L'AVEUGLE DU TIROL, MÉLODRAME KN TROIS ACTES , EN PROSE ET A GRAND SPECTACLE, Par M. FRÉDÉRIC; ! *-&CÀ\, Li-<Ô-T village, dans une belle place où tout est préparé comme pour une fête. ERNEST. Je me sens bien fatigué. ARMAND. Veux-tu t'asseoir ? ERNEST. Volontiers , nous irons ensuite chez cet honnête homme qui nous a offert un asile , te rappelles-tu son nom ? ARMAND. Ah ! oui, mon papa , il nous a dit de demander le fermier Fi- deman , et que sa maison était au bout du village. Tiens, assied-toi, donne-moi ton bâton. ERNEST. Le voilà. ARMAND. Tu ne devrais plus le garder, ton bâton , il ne te sert à rien. Autrefois que j'étais petit, il t'aidait à marcher quand tu étais fatigué ; ?nais à présent je suis grand, je suis fort ; tu peux l'appuyer sur moi, je te porterai bien , va. ERNEST. Aimable enfant ! ARMAND. Ne m'as-tu pas répété très-souvent qu'un enfant devait toujours bien aimer son papa , le soigner quand il était malade , le soulager quand il était fatigué , le consoler quand il avait du chagrin ? ERNEST. Oui, mon cher Armand , c'est là le devoir d'un bon fils. ARMAND. Tu appelles çà un devoir , mon papa ; je me trompais bien , car j'avais toujours cru que c'était un plaisir. ERNEST. O doux effet de la piété filiale ! tes caresses me font oublier combien je suis malheureux ; j'oublie même à quel point je suis coupable, ARMAND. Coupable ! qu'est-ce que c'est que ce mot-là ? ERNEST. Ah ! puisse-tu l'ignorer toujours ! ARMAND. Dis-moi donc, mon papa, voilà déjà bien long-tems que nous marchons depuis l'instant où le soleil se lève jusqu'au moment où. il se couthe , et nous ne sommes pas encore arrivés ? E R N E S T. Non, pas encore. ARMAND. Avons-nous beaucoup de chemin à faire ? ERNEST. Moins que nous n'en avons déjà fait. ( i5 ) Armand Àh! tant mieux, et quand nous serons arrivés, verrons-rious arriver maman ? ERNEST, avec doule ur. Ta mère! oui, oui, nous la retrouverons un jour. ARMAND. Dans quel endroit? ERNEST. Dausun lieu... où rien ne pourra plus nous séparer. ARMAND. Que je suis donc content ! il y a si long-tems que j'ai envie de voir nia petite maman! Elle t'aime, maman, n'est-ce pa*? elle m'aidera à avoir bien soin de toi, et puis moi je ne sais pas faire la cuisine, çà fait que tu n'as jamais rien de bon à manger, au lieu qiu> maman te fera ton diner comme ces daines dans les auberges. Tu seras bien aise de la retrouver, n'est il pas vrai ? ERNEST, avec émotion. Cruel souvenir ! ô Alberline ! infidèle Albertine ! A R M A N D. Et puis ce n'est pas tout; tu me dis toujours que quand je te caresses, tu oublies que lu es malheureux; hé bien, maman et moi, nous te caresserons si souvent, que tu n'auras pas un iuslant pour t'aflliger. Ainsi tu ne pleureras plus, tu seras toujours gai, content et nous serons tous bien heureux. E R N E S T, toujours plus ému. Cher enfant! cher enfant!... O Alberline ! combien tu fus coupable !. ., ARMA n n. Tu pleures?... est-ce que je t'ai fait de la peine e R n E s T. Non , mon ami, ce n'est pas toi qui fait couler mes larmes! ARMAND. C'est l'absence de maman qui té chagrine! hé bien, prions le bon Dieu de te la rendre bientôt. ERNEST. Tu as raison, offrons nos vœux à l'Eternel; c'est de sa bonté seule que nous