Répertoire du Théâtre français à Berlin. No. 339. Deuxième Série. (No. 89.) -—-— TRAGÉDIE EN CINQ ACTES, PAR Jean Racine. 1670. «^S)<0&g 11 M ni: ki.i iv, 1848. Aa - Ut, Scklesinger, Librairo et Éditeur de Musique. l'r.l» 5 Sgr. (4 gOr.) Bérénice, TRAGfcDIK KN CINQ ACTF.S, PAR Jean Racine. Personnages. TITUS, empereur de Rome. BÉRÉNICE, reine de Paleetine. ANTIOCHUS, roi de Comagêne. PAULIN, confident de Titus. ARSACE, confident d'Antiochus. I'HÈNICE, confidente de Bérénice RUTILE, Romain. SUITE de Titua. I.a arène est à Rome, dans un cabinet qui est entre l'appartement de Titus et celui de Bérénice. ACTE I. Scène I. ANTIOCHUS, ARSACE. Aiitlorhuil. Arrêtons un moment : la pompe de ce* lieux, Je le vois bien, Arsace, est nouvelle à les yeux. Souvent ce cabinet, superbe et solitaire, Des secrets de Titus est le dépositaire : i"*'*» t ' • ^ est ici quelquefois qu'il se cache it sa cour, Lorsqu'il vient a la reine expliquer «on amour. De son appartement cette porte est prochaine, K ' cette autre conduit dans celui de la reine. Héperloire No. .139. (II. Série No. M.) ^ BÉRÉNICE. Va cher, elle: dis-lui qu'importun à regret J'ose lui demander un entrelien secret. Irsaff. Vous, seigneur, importun? vous, cet ami fidèle Qu'un soin si généreux intéresse pour elle? Vous, cet Antioclius sou amant autrefois? Vous, que l'Orient compte entre ses plus grands rois? Quoi! déjà de Titus épouse en espérance, Ce rang entre elle et vous met-il tant de distance? Antioclius. Va, dis-je; et , sans vouloir te charger d'autres soins, Vois si je puis bientôt lui parler sans témoins. Scène 11. ANTIOCBUS. Né bien! Antioclius, es-tu toujours le même? Pourrai-je, sans trembler, lui dire, je vous aime? Mais quoi! déjà jo tremble; et mon coeur agité Craint autant ce moment que je l'ai souhaité. Bérénice autrefois m'ôta toute' espérance; Elle m'imposa mémo un éternel silence. Je me suis là cinq ans; et, jusque» à ce jour, D'un voile d'amilié j'ai couvert mon amour. Dois-je croire qu'au rang où Titus la destine Elle m'écoute mieux que dans la Palestine? II l'épouse. Ai-je donc attendu ce moment Pour me venir encor déclarer son amant? Quel fruit me reviendra d'un aveu téméraire? Ah! puisqu'il faut partir, parlons sans lui déplaire. Itetirons-nous, sortons; et, sans nous découvrir, Allons loin de ses yeux l'oublier, ou mourir, lié quoi! souffrir toujours un tourment qu'elle ignore! Toujours verser des pleurs qu'il faut que je dévore! Quoi! même en la perdant redouter son courroux! Belle reine, et pourquoi vous nffenseriez-vous? Viens-je vous demander que vous quilliex l'empire? Que vous m'aimic/.? Hélas! je ne viens que vous dire Qu'après m'être long-lemps flatté que mon rival Trouverait à ses voeux quelque obstacle fatal, Aujourd'hui qu'il peut tout, que votre hymen s'avance, Exemple infortuné d'une longue constance, Après cinq ans d'amour et d'espoir superflus, Je pars, fidèle encor quand je n'espère plus. Au lieu de s'offenser, elle pourra me plaindre. ACTE I. (SCÈNE III. .3 Quoi qu'il en soit, parlons; c'est assez nous contraindre. Et que peut craindre, iiélas! un amant sans espoir Oui peut bien se résoudre à ne la jamais voir? Scène III. ANTIOCHUS, ARSACE. %iilineliiis. Arsace, entrerons-nous? Arsa.ee. Seigneur, j'ai vu la reine; Mais pour me faire voir je n'ai percé qu'à peine Les flots toujours nouveaux d'un peuple adorateur Qu'attire sur ses pas sa prochaine grandeur. Titus, après huit jours d'une retraite austère, Cesse enfin de pleurer Vespasien son père: Cet amant se redonne aux soins de son amour; Kl-, si j'en crois, seigneur, l'entretien de la cour, Peut-être avant la nuit l'heureuse Bérénice Change le nom de reine au nom d'impératrice. Aiitioclms. Hélas! Arsace. Quoi! ce discours pourrait-il vous troubler? Antioclius. Ainsi donc sans témoins je ne lui puis parler ? Arsace. Vous la verrez, seigneur: Bérénice est instruite Que vous voulez ici la voir seule et sans suite. La reine d'un regard a daigné m'avertir Qu'à votre empressement elle allait consentir; Kt sans doute elle attend le moment favorable Pour disparaître aux yeux d'une cour qui l'accable. Aiitioelius. H suffit. Cependant n'as-tu rien négligé l>es ordres importants dont je t'avais chargé ? Arsace. Seigneur, vous connaissez ma prompte obéissance, Des vaisseaux dans Ostie armés en diligence, Prêts à quitter le port de moments en moments, N'attendent pour partir que vos commandements. Mais qui renvoyez-vous dans votre Comagèue? Antluclius. Arsace, il faut partir quand j'aurai vu la reine. Arsace. Qui doit partir? Antlochns. Moi. *«"s»ce. Vous? -*.»tloelius. En sortant du palais, Je 80,8 de Rome, Arsace, et j'en sors pour jamais. Arsace. Je suis surpris sans doute, et c'est avec justice. Quoi! depuis si long-temps la reine Bérénice v ous arrache, seigneur, du sein de vos états; puis trois ans dans Borne elle arrête vos pas: 1* t BÉRÉNICE. Et lorsque celte reine, assurant sa conquête, Vous attend pour témoin de cette illustre fête, Quand l'amoureux Titus, devenant son époux, Lui prépare un éclat qui rejaillit sur vous... AntlocltllS. Arsace, laisse-la jouir de sa fortune, Et quitte un entretien dont le cours m'importune. Arsace. Je vous entends, seigneur: ces mêmes dignité» Ont rendu Bérénice ingrate à vos bontés; L'inimitié succède à l'amitié trahie. Aiitlorlms. Non, Arsace, jamais je ne l'ai moins haie Arsace. Quoi donc! de sa grandeur déjà trop prévenu, Le nouvel empereur vous a-t-il méconnu? Quelque pressentiment de son indifférence Vous fait-il loin de Rome éviter sa présence? Antloclius. Titus n'a point pour moi paru se démentir J'aurais tort de me plaindre. Arsace. Et pourquoi donc partir? Quel caprice vous rend ennemi de vous-même? Le ciel met sur le trône un prince qui vous aime, Un prince qui, jadis témoin de vos combats, Vous vit chercher la gloire et la mort sur ses pas, Et de qui la valeur, par vos soins secondée, Mit enfin sous le joug la rebelle Judée. Il se souvient du jour illustre et douloureux Qui décida du sort d'un long siège douteux. Sur leur triple rempart les ennemis tranquilles Contemplaient sans péril nos assauts inutiles; Le helier impuissant les menaçait en vain: Vous seul, seigneur, vous seul, une échelle à la main, Vous portâtes la mort jusques sur leurs murailles. Ce jour presque éclaira vos propres funérailles: Titus vous embrassa mourant entre mes bras, RI tout le camp vainqueur pleura votre trépas. Voici le temps, seigneur, où vous devez attendre Le fruit de tant de sang qu'ils vous ont vu répandre. Si, pressé du dcsir de revoir vos états, Vous vous lasse/, de vivre où vous ne régnez pas, Faut-il que sans honneurs l'Euphrate vous revoie? Attendez pour partir que César vous renvoie? Triomphant et chargé des litres souverains Qu'ajoute encore aux rois l'amitié des Romains. Rien ne peut-il, seigneur, changer votre entreprise? Vous ne répondez point! Antloclius. Que veux-tu que Je dise? l'attends de Bérénico un moment d'entretien. ACTE I. SCENE IV. Arsace. Hé bien, seigneur? Antloclius. Son sort décidera du mien. Araare. Comment? Antloclius. Sur son hymen j'attends qu'elle s'explique. Si sa bouche s'accorde avec la voix publique, S'il est vrai qu'on l'élevé au trône des Césars, *i Titus a p.irlé, s'il l'épouse; je pars. Araare. Mais qui rend a vos yeux cet hymen si funeste? * il t Infinis. Quand nous serons partis, je te dirai le reste. Araace. Dans quel trouble, seigneur, jetez-vous mon esprit ! AiitlorliiiH. La reine vient. Adieu. Fais toutee que j'ai dit. Scène IV. BERENICE, ANTIOCHUS, l'HÉNICE. Bérénice. Enfin je me dérobe à la joie importune De tant d'amis nouveaux que me fait la fortune: Je fuis de leurs respects l'inutile longueur. Pour chercher un ami qui me parle du coeur. Il ne faut point mentir, nia juste impatience Vous accusait déjà de quelque négligence. Quoi! cet Antiochus, disais-je, dont les soins Ont en tout l'Orient et Rome pour témoins; Lui que j'ai vu toujours, constant dans mes traverses, Suivre d'un pas égal mes fortunes diverses; Aujourd'hui que les dieux semblent me présager l'n honneur qu'avec lui je prétends partager, Ce même Antiochus, se cachant à ma vue, Me laisse à la merci d'une foule inconnue! Antiochus. Il est donc vrai, madame? et, selon ce discours, L'hymen va succéder à vos longues amours? Bérénice. Seigneur, je vous veux bien confier nies alarmes. Ces jours ont vu mes yeux baignés de quelques larmes: Ce Jnng deuil que Titus imposait à sa cour Avait, même en secret, suspendu son amour: ■ i, ' "avait plus pour moi cette ardeur assidue Lorsqu'il passait les jours attaché sur ma vue: Muet, chargé de soins, et les larmes aux yeux, " ne m e laissait plus que de tristes adieux. J, 'gez de ma douleur, moi dont l'ardeur extrême, J e vous l'a, dit cent fois, n'aime en lui que lui-même; Moi Qui, loin des grandeurs dont il est revêtu, Aurais choisi son coeur et cherché sa vertu. Antlochug. Il a repris pour vous sa tendresse première ? 6 BÉRÉNICE. Bérénice. Vous fûtes spectateur de cette nuit dernière, Lorsque, pour seconder ses soins religieux, Le sénat a placé son père entre les dieux. De ce juste devoir sa pieté coutente A fait place, seigneur, aux soins de son amante; Kt même en ce moment, sans qu'il m'en ait parlé, 11 est dans le sénat par son ordre assemblé. Là, de la Palestine il étend la frontière ; II y joint l'Arabie et la Syrie entière: Et, si de ses amis j'en dois croire la voix, Si j'en crois ses serments redoublés mille fois, Il va sur tant d'états couronner Bérénice, Pour joindre à plus de noms le nom d'impératrice. II m'en viendra lui même assurer en ce lieu. Antlocliug. Et je viens donc vous dire un éternel adieu. Bérénice. Que dites-vous? Ab ciel! quel adieu! quel langage ! Prince, vous vous troublez et changez de visage ! Antiochus. Madame, il faut partir. Bérénice. Quoi ! ne puis-je savoir Quel sujet... Aiitioclws, d part. Il fallait partir sans In revoir. Bérénice. Que craignez-vous? Parlez; c'est trop longtemps se taire. Seigneur, de ce départ quel est donc le mystère ? Antiochus. Au moins souvenez-vous que je cède à vos lois, Et que vous m'écoutez pour la dernière fois. Si, dans ce haut degré de gloire et de puissance, Il vous souvient des lieux où vous prttes naissance, Madame, il vous souvient que mon coeur en ces lieux Reçut le premier trait qui partit de vos yeux: J'aimai. J'obtiens l'aveu d'Agrippa votre frère: 11 vous parla pour moi. Peut-être sans colère Alliez-vous de mon coeur recevoir le tribut; Titus, pour mon malheur, vint, vous vit, et vous plût. II parut devant vous dans tout l'éclat d'un homme Qui porte entre ses mains la vengeance de Borne. La Judée en pâlit: le triste Antiochus Se compta le premier au nombre des vaincus. Bientôt de mon malheur interprète sévère Votre bouche à la mienne ordonna de se taire. Je disputai long-temps; je fis parler mes yeux: Mes pleurs et mes soupirs vous suivaient en tous lieux Enfin votre rigueur emporta la balance; ACTE I. SCENE IV. Vous sûtes m'iinposer