Répertoire •In Théâtre français à Berlin. M 12. M ME ^ S TE_ A(i]VES> COMÉDIE-VAUDEVILLE EN UN ACTE, Pau MM. SCRIBE et VARNER. Représentée pour la première fois sur te Théâtre royal à Berlin, le Juin 1829. PRIX: 15 Sg-r. iBiBmTLitK» Chez Adolphe Martin Schlesinger, Libraire et Éditeur de musiçue, unter cïen Lînden No, 34. 1S29. Personnages. Acteurs. Mr DE SAINTE-AGNÈS, receveur-général Mr. AI,IX. Mme DE SAINTE - AGNÈS, sa femme . . . Mari. BRICE. IRÈNE, leur nièce et leur pupille..... Mlle. LANCESTRR. Mr D'HÉRISSEL, chef d'escadron, subroge- tuteur d'Irène.............. Mr. DVRV1SSRL. ANATOLE, cousin de Mr d'Héiissel .... Mr. ISIDORE. Vu DOWESTIÇUK de Mr de Sainte-Agnès . Mr, JAMES. eaux minérales. IMPRIMERIE de L. W. KRAU8E, Adler-Slrasse No. 6. Le thêhtre représente un salon de la maison de M r de Sainte-Agnès. Sorte au fond. lieux portes latérale». La porte, à droite de I acteur, est. relie de l'appartement de M""> de Sainte - Agnes. A gauche, celle d'un cabinet. Auprès de cette porte, une table, sur laquelle il u a un livre et une écritoire. Auprès de l'appartement de M— de Saint-Agnès, une fable de toilette. Scène I. M. D'HERISSEL*; un Domestique. D'HKRISSKL, outrant par le fond. Monsieur de Sainte-Agnès, le receveur général! LE DOMESTIUL'E, qui était auprès de la toilette, occupé à ranger. Il est sorti, monsieur. D'HERISSEL. Et sa femme? LR DOMESTIQUE. Madame n'est pas visible. D'HERISSEL, Dites-lui que c'est un ancien ami de son mari, qui, n'ayant que quelques heures à rester eu cette ville, désire leur parler d'affaires de famille. LE DOMRSTIOUE. J'y vais. D'HERISSEL. D'Hérissel, chef d'escadron. * Le premier H ( ? D'HERISSEL. Ce qui veut «lire que peut-être tu en aimais un autre? IRENE. J'en ai bien peur. D'HERISSEL. Et pourquoi donc? . . ne suis-je point-là, moi, ton subrogé-tuteur, ton second père! • . j'ai voix délibérative au conseil de famille. IRENE. Oh! non . . j'en mourrais de honte. D'HERISSEL. Comment! . . est-ce que ce choix serait indigne de toi? IRENE, Oh! mou Dieu, non . . de la naissance, de la fortune .. un caractère charmant. D'HERISSEL. 11 me semble alors qu'il n'y a pas d'obstacle .. car à ce que je puis voir. • celui-là n'est pas comme les autres prétendus . . il n'a pas le défaut dont nous parlions tout-à" l'heure ? IRENE. Hélas, non! mais ce défaut-là c'est moi qui l'ai à ses yeux. D'HERISSEL. Oue dis-tu? il ne t'aimerait pas! . . ce n'est pas possible. IRENE. II ne pense seulement pas à moi . . et cependant nous nous voyons toute la journée . . car, à la suite d'une longue maladie, venant ici pour prendre les eaux, il s'est tait présenter chez M. de Sainte-Agnès qu'il avait connu autrefois à Paris. D'HERISSEL. Comment! est-ce que ce serait?. . IRENE. Je vous en prie, ne m'en demandez pas davantage, et ne cherchez pas à le connaître . . Je l'oublierai, je vous le jure. s Air : Pour le trouver 9 j'arrive mt Allemagné (J'Yelva), Mais d'Ici là, plus d'il y menée ! Surtout, pour moi, plus de couvent; Jugez, si j'y suis condamnée, Combien le péril est plus grand. Dans le monde, où je suis distraite. Parfois, son souvenir m'a fui . . IVlais seule, hélas! . . seule, et dans la retraite, J'y serais toujours avec lui . . S'il fallait vivre, bélMI dans la retraite. J'y serais toujours avec lui. p'he missel. Pauvre enfant! • . mais j'entends ce cher Sainte-Agnès. ÏRENE. Mon tuteur! je vous laisse . . mais songez bien que c'est à vous seul que j'ai confit? mou secret, ni IF. H ISS EL. Sois tranquille . . j'ai toujours gardé ceux des autres . . Urine rentre «■* pour sortir.) V2 D'HKRIgSKL, le retenant. Un instant . . • j'ai à te parler d'affaires . . . «l'Irène, notre pupille. SAINTE-AGNES. Un charmant enfant, que J'aime beaucoup . . . mais elle no veut pas se marier . . • elle veut aller au couvent... et, «îi's qu'il s'agit «le cette partie-là, c'est sa tante que cela regarde • • . chacun nos attributions • . • D'UEHISSEL. Au contraire . . . c'est qu'elle ne s'en soucie pas. SAINTE-AGNES. Vraiment! D'HKRISSEL, 11 faut alors que tu le déclares a ta femme . SAINTE-AGMiS. Moi! ... ah! bien oui ... si j'osais seulement lui en parler • • • elle serait contre moi d'une belle colère. IVHERISSEL. Elle ! . . . avec ses principes ! SA1NTE-AGIVES. Cela n'empêche pas.. .au contraire, quand c'est à bonne intention, c'est permis . . . trop heureux encore si j'en étais quitte à si bon marché . . . Mais quand elle se fâche contre jnoi • . ■ tu ne sais pas de quoi elle est capable , . . D'HERISSE!,. Et de quoi donc? SAINTE-AGNES. Elle me ferait aller à ses conférences de morale . . . elle m'y ferait aller, mon ami ... tu ne la connais pas • . . D'HERISSER Et tu obéirais? SAINTE-AGNES. 