pouvons attendre le bonheur. (Ernest, aidé par Armand, se met à genoux, et implore l'assistance céleste, Armand l'imite et élève ses petites mains vers les cieux. A cet instaui, Albertine . parait dans le fond du théâtre, s'arrête en les examinant.) SCENE VIII. ERNEST ET ARMANI), A genoux, ALBERTINE, au fond du théâtre. A l b e n t i n e , à part. Que vois-je? ERNEST, h genoux, O mon dieu toi que j'ai offensé on me livrant aux transports ( 1«) insensés de la plu» horrible vengeance, pardonne'à nn malheurenx: que les remords accablent, et loi, Albertine, \iclime infortunée de ma jalouse fureur, que ton image sanglante cesse enfin de me poursuivre et de me reprocher mes crimes. ai. bertime, à part. Grand Dieu ! i'ai-je bien entendu ? ARMAND, à genoux. O toi ! qu'on m'a appris à connaître et à prier comme le meil-« leur des êtres, fais que mon papa ne pleure plus, et que maman vienne m'aider à le rendre heureux, ALBERTINE, à part. Je me meurs. (Albertine tombe »an« connaissance, Armand je lève précipitamment, Ernest reste à genoux.) ARMAND. O mon papa! mon papa! une pauvre femme qui est là, elle se trouve mal, Ernest, se levant. Il faut la secourir. ARMAND. Seul, je ne peux pas! ERNEST. Conduis moi près d'elle, ARMAND. Ali! viens, viens, papa. (Armand court près de son père , lui prend la main et le conduit à l'endroit oU Albertine est évanouie , Ernest, un genou en terre , pose doucement la tet« qui revient à elle ) ARMAND. Elle ouvre les yeux , elle n'est pas morte. ALBERTINE, voyant qu'elle est entre les bras de son èpovx. Dieu tout puissant ! et c'est lui qui me rappelle à la vie ! ERNEST. Calmez-vous, madame, et quelque défavorab'e que puisse élre le sentiment que vous inspirent les haillons qui me couvrent, croyez-moi, l'homme que le sort a privé des dons de la fortune, n'en conserve pas inoins le droit et le désir d'être utile à ses semblables. ALBERTINE. Je ne sais comment reconnaître... ERNEST, Quel son de voix ! a r m a "v n, à libertine. Comment vous trouvez Vous ? ALBIRI1KÏ, Beaucoup mieux. C >5) irsest, à pari. Par tout je crois la retrouver, (haut.) Quelle pouvait être la cause ?. ,. ALbertine, soupirant. Hélas! ERNEST. Vous soupirez ? je vous compr nds, le chagrin,.. ALBERTINE. Combien je suis émue ! ERNEST. Ah! pardon, mille fois pardon; je n'avais pas l'intention de vous ra p<-er des souunirs • ffligeans ; je sais trop combien il en coule de ne pouvoir les bannir e itièreincnt de sa pensée. AU H AH D. Mon papa a bien du chagrin aussi, et quelquefois, quand il ne croil pas qi/.. l'écouii-, il a|>a est si bon, que si je savais que maman lui rùi fait de la peine, je ne sais passi je pourrais l'aimer. ALBERTINE. Aveu cnie. ! ERNEST. Vous auriiz tort, Armand; quc'ques fautes que ros parens ■yenl commises, nous <'e».z les respecter, les chérir, et songer que tous Ici jours nous avez besoin de leur indulgence. ARMAND. Pard >iy»e, mon papa, (a libertine.') Est-ce aussi Voire mari qui vous fait de la peine? ERNEST. Taisez vous. Armand, vos questions sont indiscrètes, et vous, madame, si dans l'étal affreux où je suis, il m'est possible de vou^êlre utile , croyez que je me trouverai bien heureux, de yous prouver tout l'intérêt que vous m'inspirez. SCENE