l'exil ou le silence. Il fallut le promettre, et même le jurer: Mais, puisqu'on ce moment j'ose nie déclarer, Lorsque vous m'arrachiez cette injuste promesse, Mon coeur faisait serment de vous aimer sans cesse. Bérénice. Ab! que me dites-vous? Aiitlochus. Je me suis tu cinq ans, Madame, et vais encor me taire plus long-temps. De mon heureux rival j'accompagnai les armes; J'espérai de verser mon sang après mes larmes, Ou qu'au moins jusqu'à vous porté par mille exploits Mon nom pourrait parler, au défaut de ma voix. Le ciel sembla promettre une fin à ma peine: Vous pleurâtes ma mort, hélas! trop peu certaine. Inutiles périls! Quelle était mon erreur! La valeur do Titus surpassait ma fureur: Il faut qu'à sa vertu mon estime réponde. Quoiqu'attendu, madame, à l'empire du monde, Chéri de l'univers, enfin aimé de vous, Il semblait a lui seul appeler tous les coups; Tandis que, sans espoir, haï, lassé de vivre, Mon malheureux rival ne semblait que le suivre. Je vois que votre coeur m'applaudit en secret; Je vois que l'on m'écoute avec moins de regret, Et que, trop attentive a ce récit funeste, En faveur de Titus vous pardonnez le reste. Knfin, après un siège aussi cruel que lent, Il dointa les mutins, reste pâle et sanglant Des flammes, de la faim, des fureurs instestines, Et laissa leurs remparts cachés sous leurs ruines: Rome vous vit, madame, arriver avec lui. Dans l'Orient désert quel devint mon ennui! Je demeurai long-temps errant dans Césarée, Lieux charmants, où mon coeur vous avait adorée: Je vous redemandais à vos tristes états; Je cherchais, en pleurant, les traces do vos pas. Mais enfin, succombant il ma mélancolie, M on désespoir tourna mes pas vers l'Italie: L ® sort m'y réservait le dernier de ses coups. Titus en m'embrassant m'amena devant vous: Un voile d'amitié vous trompa l'un et l'autre, E t mon amour devint le confident du vôtre. Mais toujours quelque espoir flattait mes déplaisirs: Rome, Vespasien, traversaient vos soupirs ; Après tant de combats Titus cédait peut-être. 8 BÉRÉNICE. Vespasien est mort, et Titus est le maître. Que ne fuyais-jc alors! J'ai voulu quelques jours De son nouvel empire examiner le cours. Mon sort est accompli: votre gloire s'apprête. Assez d'autres, sans moi, témoins de celte fête, A vos heureux transports viendront joindre les leurs : Pour moi, qui ne pourrais y mêler que des pleurs, D'un inutile amour trop constante victime, Heureux dans mes malheurs d'en avoir pu sans crime Conter (oule l'histoire aux jeux qui les ont lait». Je pars plus amoureux que je ne fus jamais. Bérénice. Seigneur, je n'»i pas cru que, dans une journée» Oui doit avec César unir ma destinée, Il fût quelque mortel qui pût impunément Se venir à mes yeux déclarer mon amant. Mais de mon amitié mon silence est un gage: J'oublie en sa faveur un discours qui m'outrage. Je n'en ai point troublé le cours injurieux ; Je fais plus, à regret je reçois vos adieux. Le ciel sait qu'au milieu des honneurs qu'il m'envoie Je n'attendais que vous pour témoin de ma joie: Avec tout l'univers j'honorais vos vertus; Titus vous chérissait, vous admiriez, Titus. Cent fois je me suis fait une douceur extrême D'entretenir Titus dans un autre lui-même. Antiocluig. Et c'est ce que je fuis. J'évite, mais trop tard. Ces cruels entreliens oit je n'ai poiu/, de part. Je fuis Titus; je fuis ce nom qui m'inquiète, Ce nom qu'à tous moments votre bouche repèle: Que vous dirai-je enfin? je fuis des yeux distraits, Qui, me voyant toujours, ne me voyaient jamais. Adieu Je vais, le coeur trop plein de votre image, Attendre, en vous aimant, la mort pour mon partage. Sur-tout ne craignez point qu'une aveugle douleur Remplisse l'univers du bruit de mon malheur; Madame, le seul bruit d'une mort que j'imploi Vous fera souvenir que je vivais encore. Adieu. Scène V. BÉRÉNICE, PIIENICE. •Miénlce. Que je le plains! Tant de fidélité, Madame, méritait plus de prospérité. ACTE I. SCÈNE V. y Ne le plaigue«-vous pas? Bérénice. Cette prompte retraite Me laisse, je l'avoue, une douleur secrète. Phéniee. Je l'aurais retenu. Bérénice. Qui? moi, le retenir! J'en dois perdre plutôt jusques au souvenir. Tu veux donc que je flatte une ardeur insensée? Phéniee. Titus n'a point encore expliqué sa pensée. Rome vous voit, madame, avec des yeux jaloux : l*a rigueur de ses lois m'épouvante pour vous. L'hymen chez les Romains n'admet qu'une Romaine: Rome hait tous les rois; et Bérénice est reine. Bérénice. Le temps n'est plus, Phéniee, où je pouvais trembler. Titus m'aime; il peut tout; il n'a plus qu'à parler, Il verra le sénat m'apporter ses hommages, Et le peuple de fleurs couronner ses images. De cette nuit, Phéniee, as-tu vu la splendeur i Tes yeux ne sont-ils pas tout pleins de sa grandeur? Ces flambeaux, ce bûcher, cette nuit enflammée, Ces aigles, ces faisceaux, ce peuple, cette armée, Celte foule de rois, ces consuls, ce sénat, Qui tons de mon amant empruntaient leur éclat; Cette pourpre, cet or, que rehaussait sa gloire, Kt ces lauriers encor témoins de sa victoire, Tous ces yeux qu'on voyait venir de toutes parts Confondre sur lui seul leurs avides regards; Ce port majestueux, cette douce présence- Ciel! avec quel respect et quelle complaisance Tous les coeurs en secret l'assuraient de leur foi! Parle: peut-on le voir sans penser, comme moi, Qu'en quelque obscurité que le sort l'eût fait naître Le monde en le voyant eût reconnu son mailre? Mais, Pbénice, ou m'emporte un souvenir charmant ? Cependant Rome entière, en ce même moment, "ait des voeux pour Titus, et, par des sacrifices, •le son règne naissant célèbre les prémices. Q"e tardons-nous? allons pour son empire heureux Au ciel qui le protège offrir aussi nos voeux. Aussitôt, sans l'attendre, et sans être attendue, J e reviens le chercher, et dans cette entrevue ^ire tout ce qu'aux coeurs l'un de l'autre contents •nspiient des transports retenus si long-temps. FIN DU PREMIER ACTE. 10 BÉRÉNICE. ACTE II. Scène I. TITUS, PAULIN, suite. Titus. A-t-on vu de ma part le roi de Comagèue? Sait-il que je l'attends? Paulin. J'ai couru chez la reine: Dans son appartement ce prince avait paru; Il en était sorti, lorsque j'y suis couru. De vos ordres, seigneur, j'ai dit qu'on l'avertisse. Titus. Il suffit. Et que fait la reine Bérénice? Paulin. La reine, en ce moment, sensible à vos bontés, Charge le ciel de voeux pour vos prospérités. Elle sortait, seigneur. Titus. Trop aimable princesse ! Hélas! Paulin. En sa faveur d'où naît cette tristesse? L'Orient presque entier va fléchir sous sa loi: Vous la plaignez? Titus. Paulin, qu'on vous laisse avec moi. Scène IL TITUS, PAULIN. Titus. Hé bien, de mes desseins Borne encore incertaine Attend que deviendra le destin de la reine, Paulin; et les secrets de son coeur et du mien Sont de tout l'univers devenus l'entretien. Voici le temps enfin qu'il la lit que je m'explique. De la reine et de moi que dit la voix publique? Parlez: qu'entendez-vous? Paulin. J'entends de tous cotés Publier vos vertus, seigneur, et ses beautés. Titus. Que dit-on des soupirs que je pousse pour elle? Quel succès attend-on d'un amour si fidèle? Hl m k | ACTE II. SCÈNE II. H Paulin» Vous pouvez tout : aimez, cesse/, d'êlre amoureux; La cour sera toujours du parti de vos voeux. Titus. Et je l'ai vue aussi cette cour peu sincère, A ses maîtres toujours trop soigneuse de plaire, Des crimes de Néron approuver les horreurs ; Je l'ai vue k genoux consacrer ses fureurs. Je ne prends point pour juge une cour idolâtre, Paulin: je me propose un plus ample théâtre; Et, sans prêter l'oreille à la voix des flatteurs, Je veux par votre bouche entendre tous les coeurs; Vous me l'avez promis. Le respect et la crainte Ferment autour de moi le passage à la plainte: Pour mieux voir, cher Paulin, et pour entendre mieux, Je vous ai demandé des oreilles, des yeux: J'ai mis même a ce prix mon amitié secrète: J'ai voulu que des coeurs vous fussiez l'interprète: Qu'au travers des flatteurs votre sincérité Kît toujours jusqu'à moi passer la vérité. Parlez donc. Que faut-il que Bérénice espère? Rome lui sera-t-clle indulgente où sévère? Dois-je croire qu'assise au trône des Césars Une si belle reine offensât ses regards? Paulin. N'en doutez point, seigneur: soit raison, soit caprice, Borne ne l'attend point pour son impératrice. On sait qu'elle est charmante, et de si belles mains Semblent vous demander l'empire des humains; Elle a même, dit-on, le coeur d'une Romaine, Elle a mille vertus: mais, seigneur, elle est reine. Rome, par une loi qui ne se peut changer, N'admet avec son sang aucun sang étranger, Et ne reconnaît point les fruits illégitimes Qui naissent d'un hymen contraire à ses maximes. D'ailleurs, vous le savez, en bannissant ses rois, Rome à ce nom, si noble et si saint autrefois, Attacha pour jamais une haine puissante; E ' quoiqu'il ses Césars fidèle, obéissante, Cette haine, seigneur, reste de sa fierté, ^ Urv 't dans tous les coeurs après la liberté. "'es, q n i ] e p rem i el . j a soumit a ses armes, Qui fit taire les lois dans le bruit des alarmes, Br ûla pour Cléopâtre; et, sans se déclarer, Seule dans l'Orient la laissa soupirer. Antoine, qui l'aima jusqu'à l'idolâtrie, Oublia dans son sein sa gloire et sa patrie. u BÉRÉNICE. Sans MU toutefois te numnicr son époux: Itome l'alla chercher jusque» il ses genoux : Et ne désarma point sa fureur vengeresse Qu'elle n'eût accablé l'amant et la maîtresse. Depuis ce temps, seigneur, Caligula, Néron, Monstres dont à regret je cite ici le nom, Kt qui, ne conservant que la figure d'homme, Foulèrent à leurs pieds toutes les lois de Itome, Ont craint cette loi seule, et n'ont point a nos yeux Allumé le flambeau d'un hymen odieux. Vous m'avez commandé surtout d'être sincère. De l'affranchi Pallas nous avons vu le frère, Des fers de Claudius Félix encor flétri, De deux reines, seigneur, devenir le mari ; Et, s'il faut jusqu'au bout que je vous obéisse, Ces deux reines étaient du sang de Bérénice. Et vous croiriez pouvoir, sans blesser nos regards, Faire entrer une reine au lit de nos Césars, Tandis que l'Orient dans le lit de ses reines Voit passer un esclave au sortir de nos chaînes! C'est ce que les Romains pensent de votre amour. Kt je ne réponds pas, avant la fin du jour. Que le sénat, chargé des voeux de tout l'empire, Ne vous redise ici ce que je viens de dire; Et que Ilome avec lui tombant à vos genoux Ne vous demande un choix digne d'elle et de vous. Vous pouvez préparer, seigneur, votre réponse. TltlIS. Hélas! il quel amour on veut que je renonce Paulin* Cet amour est ardent, il le faut confesser. Titus. Plus ardent mille fois que tu ne peux penser Paulin. Je me suis fait un plaisir nécessaire De la voir chaque jour, de l'aimer, de lui plaire. J'ai fait plus, je n'ai rien de secret à tes yeux, J'ai pour elle cent fois rendu grâces aux dieux D'avoir choisi mon père au fond de l'Idumée, D'avoir rangé sous lui l'Orient et l'armée, Et, soulevant encor le reste des