11 le faut bien • • . parce que je l'aime, au fond. AIR du Ménage de garnm. Mai* toi, (jui n'as aucune entrave, Aborde ce cliauitrc-là. [3 n'flF.RISlKL, Je Ic vrux bien: moi, je stiîs hrare . • Après déjeuner l'on verra, SAINTE-AONES. Non , crois-moi, Commence par U. Dm ma carrière conpagaie, J'ai l'usage, et j'y veux tenir, lie commencer par la morale. Et de finir par le plaisir. ENSEMBLE, Oui , commençons par la morale ; Et piii.< après, tout au plaisir. SAINTE-ACNES. La voici . . Je vais commander le déjeuner . . lu viendras me rejoindre, {il sort par le fond.) Scène IV. Mme DE SAINTE-AGNES, I) IIERISSEL, Mme DE SAINTE-AGNES, sortant île son appartement. A la cantonade. Vous direz que je n'y suis pas . . Je ne recevrai personne, que M r le Recteur et ma marchande de modes- (Kfl« aperçoit d'Hérissai.) Ah! înonDieuî un militaire! d'heiussei,. D'Hérissel . . un ami de votre mari. Mme DE SAINTE-AGNES. Je le connais beaucoup, de réputation. d'heiîissex. Tant pis, car ma réputation n'est pas mon beau côté . . franchement, je vaux mieux qu'elle . . et votre mari a du vous dire . , lima DE SAINTE-AGNES. Oui, monsieur, il m'a souvent parlé de vos anciennes liaisons . . et cela prouve combien, dans sa jeunesse, on doit mettre de sollicitude et de discernement dans le choix des premier* principes que l'on adopte . . car l'on récolte plus tard selon qu'on a semé. 11 d'herissei.. Il me semble que, pour votre mari, la récolle n'a pas été si mauvaise. • une recette générale, quarante mille livre* de rente . . la réputation d'un homme de talent et d'un honnête homme . • M"'« DE SAINTE-AGNES. Ce n'est point de cela, monsieur, que j'ai voulu parler.. d'herissel. J'en parle, moi . ■ parce qui?, certainement, c'est quelque chose dans la vie qu'une bonne maison, une bonne table, une jolie femme dont les grâces et la tournure . . M 11 »' DE SAINTE-AGNES- Monsieur, je n'ai pas l'habitude d'entendre de tels discours, et si vous continue/, sur ce (on . . je. me relire. d'herissei.. Eh! non, madame, vous pouvez rester . . votre pensée va plus loin et plus vite que la mienne • . car le diable m'emporte. . • M"" DE SAINTE-AGNES. Encore, monsieur . . , D'HERISSEL, ne reprenant. Eh bien, non! qu'il n'emporte personne, et restons tous les deux . . car j'ai A vous parler d'une affaire importante, que j'aborderai sans préambule . . Vous croyez que voire nièce veut aller au couvent . . M"' e DE SAINTE-AGNES. Si je le crois! . . oui, monsieur-, et je l'aime trop pour ne pas me réjouir avec elle d'une résolution qui assure à jamais son bonheur, et qui l'honore à tous les yeux. d'herissel. Je ne disputerai point là-dessus, parce que je n'y entends rien ; quoique, dans mes idées, une épouse et une bonne mère de famille ayent bien aussi leur coté honorable. M mp DE SAINTE-AGNES. Il n'y a rien qui le soit plus, monsieur, que de fuir le monde et ses dangers 15 n'ilEItlSHKI.- Oh! si ■unis pariez de dangers. . e'est différait.. je m'y commis; et nous pinsons, nous antres militaires, qu'il y a plus de mérite à les braver qu'à les fuir. A rester sur le champ de bataille, qu'à s'en retirer . . et ces idees-W • • à ce <|o'il parnil, sont aussi celles «le ma jeune pupille • . Je dois donc vous prévenir, madame, que vous vous trompez sur ses intentions. M m * DF. SAINTE-AGNES. Non. monsieur . . non, 011 ne se trompe pas sur une résolution aussi efficace. Tous nos amis y comptent ; et quand une volonté est aussi prononcée que celle-la, on n'est plus mettre île la changer. DIIEHISSEL. C'est cependant ce qui arrivera . . car ce malin . . voire nièce me l'a K SAINTF-AGNES. Continuel, malgré cela : Je saurai de vos conâdencei N'entendre que ee qu'il faudra. ANATOI*. Eh bien! vous répétez sans cesse qu'il faut l'air l'amour., et j'ai déjà aimé quelqu'un • • une première inclination • . Mine I»K BAINTR-AGNB8. Comment ! monsieur . . ANATOLE. Il faut bien commencer par une . . Celait Irène, votre nièce . . elle était si douce, si aimable • . j'étais décidé à me