Répertoire du Théâtre français à Berlin. Deuxième Série. No. 3. IiA MARQUISE DE §EM1ETËRRE, COMIÎDH EN TROIS ACTES ET KM PROSE, l'An MM. MÉtiEcrtoir? No £53. BERLIN, 1842. ^o théâtre représente l'Intérieur d'un boudoir orné de portraits de cavaliers en costume à lu Louis XIII. l»ortc au fond ouvrant ttur un vestibule. A gauche du spectateur, la chambre de Marlon. A droite, une porte secrète, masquée dans la boiserie. Un même coté, et sur le premier plan, une fenêtre à balcon extérieur, avec nu large rideau de damas. A gauche, une table recouverte d'un tapis. A droite, une toilette chargée de fleurs. Fauteuils, vases du Japon, girandoles. Scène I. TIENNETTE, puit MARION. '■'iennctte, « la porte du fond. On n'y manquera pas, monsieur le marquis!../, dès que mam'/.elle sera réveillée> Marlon , paraissant à In porte de sa chambre. i'M bien! Tiennette! est-il parti? Tiennctte. Ce n'est pas sans peine' ce M. «le Cinq-Mars veut toujours forcer la consigne. iriarion. Onel homme insupportable! Qu'est-ce qu'il t'a dit ? Tiennette. Toujours la même chose!..,. (L'imitant.) „Où est Marlon? Que lait Marina? Je veux voir Mari on....." Ça ne linil pas. Marlon, haussant les épaules. Ces grands Seigneurs son! inconcevables! Parce que dans nu moment de distraction <>n ' ,! s a encouragés..... on leur a jeté une parole douce, obligeante ..... ils croient qu'il n'y a plus qu'eux an monde!.... ils vous assomment de leur présence, ils prennent les airs d'un mari!... (autre »e» dents.) Ils mériteraient bien qu'on les traitât comme tels! Tiennette. te récriant. Qhl le Favori du roi. Marlon, souriant. Tiens, lu crois que les rois eu\mêmes.... 1* t LA MARQUISE DE SENNETERRE, Tleniiettc. Oui; mais M. de Cinq-Mars! le jeune homme le plus brillant île la cour! Mtiriun. .le conviens que c'é{ait une conquête flattense!... et puis je tenais à l'enlever à la duchesse de Monbazon.....une prude! une bégueule qui ne eessait d'attaquer ma vertu!..... ilil : Au moins elle criera pour quelque chose. Mais je ne pensais p;is me donner un tyran cpii s'effarouche «le tout, des bals, des cadeaux, des sérénades ; car depuis !<■ retour «lu siège de La Rochelle, c'esjt une fureur!.....Jusqu'aux petits gentilshommes de province qui se croient obligés île venir voir Marion à la Place-Royale, comme ils vont voir le roi, à Saint-Germain! Eh bien! Cinq-Mars voudrait que je ne me montrasse pas!.... Impossible! c'est nia vie..... mou bonheur..... c'est mon peuple, à moi!.... un peuple en manchettes <■( en rubans! 'l'Iennette. Oui n'est pan si patient que l'autre; ils se plaignent toujours. Station. Ils se plaignent, les ingrats!.....\b ! les souverains sont bien malheureux!.... ils ont beau faire, il y a toujours des mécontenà. {llctjardanl au. fond, et avec impatience.) Il ne vienl pas! Tiennette. Madame attend quelqu'un? nnrion, vivement. Du tout! personne!.... Je n'y suis pour personne!.... entendez-vous t (S'arrêtant avec hésitation.) AU'..... si M. Léonard, ee jeune peintre qui vient pour mon portrait, se présen/ail..... on le laisserait monter!.... lui .seul..... In com prends?.... Tienuette. Oui, madame!.... (A part.) La jeune peiulre!.. ah.bien,' je n'avais pas songé à celui-là! (Elle tort.) Scène II. MARION, seule. A ce battement de coeur précipite, je Crois décidément que je n'aime pas Cinq-Mars.'.... et si ce n'était son Crédit, son pouvoir, et Surtout Sa jalousie..... qui me lait des peurs!.... (Avec contplnitnnct.) Cest qu'il-«si vraiment fort bien, ee jeune Léonard!.... De la gf&ce, «le l'esprit., de la vivacité..... et, ce qui m'enchante, pas un j;raiu de raison !.... «'t puis ce langage passionné, cet amour mystérieux d'un jeune homme obscur qui n'a rien «pie son talent, cela me parait nouveau, piquant..... cela me s«u-t des grands Seigneurs!.... cVst toujours cela de gagné. (Regardant au fond.) Qu'est-ce qu'il fait donc':'.... c'est mol qui attends.'.... moi!.... «'est la première fois! (s asseyant près de la table.) Je lui revaudrai cela plus tard. (Ouvrant machinale- ACTE L SCENE III. nient une tjuzclle.) Voyons les nouvelles de cour. (Elle la par- i nurl des yeux,') „Bal masque à l'embassade d'Espagne." Cinq- Mars ne veut pas m'y conduire..... mais j'irai. (Lisant.) ..('liasse royale." C'est fort intéressant! „Des présentations 8lL,Palais- Cardinal..... le marquis de Senneterre!...." l'A elle-même.) Je connais ce nom-là!.... Eh! oui! c'est ce jeune cousin de La Perte, doill il nous racontait le mariage! une riclie héritière de Bretagne!..- des amours de roman!.... Après la cérémonie, n'ont-ils pas été se renfermer tons deux dans un vieux château, d'où ils ne devaient jamais sortir!.... (En riant.') Il parait que le marié a déjà assez du tête-à-tète! il a raison, c'est mortel.... (Elle a pris une autre gazette.) On le dit joli homme, ce Sen- neterre.... C'est dommage que La Perte ne soit pas ici; il me l'aurait amené. Bon! il viendra peut-être tout seul..... (Jetant les yeu.r sur la gazette qu'elle tient.) Que vois-je là! mon nom dans la Muse historique de Loret. (Elle lit.) „Pe ee mois la double nouvelle „Canse un égal étonnement: „Son l.minenre a La Rochelle, „Et Malien n'a pas d'amant!" (Haussant les épaules.) One ces gar.ctiers sont ridicules! Aller mettre une nouvelle qu'ils seront obligés de démentir le Lendemain! (Ecoutant nu fond.) Ah! cette fois, c'est lui! c'est Léonard ! ' Scène III. MANON, SENNETERRE, eu coutume Iris-simple. Kenncterrc, avec empressement. Marion ! je vous revois enfin!.... j'étais d'une impatience!.... Marion, d'un n ir piqué. 11 y parait, monsieur. Keuneterre. Vous m'attendiezV.....le suis confus, défes père!.,.. Un maudit importun, que j'aurais voulu jeter par la fe- ..... part.) Malheureusement c'était mon oncle, et je De pouvais pas décemment..... marion. Et quelles affaires si graves..... kenneterre, hésilanl. DeS affaires de famille, des embarras!.... un événement qui peut changer toute ma position, si je réussis!.... 1 Marion, souriant. Vous avez fait quelque escapade, quel •l u c sottise de jeune homme? Kenneterre. line sottise?.... « est possible!..-. (<» pari) en "ic mariant, morbleu!.... (Haut.) Mais tout peut su reparer..... r. LA MARQUISE DE SENNETERRE. et bientôt..... (Lui prenant lamain.) I\Taîs parlons dé nous, chère Marion!.... de mon bonheur, de mon amour..... Mariait. An contraire..... n'en parfont pas..... si nous voulons que mon portrait s'achève!.... Voilà dix séances que je vous donne, et vous n'avez pas fait un trait..... Senneterre, à part. Je crois bien!...- je ne sais pas tenir un crayon ! Marion. Je n'entends pas cela!.... Ainsi prenez vos pas tels, monsieur!.... débarrassez-vous de votre épée!.-.., («Ile lu lui ùle, et la jette sur un fauteuil an fond à i/inu/ic) et faites moi bien jolie..... tout de suite..... je le veux!.... Senneterre. Mais..... Marion. Je ne vous écouterai pas que mon portrait ne soit lini..... | Senneterre. Miséricorde!.... c'est d'une barbarie?!.... Marion. Allons, ne faites pas la moue! Si vous êtes bien sage.....je vous dirai quelque chose. Senneterre, vivement. Quoi doue? Marion. J'ai pensé à votre avancement!.... et je veux vous faire commander un grand tableau pour le Palais-Cardinal. Senneterre, tffral/i. A moi!.... (se remettant) un artiste inconnu! Marion. Qu'importe!... avec du mérite!.... et vous en avez, j'en suis sûre! Vous n'en auriez pas, d'ailleurs, qu'avec des protections..... cela revient au même! J'ai déjà chargé le commandeur de parler pour vous. Senneterre. Qui '!.... ce brave M. Gaucher de Lonjurneau?... Marion. 11 est très en crédit à cause de ses talens militaires. Senneterre; souriant. Ses talens?.....le ne lui croyais que celui de se faire battre! comme cela vient encore de lui arriver (levant La Rochelle. Marion. Justement !.... (t'est ce qui fait sa fortune. Senneterre. Hou! Marion, en confidence, ("est. un secret d'état qu'il ignore lui-même 1.... Pottt se rendre indispensable cl rehausser le prix de ses succès, Richeliea a besoin quelquefois de les faire précéder (l'uni! défaite, qui soulève les craintes cl donne plus d'é- clal au triomphe qu'il s'est préparé!.... Dans ces cas-là, c'est le bon ••ominandcur qu'on lait entrer en campagne..... Oh! mon Dieu! on n'a rien à lui dire..... il est battu dès qu'il si! présente..... ça ne manque jamais!.... Vous sentez qu'on ne peut rien refuser à un homme aussi sur!.... et si mon périrait est bien ressemblant!.... a(ti: i scÉNte lai. 7 sentieterre, l/rnsi/uemcnt. Votre portrait. madame, je ne le ferai jamais!.... IVInrien. Pourquoi dlJWiî Senneterre, avec véhémence. Parce que..... barbé que je ne le veux pas!.... non que je ne sois capable..... comme un autre! Certainement!*.. (Tendrement.) Mais quel est le peintre qui oserait se flatter de reproduire laut il'altrails, tant île eliar nies'! 1 .... ce regard à la lois si doux et si malin, ee sourire ènl- vrnnt, cette bouche adorable dont il faudrait saisir eliaque mot, i liaque parole, pour l'aire eoinprendre tout l'esprit qui l'anime? e'est là OC qui est au-dessus de tout pouvoir liumain!.... et du premier jdaï que je vous al vue, moi, j'ai tout oublié!.... mon ail, mes pinceaux, pour ne songer qu'à mon amour!.... Je n'ai tenté de me rapproché» de vous «pie pour vous dire que je mourrais si vous en aimiez un autre—que je mourrais si vous me repoussiez..... (pie je mourrais..... mnrion, souriant. Eh bien! vous n'êtes pas mort? «cimeterre. Non.... mais cela viendra! quand jp pense aux hommages qui vous entourent..... Mnrion. Cela vous inquiète? «cimeterre, hésitant. Ecoutez doue, vous êtes si bonne! on assure que vos amans restent toujours vos amis! lllarion. Et le nombre de mes amis vous effraie? «cimeterre. Je l'avoue!.... ee Villareeaux! Hlnrlon. Un lai ! «cimeterre. Le surintendant des finances! .TSurion. Un esprit lourd..... Comme ses impôts. Seiincterre. Hrissac!. .. Uni-ion. Fi doue!.... un bomme marié!.... Je le.