humains, Remis Rome sanglante en ses paisibles mains: J'ai même souhaité la place de mon père; Moi, Paulin, qui, cent fois, si le sort moins sévci, Eue voulu de sa vie étendre les liens, Aurais donné mes jours pour prolonger les siens: Tout cela (qu'un amant sait mal ce qu'il désire!) Dans l'espoir d'élever Bérénice à l'empire, De reconnaître un jour son amour et sa foi, ACTE II. SCENE II. 13 Et de voir à ses pieds tout le monde avec moi. Malgré (ont mon amour, Paulin, et tous ses charmes, Après mille serments appuyés de mes larmes, Maintenant que je puis couronner (ant d'atiraits, Maintenant que je l'aime encor plus que jamais, Lorsqu'un heureux hymen joignant nos destinées Peut payer en un jour les voeux de cinq années, Je vais, Paulin... oh ciel! puis-je le déclarer! Paulin. Quoi, seigneur? Tiliiw. Pour jamais je vais m'en séparer Mon coeur en ce moment ne vient pas de rendre: Si je t'ai fait parler, si j'ai voulu l'entendre, Je voulais que ton zèle achevât en secret De confondre un amour qui se lait it regret. Bérénice a long-temps balancé la victoire; Et si je penche enfin du côté de ma gloire, Crois qu'il m'en a coûté, pour vaincre tant d'amour, Des combats dont mon coeur saignera plus d'un jour. J'aimais, je soupirais dans une paix profonde; l'n autre était chargé de l'empire du monde: Mailre de mon deslin, libre dans mes soupirs, Je ne rendais qu'à moi compte de mes désirs. Mais it peine le ciel eut rappelé mon père, Dès que ma triste main eut fermé sa paupière. De mon aimable erreur je fus désabusé: Je sentis le fardeau n,ui m'était Imposé; Je connus que bientôt, loin d'être à ce que j'aime, Il fallait, cher Paulin, renoncer à moi-même; Et que le choix des dieux, contraire a mes amours, livrait à l'univers le reste de mes jours. Rome observe aujourd'hui ma conduite nouvelle: Quelle honte pour moi, quel présage pour elle, SI, dès le premier pas renversant tous ses droits, Je fondais mon bonheur sur le débris des lois! Résolu d'accomplir ce cruel sacrifiée, J 'y voulus préparer la triste Bérénice: Mi »is par où commencer? Vingt fois, depuis huit jours, J ' a i voulu devant elle en ouvrir le discours; Et H 3 > «les le premier mot, ma langue embarrassée »• nia bouche vingt fois a demeuré glanée es Perais que du moins mon (rouble et ma douleur Lui feraient pressentir noire commun malheur: Mais, sans me soupçonner, sensible il mes alarmes. Elle m'offre sa main pour essuyer mes larmes ; ■<:t ne prévoit rien moins, dans celle obscurité, 14 BÉRÉNICE. Que la lin d'un amour qu'elle a trop mérité. Enfin, j'ai ce malin rappelé ma constance: Il faut la voir, Paulin, et rompre le silence. J'attends Antioclius pour lui recommander Ce dépôt précieux que je ne puis garder: Jusque* dans l'Orient je veux qu'il la ramène. Demain Rome avec lui verra partir la reine. Elle en sera bientôt instruite par ma voix; Et je vais lui parler pour la dernière fois. Paulin. Je n'attendais pas moins de cet amour de gloire Qui par-tout après vous attacha la victoire. La Judée asservie, et ses remparts fumauts, De cette noble ardeur éternels monuments, Me répondaient assez que votre grand courage Ne voudrait pas, seigneur, détruire son ouvrage, Et qu'un héros vainqueur de tant de nations Saurait bien tôt ou tard vaincre ses passions. Titus. Ah 1 que sous de beaux noms cette gloire est cruelle ï Combien mes tristes yeux la trouveraient plus belle, S'il ne fallait encor qu'affronter le trépas ! Que dis-je? cette ardeur que j'ai pour ses appas, Bérénice en mon sein l'a jadis allumée. Tu ne l'ignores pas: toujours la renommée Avec le même éclat n'a pas semé mon nom; Ma jeunesse, nourrie a la cour de Néron, • S'égarait, cher Paulin, par l'exemple abusée, Et suivait du plaisir la pente trop aisée. Bérénice me plut. Que ne fait point un coeur Pour plaire à ce qu'il aime, et gagner son vainqueur'!' Je prodiguai mon sang: tout fit place à mes armes: Je revins triomphant. Mais le sung et les larmes Ne me sonffisaient pas pour mériter ses voeux: J'entrepris le "bonheur de mille malheureux. On vit de toutes paris mes bontés se répandre; Heureux, et plus heureux que lu ne peux comprendre, Quand je pouvais paraître à ses yeux satisfait* Chargé de mille coeurs conquis par mes bienfaits! Je lui dois tout, Paulin. Récompense cruelle! Tout ce que je lui dois va retomber .sur elle: Pour prix de tant de gloire et de tant de vertus, Je lui dirai: Partez et ne me voyez plus. l'uniiii. Hé quoi, seigneur! hé quoi! cette magnificence Qui va jusqu'il l'Euphrate étendre sa puissance, Tant, d'honneurs dont l'excès a surpris le sénat, Vous laissent-ils encor craindre le nom d'ingrat? ISWI' ACTE II. SCÈNE III. i;> Sur ceDt peuples nouveaux Bérénice commande Titus. Faibles amusements d'une douleur si grande! Je connais Bérénice, et ne sais que trop bien Que son coeur n'a jamais demandé que le mien. Je l'aimai; je lui plus. Depuis cette journée, (Dois-je dire funeste, hélas! ou fortunée?) Sans avoir, en aimant, d'objet que son amour, Étrangère dans Home, inconnue a la cour, Elle passe ses jours, Paulin, sans rien prétendre Que quelque heure à me voir, et le reste à m'atlendre. Kncor, si quelquefois un peu moins assidu Je passe le moment où je suis attendu, Je la revois bientôt de pleurs toute trempée: Ma main a les sécher est long-temps occupée. Enfin, tout ce qu'amour a de noeuds plus puissants, Doux reproches, transports sans cesse renaissants, Soin de plaire sans art, crainte toujours nouvelle, Beauté, gloire, vertu, je trouve tout en elle. Depuis cinq ans entiers chaque jour je la vois, Bt erois toujours la voir pour la première fois. N'y songeons plus. Allons, cher Paulin: plus j'y pense, Plus je sens chanceler ma cruelle constance. Quelle nouvelle, oh ciel! je lui vais annoncer! Encore un coup, allons, il n'y faut plus penser. Je connais mon devoir, c'est à moi île le suivre. .»e n'examine point si j'y pourrai survivre. ►Scène III. TITUS, PAULIN, RUTILE. Rutile. Bérénice, seigneur, demande ;t vous parler. Titws. Ah Paulin! Pnnlln. Quoi! déjà vous semble/, reculer' vos nobles projets, seigneur, qu'il vous souvienne; v °ici le temps. Titus, lié bien, voyons-la. Qu'elle vienne. Scène IV. BERENICE, TITUS, PAULIN, PHÉNICE. Bérénice. Ne vous offensez pas si mon zèle indiscret De votre solitude interrompt le secret. Tandis qu'autour de moi votre cour assemblée 16 KÉIIÉ1YICE. Retentit des bienfaits dont vous m'avez comblée, Est-il juste, seigneur, que seule eu ce moment Je demeure sans voix et sans ressentiment? Mais, seigneur, (car je sais que cet ami sincère Du secret de nos coeurs connaît tout le mystère) Votre deuil est fini, rien n'arrête vos pas, Vous êtes seul enfin, et ne me cherchez pas. J'entends que vous m'offrez un nouveau diadème, Et ne puis cependant vous entendre vous-même. Hélas! plus de repos, seigneur, et moins d'éclat: Votre amour ne peut-il paraître qu'au sénat? Ah Titus! (car enfin l'amour fuit la contrainte De tous ces noms que suit le respect et la crainte) De quel soin votre amour va-t-il s'importuner? N'a-t-il que des états qu'il me puisse donner? Depuis quand croyez-vous que ma grandeur me touche'* Un soupir, un regard, un mot de votre bouche, Voilà l'ambition d'un coeur comme le mien: Voyez-moi plus souvent, et ne me donnez rien. Tous vos moments sont-ils dévoués a l'empire? Ce coeur après huit jours n'a-t-il rien à me dire? Qu'un mot va rassurer mes timides esprits! Mais parliez-vous de moi quand je vous ai surpris? Dans vos secrets discours étnis-je intéressée, Seigneur? étais-je au moins présente à la pensée? Titus. N'en doutez point, madame, et j'atteste les dieux Que toujours Bérénice est présente à mes yeux. L'absence ni le temps, je vous le jure encore, Ne vous peuvent ravir ce coeur qui vous adore. B«>rénire. lié quoi! vous me jurez une éternelle ardeur, Et vous me la jurez avec cette froideur! Pourquoi même du ciel attester la puissance ? Faut-il par des serments vaincre ma défiance? Mon coeur ne prétend point, seigneur, vous démentir; Et je vous en croirai sur un simple soupir. Titus. Madame... lî «■!•«' ■■ !«■«•. Ile bien, seigneur? Mais quoi ! sans me répondre, Vous détournez les yeux, et semblez vous confondre! Ne m'offrirez-vous plus qu'un visage interdit? Toujours la mort d'un père occupe votre esprit: Rien ne peut-il charmer l'ennui qui vous dévore? '•'il un. Plût aux dieux que mon père, hélas ! vécût encore ! Une je vivais heureux ! B^r^nlce. Seigneur, tous ces regrets De votre piété sont de justes effets. ACTE II. SCÈNE V. il Mais vos pleurs ont assez honoré sa mémoire; Vous devez d'autres soins à Rome, à votre gloire: De mon propre intérêt je n'ose vous parler. Bérénice autrefois pouvait vous consoler: Avec plus do plaisir vous m'avez écoutée. De combien de malheurs pour vous persécutée Vous ai-jo pour un mot sacrifié mes pleurs ! Vous regreltez un père: Iiélas! faibles douleurs! Et moi (ce souvenir me fait frémir encore) On voulait m'arracher de tout ce que j'adore, Moi, dont vous connnaissez le trouble et le tourment Quand vous ne me quittez que pour quelque moment, Moi, qui mourrais jour qu'on voudrait m'interdire De vous... Titus. Madame, hélas I que me venez-vous dire? Quel temps choisissez-vous? Ah! de grâce, arrêtez: C'est trop pour un ingrat prodiguer vos boutés. Bérénice. Pour un ingrat, seigneur! Et le pouvez-vous être ? Ainsi donc mes bontés vous fatiguent peut-être? Titus. Non, madame: jamais, puisqu'il faut vous parler, Mon coeur de plus de feux ne se sentit brûler. Mais... Bérénice. Achevez. Titus. Hélas I Bérénice. Parlez. Titus. Rome... L'empire... Bérénice. Hé bien? Titns. Sortons, Paulin; je ne lui puis rien dire. Scène V. BÉRÉNICE, PIIÉNICE. Bérénice. Quoi! me quitter sitôt! et ne mo dire rien! Chère Phénicc, hélas! quel funeste entretien! Qu'ai-je fait? «Jue veut-il? Et que dit ce silence? J*l»énice. Comme vous je me perds d'autant plus que j'y pense. Mais ne s'offrc-t-il rien à votre souvenir Qui contre vous, madame, ait pu le prévenir? Voyez, examinez. Bérénice. Hélas! tu peux m'en croire; Plus je veux du passé rappeler la mémoire, Du jour que je le vis, jusqu'à ce triste jour. Hép.rtoir. No. 339. (H- Stri» No. 89-) I€ BÉRÉNICE. Plus je vois qu'on me peut reprocher trop d'amour Mai» tu nous entendais. Il ne faut rien me (aire; Parle. N'ai-je rien dit qui lui puisse déplaire? y ne sais-je? j'ai peut-être avec trop de chaleur Rabaissé ses présents, ou blâmé sa douleur. N'est-ce point que de Rome il redoule la haine ? Il craint peut-êlre, il craint d'épouser une reine Hélas! s'il était vrai... Mais non, il a cent fois Rassuré mon amour conlre leurs dures lois; Cent fois... Ah! qu'il m'explique un silence si rude: Je ne respire pas dans cette incertitude. Moi, je vivrais, Phénice, et je pourrais penser Qu'il me néglige, ou bien que j'ai pu l'offenser? Retournons sur ses pas. Mais, quand je m'examine, Je crois de ce désordre entrevoir l'oiigine. Phénice, il aura su tout ce qui s'est passé : L'amour d'Antiochus