déclarer, lorsque vous m'avez appris qu'elle lirvait le inonde et le mariage . . j'ai vu alors qu'il fallait y renoncer, et j'ai fait tout ce qu'il fallait pour l'oublier. Mme DR SAINTE-AGNES. C'était bien. ANATOLE. lih! non madame; ce fut bien pire; car i\ dix-huit ans, on ne peul pas vivre sans aimer . . et malgré moi, ça m'est arrivé encore- Mme I)E SA1NTK-AGNKS. Comment monsieur, une seconde passion ? ÂNATOLR. Ah! si vous la connaissiez! Ai» : làinsi que tHMU , jë veux , matlmnoiselle. Vous approuveriez ma tendresse. Mme DE s /un TE-A o N PS. L'awraia-{e vue ? ANATOLE. Oh ! non i jamais. L'esprit, la raison, la sagesse, L'ambeUiftenl de mille attraHa. Sa vertu me semhle admirable, .le lui voue un cake aaaidti . . Kt si je VOUi semlile coupable , C'est par amour pour la vertu, [ 2 • ] 20 Mme I)K SAINTE-ACNES. L'intention est bonne; et puisque vous êtes le maître tle vous choisir une compagne . . le mariage est un état qu'on peut rendre exemplaire. ANATOLE. Hélas! madame • . celle que j'aime ne peut être ma femme. Mme DE SAINTE-AGNKS. Pourquoi donc? ANATOLE. Elle n'est plus libre. Mme DR SAINTE-AGNES. Bonté divine !.. ah ! c'est une chose affreuse ! ANATOLE. Je le sais. . mais le moyen de faire autrement? Mme DE SAINTE-AGNES. Il faut lutter contre cette passion coupable . . vous éloigner du monde. Air : J'en guette un petit de mon ifg-e. L'isolement rend les âmes plus pures. ANATOLE. A mon amour tout cela ne fuit rien. Mme DE SAINTE-AGNES, Faites alors quelques bonnes lectures, ANATOLE. Pour l'oublier c'est un mauvais moyen. De ces auteurs la morale est fort I>elle, Mais ennuyeuse . . et, malgré nies efforts, Lorsque je les lis, je m'endors , Et quand je dors , je rêve d'elle. Aussi j'ai renoncé à résister.. ça ine donnait trop de peine.. je m'abandonne à mon amour, sans but, sans calcul . • comme un homme eu délire . . et si vos conseils ne viennent pas m'aider, c'est l'ait de moi, je suis perdu à jamais. Mme DE SAINTE-AGNES. C'est affreux! monsieur . . c'est indigne! . . (4 part.) On ne peut pourtant pas l'abandonner ainsi au désespoir. (Haut.) Je veux bien, par charité, vous aider de mes conseils . • mais c'est à condition que vous ne me cacherez rien. .iinr %s 21 ANATOLE. Eh! oui, madame. M me DE SAINTE-AGNES. La personne dont vous me parliez, connaît-elle- votre amour? ANATOLE. Non, madame, plutôt mourir que lui en parler . . Je n'ai d'elle qu'un seul gage, un gage qui ne me quitte point, un bracelet . . qui lui appartenait. M« DE SAINTE-AGNES. Et qu'elle vous a donné? ANATOLE. Non, madame, que j'ai pris sans le lui dire, et j'en ai fait faire un tout pareil, que je remettrai à la place dès que je le pourrai. M mc DE SAINTE-AGNES. Et vous osez avouer . . Remettez-moi ce bracelet sur-le- champ. ANATOLE. Oh! non, madame, je n'oserai jamais . . ce serait la compromettre. M"» DE SAINTE-AGNES- Taisez-vous, voici ma nièce. Scène VIL ANATOLE, Mme DE SAINTE-AGNES, IRENE, sortant du cabinet à gauche. Mme DE SAINTE-AGNES , d'un Ion sévère. Que demandez-vous, mademoiselle? . . qui vous amène ici? IRENE, Rien, ma tante ... Je venais vous dire qu'il est deux heures ! c'est l'heure où ordinairement nous allons à votre conférence. Mine de SAINTE-AGNES, à part. Et je l'avais oublié! ( I 4natolt.) Si vous le voulez, monsieur, vous pouvez nous y accompagner. Sv-, %a! 22 ANATOLE. Ah! )'e suis trop heureux , . je cours mettre un habit plus décent, et je suis à vos ordres. Air: île la Disgrâce (du VIEUX MARI.) Dîme DE SAINTE-AGNES. .le vous permets de nous y suivre, Et de nous y donner la main. (A pari,) (loutre l'erreur dont il s'enivre C'est un remède souverain. ANATOLE. A quel espoir mon coeur se livre ! Ali! pour moi, quel heureux destin! Il m'est permis de vous y suivre; Je reviens vuus donner la main. IRENE. Quoi! dans ce lieu, (Jt pari.) qui, d'ennui m'q,o uva iite, Vous l'emmenez ? Mme DE SAINTE-AG MIS. Eh ! vraiment oui. IRENE, à part. Pauvre jeune homme ! il paraît que ma tante Kst en colère contre lui. IMme DE SAINTE-AGNEf Je vous permets de nous y suivre, Et de nous y donner la main, (A part.) l'outre l'erreur dont il s'enivre, C'est un remède souverain. ANATOLE. A quel espoir mon coeur se livre ! „ Ah! pour moi, quel heureux destin! jjj II m'est permis rie vous y suivre; Je reviens vous donner la main. IRENE. Lorsqu'cn ces lieux il doit nous suivre, Hien