- ai eu horreur. «cimeterre, à part, Oh! que j'ai bien fait!.... si elle se doutait que le man|iiis de Ncnncterrc..... Mnrion. Quoi! Xr.metcrre. liien!.... Mais ee Cinq-Mars, dont la présence continuelle..... Marion. Non rang me défend de lui fermer ma porte; mais je ne crois pas ou'il se vanle de l'accueil qu'il reçoit. «cimeterre, l'ard.....rez moi, il s'en vante!.... hier encore, dans nu souper avec IMarsillac él IScaulort, il publiait haute ''u ni que vous n'aviez plus (Te rigueurs pour lui. MmH'ém, outrée. Ouelle indignité! .i. Et vous le croyez/ «cimeterre, avec amour. Non! non!.... je ne veux croire •r" 1 ' vous! Mais jurez moi qu'il se glorifie d'un bonheur iniani ■••le, qu'il n'a aucun droit sur votre coeur..... et...... Mnriuii, finement. Ah! prenons gardé! Vous jurei quèM S LA MARQUISE DE SENNETERHE. Je Cinq-Mars n'est pas mon amant, mettre du prix à vous le prouver..... ne serait-ce pas vous dire que je vous aime? Senneterre, transporté. Oui, sans doute , et je n'attends que cet aveu pour vous dévouer ma vie!.... îSi vous m'aimes, Marion, je brise tout ce qui me sépare de vous!.... j'en ai les moyens..... dites mi mot! un seul! Marion, à part, en le regardant avec tendresse. Ma foi, j'en ai bien envie, et..... (Prêtant l'oreille avec e/l'roi.) Ecoutez! Senneterre. Qu'avez-vous? Marion, montrant la petite porte secrète. On a marclié dans ce couloir: cette porte..... Senneterre, voulant y courir. Quelqu'un en a la clef? Marion, l'arrêtant. Quelqu'un qui ne peut porter ombrage à personne..... un vieillard, mais devant qui tout tremble! même le roi! Senneterre. Richelieu] Marluu, bas. Celui qui le rencontrerait ici serait perdu! Fuyez vite! Senneterre, entendant la clef tourner dans la serrure. Il ' n'est plus temps! Marion, le poussant sur le balcon. Là! là,'.... et pas un mot. (Le rideau de la croisée retombe; Marion M s'asseoir près de la toilette.) Scène IV, MARION, CINQ-MARS, entrant doucement par la porte secrète, SENNETERRE, caché sur le balcon. Cinq-Mars, sans voir Marion. Parbleu! il n'y a rien de tel que de surprendre les gens, et je vais..... Marion, à part. C'est Cinq-Mars! (tlaul.) Où allez-vous donc, monsieur d'Efliat? Clnq-Mara. Ah! diable! je n'avais pas vu. (Haut et crin tant de rire.) Ali! ab! ah{ je t'ai fait peur, ma belle, hein?.... Marion. Moi! non..... mais qui vous a donné cette cleff Cinq-Mars. On ne me l'a pas donnée, je l'ai nrise..... Marion. A qui donc? Cinq-Mars. A quelqu'un qui la tenait de toi, friponne ! Marion, Comment? Cinq-mars. Oh! c'est une aventure impayable, et dont on ferait rire le roi lui-même, s'il pouvait jamais rire..... Imagine-toi que ce vieux cafard de cardinal..... ACTE I. SCÈNE IV. !) .ttarion, effrayée, (hl'est-ce que vous dites? Cinq-mnrs. Hall! il n'est pas là..... c'est bien le moins qu'on se dédommage en son alisenee. Ce damné hypocrite, ilone, nie fait appeler ce malin, pour m'ailcesser la plus belle mercuriale..... sur Certain mariage avec une «le ses nièces..... que je liais aussi cordialement que lui-même.....sur mes folies, mes assiduités auprès d'une personne que tout homme qui se respecte et qui a l'Iionncur d'appartenir au roi ne devrait jamais fréquenter. {Mouvement de Mttritm.') C'est le saint personnage qui parle. Tandis qu'il continuait..... avec une complaisance et une onction tout-à-fait édifiante!..... nies yeux distraits, qui erraient à l'aventure, tombent sur l'étiquette d'une petite clef oubliée entre de vieilles paperasses*..... Je lis du coin de l'oeil: Petite porte de la rue des Tournelles. ,,Je devine; je m'en empare furtivement, et, abrégeant ma visite, je remercie le bon cardinal de ses sages conseils; je nie félicite d'avoir trouvé chez lui tout ce qui pouvait me maintenir dans le chemin de la vertu..... et je me sauve bien vite, de peur de lui rire au nez ! Marion. C'est une erreur.....jamais je n'ai donné..... Cinq-mars. Si fait! si fait!.... quand il venait te consul ter..... sur des affaires d'état..... Mais cela m'est égal, il ne quitte plus son fauteuil..... et je garde la clef. JTlarion. Pourquoi faire 1 Cinq-mars. Pour te surveiller, quand tu défends la porte de si bon matin. marlon. Encore jaloux?.... Cinq-mars. Non, non, je ne le suis pas, vrai!.... D'abord tu m'aimes, c'est convenu..... et si j'avais nu rival un peu se rieux, ce serait bientôt lini ! Si c'était un gentilhomme qui en valût la peine, je le tuerais, cela va tout seul..... Si c'était une homme obscur..... un homme comme tout le monde..... la Pas tille a de petites chambres fort commodes. mnrion, regardant le rideau et à part. Ah ! mon Dieu! {Haut.) Se faire aimer par lettre de cachet! Cinq-mars, smu iant. Je n'en ai pas besoin, n'esi-ce pas? jHarion. Je no dis pas cela. Cinq - mars. Mais tu le penses, et tu as raison, pane qu'enfin je n'ai pas un amour - propre ridicule, je me connais, mais je ne vois pas trop qui lu pourrais me préférer. Jtlarion , à pari, regardant le rideau. Au fait, il ne peut PU le voir. Cinq-mars. Sans compter que je ne me crois pas facile à tromper. marion. Oh! vous avez une pénétration 10 LA MARQUISE DE SENNETERRE Cinq Mnrn, t'oMtfpant près de la table. J\ou ; mais je me remis justice. Marion, h part. Allons, le voilà' qui s'établit..... rl ec jiauvre Léonard..... Cinq-Mars, l'uhsernant. Décidément, lu parais contrarié* ..... tw voulais être seule} IHarion. PeUt-ëtDol Cinq-Mars, tendrement. Fou» penser à moi* ITIarion. Non. Cinq-Mars, d'un air de dmile. Iluin!.... Marion. Vous savez que je suis la Irani liise même. Cinq-Mars, se levant. Alors, lu attendais quelqu'un!' Clarion. C'est possible! Cluq-Mars, s'animant. Je saurai (|iii. Marion. Cherchez. (Avec intention.) l'eut - être ce jeune peintre..... Cinii .UnrH. M. Léonardî„.. Oh! ce n'est pas celui-là qui m'inquiète. Clarion, a part. C'est toujours comme cela. {Haut.) Je le trouve très-bien. Cinq-Mars. Ta, ta, ta!.... c'est pour me donner leAangej mais je ne suis pas dupe, et j'épierai si bien les démarches..... (l ouant Marion le regarder en silence.) Qu'est ce que c'est que cet air lus légère faveur!.... Marion, riant au.v celais et se renversant dans son fauteuil. Ab! vous êtes charmant!.... Sennetcrre, soulevant un peu le rideau t/ui retombe aussi tôt. Qu'ai-je entendu? Cinq-Ma™, à Marion. Eli bien! voyons.'.... tu me pardonnes 1.... Marion, se levant. De toute mon ;une!.... vous y avez mis tant de grâce!.... [Elevant la voix.') Kl .j'espère maintenant que votre parole doit Convaincre les plus incrédules. Ct«q»M ar h , frappé. Que dit-elle?.... (vivement.) Soi que j'étais!.... il y a quelqu'un caché près de nous. Marion, alarmée. Comment monsieur? t'inq-Mnrfl, furieu.r. Malheur à lui!.... (t'ourant à la porte à gauche.) Dans cette chambre peut-être?.... non!.... (Itci/artlanl la fenêtre.) Mais ce rideau'! 1 .... Marion, à part. O mon Dieu! (Haut.) Si vous y >c- gardestt... Cinq-Mars, levant le rideau. Personnel Marion, h part. Il a disparu..... au risque de sa vie! ah! que <-'cst bien!.... (liant et après un silence.) Avez-vous trouve, monseigneur î ■Jk"Ê ■ ia I.A MARQUISE DE SENNETERHE. '»'» nir tirave.) Vous sentez, mon enfant, qu'il faut me parler comme à votre confesseur. Ki LA MARQUISE DE SENNETEBRK. Henriette , souriant. Ce n'est pas tout-i-fait la même chose cependant, Clarion, île infime, Mon Dieu , si!.... Jo ne vous demande pas voire nom, celui de votre amant..... Quand on vient chez Mario* avec tant de mystère..... (Geste d'Henriette.') Vous craignes votre famille?.... c'est bien! c'est tout simple, ça ne me regarde pas, eC j'ai trop de générosité pour vous faire payer le service que je veux vous rendre. Mais voyons un peu: la coipiette qui vous l'enlève, vous n'avez pu découvrir..... Henriette, naïvement. Pas encore; il parait qu'il y en a beaUMap à Paris ? Marlnn. ("est effrayant] surtout depuis que les daines de la cour s'en mêlent Henriette. Oh! ce doit être la plus redoutable! peut-être mademoiselle de Lenclos! Mnrfun. Hum! nous aurions de-la peine alors..... l'esté! Ninon! c'est le grand cordon île l'ordre!.... N'importe, eontez- inoi tout..... Contaient cela a-t-il commencé? Il vous aimait d'abord éperdumentî Henriette. Ah! il semblait ne respirer que pour moi; et jugea si j'étais heureuse de sa tendresse, moi qui, élevée dans la retraite, au couvent, n'avais aucune idée d'un sentiment si doux et si nouveau! Aussi, dans la crainte de perdre un seul instant de notre bonheur, j'éloignais les importuns, je ne recevais personne; nous étions toujours seuls. Clarion. Voilà déjà une faute capitale. Henriette. C'était pour lui plaire..... Au bout de quelques mois cependant, il me sembla distrait, rêveur; il s'absentait souvent pour régler des comptes avec ses fermiers. Horion, h part. Ou avec ses fermières; Henriette. Alors je ne le quittai plus; cela lui donna de l'humeur; il devint brusque, emporté..... il critiquait sans cesse mon esprit timide, mes manières gauches. ,|o pleurai, il se fâchai.... Alors, je l'avoue, dans mon désespoir, je perdis patience; pour la première fois je me plaignis, je l'accablai de reproches! Il s'écria qu'il ne pouvait plus vivre ainsi. „Ni moi plus, lui dis-je, je suis trop malheureuse!...." Le croiriez - vous, madame? il partit pour Paris, et au bout de trois mois, une seule lettre!.... une seule! qui me déclarait (pie nous nous étions trompés, que nos caractères ne se convenaient pas, et (pii osait me proposer..... Harlon. De tout rompre? Henriette. Oui! une séparation!... (A part.) Il l'avait Binée, l'ingrat!....