l'a peut-être offensé. Il attend, m'a-t-on dit, le roi de Comagène. Ne cherchons point ailleurs le sujet de ma peine. Sans doute, ce chagrin qui vient de m'alarmer N'est qu'un léger soupçon facile à désarmer. Je ne to vante point cette faible victoire, Titus: ah! plût au ciel que, sans blesser ta gloire. Un rival plus puissant voulût tenter ma foi, Et pût nielfre à mes pieds plus d'empires que loi; Que de sceptres sans nombre il pût payer ma flamme Que ton amour n'eût rien à donner que ton ame ! C'est alors, cher Titus, qu'aimé, victorieux, Tu verrais de quel prix ton coeur est à mes yeux. Allons, Phénice; un mot pourra le satisfaire. Rassurons-nous, mon coeur, je puis encor lui plaire, Je me comptais trop tôt au rang des malheureux : H Titus est jaloux, Titus est amoureux. fin nr BECONB ACTE. ACTE III. SCÈNE I. iy ACTE III. Scène I. TITUS, ANT10CHUS, ARSACE. '■'Mus. Quoi! prince, vous parliez! quelle raison subito Presse voire départ, ou plutôt votre fuite? Vouliez-vous nie cacher jusqties Si vos adieux '{ Est-ce comme ennemi que vous quittez, ces lieux? Que diront, avec moi, la cour, Rome, l'empire? Mais, comme votre ami, que ne puis-je point dire? De quoi m'accusez-vous ? Vous avais-je sans choix Confondu jusqu'ici dans la foule des rois? Mon coeur vous fut ouvert tant qu'a vécu mon père; C'était le seul présent que je pouvais voua faire: Et lorsqu'avec mon coeur ma main petit s'épancher, Vous fuyez, mes bienfaits tout prêls a vous chercher! Pensez-vous qu'oubliant ma fortune passée Sur ma seule grandeur j'arrête ma pensée, Et que tous mes amis s'y présentent de loin Comme autant d'inconnus dont je n'ai plus bésoin? Vous-même, à mes regards qui vouliez vous soustraire, Prince, plus que jamais vous m'êtes nécessaire. Antlochiis. Moi, seigneur? Titus. Vous. Aiitioclius. Hélas! d'un prince malheureux Que pouvez-vous, seigneur, attendre que des voeux? Tltng. Je n'ai pas oublié, prince, que ma victoire Devait a vos exploits la moitié de sa gloire; Home vit passer au nombre des vaincus Us d'un captif chargé des fers d'Antiochus; 0"e dans | e Capitole elle voit attachas Lea dé Poni|| cs des Juifs par vos mains arrachées. Je n'attends pas de vous rie ces sanglants exploits ; Et je veux seulement emprunter votre voix. J o sais que Bérénice, â vos soins redevable, Cr oit posséder en vous un ami véritable: > 2* 20 BÉRÉNICE. Elle uo voil dans Rome et n'écoute quo vous: Vous ne faites qu'un coeur et qu'une ame avec nous. Au nom d'une amitié si constante et si belle, Employez le pouvoir que vous avez sur elle: Voyez-la de ma part. %iit IocImin. Moi, paraître a ses yeux? La reine pour jamais a reçu mes adieux. Titus. Prince, il fa m que pour moi vous lui parliez encore. Ailtiorhus. Ah! parlez-lui, seigneur. La reine vous adore: Pourquoi vous dérober vous-même en ce moment Le plaisir de lui faire un aveu si charmant? Elle l'attend, seigneur, avec impatience. Je réponds, en partant, de son obéissance; Et même elle m'a dit que, prêt a l'épouser, Vous ne la verrez plus que pour l'y disposer. Titus. Ali! qu'un aveu si doux aurait lieu de me plaire! Que je serais heureux, si j'avais à le faire! Mes transports aujourd'hui s'nltendaient d'éclater; Cependant aujourd'hui, prince, il faut la quitter. .% 11 (soc II un. La quitter! Vous, seigneur? Titus. Telle est nia destinée: Pour elle et pour Titus il n'est plus d'hyménée. D'un espoir si charmant je me flattais en vain: Prince, il faut avec vous qu'elle pxrle demain. Antiochus. Ou'enfends-je? Oh ciel I Titus. Plaignez ma grandeur importune: Maître de l'univers, je règle sa fortune: Je puis faire les rois, je puis les déposer; Cependant de mon coeur je ne puis disposer. Kome, contre les rois de tout temps soulevée, Dédaigne une beauté dans la pourpre élévée, L'éclat du diadème, et cent rois pour aïeux, Déshonorent ma flamme et blessent lotis les yeux. Mon coeur, libre d'ailleurs, sans craindre les murmure», Peut brûler h son choix dans des flammes obscures: Kl Home avec plaisir recevrait de ma main La moins digne beauté qu'elle cache en son sein. Jules céda lui-même au torrent qui m'entraîne. Si le peuple demain ne voit partir la reine, Demain elle entendra ce peuple furieux Me venir demander son départ à ses jeux. Sauvons de cet affront mon nom et sa mémoire; Kt puisqu'il faut céder, cédons à noire gloire. Ma bouclio et mes regards, muets depuis huit jours. L'auront pu préparer a ce Irisle discours: ACTE III. SCÈNE II. Et même eu ce moment, inquiète, empressée, Elle veut qu'à ses yeux j'explique ma pensée. I>'un amant interdit soulagez le tourment; Epargnez h mon coeur cet éclaircissement. Allez, expliquez-lui mon trouble et mon silence; Sur-tout, qu'elle me laisse éviter sa présence: Soyez le seul témoin de ses pleurs et des miens; Portez-lui mes adieux, et recevez les siens. Fuyons tous deux, fuyons un spectacle funeste Oui de noire constance accablerait le reste. Si l'espoir de régner et de vivre en mon coeur Peut de son infortune adoucir la rigueur, Ah prince! jurez-lui que, toujours trop fidèle, Oémissant dans ma cour, et plus exilé qu'elle, Portant jusqu'au tombeau le nom de son amant, Mon règne ne sera qu'un long bannissement, Si le ciel, non content de me l'avoir ravie, Veut encor m'affliger par une longue vie. Vous, que l'amitié seule attache sur ses pas, Prince, dans son malheur ne l'abandonnez pas: Que l'Orient vous voie arriver à sa suite; Que ce soit un triomphe, et non pas «ne fuite. Qu'une amitié si belle ait d'éternels liens j Que mon nom soit toujours dans tous vos entretiens. Pour rendre vos états plus voisins l'un de l'autre, [i'Euphrate bornera son empire et le vôtre. Je sais que le sénat, tout plein de voire nom, D'une commune voix confirmera ce don. Je joins la Cilicie à voire Comagène. Adieu. Ne quittez point ma princesse, ma reine, Tout ce qui de mon coeur fut l'unique désir, Tout ce que j'aimerai jusqu'au dernier soupir. Scène II. ANTIOCHUS, A US ACE. Argace. Ainsi le ciel s'apprête à vous rendre justice. 8 partirez, seigneur, mais avec Bérénice: ln ^ c v ous la ravir, on va vous lu livrer. "^••tloelms. Arsace, laisse-moi le temps do respirer, f c ' lan gcment est grand, ma surprise est extrême; ''fus entre mes mains remet tout ce qu'il aime! Nois-je croire, grands dieux! ce que je viens d'ouïr? h quand je le croirais, dois-je m'en réjouir? 22 BÉRÉNICE. Arsace. Mais, moi-même, seigneur, que t'aut-il que je croie? Quel obstacle nouveau s'oppose à votre joie ? Me trompiez-vous tantôt au sortir de ces lieux, Lorsqu'encor tout ému de vos derniers adieux, Tremblant d'avoir osé s'expliquer devant elle, Votre coeur me contait son audace nouvelle? Vous fuyiez un hymen qui vous faisait trembler. Cet hymen est rompu: quel soin peut vous troubler? Suivez les doux transports où l'amour vous invite. Aiitloclms. Arsace, je me vois chargé de sa conduite : Je jouirai long-temps de ses chers entretiens; Ses yeux même pourront s'accoutumer aux miens, Et peut-être son coeur fera la différence Des froideurs de Titus à ma persévérance. Titus m'accable ici du poids de sa grandeur; Tout disparait dans Home auprès de sa splendeur: Mais quoique l'Orient soit plein de sa mémoire, Bérénice y verra des traces de ma gloire. Arsace. N'en douiez point, seigneur, tout succède ii vos voeux. Alltlochus. Ah! que nous nous plaisons à nous tromper tous deux ! Arsace. Et pourquoi nous tromper? Antlochus. Quoi! je lui pourrais plaire? Bérénice à mes voeux ne serait plus contraire? Bérénice d'un mot flatterait mes douleurs ? Penses-tu seulement que parmi ses malheurs, Quand l'univers entier négligerait ses charmes, L'ingrate me permît de lui donner des larmes, Ou qu'elle s'abaissât jusques k recevoir Oes soins qu'à mon amour elle croirait devoir? Arsace. Et qui peut mieux que vous consoler sa disgrâce ? Sa fortune, seigneur, va prendre une autre face: Titus la quitte. Antioclius. Hélas! de ce grand changement, H ne me reviendra que le nouveau tourment D'apprendre par ses pleurs à quel point elle l'aime. Je la verrai gémir; je la plaindrai moi-même. Pour fruit de tant d'amour, j'aurai le triste emploi De recueillir des pleurs qui ne sont pas pour moi. Arsace. Quoi ! ne vous plairez - vous qu'a vous gêner sans cesse? Jamais dans un grand coeur vit-on plus de faiblesse? Ouvrez les yeux, seigneur, et songeons entre nous ACTE III. SCÈNE III. 28 l'ar combien de raisons Bérénice est à vous. Puisqu'aujourd'hui Titus ne prétend plus lui plaire, Songez que voire hymen lui devient nécessaire. Aiitlochus. Nécessaire? Arsnce. A ses pleurs accordez quelques jours; De ses premiers sanglots laissez passer le cours: Tout parlera pour vous, le dépit, la vengeance, I-'absence de Titus, le temps, voire présence, Trois sceptres que son bras ne peut seul soutenir, Vos deux états voisins qui cherchent a s'unir; L'intérêt, la raison, l'amitié, tout vous lie. Antiorhiis. Ah ! je respire, Arsace; et tu me rends la vie: J'accepte avec plaisir un présage si doux. Que tardons-nous? Taisons ce qu'on attend de nous. Entrons chez Bérénice; et, puisqu'on nous l'ordonne, Allons lui déclarer que Titus l'abandonne... Mais plutôt demeurons. Que faisais-je? Est-ce à moi, Arsace, à me charger de ce cruel emploi? Soit vertu, soit amour, mon coeur s'en effarouche. L'aimable Bérénice entendroit de ma bouche Qu'on l'abandonne! Ah reine! et qui l'aurait pensé Que ce inot dût jamais vous être prononcé ! Arsace. La haine sur Titus tombera tout entière. Seigneur, si vous parlez, ce n'est qu'il sa prière. Aiitlovlmg. Non, ne la voyons point ; respectons sa douleur : Assez d'autres viendront lui conter son malheur. Et ne la crois-tu pas assez infortunée D'apprendre à quel mépris Titus l'a condamnée, Sans lui donner encor le déplaisir fatal D'apprendre ce mépris par son propre rival? Encore un coup, fuyons; et par cette nouvelle N'allons point nous charger d'une haine immortelle. Arsace. Ah! la voici, seigneur; prenez voire parii. Antinchns. Oh ciel! Scène III. BÉRÉNICE, ANTIOCHUS, ARSACE. PHÉN1CE. Bérénice. Hé quoi, seigneur! vous n'êtes point parti 1 AntiuchiiH. Madame, je vois bien que vous êtes déçue, que c'était César que cherchait votre vue. Mais n'accusez que lui si, malgré mes adieux, °e ma présence encor j'importune vos yeux; Peut-être en ce moment je serais dans Oslic, 21 BÉRÉNICE. S'il ue m'eut de sa cour défendu la sorti. Bérénice. Il vous cherche vous seul. Il nous évite tous. Antlochiis. Il ne m'a retenu que pour parler devons. Bérénice. De moi, prince? Antiochns. Oui, madame. Bérénice. Et qu'a-l-il pu vous dire? AntlochtiB. Mille autres mieux que moi pourront vous on instruire. Bérénice. Quoi, seigneur!.. Antiochns. Suspendez votre ressentiment. D'antres, loin de se taire en ce même moment, Triompheraient peut-être, et pleins de confiance, Céderaient avec joie à votre Impatience: Mais moi, toujours tremblant, moi, vous le savez bien, A qui votre repos est pins cher que le mien, Pour ne le point troubler j'aime mieux vous déplaire, Et