loin «l'en paraître chagrin , I D'un cloux espoir son coeur s'enivre, ^ Calment il nous offre la main. (Anatole b»rt.) 23 Scène VIII. Mme DE SAINTE-AGNES, IRENE. Mine DE SAINTE-AGNES. y liant à vous, mademoiselle, j'aurai à vous parier . . . J'ai vu votre ami, voire conseiller . . . Dans un autre moment je vous dirai ce que j'en pense, car je ue veux pas nie mettre en colère avant d'aller u ma conférence de morale. IRENE. Vous avez raison, ma tante... tantôt, en en revenant... M me DE SAINTE-AGNES. Oui, mademoiselle, nous causerons de vos nouvelles intentions . . . qui ine prouvent que, tout entière aux vanités du monde . . • Approchez-moi cette toilette. IRENE , approchant la toilette. Est-ce que vous n'êtes pas bien ainsi? M"»' I!E SAINTK-AGNKS. Non, mademoiselle . • . il y aura beaucoup de monde à cette assemblée • - toutes les dames de la ville y seront en grande panne. . . et je ne veux pas qne la simplicité de nia mise fixe sur moi les regards • • • Il ne faut jamais se taire remarquer. {Elle »'«»«'<• Serrez cet écrin sur-le-champ- IRENE. Mais, ma tante, qu'est-ce que vous avez donc? . . . vous voilà toute troublée. Mme DE SAINTE-AGNES. Moi! . . eh! bien, par exemple- • • •25 IRENE. Mais, oui, ma tante ... Mme DE SAINTE-AGNES. Oue vonlez-vous dire, mademoiselle?... IRENE. Je vous assure, ma tante... Mme DE SAINTE-AGNES. Et pourquoi serais-je troublée? . . . quelle idée ayez- vous ? . . • Dieu ! mou mari ! • • . Scène IX. IRENE, SAINTE-AGNES, M me DE SAINTE-AGNES. SAINTE-AGNES, entrant sans voir sa femme. Eh! bien, ma chère nièce, que faisons-nous ce matin?- • . Je suis en belle humeur; car rien ne dispose à la gaîté comme un bon déjeuner. Mme DE SAINTE-AGNES. Il est donc vrai, monsieur? SAINTE-AGNES, à part. Ah! mon Dieu! ma femme! . • • (//««/) Eh bien, oui, je m'en accuse; j'ai déjeuné avec un ami • • • et si une bouteille de vin de Champagne est uu crime . . . c'est un crime qui se passe si vite •.. surtout quand on est plusieurs à le partager.. • Mme DE SAINTE-AGNES. Vous ne faites pas attention, monsieur, que vous êtes devant des femmes, et cette extrême gaîté • • • SAINTE-AGNES. C'est juste. Air : du Pitgt, Oui, je l'avoue, à ce joyeux banquet, Plus d'un convive a perdu l'équilibre ; Et j'ai peut-être entendu maint couplet Dont la chute était un peu libre; Mais, du Champagne enfin désabusé*, Pour retrouver la raison, la décence, Je viens à vous .. ( A pari, à Irine.) Quand on s'est amuse, Il liuit bien faire pénitence. Je suis chargé de vous offrir les hommages de mon ami d'Hérissel, qui est déjà reparti- :><; IRENE, Sans nous «lire adieu? SAINTE-AGNES. Son général l'a fait appeler ... à son grand regret; car je vous «lirai, madame, qu'il a é(é ravi de votre conversation, qu'il vous trouve charmante. Mme DE SAINTE-AGNES. Vraiment ! SAINTE-AGNES. Du moins il me l'a dit... et il m'a même avoué que, s'il était resté plus long-temps, il vous aurait l'ait la cour. Mme DU SA INTK-A GNES. A moi! SAINTE-AGNES. Yoilà qui m'aurait amusé. Mme DU SAINTE-AGNES. Comment, monsieur!... SAINTE-AGNES. Du tout ... ça m'aurait fâché, et beaucoup . . . mais, puisqu'il est parti, c'est un malheur. Mme DE SAINTE-AGNES. Encore, monsieur . . . SAINTE-AGNES. Mais vous ne m'entendez pas ... je veux dire qu'on ne peut pas condammer les gens quand il ny a pas commencement d'exécution ... Si vous aviez été, comme moi, du jury, vous sauriez cela. Mine DE SAINTE-AGNES. Ce que je sais, monsieur . . . c'est (pie vous êtes, dans toutes vos actions, d'une inconséquence et d'une étourderir inexcusables. SAINTE-AGNES. i\e parlons pas d'étourderie, je vous en prie; car vous, madame, qui êtes si grave et si raisonnable, vous en commettez parfois . . . témoin ce joli souvenir où vous jetez vos pensées, et que je viens de trouver dans le jardin. lllENE. O ciel! . . . vous l'avez parcouru? 