- Je la lui ai renvoyée. (Haut.) Je répondis que je n'y consentirais jamais, que je l'aimerais toujours, et / ACTE I. SCÈNE VII. 17 <[uc son ingratitude no pourrait éteindre un amour qui ne finirait qu'avec moi! Maritm, se levant. Ah! fuelle école!.... Assez, assez, ma chère, je connais la cause de vos chagrins, Henriette, interdite. Comment! vous savez?,.., Mnrion, baissant la voix. Sans doute! vous l'aimiez trop. Henriette. Et le moyen de le ramener? Marion. C'est de l'aimer moins. Henriette. Il n'y en a pas d'autres ?.... celui-là serait trop difficile. Marion. Il faut le feindre!.... Voyez-vous, mon enfant, les hommes n'ont de constance que pour les femmes qu'ils craignent de perdre. Le trésor le plus précieux, fût-ce l'amour d'un ange, n'a plus de prix pour eux dés qu'il en sont certains; niais qu'ils soient inquiétés dans leur possession, et le trésor leur redevient plus cher que jamais. Henriette. Ainsi, vous pensez que j'aurais du..... Marion. Ne point vous isoler; recevoir vos amis, vos voisins, vous entourer d'adorateurs. Henriette. J'entends liien.....mais où en trouver des ado râl eurs ? Mnrion. Partout! il y en a toujours..... Un sourire, un regard, lancés à droite, à gauche. Tant pis sur qui ça tombe ..... on prend ceux des autres. Henriette. Elles doivent jeter les hauts cris ? Marion. C'est là le joli ! Règle générale, ma chère, entre femmes point de pitié!.... on s'embrasse et on s'enlève un amant: c-est reçu Henriette. Ah! quel monde horrible! Marion. Mais non; (''est le beau inonde. Henriette. Mais comment entretenir sans danger l'amour de tant dé personnes que l'on ne veut pas aimer; car on ne peut pas les aimer tous? Marion. Nous avons plusieurs moyens. D'abord (et ceci esf la base du système), au milieu de cette foule d'adorateurs, on en choisit un..... le plus insignifiant, mais d'une patience à toute épreuve..... qui est toujours là, prêt à profiter eu apparence du plus léger refroidissement de ses rivaux; sa vue seule entretien! les craintes, irrite leurs amours-propres, empêche les défections..... C'est ce que j'appelle l'épouvantait. Henriette. L'épouvautailmais son utilité doil le rendre plus exigeant? M^Bp. Non, parce que de sa nature l'épouvantai! espère '«"'jourWi n'obtient iainais. D'ordinaire, il est vieux et laid. IK LA MARQUISE DE SENNETERRE. Vous verrez le mien, le commandeur de Lonjumeau..... Il es! très- «:o n vena ble ! Henriette. 11 ne se décourage pas? Harion. Du tout,'.... c'est un souffre-douleur perpétuel!., c'est une place de confiance. Henriette, Et les autres, s'ils deviennent trop pressansî Horion. On les éloigne par une promesse, une querelle! ou on leur parle mariage!.... ça les calme tout de suite. Cela m'a parfaitement réussi avec ce pauvre Cinq-Mars. Je lui ai signifié que je ne lui appartiendrais que lorsque je porterais son nom..... il a eu une peurs'il m'avais prise au mot, j'é tais perdue. Après cela, il a mille autres petites ruses: les larmes, les éclats de rire, les spasmes, les migraines, les éva- nouissemens...... Henriette, étourdie. Ah! comme c'est compliqué..... jamais je ne m'y rceonnaitrai. Horion, souriant. Bon! avec des dispositions..... et vous devez en avoir! Des yeux comme ceux-là. Henriette. Ce n'est pas la bonne volonté qui me manque; mais comment retenir tant de détails? Harion. Oui, je conçois..... si vous pouviez me voir agir, on saisit bien mieux..... Q'rappée d'une idée.) Eh! mais qui vous empêche de passer la journée avec moi? Henriette, troublée. Ici?.... chez vous? Horion, Pourquoi pas? Vous n'êtes connue de personne à Paris. Je vous présenterai comme une jeune dame «pic j'attendais de Lorraine et dont le voyage est retardé. Henriette, avec embarras. Oh! non! je ne puis.....jeerain «Irais d'abuser..... Horion. Du tout, ce sera charmant !.... D'ailleurs je me suis prise d'affection pour vous, et je ne veux pas laisser voire éducation incomplète. Un tour à la Place-Royale, ce soir le bal masqué, cela vous avancera beaucoup!.... Vous me verrez au milieu de ma cour, «'onime je gouverne tout cela, comme je maintiens l'équilibre..... car l 'd a â entlel est de ne jamais perdre un seul de ses sujets. Henriette. Mais ceux qui s'impatientent..... qui menacent de s'en aller?.... Harion. On leur ouvre les deux battait», et. ils restent. Le C'ommanileur, en dehors. Je vous «lis «pie je lui par lerai. Harion. Eh ! justement..... tenez, en voilà un «mi vient me faire une scène. Henriette. Vraiment?.... ohl je serais curieuse^. Harion. Vous allez voir! ACTE I. SCÉNK VIII. 19 Henriette, voulant sortir. Non.....je m'en vais. Mnrlon, regardant. Restez donc; le voici.....cela se trouve très-bien. C'est le commandeur «le Lonjumeau. Henriette, regardant. I/épouvanlail ? Ah! quelle figure renversée ! Marion. C'est qu'il est dans son mauvais jour.' Il va me «lire que sa position n'est pas tenable. Scène VIII. Les Mômes, LE COMMANDEUR. le Commandeur , d'un air furieux. Oui, palsamhlcu ! je veux lui déclarer!.... (Apercevant les dames.) Ah ! diable! elle n'est pas seule. Marion. Vous voilà, mon bon Gaucher, mon vieil ami?... Qu'avez-vous donc? je vous trouve un air singulier. Jjc Commandeur, s'excitant. Ce que j'ai, Marion! ce que j'ai..... marinn, l'interrompant. Saluez d'abord madame de Failly, fue j'attendais de Lorraine. Henriette, las h Marion. Madame de Failly!.... moi? Marion, bas. Cela vous donne une contenance. Ko Commandeur, saluant et bas à Marion. Je me suis doute que c'était elle! Marion. Vous êtes fort en physionomies!.... mais cela rend pas la vôtre meilleure. Qu'y a-l-il doue? le Commandeur. Il y a, Marion..... que la position n'egl plus tenable, et je viens..... Marion. A propos ! pendant son séjour, madame de Failly aura besoin d'un chevalier.....je vous donne à elle. le Commandeur. Vous me donnez!.... (A part.) Je né souffrirai pas..... Marion, bas h Henriette, Répondez donc un mot. Henriette, h part. Allons, me voilà engagée..... (An commandeur.) 3c serais bien heureuse, monsieur, de me trouver sous votre sauvegarde. le Commandeur, avec empressement. C'est, moi, madame, qui suis trop flatté..... Henriette, bas H Marion. Ce serait donc aussi mon épouvantai!? Marion, 6ns. Oui, il peut servir pour (Jeux. I"0 Commandeur, reprenant sa colère. Mais le procède «on est pas moins outrageant! La bombe éclate enfin..... Henriette, c/frayée. Monsieur!..- 2* 30 LA MARQUISE DE SENNETERRE lie Commandeur. No soyez point effrayée, madame: l 'est l'habitude des camps. Je vous le répète, Marion, la position n'est pas..... Marion, l'interrompant. Avez-vous pensé à ma nouvelle parure? lie Commandeur. On vous l'apportera demain, niais..... Marion. Et Léonard!.... Pavez-vous recommandé! te Commandeur. Je l'ai fait mettre sur la liste desjeu nés peintres que l'on enraie à Rome! mais..... Marion, vivement. Ce n'es! pas cela! qui vous parle île l'envoyer à Home? vous êtes d'une maladresse!.... t,e Commandeur, hors de lui. Ah! si vous rroyez qne j'ai la (été à moi!.... j'en fais juge madame. Après ma déroule «le Flandre, M. le cardinal me dit de ne pas n'inquiéter, qu'il savait pourquoi; il me donne un régiment de lansquenets que je mets à vos pieds..... vous restez insensible!.... bien, dépars pour Moatauban, chargé d'y faire entrer un.convoi que M. de Itohan surprend dans un défilé; pas un de nous n'échappe, obligés de nous rendre!.... C'est un des beaux faits d'armes dont j'ai été témoin! Mais son Emmenée savait encore pourquoi..... elle me donne le bâton de meslre-de-eamp que je VOUS apportai et vous me renvoyez indéfiniment! Oue diable! je ne sais plus que faire, moi..... On n'a pas toujours des occasions d'avancement? 'a fortune peut se lasser de me favoriser. Aussi, mon partie est pris; puisque rien ne peut vous Héchir, puisque rien ne peut toucher ce eoeur de marbre, je pars, je me retire dans ma terre de la Gauclierie.... Du moins, j'y vivrai seul, et je ne verrai plus une ingrate qui ne compte pour rien dix années de services et de dévouement. Henriette, bas h Maritm. Pauvre homme!.... il me fait île la peine. Mario», lias. Ah! si vous vous apitoyez, nia chère, vous êtes perdue. Henriette, bus. Il ne faut donc pas ? Marion, bas. Jamais! D'ailleurs il n'a pas envie de s'en aller. Autre règle générale: il faut toujours croire le contraire de ce qu'on dit (Haut et d'un ton se<:,) ("est bien, monsieur, c'est bien!.... Vous voulez me quitter? je ne vous retiens plus! partez. IiC Commandeur, un peu. inquiet. Je ne dis pas précisé ment..... aujourd'hui..... Marion. Mi fait! le plus toi sera le mieux!.... (avec un soupir) pour moi-même'.... te Commandeur. Comment? Marion Brisons là! Je croyais avoir un ami * ACTE V SCÈNE VIII. 21 Le Commandeur. Mais.» . certainement!.