Oui, depuis que le roi a quitté la Pologne, et s'est réfugié à Paris, vous savez que Sa Majesté Louis XIV lui a donné l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés . . GASTON. Oui; de monarque à monarque, ou se fait de petits présens . . abbayes, châteaux, villes, provinces, avec les dépendance*. MARIR. Le nouveau propriétaire de Saint-Germain-des-Prés n'a rien voulu ôter aux anciens habitons . . seulement, il s'est choisi un petit coin de terre pour le cultiver lui-même. MIGNOT. Il est si bon, si simple dans ses goûts! MARIE, Ce n'est que par lui que nous pouvons être heureux . . je cherche à lui plaire . . Aussi, quand je puis l'approcher, je lui demande des nouvelles de ce qu'il aime le mieux, de son petit jardin, qu'il cultive avec tant de soins! . . et ce matin, il m'a lait appeler: ,,Tiens, petite" • . m'a-t-il dit, „es-tu contente '! voilà de mes fraises." Je l'ai remercié de son cadeau . . J'ai consulté mon père pour les assaisonner, et je veux qu'on les serve, ce matin, au roi . . Il sera flatté, très-flalté! . . et l'on a beau avoir abdiqué, voyez-vous, ça fait toujours bien . . et s'il voulait nous protéger . . GASTON. Vous croyez, mademoiselle Marie, que nous pourrions obtenir? . . Oh! non, tenez, je n'espère plus rien depuis que votre cousine s'est impatronisée ici; je crois qu'elle a lait m' pacte avec le diable! . . Avec ça qu'à présent elle est prude, et même elle l'ait la . 7 tous les officiers «le Sa Majesté l'avaient abandonnée après son abdication mon père s'est trouvé le premier! niais il n'en est pas plus fier pour cela. 1 1 LAGARDIE. Oh! je le crois! . . . Toujours bon . . . toujours un peu faible. GASTON. C'est-à-dire, sa nièce le mène. LAGAUDIK , «a fmolion. Ah! la maréchale de l'Hôpital! . . elle est donc ici? GASTON. Oui, Monsieur . . Le maréchal de l'Hôpital gui était l'ami du vieux Roi, lui a recommandé, en mourant, sa veuve, pour la protéger. (« pari) Mais c'est elle qui le mène . , elle les mène tous! LAGARDIE. 11 se pourrait! . . Chargé par la Cour de Suède d'une mission auprès du Roi Casimir, j'étais loin de m'attendre que dans son palais même . . Quels souvenirs! . . Ah! ma belle Demoiselle, vous aussi, vous voilà jeune, laite pour plaire; croyez-moi, ne vous laissez pas éblouir à tout cela; et si vous aimiez quelqu'un placé dans une condition plus humble que la vôtre, ne le sacrifiez pas! . . . yous lui feriez trop de mal ! GASTON. Ah! Monsieur, quel bon conseil! . . Si yous pouviez nous aider! voilà justement notre situation. HABIB. Monsieur Gaston! GASTON. Non, Mademoiselle, il n'y a pas de danger, c'est un honnête homme; il porte ça sur sa ligure. LAGARDIE. Comment donc! . . un amour à protéger? . . Oui, mes chers amis, comptez sur moi; j'aime à faire le bonheur des autres, ça me rappelle celui que j'espérais. PLUSIEURS VOIX, annonçant. Le Roi! le Roi! MARIE. Ciel! il traverse la galerie pour se rendre à la chapelle. GASTON. Ah! Monsieur, nous n'espérons qu'en vous! {Il sort à droite.') LAGARDIE. Voilà comme j'étais! . . Mais Mario! 