27 s AI1VTR-AGNES. Ain : Vu homme pour faire un tableau, Le lire! mm plu, s'il vous plaît; Je croiroif mériter le Marne, En portant un oeil Indiscret Sur les tablettes «le Madame. Ma femme toujours, je le sais, Sur la morale doit écrire ; (A pari.) Ht, nia foi, j'en entends assez l'our n'être pas tenté d'en lire, (irène prend le smivenir E SAINTE-AGNES. Oui, monsieur . . . mais depuis j'en ai examiné les orne- mens qui avaient quelque chose de trop frivole ... il y avait en outre des gravures d'après M. Girodet. IRENE. Diane et Endymion ... et puis Galalée. (*Wc va serrer le petit souvenir dans le tiroir de la toilette. SAINTE-AGNES. C'est-là ce qui vous a scandalisée? Mme DE SAINTE-AGNES. Probablement ... et je l'ai- laissé à Irène, qui s'en est emparée, SAINTE-AGNES. Vous avez bien fait... parce qu'une demoiselle . .. c'est plus convenable. Mme I>E SAINTE-AGNES. Monsieur . . . SAINTE-AGNES. Je veux dire, madame, que tout dépend des idées . . , et comme elle . • . "'en a pas. Mme DB SAINTE-AGNES. Qu'est-ce à dire? 28 SAINTE-AGNES. Calmez-vous; cela lui viendra . . . vous lui en donnerez . . . mais grâce au ciel, voici Anatole qui vient à mon secours. Scène X. IRENE, Mme DE SAINTE-AGNES, SAINTE-AGNES, ANATOLE. SAINTE-AGNES, allant au devant d'Anatole qui entre par le fond. Arrive donc, mon cher ami; car, si tu ne fais pas diversion en ma faveur, je suis battu sur tous les points. ANATOLE, i Mme Suinte-Agnès. Me voici à vos ordres, madame, et prêt à vous donner la main. Bine DE SAINTE-AGNES. C'est inutile, monsieur, j'ai changé d'idée; et nous n'irons pas. MENE, Comment, ma tante, c'est vous qui refusez d'aller à votre conférence ? SAINTE-AGNES, nver intérêt. Chère amie . . . est-ce que vous êtes malade? Mine DE SAINTE-AGNES. Du tout, monsieur; d'autres devoirs non moins essentiels me forcent à rester chez moi. ANATOLE. Je serai donc privé de l'honneur d'accompagner ces dames ... et j'en suis désolé. SAINTE-AGNES, Las à Anatole. Laisse donc ... tu en es enchanté. ANATOLE. Moi, monsieur! SAINTE-AGNES. Eh! oui sans doute ... tu me feras peut-être accroire que tu y vas pour ton plaisir'/ ANATOLE. Certainement. 29 SAINTS-AGNES. Je comprends bien . . . parce que toutes les jolies femmes y sont . . . mais il ne faut pas t'en faire un mérite . . . car elles seraient au bal, que tu irais tout île môme. . . . Après cela je ne t'en fais pas de reproches . . . j'en ferais autant. Mme DE SAINTE-AGNES. Comment, monsieur . . . SAINTE-AGNES, regardant sa femme. Non, non, je n'en ferais pas autant, parce que je suis marié... mais toi, à ton âge, et quand on est amoureux... IBBNB. Amoureux, Mr. Anatole! . . {A pari.) Il serait vrai! SAINTE-AGNES. Parbleu, ce n'est pas moi qu'on trompe. Depuis deux mois je m'en suis aperçu ... je ne sais pas de qui; mais il est triste, malheureux... il parait que c'est une inhumaine. ANATOLE. Hélas! oui. SAINTE-AGNES. Et elle est bien difficile ... car certainement, il est bien gentil ... il est aimable, cl moi, à coup sur ... si j'étais femme . . . Mme DE SAINTE-AGNES. Monsieur . . . SAINTE-AGNES. C'est une supposition . . . Après cela, il est peut-être trop timide... il n'ose pas... et c'est un tort... il faut oser... Mme DR SAINTE-AGNES. Ouels principes! . . quels indignes conseils! SAINTE-AGNES. Des conseils d'ami ... car que sait-on? . . . peut-être qu'il est aimé ... et qu'on ne veut pas en convenir. IRENE. C'est possible. SAINTE-AGNES. Ça se voit tous les jours ... et qu'est-ce qu'on risque de au se déclarer ! on sait à quoi s'en tenir ... et on n'a plus qu'à se réjouir ou à se consoler. Mme DE SAINTE-AGNES» Monsieur . . . SAINTE-AGNES. Eh bien, qu'avez-vous donc? M">c DE SAINTE-AGNES. Je dis, monsieur, que, si justice était faite, vous mériteriez d'être puni. ANATOLE. Croyez, madame, que je suis loin d'approuver de tels principes. SAINTE-AGNES , à part. Est-il hypocrite! . . . Mme DE SAINTE-AGNES. C'est trop de les avoir écoutés ... je prie que dorénavant on ine fasse grâce de pareils discours . . . c'est pour en être plus sure qu'aujourd'hui je ne verrai, ni ne recevrai personne. ANATOLE. Moi qui devais dîner chez vous. M'"° DK SAINTE-AGNES. Vous êtes tout-à-fait libre... adieu. (Jîffe sort par le fondJ Sainte-ao »ts. Air : fie 'J'urennc. Kilo s'en va, laissons-la l'aire ; Griment, nous dînerons tuui trois, Kt puis au spectacle, ma chère, Nous nous rendront en tapinois. .. Pour moi quelle bonne journée! Festin, spectacle, tour-A-tour.,, One de plaisirs eu un seul jour! Prenons-en pour toute l'année. (// prend Irint .unis tan bros^ et tort eu remmenant avec lut.) Scène XI. ANATOLE, nul. Il faut avouer que j'ai bien du malheur ... à dix-huit :u ans passés, n'avoir encore été aimé de personne! • . Je ne sais comment font les antres. . c'est comme un l'ait expi es .. J'ai distingué d'abord une jeune personne: elle vent