-.. Marion. Un ami sur, à qui je pouvais confier mes peines les plus secrètes..... Le Coinmaiidriir. C'est vrai !.... elle me disait tout. Marion. Je me suis bien trompée suc votre compte. Le Commandeur. Cependant vous ne pouvez douter..... Marion. Moi qui me faisais des reproches!.... qui Me ré pétais souvent: „Ce pauvre Gaucher! c'est celui-là qui mérite d'être aimé... . et un jour viendra..... certainement..... „Deman dez à madame ce que je pense de vous. Henriette, embarrassée. Moi! lie Commandeur, à Henriette. II serait possible!.... quoi! madame !.... Henriette, hésitant. Je ne puis nier, monsieur..... qu'on m'a beaucoup parlé de vous. lie Commandeur, transporté, Marion!.... Marion, jouant la colère. Mais maintenant je vous déteste ..... Allez-vous-en. Le Commandeur, h ses pieds. Ail! Marion! Marion ! je • s »is un misérable..... un monstre.... Accablez-moi des noms les plus odieux..... je les mérite toits..... mais ne me retirez pas une affection qui m'est plus précieuse que la vie! Marion, d'an air languissant. Vous ne la méritez guère! Le Commandeur, tendrement. Si, Marion! Marion. Me donner de pareils chagrins] Le Commandeur. Je vous les ferai oublier..... par une Soumission sans bornes! Marion, soupirant. Ali.' qu'on est faible avec les gens qu'on aime! (Au commandeur.) Relevez-vous, monsieur, el une autre lois n'abusez pas de l'empire que vous avez sur moi. Le Commandeur, lui /misant la main. Ah! Dieu!.... Henriette, bas à Marion. C'est étonnant, comme ça pa rail facile. Marion, bas. Avec lui!.... mais il y en a d'autres..... Qu'est-ce que j'entends là? Voyez donc, commandeur. Le Commandeur, à la fenêtre. Une foule d'équipages brillans qui se rendent à la l'Iace-Royale. Marion. Eu effét, voici l'Iicurc de la promenade; je ne puis y manquer. (A ftenrïfttt.) Vous venez avec moi ? Henriette, bas. Oli! non, non, je me sauve. Marion, bas. Impossible maintenant; vous ne pouvez plus "le démentir..... vous voilà présentée Henriette, bas. Co.....lejll? Marion, bas. Et je veux vous servir maigre vous. {AfP* '"«'.) Holà!.... appelez donc Tieunette, commandeur. 22 LA MARQUISE DE SENNETERRE. Henriette, Mais.... I.c Commandeur, avec empressement. Tiennettc ! Tien- Dette I (Tiennelte parait h In porte.) marion, <» Tiennelte. Conduisez Mad. do Failly..... vous ôlercz sa niante, vous relèverez ses cheveux..... Henriette, las. Mais écoutez..... marion. Allez, mon coeur, je vous attends. Commandeur, donnez donc la main. Ce Commandeur, donnant la main h Henriette. Oh ! pardon! Henriette , h part et toute troublée. Eli bien! me voilà entraînée malgré moi! Dieu sait qu'il n'y a pas de ma faute, et si je lais mal, c'est sur mon mari seul que le blâme doit retomber. {Elle suit Ticnnetle, Marion la suit jusque sur le seuil de la porte et lui fait des recommandations.) Scène IX. MARION, LE COMMANDEUR. Ke Commandeur, h part. Pauvre Marion! elle ne m'a jamais si bien traité! et sans ce maudit Cinq-Mars, et puis (Jrammont, et puis..... Si je pouvais les écarter tous, peu à peu je finirais par arriver..... lentement et après mille traverses! mais j'arriverais. marion, « part et près de la porte. El ce Léonard qui ne vient pas. (Apercevant smiepéc.) Ali ! son épée que j'oubliais! I/e Commandeur, a part. J'ai déjà parlé d'une ambassade pour Grammont ; j'ai poussé au mariage de Cinq-Mars avec la nièce du cardinal, et quant au petit peintre, que personne du soupçonne et qui est peut-être le plus dangereux..... Elle a beau dire, si on pouvait l'envoyer à Rome..... Je n'ai rien vu de lui; mais je me ligure que c'est un jeune homme de la plus grande espérance. Marion, venant à lui avec l'épee. Homme injuste! qui nie cherchiez querelle au moment où je m'occupais de vous..... Tenez, mon chevalier ... lie Commandeur, regardant l'épee. Que vois-jeV une pa reille laveur! marion. Que tout le monde l'ignore!.... la moindre indiscrétion..... ■ Ce Commandeur. On m'arracherait plutôt la vie ! marion. Très-bien! {A part.) C'est Léonard! lie Commandeur, h part. Ravissante créature! ACTE L SCÈNE XI. M Scène X. Les Mêmes, SENNETERKE, entrant par le fond. Tlorlen, 6ns et allant h lui. Vous voilà enfin ! Senneterre, 6ns. Ah! Maiïon! je suis le plus heureux 'les hommes! depuis que je vous ai entendue..... (montrant le rideau) là..... que j'ai la certitude d'être aimé! je n'ai pas perdu une minute pour vous consacrer ma vie!.... J'ai vu des geris de loi..... Marlon, étonnée et riant. Perdez - vous la tète?.... Qu' avons-nous besoin de gens de loi ? Seimctcrrc, de même. Oh ! oui, vous ne pouvez me comprendre!.... un secret..... une résolution..... Il faut absolument que je vous parle, que vous m'accordiez un rendez-vous; c'est très-sérieux..... Jlarion , souriant. Oh! je m'en doute. (Montrant le commandeur.) Chut! lie Commandeur, l'apercevant, En voilà déjà un!.... D'où" sort-il?.... (liant.) Bonjour!.... bonjour, mon cher!.... enchanté ..... J'ai vu le cardinal..... quand vous voudrez aller à Home..... Senneterre, h part. Qu'est-ce qu'il veut que j'aille faire à Home? Clarion. C'est bien, commandeur!.... Cherchez donc mou éventail..... (Le commandeur remonté la scèiie.) fcenneterre, bas. Où vous verrai-jc?.... lUurlon, 6ns eP regagnant sa toilette. Ici même!.... ce soir ..... ee sera facile..... Justement Cinq-Mars est de service au Louvre jusqu'à demain, et..... Senneterre, bas. Ah! il est de service..... à merveille! Cinq-Mars, en dehors. C'est bien!.... c'est bien!.... que ma voiture attende!.... Heniictcrrc. Qu'enlends-je!.... c'est lui! Mariun. Ah! mon Dieu!.... qui peut le ramener?.... le Commandeur, Je voyant. A l'autre, à présent!.... Monsieur de Cinq-Mars!.... Scène XI. Les Mûmes, CINQ-MAKS. Cinq-Maru, «<•'»'. Moi-même, cher commandeur!.... On 08 '"'attendait phis?.... voilà comme je suis!.... j'adore les surprises, moi!.... ça fait tableau!.... (A Senneterre.) N'est-ce pas. '"O" petit Michel-Ange? ' 34 LA MARQUISE DE SENNETE1ÎUK Senneterre, h part. Que le ciel le confonde! Mnrion, avec un sourire forcé. Ah! que c'est aimable à vous! Vous m'aviez fait craindre que l'on ne vous vît pas de la journée Cinq-Mars. Oui, tout est changé; une grande chasse à Rueil, chez le cardinal; le roi est déjà parti, et comme j'avais quelques heures à vous donner, ma toute belle..... (h part) j'ai voulu voir si l'épée au nwud d'argent..... Celui qui la perte, d'abord, je le tue. (Haut.) Vous alliez sortir? Mario». Mon Dieu, non! c'est-à-dire le hasard, une jeune dame de province qui m'arrive et qu'il faut promener. Cinq-Mars. Ah! cette dame (pie vous attendiez, elle est ici Y Marlon. Oui, Mme. de Failly. Elle répare le désordre! de sa toilette, elle est si impatiente de voir Paris! Cinq-Mars. Nous lui en ferons les honneurs! Comment donc, une jolie femme, à ce qu'on dit, cela nous regarde, c'est dans nos attributions! lie Commandeur, passant h In droite de Scnnetcrre. Il est d'une suffisance!.... Cinq-Mars, à part, en passant près de Senneterrc. Le petit peintre n'a point d'épée, ce n'est pas lui, je m'en doutais. (Apercevant l'épée du commandeur.) Oh! le vieux commandeur, c'était lui. (Il rit en le reijardant.j Ah! ah! ah! ah! lie Commandeur, le reijardant h part. Qu'est-ce qui lui prend? Il a un air goguenard! (lias h Scnnetcrre,) Je ne peux pas soulfrir cet homme-là! Senneterre, bas. Et moi donc? (Remarquant son Me.) Eh! mais..... commandeur, qui vous a donc donné cette épée? lie Commandeur, reculant. Hum! jeune homme.....chut!.. une pareille question!.... Marlon, bas à Senneterrc, Cinq-Mars l'avait vue! Senneterre, h part, .le comprends ! Cinq-Mars, riant plus fort. Dites donc, commandeur, qui vous a donné cette épée? Le Commandeur, outrée. Encore! Cinq-Mars, riant toujours. Permettez que j'examine..... lie Commandeur, la main sur la garde cl regagnant lu ijauche. Arrière, monsieur de Cinq-Mars! on n'y touche (pic- par la pointe. Cinq-Mars, riant plus fort cl à lui-même. Oh! oh! (h part) c'est bien elle! (Bas à Sennelerte.) Etais-jc simple de m'inquié ter! J'avais vu cette épée sur ce fauteuil, et je m'étais figuré Senneterrc, riant aussi. Ah! ali ! ah! très-bien ACTE I. SCÈNE XII. 25 Cinq-Mars, éclatant. Il l'aura oubliée hier soir; l'habitude de la laisser dans tons les coins! Senncterrc, riant l'hts fort., C'esl cela: Mai ileux, île même. Aii ! ah! \ «h! te Commandeur, choqué, Qu!est-ce qu'ils oui donc? Hum!.... finira mal, monsieur «le Cinq-Mars. Mario», l'interpolant. Messieurs! messieurs! voici ma ilauio do Failly. Scène XII. Les Mêmes, HENRIETTE. Marion, allant h elle. Venez Commandeur. Je m'en charge. Je ne sais pas ce ([lie c'est; mais je l'appuierai de toutes mes forces; liez-vous à moi. Scimctcrre, à part. A merveille! Henriette, a pari. Et maintenant que j'ai pris mon part. ..... commandeur, une visile indispensable..... Vous serez assez lion pour me donner la main jusqu'à ma voiture? lie Commandeur, avec empressement. Trop llatlé..... ne suis je pas voire chevalier? Henriette, .le n'en veux pas d'autre!.... Venez. (A part.) VA ce rendez-vous avec Marionl.... Ah! si j'osais!!! (A Senne- terre.) Monsieur, je vous salue. (Elle sort avec le commandeur.) Scène III. SENNETERRE, seul, après un silence. ("est elle qui l'a voulu!.... Je n'ai pas de reproche à me faire!.... j'ai mis tous les procédés de mon côté!.... Après tout, cela vaut mieux: nos fortunes sont distinctes, la sienne est considérable.....Nous vivrons très •agréablement, moi ici, elle là-lias, au fond de la Bretagne..... Mais a-t-on Idée d'une pa reille folie!.... s'introduire chez Marion! se lier avec elle! se donner Un ridicule!..... ces provinciales n'ont pas le moindre lael. Dieu merci! elle s'éloigne..... la voilà parti, et dans quelques heures, sans doute, elle sera sur le chemin de Bretagne Je suis libre, enfin!... me voilà redevenu garçon!.... comme ce mot seul vous fait respirer plus à l'aise..... Libre! libre de consacrer ma vie à la seule femme qui comprenne l'amour et dont la tendresse puisse vous donner quelque orgueil!.... la seule qui, tour à tour, vive, gaie, sensible, folle, spirituelle, malicieuse, vous oifre réunis tous les charmes, tous les attraits de mille femmes à la fois! Et c'est moi qu'elle aime! c'est moi!.... Marion..... Elle va venir ici!.... seule tous deux! cllo me l'a dit..... (Écoulant. ) Justement!.... c'est sa voix..... c'est elle..... (H regarde?) Encore ce ("inq-Mars!..... Ah! il faudra pourtant qu'elle rompe avec tous ces gens-là! (f s'assied près de la table.) ACTE II SCÈNE IV. 3) Scène IV. SENNETERRE, MAR10N, CINQ-MARS. Marion, A Cinq-Mars. Vous Oies insupportable. Cinq-Mars. Je te dis que tu l'as regardé en sonriant.. .. Marion. Grammont? Cinq-Mars. On Buckingham..... peut-être fous les