58 Scène III. LAGARDIE, CASIMIR, M1GN0T, Officiers, Huissiers, Pages, et Gardes, (Ils arrivent par la galerie, — Au moment de l'entrée du roi, Voréhtttr* joue l'air du Muletier eu sourdine. — Maria, gui va pour sortir au moment oit le roi entre, le salue.) CASIMIR. Ah! ma petite amie, bonjour, (il h! présente sa main; Marie ta baise et sort) C'est sans doute monsieur le Feld-Maréchal? LAGARDIE. Oui, Sire, je vous demande une audience an nom de mon Souverain ; mais j'attendrai le loisir de votre Majesté. CASIMIR. Ma Majesté n'a pas grand' chose à faire; d'ailleurs, ne jamais faire attendre, c'est la politesse dos Itois, surtout quand ils ne le sont plus . . Ah! Mignot . . Messieurs . . ( // remonte et fait si;; ne à sa suite de rester dans le fond. ) LAGARDIE, riant à part. Dieu me pardonne! . . le vieux traiteur a un habit brodé! c'est plaisant! . , {se reprenant) Ah! je ue pensais plus an mien! CASIMIR. Qu'on retarde le déjeûner d'une demi-heure! MIGNOT. Ah! mon bon maître, si vous saviez comme on lait du tort à un cuisinier quand on dérange ses heures! CASIMIR , avec boni!'. Bien! bien! nous raisonnerons de ça entre nous. LAGARDIE, « part. Toujours le même. CASIMIR, a I.agardic, Air de Colalto. De mes gens, peut-être, avec moi Le ton i'amilirr vous étonne . . Ouc v ohIcz-voiis ? . . Je ne suis plus ce Roi Arbitre d«l faveurs, des biens «l'une couronne. A mou trésor ne pouvant envoyer Les serviteurs fidèles A leur maitic, Ku ami je dois reconnaître Les 6oins «ju'en roi je ne puis plu9 payer. (Mignot s'éloigne.) 51) A nous deux, maintenant, monsieur le Comte! . . Je suis charmé de vous voir; voire nom m'est connu et votre courage aussi . . Nous savons quels services vous avez rendus à la Suède contre les Moscovites, nos ennemis communs; et votre fortune rapide ne vous honore pas moins que le roi qui a su vous apprécier. LAGARUIE. Ah! Sire . . CASIMIR. Oui, Monsieur, oui . . Air: Ce luth cçalanl, etc. Heureux le roi qui donne sa laveur Au M'ai mérite, au courage, à l'honneur! Aux coeurs de ses sujets il l'ait chérir la gloire; Ouaud le temps aura fui, Uuam! jugera l'histoire, Les choix qu'il a su faire, escortant sa mémoire, Iront piailler pour lui. Eh! mais, c'est singulier, plus je vous regarde.. Vous n'êtes jamais venu en Pologne? LAGARDCE. Jamais, Sire. CASIMIR. Voyez pourtant, vos traits réveillent en moi un souvenir confus . . Au milieu d'une fête . . d'une noce ... je me rappelle . . non, je ne me rappelle rien . . . Ah! sur mon trône, j'ai eu tant de secousses, que je n'ai plus guère ma tête à moi! LAGARDIE. Ce n'est pas l'opinion de l'Europe, Sire. CASIMIR. L'Europe est trop bonne, et vous aussi. lagardie. La mission dont je suis chargé (trouve assez l'estime qu'on ■i de vos lumières . . Votre Majesté n'ignore pas que son successeur au trône de Pologne . . CASIMIR. Oui, le pauvre Michel; . . il est mort après s'être fait battre par les Turcs . . J'ai quitte" à temps; ça aurait J>ieu pu m'nrriver. LAGARUIE. Vos dix ans de règne ont prouvé le contraire, . . aussi le Roi de Suède, mon maître, d'accord avec le cabinet de 60 Versailles, s'est assuré «<•<) La fille d'un cuisinier! . LAGARDIE. Mignot! . . LA MARECHALE. C'est impossible. LAGARDIE. N'êtes-votis pas le maître de votre fille? MIGNOT. Sans doute, je commande à ma fille; mais le roi me commande, et ma nièce commande au roi . . ainsi, adressez- vous à elle. GASTON. Madame . . MARIE. Ma cousine . . . [ 5* ] ffi MARION. Allons, père Mignot, allons, montrez-vous un*} bonne fois! . . Oh! Madame, quand vous devriez me faire chasser, il tant que je parle! . .