aller au couvent . . Je me mets à en adorer une Mitre; elle a un mari, et des principes: . . toujours des obstacles . . ce n'est pourtant pas faute de bonne volonté. Air: du vaudeville de VH'ritière. i\ l'aspect d'un joli \is,i^e. Mou rorur éprouve un l'en secret 5 Mais liicnlol je me décourage, Kt vais auprès tt'un autre objet Chercher l'accueil uu'it me taudraitj Kt dans met projets «le t«ndresses, Plein d'un espoir toujours décu, J'eus déjà plus de vingj maîtresses Oui n'en ont jamais rien su. Et cependant, s'il se trouvait une femme au inonde, qui daignât faire attention à moi! combien je l'aimerais! . • main non; jamais Mme «| c Sainte - Agnès n'a été si sévère qu'aujourd'hui . . jamais elle ne m'a plus maltraité . . Hâtons-nous de remettre ce bracelet, que je lui ai dérobé; car si elle s'en apercevait, elle me chasserait de la maison, et j'en mourrais, je crois . . (Pendant ce temps, u « ouvert le tiroir de tu toilette, et Vt'crin , et a remis le bracelet.) (,)nc vois-je! . . (// prend le souvenir.) Ce souvenir, qu'avant-hier je lui ai donné, et qui déjà est oublié . . là, dans le fond d'un tiroir . . {Vomiront,) Ah! mon Dieu! . . "'est mon nom., je ne me trompe pas., mon nom, à toutes les pages . . et puis, des mots • . des ligne! entières qui ont été raturées! . . est-ce ennuyeux! ■ • on a toujours tant d'envie de lire ce qui est effacé . . Voilà une page qui ne l'est pas • . ce sont des vers . . lisons vite. // Ht.) ,,.lc voudrais lui parler, et nous voir seuls tous deux. ,,Je ne sais ce que je désire, ,,Jc ne sais ce que je v eux : ,,Mais lui, n'a-t-il rien a me dire?" C'est de moi qu'elle s'occupait . . c'est à moi qu'elle pensait! . . je n'ose croire à tant de bonheur, et je cours me jeter à ses pieds • • Oh! non . . ce serait trop hardi . . je n'oserais jamais . . mais du moins, je puis lui écrire il le faut . . M' de Sainte-Agnès a raison . . j'étais trop li- 32 mille, et je ne risque rien maintenant ; Et ce penchant, ça me tait I»c l'efiWt. Si déjà l'on se trouve à plaindre, Ouand lentement on craint malheur; Comment t'ont tant île gens eVhonnom tjui n'ont plus rien à craindre? C'est pour cela que je veux savoir quel csl l'audacieux M"»' DE SAINTE-AGNES. Si je devais me taire . • si cette personne était lié»' avec vous par les noeuds de l'amitié? • ■ SAINTE-AGNES. Un ami! . . je m'en doutais . . en pareil cas ce sont toujours les amis . • Mais qui diable a pu être le mieu à ce point-là? • • est-ce que par hasard ce sentit ce coquin de d'Hérissel? . . Vous files troublée. • 38 M rae DE SAINTE-AGNES. Monsieur.. SAINTE-AGNES , vivement. C'est lui .. et s'il n'était pas à dix lieues d'ici.. s'il n'était pas parti pour loug-temps. M mo DE SAINTE-AGNES, à pari. Parti! . . laissons-lui son erreur. SAINTE-AGNES. Voyez-vous le sournois . • lui qui s'en défendait ce matin quand je l'en ai délié. M me DE SAINTE-AGNES. Comment, monsieur ! SAINTE-AGNES. Non, madame; non, du tout . . je lui ai dit, au contraire, que je prendrais fort mal les choses . . et pour vous le prouver, je m'en vais lui écrire à l'instant infime. M me DE SAINTE-AGNES. J'espère, monsieur, que vous n'en ferez rien . . et, si vous m'aimez, vous ne lui parlerez jamais de cette affaire. . je vous le demande! je l'exige . . D'ailleurs, monsieur, on doit de l'indulgence à ceux qui nous ont offensés ; et je vous prie de lui pardonner . . comme moi-même je lui pardonne. SAINTE-AGNES. Vous qui êtes parfaite, à la bonne heure . . mais moi, qui ne le suis pas, je tiens à m'expliquer. M""' DE SAINTE-AGNES. Par lettres! - . par correspondance! • . pour prolonger un scandale, qu'il vaut mieux assoupir.. Fi, monsieur! ci- n'est point bien; ce n'est point charitable! S'il étail ic i, à la bonne heure. . . on pourrait . . mais comme il n'y est plus . • comme il n'y reviendra plus • . UN DOMUTiaUE, MBonfMN. Monsieur d'IIérisscl. SAINTE-AGNES, , e frottant le» main». Çuel bonheur ! 