deux. Marion, avec humeur. Vous rêvez!.... Cinq-Mars Alors pourquoi t'esquiver de la promenade? marin». Que vous importe? Cinq-Mars. C'est que tu avais donné un rendez-vous V Marion, avec impatience, Eli blenl oui, là!.... l'avais donné un rendez-vous ici, dans mon boudoir!.... (Montrant Léo nard.) à monsieur que voilà. Etes-vous coulent? Cinq-Mari*, étonné it regardant Léonard. Ali!.... le petit peintre!.... pour une séanec? (Passant près de Scnncterrc.) Vrai! vous l'attendiez? Sennetcrre, se levant. Avee la plus vive impatience. Cinq-Mars. C'est différent! (A part.) Elle en attend peut- être aussi un autre,' Dites donc, Léonard? Scnnetcrre. Monseigneur ?.... Cinq-Mars, bas. Rendez-moi un service..... ne la quittez pas, prolongez la séanec. SenncterrCj bas. Si cela peut vous obliger? Cinq-Mars, bas. Oui! entre nous, j'ai peur de quelque diablerie. (S'asseyant près de la table.) Ou reste, je ne pars pas encore, et je ne serai pas fâché d'assister. Marion, le regardant. Eli bien! vous restez là? Cinq-Mars. Pour voir où en est votre poitrail!.... Faites comme si je n'y étais pas; commencez toujours, ça m'amusera. Mario», avec humeur. Ou tout! vous nous gêneriez. Cinq-Mars. Je ue dirai rien. Marion. Je vous connais, vous n'y tiendriez pas! Et cette chasse à Uueil où l'on vous attend!.... Allons, allons..... parlez et envoyez-moi Tiennetta pour me recoiffer.... (Jias à tienne- terre.) pour faire défendre ma porte. " Cinq-Mars, se levant. Puisque tu le veux absolument.... Uievenant.) A propos, qu'est donc devenue Mail, de Pailly? Marion. Je vous le demanderais; vous lui donniez le bras. Cinq-Mars. Ma foi! dans un moment de cobuc où j'étais Wt inquiet de vos oeillades, je me suis approché pour entendre ce que vous disiez à ce petit mauvais sujet d'abbé de («ondy; elle a quitté mon bras ou j'ai quitté le sien, je ne sais M LA MARQUISE l)K, SENNETERRE lequel..... mais nous avons été séparés et je n'ai pu la rc- joindre. Mnrion. C'est joli! ou vous confiera tics dames, KM au ire fois!.... Kl moi qui l'ai invitée à souperI Cinq-lOtni-H. Oh! elle se-retrouvera..... rieu ne se perd à la Place-Royale. Savtz-vous qu'elle est charmante, cette petite femme?.... Henmeterre, d'un air indifl'értnt. I'ouh! Cinq-ï!Ii»rn. Pardonnez - moi ; j'ai causé avec elle. A Ira- vers son petit embarras provincial, on distingue du cliarme, de la grâce, de l'esprit. «cimeterre, it part. Il s'y connaît! JHnrlon, à Cinq-Mars. Mais allez-vous-en doue! cinq-Mur». Et un piquant, une malice dans ses observations! Je vous certifie que si elle peut parvenir à vaincre sa timidité, elle aura du succès! Klle a été remarquée, suivie..... et je ne serais pas surpris qu'un galant nous l'eût déjà enlevée. Scnneterrc, souriant à Mtiriun, iil si bien enlevée , je crois, que nous ne la reverrons plus. Vu 4'njct. annonçant. Madame de Paillyl Meiuietcrrc, étonné. Hein?.... Scène V. Les Mômes, HENRIETTE, eu loi/elle trèi-élégante. Cinq-Mars. Eli ! la voilà..... au moment où nous nous de solions. Sennetcrre, h part. Encore elle 1 Mnrion, assise it sa toilette. C'est vous, mon coeur! Henriette, allant a Mnrion. Pardonf j'étais si impatiente de me rendre à votre invitation..... (Tassant datant Sennclerre.) Mille pardons, monsieur, je vous dérange..... mais je désirais tant me retrouver près de celte elière amie!.... (.1 Marion.) Je viens de trop hoime heure, n'est-ce pas? c'est ridicule! C'est qu'en province on se réunit, toujours trois heures d'avance..... Ou aime tant à causer, à bavarder..... on n'a que* cela à faire! Cinq-Murs. Vous étiez sûre du plaisir que nous aurions Ions; vous le voyez à la joie générale. Seimoterre, à part. Morbleu ! mais qu'est-ce que Cela sig nifie? oser reparaître! Cinq-Mars, la faisant asseoir près de Marinn. Asseye/, vous donc..... Henriette, M souriant. Mille grâces! Marina Qu'ctes-vous donc devenue, nia belle! ACTE II. SCENE VI. Henriette. J'étais honteuse «le mon costume de voyage! J'ai été faire un peu de toilette..... {Bas.") comme vous me l'aviez conseillé. Marlon, bas. (''est clair! quand on veut combattre il faut îles armes Henriette, bas. Et je me suis dépêchée, car il y a du nouveau. Mnrion, avec curiosité et se rapprochant. Bah! contez - moi donc cela. Senneterre, h part, à Vautre bout du théâtre. Allons, il n'y aura plus moyen de dire un mot à Marion sans qu'elle se jette entre nous! Mais qu'est-ce qu'elle veut !' quel est son luit? lie Valet, annonçant. Monsieur le commandeur. Senneterre, à part. Bien! toute la ville !.... Scène VI. Les Mômes, LE COMMANDEUR. le Commandeur, mue dames. Ne vous dérangez pas, c 'e« moi. Clnq-Maru. Déjà revenu de l'audience (lu cardinal? le Commandeur. Il n'y en a pas eu..... un monde hor r 'l»le dans les salons..... Mais son Éttlinence nous a Ions con geaiés de la manière la plus gracieuse pour aller faire lès non ■•fera de Rueil à sa Majesté. Je n'ai en que le temps de lui dire deux mots Ça Marion) et d'accourir où mon coeur me rappelait, Marion. Je suis à vous, commandeur..... C'est que nous avons des secrels avec madame de Kailly. lie Commandeur. Très-bien 1.... (Bit regardant Henriette.) Diable! une loilelle du meilleur goût!.... Cinq Mars, « la droite de Gaucher. C'est ce que je rë marquais. Je parie que c'est pour moi quelle esl revenue si vite. Senneterre, h la droite de Cinq-Mars. Pour vous? lie Commandeur, h Cinq-Mars. Mad. de Kailly ?.... Ah! Vous voilà déjà, monsieur le conquérant ! cinq-MnrH, Hum! hum !.... elle me regardait tantôt..... Eh ,(, ncz, encore..... Senneterre, bas. Vous croyez? Cinq.jfiarH. Parbleu! elle a regardé de ce côté. ( I Se» neterre.) (; c np p C „j e ) re ( | lu , V()1IS ou mo j 5 ot ,. onl „i r ce n'est Pas vous, il est clair que c'est..... te Commandeur, piqué. \]h bien! et moi donc! ■«•pertfcin Ko. 253. 3 M LA MARQUISE Ï>E KENNETERRE Cînq-lWars, havjt&ml les épaules. Ah! commandeur. vira* m'affligez! Xlarlon, bas A Henriette et cnmme lui répondant. Vous l'a-. Ml>fM à I» promenade î Henriette, bas. Au bras de nta rivale! Xlarton. Quelle esl.-clle donc? Henriette. Je n'ai pas osé m'informer! Harlon, àns. El. lui, vous a-t-il aperçue! Henriette, Je même. AL! il faisait «ne ligure!™ Warion, rimit. Je la vois d'Ici! Senneterre, causaui avec Cinq-Martel (i^ncher. i\laisp<»i». d»s manières provinciales! te Commandeur. Dos Manières Jri^ distinguées ' Cinq XIar ». Certainement! Henriette, bas à Marinn. Mais c'est maintenant surjoui qoe j'ai besoin de tos conseil*! Je «nia 1« rencontrer dans us» ■salon___ Horion. Cest là le pis* facile, H faut trancher dan» J e vif. (Elles continuent a causer - liens un 'rendez-vous ! Senne terre. En une demi-heure? te Comnindcnr, jirennnl MM prise de tabac. 11 SB esl «capable! Cinq • mars, gaiment. Quand ce ne serait que pour réveiller jVlarion, qui s'endort singulièrement à mon égard. Senneterre, à part. Eh bien! je joue un joli rôle! mais je puis d'un seul mot.... Commandeur, celle demande que MM» de Eailly vous a conliée, vous l'avez eneore? Le Commandeur. «Soyez tranquille, elle est remise. Oli! c'est la première chose! Senneterre, « part, avec dépit. Qse m'importe après (oui! Elle n'est plus rien pour moi. CInq-XIare, m* dames. Ah ça! ma ehère Marion, vous accaparez Mme. de Eailly! Xlarlon, .se levant avec Henriette. Comment! vous n'êtes pas encore parti, vous? Cinq-XTars. J'ai une grande heure- devant snoi. ACTE II. SCÈNE VI. x; Henriette, d'un air chagrin. Vous allez nous quitter, monsieur de Cinq-Mars? Ah! e'«flst bien mal! Cinq-Mars, d'un air galant. Vous mettriez quelque prix à me retenir près de vous? Henriette, filalà sans doute! v Marion, muniront un fauteuil à Henriette. Commandeur, sonnez doue. Asseyez-vous là! mon coeur, tandis qu'on va me eoill'er. Et vous, monsieur Léonard, voyez ee que vous\oule/. placer dans mes cheveux, {lias.) Vous pourrez rester près de moi. Senneterre, bas. Non, je sors. Marion, tas. Je vous le défends. Senneterre, bas. C'est que vous ne savez pas ee que je; souffre! Marion, bas. Mon Dieu, si! je me mets bien à votre place ! C'est un moment à passer ; je trouverai le moyen de les renvoyer. (Ticnnette est entrée et arrange les cheveux de Marion ; Gaucher est près de Marion, cl semble donner son avis; tandis que Cinq-Mars cause avec Henriette, qu'il a fait asseoir h Vautre bout du théâtre, près de la table. Senneterrc est debout au milieu des deux groupes, et regarde du cèilé d'Henriette.'} Senneterre, h part. Je vois ee que c'est : elle veul ni'eni- barrasser, me mettre dans la position la plus fausse, la plus ridicule! Eh bien! morbleu, je brave lout, je ferai la cour à Marion devant elle! (S'asscgant près de Marion.) Je ne veux pas même m'apercevoir qu'elle est là! IIenriette } riant et à Cinq-Mars. Ah ! monsieur de Cinq- Mars, je ne crois pas un mol de ce que vous nie dites. Marion, à Senneterre. Ou'est-co que vous avez donc? "cimeterre, embarrassé. Rien. C'est qu'ils sont là à chuchoter ! Marion, las. Qu'est-ce que cela vous fait? Est-Ce que cela vous regarde? Henriette, haut et minaudant. Faire des complètes à Paris! moi, une pauvre petite provinciale, sans usage, sans expérience, qui n'a rien de ce qui peut séduire..... Eh! bon Dieu! que deviendrai-je au milieu de toutes vos belles dames, si «droites, si coquettes, qu'elles peuvent se laisser adorer par dix amans à la fois sans en aimer un seul; si spirituelles, qu'elles ne s'aperçoivent jamais qu'ells sont trompées; si sures de leur beauté, que tous les matins elles se font elles-mêmes leur visage. Cinq.niars, riant. C'est parbleu bien cela! "enneterre, h Marion qui se met du rouitc. Tiens, vous mettez du rou S c, Marion? 