*) C'est être aussi par trop dure . . (Jette pauvre petite qui a eu pitié de moi ! . . C'est sage, c'est honnête, ça n'a qu'un amant, et encore on ne veut pas le lui laisser! . . là Mignot) 11 vous faut peut-être un grand seigneur pour gendre? . . Elle sera bien plus heureuse, et vous aussi ! . . Eh! songez au temps ou vous étiez traiteur, et nous deux blanchisseuses. Nous n'avions rien . . C'était-là le bon temps . . Si alors on vous eut offert un homme de plume, un secrétaire de bonne maison, hein? quelle joie! quel honneur! . . Eh bien ! figurez-vous que vous y voilà revenu . . Donnez-lui votre fille, soyez le maître, ou vous n'êtes qu'un cuisinier dégénéré! MIGNOT, entrain!-. Au fait, elle a raison, la vieille Manon Delorme . . Çu'est- ce donc que ça, ma nièce? . . Je me révolte à la fin! . . C'est pour vous obliger que j'ai renoncé à l'office; vous m'avez pendu au cou une chaîne dorée . . (« Manon qm lu pousse) Laissez donc, j'irai bien!**) Vous avez presque fait de moi un gentilhomme ... Je ne suis plus bon à rien . . La nature pâtit . . je ne vous demandais que de faire un sort à ma fille; mais s'il faut lui en faire un moi-même, je ne suis pas tout- à-fait rouillé, il se trouvera d'anciennes connaissances, des vétérans de la gourmandise qui n'auront pas oublié mon nom et mes sauces! LA MARECHALE. Et qu'est-ce que vous ferez? MIGNOT, Ittttmfat. Moi, madame la Maréchale? je ferai . . je ne ferai rien, assurément. (« part) Oh! si elle me regarde en face . . MARtON, bas. Ouoi! vous cédez? LA MARECHALE. Silence, mon oncle. Comme premier officier du Roi, c'est à vous de faire justice d'un de ses gens qui a pu s'oublier à ce point. •) Madame Nacquarl, Mari on , Mario. •*) IMadamo Nacijuart, Mignot, Mario*. 69 VIGNOT. Comment, tu veux? . . Celle le regarde) C'est juste. Allons, «ion ami, il faut s'en aller, mon garçon . . sans rancune. LA MARECHALE. Ce ton! . . Est-ce-là la dignité de votre charge? MIGNOT, «M dignité. Retirez-vous, Monsieur, et ne reparaissez jamais ici . . (,> part) Diable de dignité, jo l'oublie toujours! LAGARIME, retenant Gaulai;, Arrêtez! . .*) j'ai voulu écouter jusqu'au bout . . Ainsi, Madame, votre ambition est insatiable, et vous aurez fait le malheur de tous ceux qui ont mis leur sort dans vos mains. Ah! Marie, vous, tendre et généreuse, quand nous commencions à nous aimer! . . Happelez-vous ce que nous éprouvions alors, nos plaisirs purs, nos voeux modestes, nos projets de bonheur, vous les avez détruits pour nous. Etes-vous heureuse? Oh! non, j'en juge par moi, que vous avez forcé u m'éleyer, et qui regrette les beaux jours que ces cufans vous demandent. Cédez, laissez-vous fléchir. MIGNOT. Madame ma nièce . . UN VALUT, lagardit. Monsieur le comte . . . LAGARDIE. Ah! pardon, c'est un de mes gens . . IWARION, « part. Encore un qui a des gens! . . Us en ont tous, et je n'en ai plus, LR VALET. Un courrier arrive à l'instant à l'ambassade, chargé de dépêches très-pressées pour votre Excellence. LA MARECHALE, avec entraînement. Des dépêches! . . Ah! monsieur le comte, hâtez-vous, C'est pour ma Couronne! (»/« »Wr incennes, et que vous étiez . . Depuis, vous êtes montée, moi je suis descendu . . nous voilà de niveau, restons comme nous sommes . . Oh! vous ne ine quitterez pas? . . LA MARECHALE, d'un ton très-st'(luisant. Pouvez-vous le penser? . . mais du moment que nous avons été engagés l'un à l'autre, votre gloire est derenue la mienne, et je dois vous forcer à êlre grand malgré vous- même, oui, malgré vous, Siro . . Mu tendresse va jusque- là . . CASIMIR. Ah! Madame, je vous en prie, ayez en moins. Ain iPjhittippq. JVon, c'en est Tait, je me résigne Je ne veux |ilus de la grandeur! Si quelqu'autre s'en trotte «ligne, II ])cut y chercher le bonheur . . Mai» si je cédais . . par malheur! Si j'allais sous une couronne Metlrc mon repos en péril, Je remonterais sur le trOne, Comme l'on retourne en exil. Et qu'est-ce que je ferais d'un gouvernement, puisque sas* vous, je ne saurais pas même gouverner ma maison? 