39 M me DE SAINTE-AGNES, J part. C'est fait de moi! Scène XIV. M r D'HEltlSSEL, M-« DE SAINTE-AGNES, M- DE SAINTE-AGNES. .SUNIE-AGNES, à tt'Hérissel «jui entre. Arrivez donc ici, monsieur l'homme de bien. d'hk.kkssk.i.. Tu es étonné de me revoir. Mon régiment était déjà à cheval, et nous allions partir, lorsque le général nous a annoncé que nous restions ici un mois en garnison. M me DK SAINTE-AGNES. Grand Dieu! d'herissei* J'en suis enchanté . . et toi aussi, ça te fait plaisir, n'est-il pas vrai? SAINTE-AGNES. Du tout, monsieur. d'herusel. Et pourquoi donc ? DE SAINTE-AGNES. O mon Dieu! inspire-moi quelque moyen qui puisse nous sauver. S AINTE-AGNES. Tu me demandes pourquoi? . . Apprenez, monsieur, qu'il y a des devoirs, des droits qu'il faut respecter . . ceux de l'amitié d'abord, et plus encore ceux de la morale. d'herissel. Ah! ça, qu'est-ce qui te prend donc? . . (« pore) Est-co qu'il s'en mêle aussi? SAINTE-AGNES* Toi! . . un homme marié • . qui as une jolie femme . . car on dit qu'elle est très-jolie, ta femme .. eh bien! qu'est- ce que tu dirais, si je lui faisais la cour? 10 Mme DE SAINTE-AGNES, v„„lanl l'arrêter. Monsieur . . SAINTE-AGNES. Non, madame . . il faut que je le confonde {A d'Mrissel.) Enfin réponds., si je lui faisais la cour?-, si, par exemple, e lui adressais une déclaration . . qu'est-ce que tu ferais? d'herissei.. Je prierais d'abord ma femme de ne pas m'en parler. SAINTE-AGNES. Ce serait peut-être le mieux . . mais si elle ne le pouvait pas? • . si l'indignation lui luisait rompre le silence? d'herissei* Je la prierais alors de se défendre elle-même et de te congédier le plus honnêtement possible- SAINTE-AGNES. Vous l'entendez, madame ; il vient de prononcer lui-même son arrêt. d'heruiil. Que veux-tu dire? SAINTE-AGNES. Cette lettre te l'expliquera . . je te la rends. I> HIRISSCLj étonné et la prenant. Cette lettre . . SAINTE-AGNES. Oui, cette déclaration que tu as écrite à ma femme . . . et que lu lui as remise. D'lIEltlSSI.1,. Moi! SAINTE-AGNES. Ne vas-tu pas faire l'étonné? • . elle en est convenue elle-même . . elle me l'a avoué . • et tu vois encore son émotion . . ce qui es! tout naturel quand on n'a pas encore l'habitude. DE SAINTE-AGNES. Ah ! je n'y survivrai pua. 11 n'HERISSKL. Quoi, madame! . . cette lettre d'amour, surprise entre vos niaius. . . vous avez avoué que c'était moi? . . . Mme DE- SAINTE-AGNES. Dans le premier trouble . • . j'ai dit . . . du moins je pensais ... je croyais . . . n'HERISSEL. Alors, madame, je n'ai plus rien à dire ... et je suis bien forcé d'en convenir . . . (A Sainte-Agnès.) La lettre est de moi. Mme I>E SAINTE-AGNES. Grand Dieu! SA1NTK-AGNKS. VOUS en convenez donc enfin ...(// passe entre Mme de Sainte-Agnès et il'llerisset.) Air: des Scythes. Des moeurs du temps exemples déplorables ! Où vous conduit la dépravation ? A des penchans, a des projets coupables ! Mme DE SAINTE-AGNES, à son mari, avec impatience. Eli ! monsieur . . . trêve de sermon. SAINTE-ACNES, «le même. Eli ! madame . . . c'est la leçon Que tous les jours, ici, vous m'avez laite, .le suis heureux, en docile écolier, D'avoir quelqu'un à qui je la répète ; C'est un moyen de ne pas l'oublier. Mme DE SAINTE-AGNES. Terminons, des personnel bien Intentionnées fussent jamais compromise! à ce poînt-M î 43 Scène XVI. Mme DE SAINT-AGNES, ANATOLE, sortant du cabinet. ANATOLE, à part. J'ai vu sortir le mari . . (Haut.) Eh bien! madame? . . Mme DK SAINTE-AGNES. Comment! monsieur, c'est encore vous? ANATOLE. Oui, madame, je viens chercher la réponse. Mme I)E SAINT-AGNES. La réponse! . . il ne manquait plus que cela, après voire indigne couduite! . . voire affreuse lettre! . . ANATOLE. Affreuse ! Mme DE SAINTE-AGNES. Oui, monsieur; car elle est tombée entre les mains de mon mari . . ANATOLE. Dieu ! Mme DE SAINTE-AGNES. Le ciel a permis qu'un autre fut accusé . . Qu'il en soit béni . . mais je n'en suis pas plus tranquille pour cela; car cette lettre . . que, heureusement, je n'ai pas lue . . ANATOLE. Quel dommage !.. Je m'en vais vous la dire . . je la sais par coeur. Mme DE SAINTE-AGNES. Non, monsieur; je ne veux ni l'entendre ni la connaître . • mais je veux savoir ce qu'elle contient ... et j'espère au inoins qu'il n'y avait rien qui put me compromettre. ANATOLE. O! non, madame . . rassurez-vous: je n'y parlais que de mon amour. 