3* 36 LA MARQUISE DE SENNETERRE. Marion. t)h! très-peu. L,c Commandeur. Pour faire comme tout le monde. Cinq-OTarN, « Henriette. Et comptez-vous pour rien ce naturel, celte simplicité touchante? (Baissant la voix.) Je vous suis garant, moi, que vous tournerez toutes les tètes. 11 y en a déjà une de ma connaissance. Henriette, souriant avec coquetterie. C'est qu'elle n'est pas bien forte. (A Marion.) A propos, ma clière, je vais être voire voisine! j'ai arrêté l'hôtel qui touche le voire. Marion. Vraiment? Sennetcrrc, a part. Il ne manquait plus que cela! Cinq-mars. Vous vous fixez donc à Paris! Henriette. Tout-à-fait Je veux m'entourer d'un petite cercle de gens aimables. (A Cinq-Mars.) Je compte sur vous, monsieur de Cinq-Mars? Cinq-Mars, flatté. Comment donc!.... Henriette. Les poéics, les jolies femmes, des militaires surtout! J'ai une passion pour les gens de guerre. Le Commandeur, passant de son côte. Vraiment, belle dame ! Henriette, à part, le voyant arriver près délie. Eh bien! mais va n'est pas si difficile, ça va! ça val te Commandeur, flatté et bas h Sennelcrre. Elle esl..... elle est remplie de goût, celle femme! (//«»/ « Henriette.) Il est certain que la profession militaire donne une grâce, une élégance, un je ne sais quoi..... (Il va h elle et passe à la droite.) Senneterrc, it part avec impatiente. Et le vieux Gaucher ;mssi ! (//«ut en cherchant à se contraindre.) On peut s'éto..... it cependant que la famille de Mine, de Failly l'abandonne ainsi à elle-même, et la laisse se lixer dans une ville, où seule, exposée à mille pièges..... Cinq Mars. Il n'y aurait qu'un mari qui pourrait s'en fâcher. Henriette. El je n'en ai pas! je suis veuvt. Sennelcrre. la regardant. Veuve! vous, madame? Henriette, de même. Oui, monsieur. Cela vous étonne! Sennctcrre, interdit. Non! non! {A part.) Au fait, c'esl à peu près la même chose Marion, « Sennelcrre. l'as mal! veuve, ça ne décourage personne! elle ira très-bien. Cinq-Mars. Veuve! pauvre petite femme! Le Commandeur. Un mari jaloux? Cinq-Mars. lîmtal ? ACTE II. SCÈNE VI Henriette. Htirn!.... il avait des qualités, pris beaucoup! mais enfin..... Cinq-Mars. Un monstre? Le Commandeur. Comme ils sont tous. Henriette, gravement. N'importe, messieurs, je veux lui «orer sa mémoire. N'eu parlons plus. Marion, riant, ("est ee qu'on peut faire de mieux pour les maris! (A Senneterre qui va et vient.') Mais qu'avez - vous donc? vous ne tenez pas en place! Senneterre. Rien!.... rien!... (A part.) Et je ne puis me défendre! je ne puis dire un mot! Marion, haut. Regardez donc, Léonard, trouvez-vous ces perles ?.... Senneterre, sans regarder. Très-bien! très-bien! Cinq-Mars, <» Henriette. Heureux celui qui pourra vous consoler! Le Commandeur. Car vous ne resterez pas insensible. Henriette. Oli! il faudra bien se faire une raison. Cinq-Mars, bas. Sans doute, et si je pouvais vous par 1er un moment sans témoins.... Senneterre, s approchant. Qu'entends-jeï Cinq-Mars, se retournant. Hein!.... quoi?—. Henriette, « mi -voit, montrant Senneterre. Quel est te monsieur? Cinq-Mars. M. Léonard..... un jeune peintre. In-:*nr*j frappé. J'entends! Le t:»n»ii»BM«Ieur, retptrdnnt Henriette. Pauvre petite femme!.... c'est comme moi, je ne peux pas voir quelqu'un se trouver mat saus éprouver une émotion !„.. . Cinq-Mari»;, reijarilant Henriette. Impossible t(e vous quii 1er maintenant!.... Décidément, je vais envoyer dire à sa Majesté- que je suis dans mon lit à trembler la fièvre. ««■nneterre, r< part. One ne l'a-t-ii double, tierce! Henriette , bus h Cinq-Mars. Très-bien ! Semieterre, « Marion. Cest lui qui va rester'/ iTiurEon, bits. iValIcz-voots pus nie faire une scène* je.sui» déjà assez malheureuse!.... Hcveuez snr-le-champ! je vous al (« mirai dans le petit salon bleu, avant souper. Cinq ;«sr», MB* tînmes. Voilà qui est arrangé; cela va déjà mieux..... nous irons à ce bal masqué, Canchcr, il faudrait avoir des billets pour tout le uioude. Le Cnmuiaiuicur, Cest facile! je vais passer à l'ambas sade. Vlmq Hnrs, lias à Scnneterre, C'est fait» mon cher; j'ai mou rendez-vous. Senneterre, « pari, bit aucun moyen de le provoquer!. l'a» pour elle, je ue l'aime plus..... mais je ne puis oublier qu'elle a porté mou nom. Cinq Itluru, à Henriette. Je «-ours renvoyer mes ^eus. (Uns.) Tâchez de vous débarrasser de Marion. Kenneterre, « part. Ali! à tout prix j'empéclierai. ... A nous deux, monseigneur, vous allez recevoir de mes nouvelles t&'l—< it.rrt sort jutr le fimut bouleversé «cnrlette, se levant. Mais non, j'ai fait comme vous. 10 LA MARQUISE DE 8ENNETERRE. Marlon, de même. 11 nu fallait pas; en retenant Cinq-Mars, en restant vous-même, vous avez fait manquer un rendez-vous que j'avais préparé. Ce pauvre Léonard est parti furieux. Henriette , d'un air ingénu. Oh! que je suis fâchée! Ah hien! je m'en vais; je vous laisse. Mario», la retenant. 11 est bien temps maintenant! Henriette. Il fallait donc me faire signe..... Dam! quand on ne sait p;*>- Marlon. C'est juste!.... Mais c'est égal.....je rarrangerai cela, Henriette, cherchant rt la pénétrer. Oui ; vous trouverez quelque autre occasion? Marion. (Test déjà fait, j'ai mon plan. Henriette, inquiète. Ah ! Marlon. Pendant le bal, je vous expliquerai..... Je vais faire venir deux dominos pareils..... Henriette, inlritjuce. Deux dominos! marlon. C'est excellent! pour les intrigues, les Inbititu lions..... vous verrez. Tout ce que je vous demande, c'est de redoubler d'adresse auprès de Cinq-Mars, de le rendre bien amoureux. Henriette, souriant. Mais, c'est en assez bon train! Marlon. Vrai? Henriette, baissant la voix. Il va venir. Marlon. Un rendez-vous! déjà? Henriette. C'est trop lot? Mario». Non; avec lui, il n'y a pas de danger; il a si bonne opiniou de son mérite..... Henriette. Il m'a dit de tâcher de nie débarrasser de vous. Marlon, souriant. O le scélérat! il ne se doute pas du plaisir qu'il nie fait!.... Je l'aperçois qui rode.....je nie sauve. Henriette, bat et la suiuant. Mais conliez-moi d'abord.... Marlon. Plus tard!.... Ah! je vous en prie, chère petite, enlevez-le-moi, enlev%z-le-moi.... c'est une preuve d'amitié que je n'oublierai jamais.... Pardon, mon coeur, quelques ordres a donner..... ne vous ennuyez pas trop. (Elle rentre dans sa chambre a gauche.) HENRIETTE, seule. Ah! bon Dieu! ou en suis-jo réduite, et quelle tache je me suis imposée!.... mais c'est égal, je ne reculerai pas; c'est l» ACTE II. SCÈNE IX. Il eusse des femmes mariées que je défends , et je me sens un courage, un désir de Vengeance ! je voudrais les séduire Ions; et puis c'est amusant. Je ne sais pas ce qu'elle projette ; mais ce mariage avec Cinq-Mars, qu'elle avait demande e< qu'elle redoute!.... Ah ! maintenant, c'est mon seul moyen de salut. Ni je pouvais en donner l'idée à M. de Cinq-Mars, et l'inquiéter assez pour..... Oui, oui, elle l'épousera, il le faut, et je m'en charge!.... Le voici! Scène IX. HENRIETTE, CINQ-MARS. Cinq-Mars. Ali! j'ai guetté le départ de Marion, et je puis enfin vous peindre tout l'amour..... Henriette, Je vous attendais, monsieur de Cinq-Mars. Ecoutez; je n'ai point l'art de vos coquettes de Paris; je suis franche, sans aucun détours, et je vais vous faire tout de suite; un aveu que, sans doute, vous n'êtes pas accoutumé à entendre. Cinq-Ma™, avec confiance. Mon Dieu ! si; ça n'arrive tous les jours (Souriant.") Cet aveu, c'est que..... Henriette, timidement. C'est que, je ne saurais vous aimer ! Cinq-Mari^ stupéfait. AhI c'est particulier! Henriette. Je rends justice à votre caractère noble, généreux ; mais quand vous saurez qu'un attachement antérieur..... Cinq-mnrM. (Jn attachement! Henriette, d'un air pénétré. Un amour profond et malheureux! le seul que j'aie jamais éprouvé..... et qui dispose de toute ma vie. Cinq Mars, vioement. Pas ml mot de plus, belle dame un amour malheureux..... VOUS qui méritez les adorations!.... IN'im- porte, je dois respecter un attachement antérieur; c'est sacré pour un galant homme. J'avais cru, d'abord, et naturellement ..... une veuve, e'est tout simple, c'est reçu. Je n'en suis pas moins flatté d'une conlaB.ce qui..... que..... et j'ai bien l'honneur de..... Henriette, l'arrêtant d'un geste. Un moment : je vous ai dit que j'avais beaucoup d'amitié pour vous..... je veux vous donner une preuve. (Après une pause.) Vous aimez Marion? Cinq - jinr», avec feu. Si je l'aime!.... j'en suis fou! non que je ne fusse aussi très - amoureux de vous..... tout à-l'heiit e. certainement; mais votre aimable franchise..... Dès que j'ai su qu'il n'y avait rien à espérer, j'ai retrouvé toute ma tendresse pour Marion, plus forte que jamais. C'est le propre d'un amour véritable. H IjA MAROUISE DE 8ENNETERRE Henriette. Eh bien! s'y vous n'y prône» garde, elle vous sera enlevée. Ciaq-mTarH. Marion! qu'est-ee que vous me dile.vlà? ( A part.) Elles m'échapperaient tontes deux à la l'ois.! En levée! et par qui? Henriette. C'est la seule chose qu'elle ne m'ait pas confiée. Cinq-Mnrs. Elle ne m'aime donc pas? Henriette , en confidence. C'est-à-dire qu'elle vous adore, elle eu devient triste, malheureuse..... Cinq-Mars. Elle, si gaie? Eïenrietto. Elle eherehe a s'élonrdir devant le «soude; mais, en secret, elle passe sa vie dans les larmes. Clnq-ITInrH. Pauvre fille! je lui en sais bien lion gré. Henriette, lentement. Mais à coté de son amour pour vous (c'est peut-être une faiblesse), elle a une ambition, une idée fixe, qui ne la quitte plus. Elle voudrait un rang, un litre, un nom, qui la replaçât dans le monde d'une manière honorable Ciuq-Mar». Ah! gfl folie de mariage qui lui reprend! i iti - possible!.... Je lui ai dit: „Ma chère, tout ce que lu voudras, mon coeur, ma fortune: mais un mariage sérieux! oh! oh! scr vileur Diable! diable! ma famille; le roi lui-même." (.4 mi-voije.) El puis, cuire nous, ou n'épouse pas Murion. Henriette. Hum! il y i peut-être des gens plus hardi.