73 LA MARECHALE. N'est-ce que cela qui vous effraie? . . les soins, les embarras des aflftiires? . . u aurez-vous pal une amie pour les partager avec vous? CASIMIR, se levant, et passant devant elle. C'est ça, vous ferez la guerre aux Turcs? LA MARECHALE. S'il le fallait, Sire; plus d'une reine . . CASIMIR. Doucement, doucement, soyez moins belliqueuse . . lais- sous tontes ces chimères, et . . {Il va your sortir.) LA MARECHALE. A merveille, Sire! vous ne me jugez digne que de tenir votre ménage. CASIMIR. Eh bien! oui, c'est ce que j'espérais . . Et tenez, celle suite, ces huissiers, ces tardes . . je pensais à m'en débarrasser pour vivre eu France, A Paris, connue un riche gentil- homme, voilà tout. Co sort bien simple, mais bien heureux, si vous le partagiez . . LA MARECHALE. Ah! quelles idées bourgeoises pour un monarque! . . CASIMIR. Mais quand ce monarque n'est plus qu'un bourgeois . . . LA MARECHALE. Détrompez-vous. Si vous êtes assez faible pour résister à la Providence qui vous appelle, ne comptez plus sur moi, ni comme amie, ni comme épouse. Je sors de votre palais, je tous laisse seul. CASIMIR, Par exemple! a-t-on jamais vu! . . si brusquement! . . On donne au moins aux gens le temps de se reconnaître. LA MAHKCAHLK , apriê un mouvement rf* joie. Le roi de France vous attend, Sire; il lui faut une réponse. Dans un quart-d'heure, votre voiture doit être sur la route de Versailles, ou je me décide . . . CASIMIR. Madame, Madame, je n'aurais jamais cru cela do vous. Encore des tracas! de nouvelles habitudes a me faire! à mon 74 âge!. . Il faut que ma maison me donne autant de peine que 111011 royaume. (efÊ lui prend fa main; il se dfgag-e) Ah! mes moines me disaient bien que je ne serais heureux que dan* mon abbaye de Saint-Germain-des-Prés. LA MARECHALE, avec douceur. Vous, Sire, vous irez à Versailles. CASIMIR. C'est bien . . Je rentre chez moi, mon directeur m'attend. Vous aurez une réponse, puisqu'il le faut absolument. Là! j'avais tant d'appétit! . . et c'est passé! . . Maudite grandeur, tu ne m'as jamais luit que du mal! . . . Adieu, Madame. (il remonte la seine, se retourne et lui tend la main avec émotion) Adieu, Marie. (h'.lle lui tait» la main. — Casimir sort par la porto à fouet», pr'ctdè de ses pages, et suivi des gardes.) Scène IX. LA MAIIEGTIA.LE, LAGAÏIDIE. LA MARECHALE, seule. (Jue va-t-il faire? . . sur quoi dois-je compter? . . Il parle de son directeur, de l'abbaye . . S'il m'échappait! . . . Ah! je n'aurais pas dû livrer mon secret à Lagardie . . il a un nom, des titres, il m'aime, et . . LAGARDIE, accourant par la galerie. Ah! Madame, c'est vous que je retrouve! . . Si vous saviez . . Ah ! je ne me contiens pas de joie! LA MARECHALE. Eh bien! ces dépêches? . . LAGARD1R. Elles n'inléiessaient que moi. Apprenez tout mon bonheur ! . • LA MARECHALE, souriant, et Foliscrvant. Ah! ce n'est plus de votre amour que yous venez me parler? LAGARDIE. Eh! que vous importe? Vous n'êtes plus libre, vous serez reine. TS M MAflECIIAtF , ,1e mfime. Seul doute; mais supposons . . Oh! qnelque chose de bizarre, d'impossible! . . Supposons que ma main put encore être à vous . . qu'elle vous fût offerte . . que répondriez- vous'/ . . l'arlez avec franchise. LAGARD1E. Je répondrais . . Oh! ce n'est qu'une supposition . . Je répondrais: „Marie, dans les premiers temps de nos amours, je t'aurais préférée à une conseillère, à une maréchale, à une reine) • . et toi, tu m'as trahi trois fois! • . trois fois tu as l'ait mon malheur! . . Aujourd'hui même, quand mon coeur venait s'épancher dans le tien, tu ne m'as parlé que de ton ambition, de tes espérances, d'où j'étais encore exclu . . . Maintenant, tu reviens à moi parce que j'ai un titre, «les honneurs . . • LA MARECHALE. Monsieur'. . . LAGARD1E. Pardon, nous supposons toujours. ,,F.h bien, une princesse m'a préféré à tous les gentilshommes qui l'environnai eut, aux princes qui la demandaient . . Elle n'a pu supporter mou absence. A mon tour, je refuse ta main qui m'est offerte, et je porte mon coeur à celle qui n'a pu ni me trahir, ni m'ou- blîer! . . ,,Voilà ce que je vous dirais si . . Mais bon! nous n'en sommes pas-là. Nous serons heureux, chacun de notre côté ; et j'espère que nous ne regretterons plus de n'avoir pas commencé plutôt, ensemble. LA MARECHALE, avec contrainte. Certainement, et je le vois . . Vous ne restez pas en France, ou vous rappelle? LAGARDIB. Lisez, Madame. (A (ri mwl «n hflra) Nous arrivons au même but: vous, en lui sacrifiant tout, et moi, sans J penser . . Vaincu par les prières de la comtesee, le roi me rappelle pour me la donner en mariage. LA MARECHALE. Avec la vice-royauté de Livonie. Vous allez être vicc- roi? . . ;« pari Ah! si je n'étais pas reine! . . 76 LAGARDIB. Ciel! qu'avez-vous? . . D'où vient ce trouble? (0/1 entend le Omit tVune voiture.) LA MARECHALE. Ecoutez! . . nos voitures . . elles arrivent . . il va partir pour Versailles! Scène X. I YGARD1E,LA MARECHALE, VIAltION, MIGNQT, GASTON, MAJjUE, Valets, (//« entrent par la gaucho.) MARION , en entrant. A Saint-Germain-des-Prés! . . à Saint-Germain! . . ah! ah! ah! LA IHARKCJIALK. Téme'raire! . . MARION, « part. Toujours (les grands airs! . . ça ne lui va plus! . . (fiant) Ou vous croyait reine . . mais tu ne Tes pas . . Casimir vient (l'annoncer qu'il s'enfermait dans son abbaye de Saint-Germain- des- Près. LAGARD1E Que ditrelle? LA MARECHALE. Impossible ! MIGNOT, entrant. Il m'emmènera avec lui . . ce cher prince! ce vertueux prince! . . Je serai sou maitre-d'hûlel ! dans une abbaye! Des dîners de chanoines, c'est encore agréable! LAGARDIE, « pari. Ah! je comprends. LA MARECHALE, de même. Grand Dieu! j'e me soutiens à peine. marion. Gare leg chansons! . . Non pas contre ce cher roi, il si bon! . . Je viens de lui parler. Jl sort du monde connue rr il y a véciii, en prince génértMX . . voilà de l'or qu'il m'a donné. Je brillerai encore un jour! MARIE. El nous* ma cousine, le Roi nous a unis. Consenlirez- vous? • • {A Gaston.) Elle ne dit rien. {Efle descend à la gauche de JUignot.) GASTON. J'aime mieux ça. (// passe « ta droite de I.agardir.) LAGARDIE. Ah! Madame, si j'avais sn que des chagrins . . LA MARECHALE. Des chagrins! . . et pourquoi, Monsieur? . . Je savais tout, j'approuvais tout . .. lit quant aux plaisanteries de la Cour et de la ville . . l'N VALET, en dehors. ta voilure du Uoi. *) LA MARECHALE, s'avançant dans U fond. \\ est temps encore . . LE VALET, en defmrs. A Sainl-Germain-des-Prés ! LA MARECHALE. A Saint-Germain! . . Le lâche! . . (Elle jette un regard sur Lagardir.) LE VALET, entrant. La voiture de madame la Maréchale! LAGARU1E , tendant la main à Gaston. Mon ami, vous me suivrez en Suède. LA MARECHALE, avec f motion. Ah! US VALET. Ofi Madame veut-elle qu'on la conduise? *) Après ces mois: /„ voiture du Uoi, l'orchestre reprend l'air du Jlluletier jusqu'à la lin de la pièce. i Librairie de A. M. Schlesinger h BBHtifi, noter dcn Lindeo No. 34. RÉPERTOIRE du Théâtre français à Berlin, „ j_ hj cs derniers vingt Sols, en 1 a. p. T/ifnulnn etRamond. oSgr. (4gGr.) No" 2* Waiv|na,oii un Mariage d'inclination, cn2a. p.Scrifte.lOSgr.