crains votre douleur plus que votre colère. Aviant la fin du jour vous me justifierez. Adieu, madame. Bérénice. Oh ciel! quel discours! Demeures Prince, c'est trop cacher mon trouble à votre vue. Vous voyez devant vous une reine éperdue, Qui, la mort dans le sein, vous demande deux mots: Vous craignez, dites-vous, de troubler mon repos: Et vos refus cruels, loin d'épargner ma peine, Excitent ma douleur, ma colère, ma haine. Seigneur, si mon repos vous est si précieux, Si moi-même jamais je fus chère a vos yeux, Êclaircissez le trouble où vous voyez mon âme. Que vous a dit Titus? Antlochus. Au nom des dieux, madame... Bérénice. Quoi! vous craignez si peu de me désobéir? AntiociiUB. Je n'ai qu'il vous parler pour me faire haïr. Bérénice. Jo veux que vous parliez. Antlocliug. Dieux! quelle violence! Madame, encore un coup, vous louerez mon silence. Bérénice. Prince, dès ce moment contentez mes souhaits, Ou soyez de ma haine assuré pour jamais. AntiocliuH. Madame, après cela je ne puis plus me taire. Hé bien, vous le voulez, Il faut vous satisfaire. Mais ne vous flattez point: je vais vous annoncer Peut-être des malheurs où vous n'osez penser. Je connais votre coeur: vous devez vous attendre O'ie je le vais frapper par l'endroit le plus tendre : Titus m'a commandé... ACTE III. SCÈNE IV. 25 Bérénice. Quoi? Antiochus. De vous déclarer Ou'à jamais l'un ne l'autre il faut vous séparer. Bérénice. Nous séparer! Qui? moi? Titus de Bérénice? AntlochilS. H faut que devant vous je lui rende justice: Tout ce que, dans un coeur sensible et généreux, L'amour au désespoir peut rassembler d'affreux, Je l'ai vu dans le sien. Il pleure, il vous adore. Mais enfin que lui sert de vous aimer encore? Une reine est suspecte h l'empire romain. Il faut vous séparer, et vous partez demain. Bérénice. Nous séparer! Hélas, Phcnicel IMiénicc. Hé bien, madame, Il faut ici montrer la grandeur de votre âme. Ce coup sans doute est rude, il doit vous étonner. Bérénice. Après tant de serments Titus m'abandonner ! Titus qui me jurait... Noo, je ne le puis croire; Il ne me quitte point, il y va de sa gloire. Contre son innocence on veut me prévenir. Ce piège n'est tendu que pour nous désunir. Titit3 m'aime, Titus ne veut point que je meure. Allons le voir: je veux lui parler tout-k-l'lieure. Allons. Aiiliocliiis. Quoi ! vous pourries ici me regarder- Bérénice. Vous le souhaitez trop pour me persuader. Non, je ne vous crois point. Mais, quoi qu'il en puisse être Pour jamais à mes yeux gardez-vous de paraître. (A Pliénice.) Ne m'abandonne pas dans l'état où je suis. Hélas! pour me tromper je fuis ce que je puis. Scène IV. ANTIOCHUS, ARSACE. A ni i oc la n«. Ne me trompé-jo point? l'ai-je bien entendue ? Que je me garde, moi, de paraître à sa vue! Je m'en garderai bien. Eli! ne partais-je pas, s ' Titus malgré moi n'eût arrêté mes pas? Sang doute il faut partir. Continuons, Arsace. Elle croit m'affliger; sa liaine me fait grâce. Tu me voyais tantôt inquiet, égaré; Je partais amoureux, jaloux, désespéré; Et maintenant, Arsace, après cetto défense, Je partirai peut-être avec indifférence. 26 BÉRÉNICE. Araace. Moins que jamais, seigneur, il faut vous éloigner. Antioclius. Moi, je demeurerai pour me voir dédaigner? Des froideurs de Titus je serai responsable? Je me verrai puni parcequ'il est coupable? Avec quelle injustice et quelle indignité Klle doute, à mes yeux, de ma sincérité ! Titus l'aime, dit-elle, et moi je l'ai trahie. L'ingrate! m'accuser de cette perfidie! lit dans quel temps encor? dans le moment fatal Que j'étale à ses yeux les pleurs de mon rival; Que pour la consoler je le faisais paraître Amoureux et constant, plus qu'il ne l'est peut-être. Arsnce. Etde quel soin, seigneur, vousallez vous troubler? Laisse/, à ce torrent le temps de s'écouler: Dans huit jours, dans un mois, n'importe, il faut qu'il passe. Demeurez seulement. Antloehus. Non; je la quitte, Arsace. Je sens qu'à sa douleur je pourrais compatir : Ma gloire, mon repos, tout m'excite à partir. Allons ; et de si loin évitons la cruelle, Que de long-temps, Arsace, on ne nous parle d'elle. Toutefois il nous reste encore asse - /. de jour : Je vais dans mon palais attendre Ion retour; Va voir si la doulé'ur ne l'a point trop saisie. Cours; et partons du moins assurés de sa vie. Kl.N DU TIIUIS1ÉMK ACTE. ACTE IV. SCÈNE I. 21 ACTE IV. Scène I. BÉRÉNICE. Phénice ne vient point! Moments trop rigoureux, Que vous pariiiHse/. lents à mes rapides voeux ! Je m'agite, je cours; languissante, abattue, La force m'abandonne; et le repos me lue. Phénice ne vient point! Ah! que cette longueur D'un présage funeste épouvante mon coeur ! Phénice n'aura point de réponse a me rendre: Titus, l'ingrat Titus n'a point voulu l'entendre; Il fuit, il se dérobe à ma juste fureur. Scène II. BÉRÉNICE, PHÉNICE. Bérénice. Chère Phénice, hé bien! as-tu vu l'empereur ? Qu'a-t-il dit? viendra-t-il? Phénice. Oui, je l'ai vu, madame, Et j'ai peint à ses yeux le trouble de votre âme. J'ai vu couler des pleurs qu'il voulait retenir. Bérénice. Vient-il ? J*lienlce. N'en doutez point, madame, il va venir. Mais voulez-vous paraître en ce désordre extrême? Remettez-vous, madame, et rentrez en vous-même. Laissez-moi relever ces voiles détachés, Kt ces cheveux épars dont vos yeux sont cachés. Souffrez que de vos pleurs je répare l'outrage. Bérénice. Laisse,laisse, Phénice; il verra son ouvrage. K1> ■ 'J'ie m'importe, hélas! do ces vains ornements? &i ma foi, si mes pleurs, si mes gémissements, Mais que dis-je, mes pleurs! si ma perte certaine, s ' ma mort toute prête enfin ne le ramène, N's-moi, que produiront tes secours superflus, 28 BÉRÉNICE. Kt tout ce fuiblo éclat qui ne le touche plus? Pliéiilee. Pourquoi lui faites-vous cet injuste reproche? J'entends du bruit, madame, et l'empereur s'approche. Venez, fuyez la foule, et rentrons promptement. Vous l'entretiendrez seul dans votre appartement. Scène III. TITUS, PAULIN, suite. TitiiM. De la reine, Paulin, flattez l'inquiétude: Je vais la voir. Je veux un peu de solitude: Que l'on me laisse. Paulin, à pari. Oh ciel! que je crains ce combat! Grands dieux, sauvez sa gloire et l'honneur de l'état! Voyons la reine. Scène IV. TITUS. Hé bien! Titus, que viens-tu faire? Bérénice t'attend. Où viens-tu, téméraire? Tes adieux sont-ils prêts? T'es-tu bien consulté? Ton coeur te promet-il assez de cruauté? Car enfin au combat qui pour toi se prépare C'est peu d'être constant, il faut être barbare. Soutiendrai-je ces yeux dont la douce langueur Sait si bien découvrir les chemins do mon coeur? Quand je verrai ces yeux armés de tous leurs charmes, Attachés sur les miens, m'accabler de leurs larmes, Me souviendrai-je alors de mon triste devoir? Pourrai-je dire enfin: Je ne veux plus vous voir? Je viens percer un coeur que j'adore, qui m'aime, lit pourquoi le percer? Qui l'ordonne? Moi-même. Car enfin Rome a-t-elle expliqué ses souhaits? Ii entendons-nous crier autour de ce palais? Vois-je l'état penchant au bord de précipice? Ne le puis-je sauver que par ce sacrifice? Tout se lait ; et moi seul, trop prompt a me troubler, J'avance des malheurs que je puis reculer. El qui sait si, sensible aux vertus de la reine, Home ne voudra point l'avouer pour Bomaine? Rome peut par son choix justifier le mien: Non, non, encore un coup, ne précipitons rien. ACTE IV. SCÈNE V aa Que Rome avec ses lois mette dans la balance Tant de pleurs, tant d'amour, tant de persévérance; Home sera pour nous... Titus, ouvre les yeux- Quel air respires-tu? 3'es-(u pas dans ces lieux Où la haine des rois, avec le lait sucée, Par crainte ou par amour ne peut être effacée? Home jugea ta reine en condamnant ses rois. N'as-tu pas en naissant entendu cette voix? Et n'.is-tii pas encore ouï la renommée T'annoncer ton devoir jusques dans ton armée? Et lorqne Bérénice arriva sur tes pas, Ce que Rome en jugeait ne l'entendis-tu pas? Faut-il donc tant de fois (o le faire redire? Ah lâche! fais l'amour, et renonce il l'empire, Au bout de l'univers va, cours te confiner, Et fais place a des coeurs plus dignes de régner. Sont-ce là ces projets de grandeur et do gloire Qui dévoient dans les coeurs sonsacrer ma mémoire? Depuis huit jours je règne, et, jusques à ce jour, Qu'ai-jc fait pour l'honneur? J'ai tout fait pour l'amour. D'un temps si précieux quel compte puis-je rendre? Où sont ces heureux jours que je faisais attendre? Quels pleurs ai-je séchés? dans quels yeux satisfaits Ai-je déjà goûté le fruit de mes bienfaits? I/uiiiycrs a-t-il vu changer ses destinées? !Sais-je combien le ciel m'a compté des journées? Et de ce peu de jours, si longtemps attendus, Ah malheureux! combien j'en ai déjà perdu! Ne tardons plus: faisons ce que l'honneur exige; Rompons le seul lien... Scène V. BÉRÉNICE, TITUS. Bérénice, en sortant de son appartement. Non, laissez-moi, vous dis-je. Kn vain tous vos conseils me retiennent ici; " faut que je le voie... Ah seigneur! vous voici! H« bien, j| C st donc vrai que Titus m'abandonne! " faut nous séparer! et c'est lui qui l'ordonne! Titus. N'accabler point, madame, un prince malheureux. 11 ne faut point ici nous attendrir tous deux. Un trouble assez cruel m'agite ït me dévore, s " n « que des pleurs si rhers me déchirent encore. 30 BÉRÉNICE. Rappelez hien plutôt ce coeur qui tant de fois M'a fait de mon devoir reconnaître la voix: Il en est temps. Force/, votre amour à se taire; Et d'un oeil que la gloire et la raison éclaire Contempler mon devoir dans toute sa rigueur. Vous-même contre vous fortifiez mon coeur; Aidez-moi, s'il se peut, à vaincre ma faiblesse, A retenir des pleurs qui m'échappent sans cesse: Ou, si nous ne pouvons commander à nos pleurs. Que la gloire du moins soutienne nos douleurs; Et que tout l'univers reconnaisse sans peine Les pleurs d'un empereur et les pleurs d'une reine. Car enfin, ma princesse, il faut nous séparer. Bérénice. Ah cruel! est-il temps de me le déclarer? Ou'avez-vous fait? Hélas! je me suis crue aimée; Au plaisir de vous voir mon âme accoutumée Ne vit plus que pous: ignoriez-vous vos lois Quand je vous l'avouai pour la première fois? A quel excès d'amour m'avez-vous amenée! Que ne me disiez-vous, Princesse infortunée, Où vas-tu l'engager, et quel est ton espoir? Ne donne point un coeur qu'on ne peut recevoir! Ne l'avez-vous reçu, cruel, que pour le rendre Quand de vos seules mains ce coeur voudrait dépendre? Tout l'empire a vingt fois conspiré contre nous : Il était temps enenr; que ne me quittiez-vous? Mille raisons alors consolaient ma misère: Je pouvais de ma mort accuser voire père, Le peuple, le sénat, tout l'empire romain, Tout l'univers, plutôt qu'une si chère main. Leur haine, dès long-temps contre moi déclarée, M'avait à mon malheur dès long-temps préparée. Je n'aurais pas, seigneur, reçu ce coup cruel Dans le temps que j'espère un bonheur immortel, Quand votre heureux amour peut tout ce qu'il désire, Lorsque Borne se tait, quand votre père expire, Lorsque (ont l'univers fléchit il vos genoux, Enfin quand je n'ai plus à redouter que vous. Titus. Et c'est moi seul aussi qui pouvais me détruire. Je pouvais vivre alors et me laisser séduire; Mon coeur se gardait hien d'aller dans l'avenir Chercher ce qui pouvait un jour nous désunir. Je voulais qu'a mes voeux rien ne fût invicible; Je n'examinais rien, j'espérais l'impossible. Que sais-je? j'espérais de mourir à vos yeux, ACTE IV. SCENE V. ai Avant que «l'en venir a ces cruels adieux. Les obstacles semblaient renouveler ma flamme. Tout l'empire parlait: mais la gloire, madame, Ne s'était point encor fait raton*» » mon coeur Du ton dont elle parle nu coeur d'un empereur. Je sais tous les tourments où ce dessein me livre: Je sens bien que sans vous je ne saurais plus vivre, Que mon coeur de moi-même est prêt a s'éloigner; Mais il ne s'agit plus de vivre, il faut régner. Bérénice. Hé bien, régne/., cruel, contente/, votre gloire ; Je no dispute plus. J'attendais, pour vous croire. Que celte même bouche, après mille serments l»'un amour qui devait unir tous nos moments, Cette bouche, il mes jeux s'avouant inlidùle, M'ordonnât elle-même une absence éternelle. Moi-même j'ai voulu vous entendre en ce lieu. Je n'écoute plus rien: cl, pour jamais, adieu... l'our jamais! Ah seigneur! songez-vous en vous 1,1.1m ,;, »mbien ce mot cruel est affreux quand on aime? Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous, Seigneur, que tant de mers me séparent de vous; Que le jour recommence et que le jour finisse Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice, Sans que de (ont le jour je puisse voir Titusï Mais quelle rst mon erreur, et que de soins perdus! L'ingrat, de mon départ consolé par avance, Daignera-t-il compter les jours de mon absence? Ces jours si longs pour moi lui sembleront trop courts. TitllS. Je n'aurais pas, madame, à compter tant de jours : J'espère que bientôt la triste renommée Vous fera confesser que vous étiez, aimée. Vous verrez que Titus n'a pu, sans expirer... Bérénice. Ali seigneur! s'il est vrai, pourquoi nous séparer? Je ne vous parle point d'un heureux hymenée; Rome a ne vous plus voir m'a-t-elle condamnée? Pourquoi m'cnvie/.-vous l'air que vous respire/. ? TltiiM. Hélas! vous pouvez, tout, madame. Demeure/.: Je n'y résiste point. Mais je sens ma faiblesse: Il faudra vous combattre et vous craindre sans cesse, ^' 8 »us cesse veiller à retenir mes pas, 0"e vers vous il toute heure entraînent vos appas. Que dis-je? En ce moment, mon coeur, hors de lui-même, S'oublie, et se souvient seulement qu'il vous aime. Bérénice. Hé bien, seigneur, hé bien, qu'en peut-il arriver ' Voje/.-vous les Romains prêts à se soulever? sa BÉRÉNICE. Titus. Et qui sait de quel oeil ils prendront cette injure ? S'ils parlent, si les cris succèdent au murmure, Kaudra-t-il par le sang justifier mon choix? S'ils se taisent, madame, et me vendent leurs lois, A quoi m'exposez-vous? par quelle complaisance Faudra-t-il quelque jour payer leur patience? Quo n'oseront-ils point alors me demander? .Maintiendrai-jo des lois que je ne puis garder? Bérénice» Vous ne comptez pour rien les pleurs de Bérénice ! Titus. Je les compte pour rien! Ali ciel ! quelle injustice ! Bérénice. Quoi 1 pour d'injustes lois que vous pouvez changer, En d'éternels chagrins vous-même vous plonger! Home a ses droits, seigneur; n'avez-vous pas les vôtres? Ses intérêts sont-ils plus sacrés que les nôtres? Dites, parlez. 'l'if un. Hélas! que vous me déchirez! Bérénice. Vous êtes empereur, seigneur, et vous pleurez f Titus. Oui, madame, il est vrai, je pleure, je soupire, Je frémis. Mais enfin, quand j'acceptai l'empire, Rome me fit jurer de maintenir ses droits. Il les Tant maintenir. Déjà plus d'une fois Rome a de mes pareils exercé la constance. Ah! si vous remontiez jusques a sa naissance, Vous les verriez toujours h ses ordres soumis: L'un, jaloux de sa foi, va chez les ennemis Chercher, avec la mort, la peine toute prêle ; D'un fils victorieux l'autre proscrit la tète; L'autre, avec des yeux secs et presque indifférents, Voit mourir ses deux fils par son ordre expirants. Malheureux! Mais toujours la patrie et la gloire Ont parmi les Romains remporté la victoire. Je sais qu'en vous quittant le malheureux Titus Passe l'austérité de toutes leurs vertus; Qu'elle n'approche point de cet effort insigne: Mais, madame, après tout, me croj'ca-vous indigne De laisser un exemple à la postérité, Qui sans de grands efforts ne puisse être imité? Bérénice. Non, je crois tout facile à votre barbarie: Je vous crois digne, ingrat ! de m'anacher la vie. De tous vos sentiments mon coeur est éclairci. Je ne vous parle plus de me laisser ici: Qui? moi, j'aurais voulu, honteuse et méprisée, D'un peuple qui nie hait soutenir la risée? ACTE IV. SCENE VI. 33 J'ai voulu vous pousser jusques a ce refus. C'en est fait, et bientôt vous ne me craindrez plus. N'attendez pas ici que j'éclate en injures, Que j'atteste Je ciel, ennemi des parjures; Non: si le ciel encore est touché de mes pleurs, Je le prie, en mourant, d'oublier mes douleurs. Si jo forme des voeux contre votre injustice, Si, devant mourir, la triste Bérénice Vous veut de son trépas laisser quelque vengeur, Je ne lo cherche, ingrat, qu'au fond de votre coeur. Je sais que tant d'amour n'en peut être effacée; Que ma douleur présente, et ma bonté passée, Mon sang qu'en ce palais je veux même verser, Sont autant d'ennemis que je vais vous laisser: Kt, sans me repentir de ma persévérance, Je me remets sur eux de toute ma vengeance. Adieu. Scène VI. TITUS, PAULIN". Paulin» Dans quel dessein vient-elle de sortir, Seigneur? Est-elle enfin disposée à partir? TitiiH. Paulin, je suis perdu ! je n'y pourrai survivre I.a reine veut mourir. Allons, il faut la suivre. Courons a son secours. Paulin. Hé quoi ! n'avez-vous pas Ordonné dès tantôt qu'on observe ses pas? Ses femmes, a toute heure autour d'elle empressées, Sauront la détourner de ces tristes pensées, Non, non, ne craignez rien. Voilà les plus grands coups, Seigneur; continuez, la victoire est a vous. Je sais que sans pitié vous n'avez pu l'entendre; Moi-même en la voyant je n'ai pu m'en défendre. Mais regardez plus loin: songez, en ce malheur, Quelle gloire va suivre un momeut de douleur, Quels applaudissements l'univers vous prépare, Q Ue l rang dans l'avenir... Titus. Non; je suis un barbare. Moi-même je me hais. Néron, tant détesté, Na point h ce t excès poussé sa cruauté. Je ne souffrimi point que Bérénice expire. Allons, Rome en dira ce qu'elle en voudra dire. Paulin. Quoi, seigneur! B *P«r(oire No. 339. (II. Strie. No. 89.) 3 •M BÉRÉNICE. Titus. Je ue sais, Paulin, ce que je dis: L'excès de ma douleur accable mes esprits. Paulin. Ne trouble/, point Jo cours de votre renommée Déjà de vos adieux la nouvelle est semée ; Boinc, qui gémissait, triomphe avec raison; Tous les temples ouverts fument en votre nom ; El le peuple, élevant vos vertus jusqu'aux nues, Va partout de lauriers ronronner vos statues. Titus. Ab Home! Ah Bérénice! Ah prince malheureux! Pourquoi suis-je empereur '{ Pourquoi suis-je amoureux? Scène VII. TITUS, ANTIOCHUS, PAULIN, ARSACE. Aiitlorhus. Qu'avez-vous fait, seigneur? l'aimable Bérénice Va peut-être expirer dans les bras de Phéniee. Elle n'entend ni pleurs, ni conseil, ni raison; Elle implore à grands cris le fer et le poison. Vous seul vous lui pouvez, arracher cette envie: On vous nomme, et ce nom la rappelle a la vie; Ne» yeux toujours tournés vers votro appartement Semblent vous demander de moment en moment. Je o'y puis résister, ce spectacle me tue. Que tardez-vous ? allez, vous montrer ù sa vue. Sauve/, tant do vertus, de «races, de beauté, Ou renoncez, seigneur, à toute humanité. Dites un mot. Titus. Hélas! quel mot puis-jo lui dire? Moi-même en re moment, sais-je si je rcspireV Scène VIII. TITUS, ANTIOCIIUS, PAULIN, ARSACE, RUTILE. Rutile. Seigneur, tous les tribuns, les consuls, le sénat, Viennent vous demander nu nom de tout l'étal: Un grand peuple les suit, qui, plein d'impatience, Dans votre appartement attend votre présence. Titus. Je vous entends, grands dieux, vous voulez rassurer Pi! coeur que vous voyez, tout prêt à s'égarer. Paulin. Venez, seigneur: passons dans la chambre prochaine ; A \ ACTE V. SCENE I. 35 AIIom voir le sénat. AntiocliliM. Ali! nuire/, chez la reine. 9'nteliii. Quoi ! vous pourries, seigneur, parcelle indignité, l'empire à vos pieds fouler la majesté? Rome.,, THibm. Il suffit, Paulin; nous allons les entendre. (A AftftOcàUS.) Prince, de ce devoir je ne puis me défendre. Voye* la reine. Aile/.. J'espère, k mon retour, Qu'elle ne pourra plus douter de mon amour. FIN DU QUATRIÈME ACTE. ACTE V. Scène I. ARSACE. Ou pourrai-je trouver ce prince trop fidèle? Ciel, conduise/, mes pas, et seconde/, oion zèle: Faites qu'en ce moment je lui puisso annoncer Un bonheur où peut-être il n'ose plus penser! Scène 11. ANTIOCHUS, ARSACE. Arinre. Ah! quel heureux destin en ces lieux vousrcnvoie, Seigneur! Antiorliiiti. Si mon retour l'apporte quelque joie, Ar «ace, rends-en grâce s» mon seul désespoir. Arsace. reine part, seigneur. Aiitiorhus. Elle part? Aruaro. Oit ce soir: Ses ordres sont donnés. Elle s'est offensée Q»e Titus à ses pleurs l'ait si long-temps laissée. Un généreux dépit succède à sa fureur: B érénico renonce ii nome, à l'empereur. Et même veut partit avant que Home instruite p uisse vair son désordre cl jouir de sa fuile. 