-, que vous. Cinq-mars. Vous croyez? n ,'i n,>h> n j .«taR-paO Henriette. Je n'y coanais rien, moi; mais elle n'aime que vous, c'est clair; mais sa fierté est blessée de voir que vous lui refuses la seule preuve d'amour qu'elle ambitionne. Un autre, moins aimable, peut lui oii'rir de réaliser sou réve favori; avec un titre, un nom, une fortune immense; «t il ne faut qu'un moment de dépit pour qu'elle s'immole et accepte le nom, le vide et la fortune! Cinq-Mars, «r/ilé. Ce serait horrible, épouvantable!... Mais cela ne se peut pas ! Quel est l'homme de la cour qui oserait s'afficher publiquement? Henriette. Publiquement, non; mais n'y a-t-il pas ton- jours des moyens de s'assurer de la main d'une femme, sans mettre toute la ville dans sa conlidence '{.... Une cliapelle voisine, un prêtre qui serait averti au moment où Ion serait parvenu à vous éloigner..... Cinq-Mars, frappé, Un mariage secret? Henriette. Je n'en sais rien. Cinq -azurs, vivement. Hi fait! vous le savez, cest p«ftff ACTE 11. scène x. i;{ ..... c'est mi projet arrêté..... Quelle indignité,! quel infâme guct- à-pens!.... ('luit! quelqu'un! nous reprendrons cela. Scène X. Les Mêmes, TlENi\'ËTTE. Tlennctte. M. le marquis..... Cinq-Mars. Qu'est-ce ? Tlennctte. Un homme en manteau, qui s'est éloigné sur le-champ, vient de me r,en»ettre ce billet pour vous. Cinq-Mars, à Tiennetle, C'est bien. {A Henriette.) Pardon .....vous permettez? Henriette, à part. L'écriture de mon mari ! Cinq-Mars, à lui-même^ Ah! ah! c'est singulier..... c'est bien pour moi. Parbleu! je cours punir l'insolent. Henriette, inquiète. Où allez-vous donc? Cinq-Mars. Rien, rien..... une affaire imprévue. Henriette, en souriant. Ah! vous voyez, voilà que vous préparez encore des chagrin* à Marion! Cinq-Mars. Moi ? Henriette. C'est une lettre de femme. Cinq-Mars. ,!e vous proteste..... Henriette. Un rendez-vous. Cinq-Mars. Mais, non..... Henriette. Si l'ail, si fait! Cinq-Mars, lui présentant la lettre. Jugez-en vous-même... Non, ce sera me rendre service, car en honneur je n'y comprends ri nl ! Henriette, Usant. „Un homme qui- vous avez mortelle- „ment offensé" (A }>«rt.) O ciel! (Lisant.) ,.Kt d'une naissance ,,égale à la votre, vous demande satisfaction à l'instant. H „vous attend seul près des fossés de l'Arsenal !" Cinq-Mars. l> oiul ,ie signature. Henriette. Ah! je me sens mourir! Ni j'avais su, si j'avais pu prévoir. ... Cinq-Mars. Eh mais! comme vous voilà troublée..... Combien je suis sensible à l'intérêt que vous me témoignez ! mais ne craignez rien; je suis tellement sûr de moi..... Henriette, j>lus effrayée. Quoi! vous accepteriez? Cinq-Mars. Il est bon gentilhomme!.....lamais je u'ai re fusé un coup d'épée à quelqu'un qui en était digne. Henriette. Vous exposer! je ne souffrirai pas..... Cinq-Mars, souriant. Quel enfantillage! mais la première Il LA MARQUISE DE SENNETERRE. personne venue vous dira que je ne puis me dispenser de m'y rendre. Senneterre, h part. Il ne vient pas; je n'ai pu résister à mon impatience, et..... (.Les apercevant.) Encore ensemble"!.... Cinq-Marit. Et tenez, Léonard lui-même. Henriette, à part. Ail ! mon Dieu! Cinq-Marx. Parbleu, mon chef, vous arrivez Tort à propos pour convaincre Mad. de Failly..... Tenez. (Lui présentant ta lettre.) Que feriez-vous à ma place Y Senneterre, après y avoir jeté les yeux. M. de Cinq-Mars me le demande' t Cinq-Mare, h Henriette. Qu'est-ce que je vous disais? J'y cours ! Senneterre, voulant le suivre. Je vous accompagne. Henriette, à Cinq-Mar», vivement. Vous n'irez pas ! Senneterre. Quoi! madame! Henriette, de imW. Non, monsieur, les femmes n'enten deut rien à ce que vous appelez le point d'honneur; mais il ne faut que du bon sens pour juge* qu'on ne répond pas à un déli qui n'est pas signé. Senneterre, ému. Ce n'est point une raison. Henriette. Que ne se nomme-t-il ? Senneterre. On peut avoir des motifs. Henriette. Que l'on n'ose* avouer..... c'est qu'ils ne sunl pas honorables. cinq-itiarH. Permettes; si j* ne le connais pas. Henriette. Alors, comment l'aves-voua offensé. Clnq-Mar». Il est peut-être marié; et je puis avoir eu le malheur. ... (Se reprenant.) Oh! Senneterre, appuyant. Enfin, il attend M. le marquis. Henriette, (if même. Ou tout, il ne l'attend pas; il n'esl pas au rendez-vous, j'en suis sûre. Senneterre, vivement. Il s'y trouvera. Henriette, il s'y trouvera doue seul, {h Cinq-Mars) car vous ne sortirez pas; je vous le défends. Senneterre, h pari. Je vous le défends !.... Ah ! mon Dieu! je ne la reconnais plus. Henriette, h Cinq-Mars. Au nom des personnes qui vous sont chères, qui vous aiment si tendrement..... vous savez?.- il en est une qui ne vous survivrait pas. Scène Les Mêmes, SENNETERRE, au fond. ACTE II. SCÈNE XI. 43 Sennetcrre, A part. 11 en est une! lit être forcé d'cnlen- •Ire ce que l;i passion a Si fait, si fait. Je ne pensais qu'A vous, je n'avais que vous dans la tétc et dans le coeur! J'étais insupportable? Scnnctcrrc, avec crainte et espoir. El vous vous êtes corrigée complètement? Henriette. Hum!.... peut-être pas tout-à-fail! Senneterre, vivement. Oue dites-vous? Henriette, se reprenant. Mais ça viendra, ça viendra, soyez lïanquille. Senneterre, transporté. Henriette! s'il était vrai..... Scène XIII. Les Mômes, LE COMMANDEUR. ï maison..... pour m'enlever toutes mes conquêtes! Le Commandeur. Quelle horreur, qu'il y ait de» femmes l'iireilles! IHarlon. Et que ce soit la province qui nous les envoie!.... ■Mais je ne me laisserai pas jouer ainsi; et puisqu'elle oses'at- taquet à moi..... Ce Commandeur. Vous ferez bien; il ne faut pas seul' frir..... Clarion, agitée. Et je ne sais qui elle est, je ne puis deviner son projet. Le Commandeur Voila la tète qui part! Horion, se jetant dans un fauteuil. Ah! que je suis mal •'eureuse ! Ce Commandeur, d'un air de eomp«**ton. Pauvre femme! JHarlon, comme frappée d'une idée subite. Ce mariage avec ' " ! q Mars, qui lui tient tant an coeur, cache un dessein secret ; Ce SI pour m'occupcr et incmpcrhcr de voir..... Oui, elle esl venue iei pour quelqu'un, je saurai qui! {Allant à Gaucher.') Voyons, moi, bon Gaucher, vous êtes mon ami, vous, mon véri jahle ami; aidez-moi donc un peu: Comment aceueille-t-elle VII- ■arceaux? Ce Commandeur. Elle lui sourit, très agréablement 51 LA MARQUISE DE SENNETERRE. Marion, à elle-même. Ce n'est pas pour lui. te Commandeur. Ça ne peut pas être pour moi ! Marion. Ah! commandeur! lie Commandeur, e Commandeur , chcrcîiant à comprendre. Je n'y suis plus du tout. Marion, h part. Et Cin q - Mars qu i a ma parole; impossible de refuser un mariage que j'ai demandé moi-même: ce serait m'exposer à sa vengeance. Pour Léonard, la Bastille, pour moi les persécutions, les rigueurs de la cour, l'exil; que sais- je? Ah! comment conjurer..... (Avec résolution.) En fuyant avec Léonard..... à l'instant..... Oui, d'un seul mot je l'y déciderai, et une fuite avec lui, devant elle, sous ses yeux , c'est encore la victoire! (Haut.) Commandeur! te Commandeur. Nous voilà dans le Coup de feu! Marion. Vous m'êtes dévoué? lie Commandeur. Comme au cardinal. Marion. Je suis dégoûtée du monde, de toutes ses intrigues..... je veux m'en éloigner à l'instant, en secret!.... I,e Commandeur. Une retraite ! c'est mon fort. Marion. Avec un seul ami. le Commandeur. Un seul ami! (A part.) Je devine, elle n'a plus que moi. (Haut.) Ah! Marion! je vous comprends, part.) J'étais bien sûr que je finirais par arriver. Je recueil!"' enfin le fruit de ma palience. Marion. Puis-jc compter sur vous? lie Commandeur. Toujours, et croyez que ma reconnais sance..... Marion. Pas un mol de plus. le Commandeur. Tout ce que vous voudrez. Marion. Du silence ; une voilure simple, sans armes, BU' ACTE III. SCÈNE V Ic-champ, dans le jardin, par la rue des Tonnelles. (Montrant la droite et poussant un ressert qui ouvre la petite porte.") Cet escalier dérobé y conduit. Le Commandeur. Bien vu! !D«clan. Attendez mes ordres, cl..... {Voyant venir lieu riette.-) Mme. «le r'ailly! Sauvez-vous! Le Commandeur. Toill le mystère d 'une lionne fortune ; nie voilà monté de dix crans! (Il disparaît par la petite porte, qui se referme sur lui.) Scène V. MARION, HENRIETTE. Henriette, au fond. Merci, merci, messieurs. Mnrion , h part, ("est elle. A merveille! Henriette. Quelle chaleur étouffante..... Impossible de respirer au milieu «le cette cohue. Hnrlon, avec ironie. Venez, venez, madame, que je vous félicite. Henriette. Vrai; vous êtes contente de moi? j'ai l'ait de "'"ti mieux. Marion. Comment donc! pour un début!.... c'est très-bien, et je vous dois des renicrciniens. Henriette, la regardant. Vous médites cela d'un air sin Bélier..... vous paraissez fâchée! Clarion, île même, ,1'aurais tort, après toutes les peines ( |Ue vous vous donnez pour moi! Henriette. Comment? Clarion. Sans doute..... ee mariage que vous avez prépare (Pïuement.) Ne le niez pas, je sais tout..... Ce mariage avec Cinq-Mars..... à la chapelle des Jésuites .... Henriette, d'un air ingénu, Mais j'ai cru VOUS l'aire plaisir. JtXarion. A moi ! quand vous saviez combien je li' redou * a 's..... quand je vous avais eonlié qu'un autre..... Henriette, souriant. Vous m'avez recommandé de toujours croire le contraire de ce qu'on disait. Harlon, se contraignant. Les hommes, oui; niais il ne l'ai a 'l pas vous emparer de mes adoraleurs. Henriette^ de même. Vous m'avez dii qu'il fallait enpren (ln ' partout. Harlon, l'animant. Sauf un seul, que l'on doit respecter; ar " esl affreux de s'attaquer à une amie (pie l'on vient «'a fesser. Henriette, même jeu. Entre femmes, point de pitié; on :.