^HgGr.) No' 3l L'Ambassadeur, cil ï a. p. Scribe et Mèiesvillc. 7Sgr. GPf. (6gGr.) 4' Les Moralistes, p. Scribe cV Varner. en ] a. 7Sgr. 6Pf. (6g Gr.) No' 5 t- Tn dernier Jour de Fortune, en la. p. Dupait/ et Scribe. 5 Sgr. (4 &GtO No. 6. Les Cuisiniers diplomates, en 1 a. p. Roche fort, Barthelemi et Btosson, 5 Sgr. (4 gGr.) * No 7. air. Jovial, ou l'Huissier ehansomiier, en 2 a. p, Th'aulon et Choquart. 7 Sgr. 6 Pf. (6 gGr.) No. 8. Le Mariage de raison, eu 2 a. p. Scribe et Varner. lOSgr. 'SgGr.) No 9. Le Paysan perverti, pièce en trois journées p. Thiaulon, 12 Sgr. 6 Pf. (10 gGr.) No 10 Les premières Amours, ou les Souvenirs d'enfance, en 1 a. p. Scribe. 7 Sgr. fi Pf. (C gGr.) No 11. Théob.ild, ou le Rttour de Russie, en 1 a. p. Scribe et Varner. 7 Sgr. 6 Pf. (fi gGr.) No. 12. Madame de Sainte-Agnès, en 1 a. |p. Scribe et / arner. 7 Sgr. (î Pf. (6 gGr.) No, 13. Telva, ou L'orpheline Musse, en 1 a. p. Scribe, Bcvilleneure et Deevarfrers. 7 Sgr. fi PI'. t.(> gGr.) No. 14. La jeune Marraine, en 1 a. p. Scribe, Locfirotf et Vîiabol. 7 Sgr. 6 Pf. (6 gGr.) No. 16. Simple Histoire, eu 1 a. p. Scribe et de Courcy. 7 Sgr. 6 PP. (figC.r.) No. 10. Leonldé, ou la Vieille de Buresne. en 1 a. p. ritleiictive et St m Ililaire, 10 Sgr. (8 gGr.) No. 17. La Somnambule, en 2 a. p. Scribe et G. Dclaviç-uc, 7 Sgr. 6 Pf. (fi gGr.) No. 18. Le Diplomate, en 2 a. p. Scribect G. Délapijrne. 7 Sgr. GPf. (G gGr.) No. lîl. La Quarantaine, en 1 a. p. Scribe et Jtlazère.i. S Sgr. (4 gGr.) No. 20. Le Cousin Frédéric, ou la Correspondance, en 1 a. p, Emile Arago et Alexandre, 5 Sgr, (4 gGr.) No. 21. La Lune île Miel, en 2 a. p.Serti», Melesàllt et Car mouche. 10 Ssrr (8 gGr.) No. 22. La Demoiselle a marier, ou la première Entrevue, en 1 a. p. Scribe, Meîcsrille et ('armouche. 7 Sgr. 6 Pf. (6 gGr.) No. 23. L'Héritière, en 1 a. p. Scribe et Delavigne, 5 Sgr. (4 "Gr.) No 24. Le jeune Mari, en 3 a. p. HJazères. 10 Sgr. (8 gGr.) No. 25. Le vieux Général, en 2 a. p. Desvergers et 1 Varia. 7Sgr. GPf. (6"Gr.) No. 26. Le vieux Mari, eu 2 a. p. Scribe el JUelenille. lOSgr. (8gGr.) No. 27. La Maître s te, en 2 a. p. Mervillc, Leroujc et Alexis. 7 Sirr.S l>f. (6 gGr.) No. 28. La Mansarde des Artistes, en 1 a. p. Scribe, Vupiit et f arner. 7 Sgr. 6 Pl. (fi gGr.) No. 2!). La Haine d'une Femme , ou le jeune homme a marier, en 1 a. P- Scribe. 5 Sgr. (4 gGr.) No. 30. Les Perrqguets de lanière Philippe, en 1 a. p. Darlois. A.Darlois iv Ml „ Ct ***• 7 S ff- « (« gGr.) IV». dl. loiiy, ouïes canards, eu2a. p. Brazier, 3/elesrille el (armoucfic. 7 Sgr. G l>f. (0 gGr.) No. 32. Le Confident, en l a. p. Scribe et Melc*ville. 5 Sgr. (4 gGr.) No. JJ. Aiigelmc, ou la Champenoise, en 1 a. p. Darlois el Lion. 7Sgr.fi IV. (<> gC.r.) No. 34. La Mère au bal et la Fille à la maison, en 2 a. p. Thtaxto*, 7 Sgr. 6 Pf. (fi gGr.) No. 3.i. Marie Mignot, en trois époques, p. BoyardaXÙuport. lOSgr. CfcGr.) No. 36. Avant, pendant et après, esquisses historique», p. Scribe cl Rougcmnnt. 10 Sgr. (8 "Gr.) No. 37. L'école des Vieillards, ta S a. p. Vcltivignc. 10 Sgr. (8 gGr.)