3G BÉRÉNICE. Elle écrit a César. Antlochus. Oh ciel! qui l'aurait cru? fit Titus? Argace. A ses yeux Titus n'a point paru. Le peuple avec transport l'arrête et l'environne, Applaudissant aux noms que le sénat lui donne; fit ces noms, ces respects, ces applaudissements, Deviennent pour Titus autant d'engagements, Qui, le liant, seigneur, d'une honorable chaîne, Malgré tous ses soupirs, et les pleurs de la reine, Fixent dans son devoir ses voeux irrésolus. C'en est fait; et peut-être il ne la verra plus. Antlochus. Que de sujets d'espoir, Arsace ! je l'avoue Mais d'un soin si cruel la fortune me joue, J'ai vu tous mes projets tant de fois démentis, Que j'écoute en tremblant tout ce que lu me dis; Et mon coeur, prévenu d'une crainte importune, Croit, même en espérant, irriter la fortune. Mais que vois-je? Titus porte vers nous ses pas! Que veut-il? Scène III. TITUS, ANTIOCHUS, ARSACE. Titus, à sa suite. Demeurez: qu'on ne me suive pas. (A Antiochus.) Enfin, prince, je viens dégager ma promesse. Bérénice m'occupe et m'afflige sans cesse: Je viens, le coeur percé de vos pleurs et des siens, Calmer des déplaisirs moins cruels que les miens. Venez, prince, venez; je veux bien que vous même Pour la dernière fois vous voyiez si je l'aime. Scène IV. ANTIOCHUS, ARSACE. Antloehus. Hé bien ! voilà l'espoir que tu m'avais rendu Et tu vois le triomphe où j'étais attendu! Bérénice partait justement irritée! Pour ne la plus revoir Titus l'avait quittée! Qu'ai-je donc fait, grands dieux? quel cours infortuné A ma funeste vie aviez-vous destiné ? Tous mes moments ne sont qu'un éternel passage De la crainte à l'espoir, de l'espoir à la rage. ACTE V. SCÈNE V. 37 Et je respire encor! Bérénice! Titus! Dieux cruels! de mes pleurs vous ne vous rires plus. Scène V. TITUS, BÉRÉNICE, PHÉN1CE. Bérénice. Non, je n'écoute rien. Me voilà résolue; Je veux partir. Pourquoi vous montrer h ma vue? Pourquoi venir encore aigrir mon désespoir? N'ètes-vous pas content? Je ne veux plus vous voir. Titus. Mais, de grâce, écoute-/.. Bérénice. Il n'est plus temps. Titus. Madame, Un mot. Bérénice. Non. Titus. Dans quel trouble elle jette mon ame! Ma princesse, d'où vient ce changement soudain? Bérénice. C'en est fait. Vous voulez que je parte demain ; Et moi j'ai résolu de partir tout-à-l'heure: Et je pars. Titus. Demeurez. Bérénice. Ingrat! que je demeure? Et pourquoi? pour entendre un peuple injurieux Qui fait de mon malheur retentir tous ces lieux? Ne l'entendez-vous pas cette cruelle joie, Tandis que dans les pleurs moi seule je me noie? Quel crime, quelle offense a pu les animer? Hélas! et qu'ai-je fait que de vous trop aimer? Titus. Écoulez-vous, madame, une foule insensée? Bérénice. Je ne vois rien ici dont je ne sois blessée. Tout cet appartement préparé par vos soins, Ces lieux, de mon amour si long-temps les témoins, Oui semblaient pour jamais me répondre du vôlre, Ces festons, où nos noms enlacés l'un dans l'autre A wes tristes regards viennent par-tout s'offrir, 8ont autant d'imposteurs que je ne puis souffrir. Allons, Phénice. ***us. Oh ciel! que vous êtes injuste! Bérénice. Retournez, retournez vers ce sentît aujusle O'i' vient vous applaudir de votre cruauté. Hé bien! avec plaisir l'avez-vous écoulé? Etes-vous pleinement content de votre gloire? Avez-vous bien promis d'oublier ma mémoire? ' 8 ce n'est pas aesex expier vos amours: 38 BERENICE. Avez-vous bien promis de me haïr toujours? Titus. Non, je n'ai rien promis. Moi, que je vous haïsse ? Que je puisse jamais oublier Bérénice? Ah dieux! dans quel moment son injuste rigueur De ce cruel soupçon vient affliger mou coeur! Connaissez-moi, madame, et depuis cinq années Comptez tous les moments et toutes les journées Où, par plus de transports et par plus de soupirs, Je vous ai de mon coeur exprimé les désirs; Ce jour surpasse tout. Jamais, je le confesse, Vous ne fûtes aimée avec tant de tendresse; Kt jamais... Bérénice. Vous m'aimez, vous me le soutenez; Et cependant je pars; et vous me l'ordonnez! Quoi! dans mon désespoir trouvez-vous tant de charmes? Craignez-vous que mes yeux versent trop peu de larmes? Que me sert de ce coeur l'inutile retour? Ah cruel! par pifié montrez-moi moins d'amour; Ne me rappelez point une trop chère idée ; Et laissez-moi du moins partir persuadée Que, déjà de votre âme exilée en secret, J'abandonne un ingrat qui me perd sans regret. (Titus lit une lettre.) Vous m'avez arraché ce que je viens d'écrire. Voilà de votre amour tout ce que je désire: Lisez, ingrat, lisez, et me laissez sortir. Titus. Vous ne sortirez point, je n'y puis consentir. Quoi! ce départ n'est donc qu'un cruel stratagème! Vous cherchez a mourir! et de tout ce que j'aime 11 ne restera plus qu'un triste souvenir! Qu'on cherche Antiochus; qu'on le fasse venir. (Bérénice se laisse tomber sur un siège. ) Scène VI. . TITUS, BÉRÉNICE. TitUN. Madame, il faut vous faire un aveu véritable. Lorsque j'envisageai le moment redoutable Où, pressé par les lois d'un austère devoir, Il fallait pour jamais renoncer il vous voir; Quand de ce triste adieu je prévis les approches, Mes craintes, mes combats, vos larmes, vos reproches, Je préparai mou ame à toutes les douleurs Que peut faire sentir le plus grand des malheurs: ACTE V. SCÈNE VI. 89 Mais, quoi que je craignisse, il faut que je le die, Je n'en avais prévu que la moindre partie; Je croyais ma vertu moins prêle à succomber, Et j'ai honte du trouble où je la vois tomber. J'ai vu devant mes yeux Home entière assemblée; Le sénat- m'a parlé: mais mon ame accablée Écoutait sans entendre, et ne leur a laissé, Pour prix de leurs transports, qu'un silence glacé. Rome de votre sort est encore incertaine: Moi-même à tous momenls je me souviens à peine Si je suis empereur, ou si je suis Romain. Je suis venu vers vous sans savoir mon dessein: Mon amour m'entraînait, et je venais peut-être Pour me chercher moi-même, et pour me reconnaître. Qu'ai-je trouvé? Je vois la mort peinte en vos yeux; Je vois pour la chercher que vous quitte/, ces lieux. C'en est trop. Ma douleur, à cette triste vue, A son dernier excès est enfin parvenue: Je ressens tous les maux que je puis ressentir. Mais je vois le chemin par où j'en puis sortir. Ne vous attende/, point que, las de tant d'alarmes, Par un heureux hymen je tarisse vos larmes: En quelque extrémité que vous m'ayez réduit, Ma gloire inexorable a toute heure me suit; Sans cesse elle présente a mon ame étonnée L'empire incompatible avec votre hyménée, Me dit, qu'après l'éclat et les pas que j'ai faits Je dois vous épouser encor moins que jamais. Oui, madame, et je dois moins encore vous dire Que je suis prêt pour vous d'abandonner l'empire, De vous suivre, et d'aller, trop content, de mes fers. Soupirer avec vous au bout de l'univers: Vous-même rougiriez, de ma lâche conduite: Vous verriez h regret marcher il votre suite Un indigne empereur sans empire, sans cour, Vil spectacle aux humains des faiblesses d'amour, 'oui- sortir des tourments dont mon ame est la prou , I est, vous le savez, une plus noble voir; J e me suis vu, madame,, enseigner ce chrmin Et par plus d'un héros et par plus d'un Itoinaiu: Lorsque trop de malheurs ont lassé km constance, "s ont tous expliqué cette persévérance Dont le sort s'attachait à les persécuter Comme un ordre secret de n'y plus résister. Si vos pleurs plus long-temps viennent frappci ma vue, «0 BÉRÉNICE. Si toujours à mourir je vous vois résolue, S'il faut qu'à tous moments je tremble pour vos jours, Si vous ne me jurez d'en respecter le cours, Madame, à d'autres pleurs vous devez vous attendre; En l'état ou je suis je puis tout entreprendre, Et je ne réponds pas que ma main k vos yeux N'ensanglante a la fin nos funestes adieux. Bérénice. Hélas. Titus. Non, il n'est rien dont je ne sois capable. Vous voilà de mes jours maintenant responsable : Songez-y bien, madame; et si je vous suis cher... Scène VII. TITUS, BÉRÉNICE, ANTIOCHUS. Titus. Venez, prince, venez, je vous ai fait chercher Soyez ici témoin de toute ma faiblesse: Voyez si c'est aimer avec peu de tendresse. Jugez-nous. Aiitiochus. Je crois tout: je vous connais tous deux. Mais connaissez vous-même un prince malheureux. Vous m'avez honoré, seigneur, de votre estime: Et moi, je puis ici vous le jurer sans crime, A vos plus chers amis j'ai disputé ce rang; Je l'ai disputé même aux dépens de mon sang. Vous m'avez malgré moi confié, l'un et l'autre, La reine, son amour, et vous, seigneur, le vôtre. La reine qui m'entend peut me désavouer; Elle m'a vu toujours, ardent à vous louer, Bépondre par mes soins à votre confidence. Vous croyez m'en devoir quelque reconnaissance: Mais le pourriez-vous croire, en ce moment fatal, Qu'un ami si fidèle élait votre rival? Titus. Mon rival ! Antiochus. Il est temps que je vous éclaircisse. Oui, seigneur, j'ai toujours adoré Bérénice. Pour ne la plus aimer j'ai cent fois combattu: Je n'ai pu l'oublier; au moins je me sois tA. De votre changement la flatteuse apparence M'avait rendu tantôt quelque faible espérance: Les larmes de la reine ont éteint cet espoir. Ses yeux, baignés de pleurs, demandaient à vous voir: Je suis venu, seigneur, vous appeler moi-même. Vous êtes revenu. Vous aimez, on vous aime; I ACTE V. SCÈNE VII. 11 Vous vous êtes rendu: je n'eu ai point douté. Pour la dernière fois je me suis consulté; J'ai fait de mon courage une épreuve dernière; Je viens de rappeler ma raison tout entière: Jamais je ne me suis senti plus amoureux. 11 faut d'autres efforts pour rompre tant de noeuds: Ce n'est qu'en expirant que je puis les détruire; J'y cours. Voilà de quoi j'ai voulu vous instruire. Oui, madame, vers vous j'ai rappelé ses pas; Mes soins ont réussi; je ne m'en repens pas: Puisse le ciel verser sur toutes vos années Mille prospérités l'une a l'autre enchaînées! Ou, s'il vous garde encore un reste de courroux, Je conjure les dieux d'épuiser tous les coups Oui pourraient menacer une si belle vie Sur ces jours malheureux que je vous sacrifie. Bérénice, se levant. Arrêtez, arrêtez! Princes trop généreux, En quelle extrémité me jetez-vous tous deux ! Soit que je vous regarde, ou que je l'envisage, Par-tout du désespoir je rencontre l'image; Je ne vois que des pleurs, et je n'entends parler Que de trouble, d'horreurs, de sang prêt à couler. (A Titus.) Mon coeur vous est connu, seigneur, et je puis dire Qu'on ne l'a jamais vu soupirer pour l'empire: La grandeur des Romains, le pourpre des Césars N'a point, vous le savez, attiré mes regards. J'aimais, seigneur, j'aimais, je voulais être aimée. Ce jour, je l'avoûrai, je me suis alarmée; J'ai cru que votre amour allait finir son cours: Je connais mon erreur, et vous m'aimez toujours. Votre coeur s'est troublé, j'ai vu couler vos larmes. Bérénice, seigneur, ne vaut point tant d'alarmes, Ni que par votre amour l'univers malheureux, Dans le temps que Titus attire tous ses voeux, Et que de vos vertus il goûte les prémices, s e voie en un moment enlever ses délices. Je crois, depuis cinq ans jusqu'à ce dernier jour, Vous avoir assuré d'un véritable amour: Ce n'est pas tout; je veux, en ce moment funeste, p ar un dernier effort couronner tout le reste: Je vivrai, je suivrai vos ordres absolus. Adieu, seigneur. Régnez: je ne vous verrai plus. (A Antiochus.) Pr '»ce, après cet adieu, vous jugez bien vous-même • 42 NOTICE. Que je ne consens pas rie quitter ce que Y*ime Pour aller loin rie Rome écouter d'antres voeux. Vivez, et faites-vous un effort généreux. Sur Titus et sur moi régie/, votre couduite: Je l'aime, je le fuis; Titus m'aime, il me quitte: Portez loin rie mes yeux vos soupirs et vos fer». Adieu. Servons tous trois d'exemple à l'univers De l'amour la plus tendre et la plus malheureuse Dont il puisse garder l'histoire douloureuse. Tout est prêt. On m'attend. Ht suivez point mes pas. r A Titus.) Pour la dernière fois, adieu, seigneur. Antloclius. Hélas I FIN. NOTICE. Titus reginam Beronicen, cui etiam nuptins pollicilus fere- oattir... slatim ab urbe dimisit invitus invitant. C'est-à-dire que Titus, qui aimait passionnément Bérénice, et qui même, à ce qu'on croyait, lui avait promis de l'épouser, la renvoya de Rome, malgré lui, et malgré elle, dès les premiers jours de son empire. Cette action est très fameuse dans l'histoire; et je l'ai trouvée très propre pour le théâtre, par la violence des passions qu'elle y pouvait exciter. En effet, nous n'avons rien de plus touchant dans tous les poêles, que la séparation d'Enée et de Didon, dans Virgile. Et qui doute que ce qui a pu fournir assez de matière pour tout un chant d'un poëme héroïque, où l'action dure plusieurs jours, ne puisse suffire pour le sujet d'une tragédie, dont la durée ne doit être que de quelques heures? Il est vrai que je n'ai point poussé Bérénice jusqu'à se tuer comme Didon, pareeque Bérénice n'ayant pas ici avec Titus les derniers engagements que Dirinn avait avec Enée, elle n'est pas obligée, comme ello, de renoncer à la vie. A cela près, Je dernier adieu qu'elle dit à Titus, et l'çffort qu'elle se fait pour s'en séparer, n'est pas le moins tragique de la pièce; et j'ose dire, qu'il renouvelle assez bien dans le coeur des spectateurs l'émotion, que le reste y avait pu exciter. Ce n'est point une nécessite, qu'il y ait du sang et des nions dans une tia- gériie; il suffit que l'action en soit grande, que les acteurs en soient héroïques, que les passions y soient excités, et que tout s'y ressente de cette tristesse majestueuse qui l'ait tout le plaisir de la tragédie. Je crus, que je pourrais rencontrer toutes ces parties dans mon sujet. Mais ce qui m'en plut davantage, c'est que je le trouvai extrêmement simple. Il y avait long-temps que j« KflV NOTICE. 