<; LA MARQUISE l)K SENNETERRE. s'embrasse et on s'enlève 1111 amant..... C'est encore vous tjui me l'avez dit. ITIariim, avec un mouvement. Ah! VOUS avez de la mémoire- Henriette. Il faut l>î<*n avoir quelque chose. Marion, réprimnant un mouvement de fureur. Très-bien! Je vous avais mal jugée; et quand vous veniez me demander uni' leçon, il paraît que c'est moi qui en recevais une de vous. Henriette. Madame! il arion. Mais votre triomphe n'est pas tellement assure, que je ne puisse le changer en défaite. Ce mariage sur lequel vous comptez ne s'accomplira pas! Henriette, h part. Comment? Marion, nppuijnnl. Non, madame, je n'épouserai pas Cinq Mars ; et quant à celui que vous êtes venu chercher jusque chez moi avec une hardiesse qui m'étonne, je l'avoue; ce n'est plus ici que vous le reverrez. Henriette., inquiète. Que voulez-vous dire ? Marion, lentement. Que, maintenant que votre éducation est complète et que je n'ai plus rien à vous apprendre, vous ne pouvez vous compromettre par un plus long séjour chez Marion. Henriette, h part. () mon Dieu! Marion, appuyant. Vous avez une famille, madame, qui s'alarme sans doute de votre absence. Vous étiez si pressée de me quitter; je crois qu'il est temps d'aller la rassurer..... et je ne vous retiens plus. Henriette, aprè^ un silence. Il suffit; je vous entends, madame; dans un instant je ne serai plus ici. Marion, avec ironie. Sans me dire le nom de l'ennemie redoutable... . Henriette, avec fierté. Plus tard; quand vous pourrez me rendre justice et comprendre que, malgré cette apparence de perfidie, de trahison, je n'ai jamais clé coupable envers vous. Marion, outrée. Vous vous flattez encore de réussir? Henriette, avec calme, l'eut-être, car je sais voire secret, et vous ignorez le mien: c'est le seul avantage que je veuille conserver. Adieu, madame. Marion, sèchement. Votre servante! (Henriette s'éloiipie et s'arrête au fond; Marion se croyant seule.) Quelle audace! c'esl quelque femme de la coin-, quelque duchesse! Henriette, à part, au jmut. Que va-t-clic faire? Marion. l'as une minute à perdre! (Ecoulant et courant «' la fenêtre h droite.) ,1e crois entendre la Voiture. Henriette, a part. Une voilure! Ej mon mari qui vient ACTE NI. SCENE VI. .-.7 •le ce côté! Comment savoir?.... (Regardant la chambre à yau- che.) AU elle dit que tout est permis. ŒUê y court, et referme la porte sur elle ) 7Iaric.ii , regardant toujours par lu fenêtre ii droit», (.'au cher m'a tenu parole; il l'a l'ait enlrerdans le jardin..... elle se range près de la petite porte. (Faisant siyne.) l'as de brait surtout; et si l'on vous interrogeait..... (Elle continue et parait faire ses recommandation.* , tandis que Sennetcrre entre par le fond.') Scène VI. MARION, à la Jenêlre, SENNETERRE, HENRIETTE cachée. Senneterre, un bouquet à la main. La perfide! me désarmer par un regard si tendre, quand j'arrivais Curieux , quand j'allais faire un éclat! Me donner même son bouquet comme un gage de sou retour, et l'instant d'après disparaître presque en même temps que Cinq-Mars! (Jetant avec colère le bouquet sur la table à gauche.) Ali! ee dernier trait la bannit à jamais de mon coeur 1 Marion, se retournant h ce mouvement. Léonard! c'est le ciel qui l'envoie! Senneterre, étonne'. Marion ! qu'avez-vous! Comme vous «'tes tremblanteI Marion, courant à lui. Ecoutez - moi , les momens sont précieux! M'aimez-VOUS toujours, Léonard? Senneterre. Vous en doutez ! Marion. J'en ai le droit : je sais tout ! Nenneterre, troublé. Comment? Marion, agitée. Cette femme, cette Mme. de Failly , dont vous seul ici savez le véritable nom; vous l'avez aimée. Senneterre, troublée. Moi ! Marion. Vous l'aimez peut-être encore! Senneterre, avec force. Vous pourriez croire!.... Non, n °n, je vous jure!.... Marion. Eli bien! si vous ne m'avez pas trODl|....., si "'est moi seule que vous aimez, nommez-moi cette femme! Senneterre, vivement. Vous la nommer! jamais. Marion, se contraignant. Oui, oui, je comprends que l'Iion m '»r, la délicatesse..... Mais vous, du moins, votre nom? Senneterre, avec embarras, .le n'ai aucune raison pour le Cacher; mais j'avoue cependant qu'une pareille déliance..... Marion, vivement. Vous déplaît? Eh bien ! non, je ne vous 58 LA MARQUISE DE &ENNETERRE le demande pas, je ne vous demande rien. Que m'importent votre rang, votre fortune, votre nom? je ne m'en suis point informée pour vous aimer! Ce qu'il me faut, ce que je veux, c'est votre amour, qui maintenant esl ma rie, mon seul espoir' c'est que vous me répétiez que vous n'en aimiez point une au tre, que vous êtes prêt à tout me sacrifier. «•cimeterre. Mais sans doute. Marion. Le plus grand danger nous menace. «Senneterre. Un danger? Marion. Nous n'avons plus qu'un moyen d'être l'un à l'autre, d'éviter une séparatton éternelle! c'est de fuir tous deux à l'instant, et de nous réfugier en Hollande. Senneterre. Fuir, dites-vous? Marion. Ne me demandez pas pourquoi. Mais si , dans une heure, nous sommes encore à Paris, c'est lait «le nous; Une voiture nous attend au lias de cet escalier; dites un mol, dites que vous êtes heureux de me suivre, de partager mon sort, et..... Vous hésitez ! Senneterre, avec embarras. Non. Mais une résolution si étrange, si subite..... quitter la France!.... Marion, douloureusement. Vous hésitez! et moi, je n'ai pas balancé un instant! je n'ai élé effrayée de rien; et vous, vous craignez de perdre Mme. de Failly, de vous éloigner d'elle! Senneterre. Non, vous dis-je. Marion. Je le vois dans vos yeux; vous tremblez..... vous savez bien pourtant que vous ne la reverrez plus, qu'elle esl partie ? Senneterre, vivement. Partiel avec Cinq-Mars ? marion, saisissant son idée. Avec Cinq-Mars! mais oui, sans doute!.... N'avez-vous pas compris leurs regards, leurs discours mystérieux?.... Tout-à-l'heure encore n'a-t-elle pas reçu un billet de lui? Senneterre, à part. Celui qu'elle lisait.'.... c'était de Cinq Mars! Marion. Si vous saviez ce qu'ils avaient comploté ensemble! quelle horrible machination!.... car ils étaient d'inlclli gence. Senneterre, furieux. Ils s'entendaient! Marion. J'en ai la preuve. Senneterre, hors de lui. Ah! tout s'explique enfin! Marion, tendrement Et C'est à unefemme indigne devons, de vos regrets que vous me sacrifiez, moi!.... Mou Léonard, mon ami! moi, qui vous aime uniquement; qui suis prête, sans vous connaître, à tout abandonner pour vous! cette fortune, f ACTE III. SCÈNE VU. 5!» cette existence brillante qui faisait mon orgueuil; ces hommages, ces adorations dont vous étiez si jaloux, et que toutes les femmes m'enviaient..... Eh bien! je quitterai tout pour toi! oui, tout, pour te donner mes jours, mes soins, nia tendresse; pour cacher à tons les regards ce bonheur qui nous est offert; cet amour auquel tu semblais attacher quelque prix, et qui cs( as sez n- ra nd pour nous tenir lieu de patrie et de Camille. Senneterre, entraîne. Il serait vrai? Marion, vous sciiez à moi! Marion. Pour la vie ! je te le jure. Senneterre, vivement. Partons, parlons! trop heureux de prouver à une irgrate..... je veux dire à vous, Marion, au monde entier, que vous seule régnez sur mon âme. Marion, a part. Ah! je l'emporte enfin] Senneterre. Venez, venez.....j'ai hâte moi-même..... Scène VII. Les Mêmes, TIENNETTE, accourant. Tiennetfc, la* à Marion. Madame, madame! Marion, Qu'est-ce donc? Tiennette, ha», M. de Cinq-Mars est sur mes pas; il vous cherche partout. Marion, à elle-même. O ciel ! Senneterre. Ou'avev.-vous ? Marion. Rien, rien! ÇA part.) Nous serions perdus! mais j'ai un moyen sûr de m'en débarrasser. Senneterre. Qui vous arrête? Marion. Regardez: quelle foule dans celle galerie..... on pourrait nous voir, et la moindre imprudence compromet notre faite. Je vais les congédier, les éloigner. Restes-là, attendes- moi; je reviens clans l'instant^ et à la faveur de ce coslume et des apprêts du bal, nous serons loin de Paris avanl qu'on se Soit aperçu de noire absence. (fille sort précipitamment avec Tienncite; toutes les portes du fond restent ouvertes.) Senneterre, seul. Oui, oui, je partirai; je fuirai au boni d" monde, s'il le faut pour ne plus entendre parler d'elle!.... P°ur lui prouver mon indifférence, mon mépris..... oui, mon mépris! Ne laisser enlever par Cinq-Mars! Cinq-Mars, un fat, un Mauvais sujet, aussi incapable d'éprouver un attachement se " e,IX ..... (Apercevant Cinq-Mars.) Que vois-je? encore lui! fil» LA MARQUISE DE NEXNETEKKE. Scène VI1L SEMETERRE, CINQ-MARS, entrant vivement par le fond et l'approchant de Senuelerre en regardant s'il n'est pas observé. ciiiq-JiBi-i*, rapidement. Ah! Léonard, je vous cherchais. Vous me voyei d'une joie! eHe cousent à m'épouser. Senneterre, confondu. Hein! vous épouser? Cinq-Marx. Taisez-vous doue..... c'est secret! parce que, vous comprenez, il y a des ménagemens à garder. ««nnelerre, de même. Comment! Cinq-Mars. Mais c'est tille-même qui presse la cérémo nie, qui veut qu'elle se fasse sur-le-champ, et qui m'envoie tout préparer. Senneterre. Tout préparer? Cinq-Marx. J'ai compte sur vous pour être mon témoin. Senneterre. iSur moi! Cinq-Mar». C'est bien, c'est convenu; à la chapelle des Jésuites, dans dix minutes! Senneierre. iM;iis expliquez-moi..... Cinq Marx, s'esquivant. Rien, rien!.... je n'ai pas le temps. Adieu, soyez exact. (it »orl.) ' Scène IX. SENNETERRE, seul et stupéfait. Epouser ma feinine! celui-là passe tons les autres; et elfe ;i pu consentir..... Elle est libre, c'est vrai; mais fouler ans pieds toutes les convenances..... Ainsi doue, ce regard qui m'a vait séduit, ce regard plein de trouble, d'émotion, dans lequel j'avais cru retrouver nos premiers temps d'amour et d'ivressc ; ce n'était que mensonge, tromperie, duplicité. (Jetant lté ;is lui? n Cet ,