11 M me DE SAINTE-AGNES. Ksi-il possible! ■ . je suppose au moins que c'était dans des termes convenables. ANATOLE. Oh! sans «Joute • . tout ce qu'il y avait de plus tendre et de plus passionné. M'"" DE SAINT STAGNES. Quelle imprudence! • ■ • au moins, monsieur, vous ne l'avez pas signée? ANATOLE". Me croyez-vous capable d'écrire une lettre anonyme? M""' DE SAINTE-AGNES. Eh! monsieur, on ne signe jamais ces lettres-là! . . ANATOLE. le n'en savais rien, madame . . . c'est la première; mais «lu reste je m'en souviens bien . . je ne vous v si tutoyée qu'une toï». M me DE SAINTE-AGNES. Me tutoyer! miséricorde! • . ANATOLE. Une seule l'ois, madame- M"" É iik SAINTE-AGNES. C'est mille fois trop . ■ Que va penser M- d'Hérissel? ANATOLE. Ce n'est pas ma tante • . • c'est dans cet endroit où je vous remerciais de vos bontés • • . M me DE SAINTE-AGNES. De mes bontés! ... et de quel droit, monsieur, osez- vous me calomnier ainsi ... et mentir à votre propre conscience? ANATOLE. l'ardon, madame, je n'aurais jamais en celle hardiesse Sans Ce Souvenir . . . il le tire rie sa porte el le montre à liait dm sumir- ) sur lequel j'ai eu l'indiscrétion de jetei les j eux • . et on j'ai vu que vous .nie/ daigné vous occuper «le moi . ■ • («Ml, lise/ plutôt. 15 M m ' «F. SAINTE-AGNES, prenant lr souvenir. Ce souvenir . • • eh! mais ce n'est pas mon écriture . . c'est celle ' DI SAINTE-AGNES. Non, monsieur . . . mais avant de la reprendre, je voudrais, et ne sais comment, vous expliquer ... car vous allez avoir de moi de mauvaises pensées. D'HERISSE!» Moi, madame! • . je n'ai point le droit d'être sévère • ■ ■ Ce que je réclame, au contraire, c'est votre indulgence • • ■ je suis l'ami de votre mari, et vomirais être le vôtre . . • »' VOUS m'en JUgez digne. C 4 " ce moment m. de Sainte-Agnke entre V" r le fond avec Irhne et Anatole; mais il leur 1 ail signe île s'arrêter, en voyant d'Ilérissel et sa femme en lêlc-à-lvte. M mc DE SAINTE-AGNES. Ah! monsieur! |>ouvez-vous en douter?.. {Foulant prmar' la lettre.: DoilIleZ , 1I011IHV., (le grlSC*. 49 Scène XIX e< dernière. Mme DE SAINTE-AGNES, Sl r DE SAINTE-AGNES^ [RENE, M* DUERISSEL, ANATOLE. SAINTE-AGNES, paitant entre en» deux, il «aitiiMnl In lettre. Non, madame . . . c'est moi qui m'en empare. M«ie DE SAINTE-AGNES. Ciel! mou mari! IKENE. Ma laule qui reçoit des lettres ! . . AN \TOI.K, à pari. Comment, encore une! SAINTE-AGNES. Cette fois vous n'étiez point forcée de la recevoir .... c'est vous-même qui l'acceptiez . . . qui la demandiez. l>'fTRRI88KL. C'est à moi de f expliquer . . . S UNTE-AGNES. Cela suffit, monsieur . . . cela passe les bornes . . j'ai pu pardonner une première fois, mais une seconde, c'est différent ... et nous allons voir. M m0 DE SAINTE-AGNES. Que faites-vous? SA1NTK-AGNES, décachetant la lettre. 3 ouvre cette lettre pour savoir à quoi m'en tenir. ■au DE SAINTE-AGNES. Arrêtez, de grâce, et ne commette/, point une indiscrétion inutile . . . elle n'est point de Monsieur. SAINTE-AGNES. Et de qui donc? M»" DE SAINTE-AGNES. D'Anatole- anatole , étonné. C'est la mienne ?.. IHENK, ave< reuruche. Comment, monsieur? Mme K Ï-AIIVTK-AGNKS, passant auprès d'Irène. Prouvez-la-inoi, ma nièce, en remplissant vos devoirs . . en fuyant surtout le monde et ses maximes perverses . . el en vous répétant . . D'HKRISSKL. Ce que nous disions ce matin: qu'ici-bas on ne peut ré pondre de rien, et que la vertu la plus sévère a souvent elle-même besoin d'indulgence. VAUDEVILLE. Air i7ii vuuih iiUf de ta llaiiit- , Par ses loris tes vend furieux. O vous, que nos défauts atlligcnt , Pour clic heureux, terme/, les yeux d'herissel. ,1c crois tju'au sein de la richesse , Le malheur n'est point oublié ; .le crois à la délicatesse, A la constance , à l'amitié, 52 Contre mes erreurs on s'élève ; (liais moi , j'y liens tant ijne je peux . . Et si le bonheur est un i nc , Pour être heureux, fermant les yeux. ANATOLE. II est bien des esprits funèbres Oui voudraient, craignant la clarté, Cacher sous d'épaisses ténèbres Le Hanbeea de la vérité* O VOUS, Golh, Visigoth, Ktrusrpir , Que le soleil rend malheureux, Si la lumière vous offusque, Pour être heureux, fermez les yeux, SAINTE-AGNRS. Grands seigneurs, voua, qui semble/ croire Aux éloges «le vos flatteurs; Bourgeois, qui lisez le mémoire Des médecins, des procureurs; Çresus, qu'on appelle un génie; Milnrd, dont oit reçoit les voeux; Mari, dont la femme est jolie . . Four cire heureux , fermez les yeux, Mme DE SAINTE-A 0\KS, Dans plus d'un sujet, sur la scène. On peut tout dire aux spectateurs: Oans d'autres, on se lait, sous peine n'exciter de graves rigueurs. Qu'ici, notre deslin VOUS tombe; Daignez, en public généreux, Quanti d'autres nous ferment la bouche, Sur MM défauts fermer les yeux. F l N.