4.'5 lai* essayer si je pourrais faire une Iragédie avec celle simplicité d'aclion qui a été si fort du goût des anciens: car c'est un des premiers préceptes qu'ils uons ont laissés. ,,Qne ce q lle vous ferez, dit Horace, soit tou jours simple, et ne soit qu'un." Ils ont admiré l'.Ajax de Sophocle, qui n'est autre chose qu'A- jax, qui se tue île regret il cause de la fureur, oii il élait tombé après le refus qu'on lui avait fait des armes d'Achille. Ils ont admiré le Pliiloclclc, dont lout le sujet est l'Iysse, qui vient pour surprendre les flèches d'Hercule. L'Oedipe même, quoique lout plein de reconnaissances, est inoins chargé de matière que la plus simple Iragédie de nos jours. Nous voyons enfin que les partisans de Térence, qui l'élevent avec raison au-dessus de Ions les poêles comiques, pour l'élégance de sa diction et pour la vraisemblance de ses moeurs, ne laissent pas de confesser, que Piaule a un grand avantage sur lui par la simplicité qui est dans la plupart des sujets de Plante. Et c'est sans doute celle simplicité merveilleuse, qui a attiré il ce dernier toutes les louanges que les anciens lui ont données. Combien Ménandre était-il encore plus simple, puisque Térence est obligé de prendre deux comédies de ce poêle pour en faire une des siennes! *toiq Minq 11 Et il ne faut point croire, que celle règle ne soit fondée que sur la fantaisie de ceux qui l'ont faite. Il n'y a que le vraisemblable qui touche dans la tragédie. Et quelle vraisemblance y n-t-il qu'il arrive en un jour uno multitude de choses, qui pourraient a peine arriver en plusieurs semaines ? Il y en a qui pensent que celle simplicité est une marque de peu d'invention. Ils ne songent pas qu'au contraire (oute l'invention consiste à faire quelque chose de rien, et que tout ce grand nombre d'incidents a toujours élé le refuge des poètes qui ne sentaient dans leur génie ni assez d'abondance ni assez de force, pour attacher durant cinq actes leurs spectateurs par une action simple, soutenue de la violence des passions, de la beauté des sentiments, et de l'élégance de l'expression. Je suis bien éloigné de croire que toutes ces choses se rencontrent dans won ouvrage ; niais aussi je ne puis croire que le publique me sache mauvais gré de lui avoir donné uno Iragédie qui a élé honorée de lant de larmes, et dont la trentième représentation a été aussi suivie que la première. Ce n'est pas que quelques personnes ne m'aient reproché celte même simplicité que j'avais recherchée avec lant de soin. " s ont cru, qu'une tragédie qui était si peu chargée d'intrigues De pouvait être selon les règles du théâtre. Je m'informai s'ils 86 Plaignaient qu'elle les eût ennuyés. On me dit qu'ils avou- ai °nt ions qu'elle n'ennuyait point, qu'elle les louchait même 44 NOTICE. en plusieurs endroits, et qu'ils la verraient encore avec plaisir. Que veulent-ils davantage? Je les conjure, d'avoir assez bonne opinion d'eux-mêmes, pour ne pas croire, qu'une pièce qui les touche et qui leur donne du plaisir, puisse être absolument contre les règles. La principale règle est de plaire et de toucher: toutes les autres ne sont faites que pour parvenir à cette première. Mais toutes ces règles sont d'un long détail, dont je ne leur conseille pas de s'embarrasser: ils ont des occupations plus importantes. Qu'ils se reposent sur nous de la fatigue d'éclaircir les difficultés de la poétique d'Aristote; qu'ils se réservent le plaisir do pleurer et d'être attendris; et qu'ils me permettent de leur dire ce qu'un musicien disait k Philippe, roi de Macédoine, qui prétendait qu'une chanson n'était pas selon les règles: „A Dieu ne plaise, seigneur, que vous soyez jamais si malheureux que de savoir ces choses - la mieux que moi!" Voilà tout ce que j'ai à dire a ces personnes, à qui je ferai toujours gloire de plaire: car pour le libelle que l'on a fait contre moi, je crois que les lecteurs me dispenseront volontiers d'y répondre. Et que répondrai-je h un homme qui ne pense rien, et qui ne sait pas même construire ce qu'il pense? Il parle de protase comme s'il entendait ce mot, et veut que cette première des quatre parties do la tragédie soit toujours la plus proche de la dernière, qui est la catastrophe. Il se plaint que la trop grande connaissance des règles l'empêche de se divertir à la comédie. Certainement, si l'on en juge par sa dissertation, il n'y eut jamais de plainte plus mal fondée. II paraît bien qu'il n'a jamais lu Sophocle, qu'il loue très injustement d'une grande multiplicité d'incidents; et qu'il n'a même jamais rien lu de la poétique, que dans quelques préfaces de tragédies. Mais je lui pardonne de ne pas savoir les règles du théâtre, puisqu'heureusement pour le public il no s'applique pas à ce genre d'écrire. Ce que je ne lui pardonne pas, c'est de savoir si peu les régies de la bonne plaisanterie, lui qui ne veut pas dire un mot sans plaisanter. Croit-il réjouir beaucoup les honnêtes gens par ces hélas de poche, ces -mesdemoiselles mes règles, et quantité d'autres basses affectations qu'il trouvera condamnées dans tous les bons auteurs, s'il se mêle jamais de les lire? — Toutes ces critiques sont le partage de quatre ou cinq petits auteurs infortunés, qui n'ont jamais pu par eux-mêmes exciter la curiosité du public. Ils attendent toujours l'occasion de quelque ouvrage qui réussisse, pour l'attaquer; non point par jalousie, car sur quel fondement seraient- ils jaloux? mais dans l'espérance qu'on se donnera la peine de leur répondre, et qu'on les tirera de l'obscurité où leurs propres ouvrages les auraient laissés toute leur vie. Jean Racine. Répertoire «lu théâtre IV une al» à Berlin, ou collection des meilleures pièces du théâtre français. La série de 6 Ko. t Tlilr. Le» pièces marquées d'une f sont de Scribe. No. 1 2 3 4 5 fi 7 8 9 1» 11 12 Î3 h 16 17 18 19 fq I] fe 23 24 25 26 27 28 19 Se 31 32 33 14 85 .17 3* $9 40 41 12 43 41 45 4(1 47 48 A ■ 51 $2 53 54 55 56 57 58 59 60 fil B2 63 64 65 66 67 fe Mes derniers vingt sous. ÎMalvina. •'Ambasadeur. tLes Moralistes, n dernier Jour de Fortune. Les Cuisiniers diplomates. Mr. Jovial. f Le mariage de raison. Le Paysan perverti- + Le» premières amours- t Théobald. Madame de St. Agnes, t Yelva. t La jeune Marraine- Simple Histoire* Lèonide* t La Sonnambule. Le Diplomate, par Delavigne. t La Quarantaine. + Le Cousin Frédéric. T La lune de Miel* " f La demoiselle à marier, t L'Héritier,.. Le jeune Mari. Le vieux Général. + Le vieux Mari. La Maîtresse. + La Mansarde des Artistes, t Ls Usine d'une Femme. Les Perroquets. Tony, ou: les canards, f Le Confident. Angéline. La Mère au bal. Marie Mignot. , Avant, pendant et après. L'école des Vieillards. ÎLe nouveau Pourceaugnnc- ,a Suite d'un bat masqué. Un Moment d'imprudence. Le précepteur dans l'embarras \ Valérie. ÎL. seconde année. Louise, ou: la Béputation. a Mère rivale. Le Malin et le soir. Le Roman d'une heure. La Semaine des amours. + La Manie dea places. T Le Menteur véridique. T L'Artiste. T Michel et Christine. Les trois Quartiers. Le Conscrit. La chatte métamorphoaér. Beraani, par V. Hugo. J-a Reine de seixe ans. L Actrice en voyage- Ninette. * t Philippe. Ma place et ma femme- t La fin du mois. Monsieur Botte. J.» Célibataire. Le Sourd, t Le Parrain. L«s deux Cousins. Marquis da Pomenars. P- 4 (2)6 6 (2)6 4 4 n (2)6 III fi 4 n c r. r, 8 « n 4 4 8 (2)6 fi (2)0 6 8 fi fi 4 4 fi 4 fi fi 8 m « m » 6 G 6 6 6 fi fi G 6 4 6 fi 4 G 12) 6 G 4 4 (2)8 (2)6 6 6 fi 8 4 8 8 fi fi 4 8 No. gr. 69 t Le plus beau jour de la vie. 6 70 La k mère et la 611e. 71 f Jeune et vieille. 72 La dame et la demoiselle. 73 | Une faute. 74 La revanche. 75 La séparation. 76 Madame Lavaletle. 77 TartutTe, par Molière. 78 Madame du Barry. 7!l f '■• famille Kiquebourg. «0 t Le Quaker et la danseuse. 81 Le Tyran domestique. 82 Marion de Lorme, par Hugo. 83 La Perle des Maris. 84 L'oncle rival. 85 M. Cagnard. 86 Le dey d'Alger. 87 L'oubli. 88 Le Philtre champenois. 89 llnhelais. 90 La grande dame. 91 La fille d'honneur. 92 Chacun de aon côté. 93 Lonis XI, par Delavigne. — Les véprea siciliennes. 94 Le Chaperon. 95 La duchese de Guise, foison. . vengeance italienne. Serrurier. 99 f Mémoires d'un colonel. 100 La famille Jabutot. 101 Une Monomanie. 102 L'enfant trouvé. 103 Le jeune homme à marier. 104 Heur et malheur. 105 Kettly. 106 La duchesse et le page 107 La vie de Molière. 108 + Toujours ou l'avenir. 109 I.a puritaine. 110 Lucrèce Borgia, par Hugo. 111+ Camilla. 112 l.o roi s'amuse, par Hugo. 113 Les vieux péchés. ;).) i.a uuene 96 + I 240 f Le verre d'eau. (2) 241 llocquet père et fils. 242 Le chevalier du Guet 243 f Japhet. 244 Le barbier dePéville p.Keauinarch 245 Le mariage de Figaro. — 246 La mère coupable. — 247 L'abbé de l'Kpée. 248 Encore dea Ménechmes. Schiller, 249 L'ombre d'un amant* 250 L'habit ne fait pas le moine. DEUXIEME SÉRIE. No. 1- '251 Un saariage à rompre. 252 Un monsieur et une dame. 253 Mérope. p. Voltaire. — La Marquise de Senne.erre 254 Henaudin de Caen. 255 Rodogune, p* Corneille. — L'humoriste* Proverbe. 256 Le Parasite, p. Picard. 257 | Une chaîne. — L'hôtel garni. Proveibe. 258 Lea ganta jaunes. 259 Le dépit amoureux, p. Molière — La manie des Proverbes. '260 Un secret. . 261 Tiridate. 262 -{■ La calomnie, p. Scribe. 263 Le bon moyen. 264 Lorenxino, p. Dumas. 265 Les deux voleurs. — Horace, p. Corneille* '266 f L'ambitieux. 267 f Vatel. \ — Indiana et Charlemagne* J 268 Les Mémoires du Diable. 269 f Oscar, ou le mari qui 270 Le Tyran d'une femme. 271 La Chanoinease. Mad. Sorbet. (2)6 4 8 4 4 4 4 3 S 3 6 S 3 6 4 3 4 4 -90. 4 4 4 6 6 6 2 6 (?)« 4 e •i t 4 6 4 s l fi 472 Les première! armes de Richelieu jj 973 L'ange dans le inonde. 874 AmlronMque, p. Itacine. — L'homme propose et Pieu. Imprime ehe» !.. Kolbe i Berlin-