IX. Les Mêmes, ETIENNE, CHARLOTTE; E T I E N N E, accourant. Mademoiselle Clotilde, mademoiselle Clotiide. charlotte, dans la coulisse. Clotilde. ET1ENNT. Mademoiselle Clot... Ah! vous via-J CiarloUe, Charlotte, la 'là, viens, la vlà retrouvée. CHARLOTTE. Ah ! mon dieu ! Clotilde comme vous vous faites chercher ! ALBERTIKE. Mes amis, je suis bien fâchée do vou» avoir donné tant de peine.. ( «6). ETI EM N E. C'est fait pour çà au moins , vous êtes cause que nous ne serons pas de la grande marche. ALBERTINE. Comment ? CHARLOTTE. Certainement; au lieu de •venir à la fête les uns après les autres, comme on a toujours fait , on y vient tous ensemb'e, en grande cérémonie; tout le monde est rassemblé dans la vallée des •illeuis, et le cortège va se rendre ici, avec tous les jeunes garçons et les jeunes filles, les musiciens... CHARLOTTE. * Ce sera charmant.;.,. ah ! mon dïeU ! je ne voyais pas.,. ETIENNE. Charlotte , c'est sans doule ce pauvre aveugle que mon père a invité à venir à la ferme. ERNEST. Eles-vous les enfans du fermier l'ideman CHARLOTTE. Oui, monsieur, je suis Charlotte V ideman pour vous servir. et fs*s s. Et moi, Etienne Fideman , fils unique de mon père. C H A RIOTTE. Qu'est-ce qu'il dit donc , fils unique ? ETIENNE. y Sûrement, fils unique ! t'es pas un fils, toi. Ah ! dieu, qu'elle est sotie ! E [îKEST. .Vous lui parlez bien durement. ETIENNE. Ah ! c'est ma sœur. albertine. , à Ernest. C'est vous que Monsieur Fideman a engagé à venir à la ferme? EKSES T. Moi-même. ARMAND. Oui , c'est nous. Il a l'ait- d'un bien brave homme, ce monsieur Fideman ! ETIENNE. Ah! ce petit, qu'il est dro e ! 11 est haut comme rien: quoi, c'est tout au plus s'il me va au genou. Bruit de tambour. Marche éloignée. C H A RLOTTE. Voilà mon père, et puis tout le monde. E t i e N N É , à Ernest. Vous allez rester à la fêle ? vous tous amuserez bien, allez ; tous verrez que de jolies choses I.. E R HE ST. Dispensez^moi ( '7 ) Etienne; r Ah! que je suis bêle, je lui dis qu'il verra... C'est égal, vou* n'j voyez pas ; mais je me mettrai auprès de vous, et quand il y aura quelque chose à voir, je regarderai pour vous. Ah ! j'espère que c'est bien arrangé. SCENE X. Les Mêmes, FIDEM AN, Villageois et Villageoises , Danseurs , Danseuses, Musiciens, Marchands de toute espèce. Fideman conduit la marche, tont le monde le suit et se place au milieu du théâtre. FIDEMAN. Alte-là ! front 1 ETIENNE. II est drôle, mon père; il les commande gomme dans le teins qu'il était caporal à la guerre. PIDlMiN. C'est qu'on se rappelle toujours de ce qu'on a fait avec honneur. Ah, çà, sammes-nous tous ici ? TOUS. Oui, oui, tous. FIDEMAN. A nos places, {à Ernest.) Ah! c'est vous, brave homme, restes avec nous. Les marchands se placent ; les marionnettes sont en mouvement ; les mènes- triers montent sur un gradin élevé sur l'un des côtés du théâtre ; et tout)* monde se dispose à prendre part à la fete. SCENE XI. Les mêmes, SOLER, BRUZMANN , avec de petits cartons garni* de marchandises. BllUZMANN. Prenez des rubans, prenez des lacels ; nous donnonstout, nous ne .Tendons rien. SOLER. Parez-vous, embellissez-vous; prenez, prenez, choisissez. BRU ZJMAN N. Des rubans, des lacets. ET I E NN E. Tout le monde s'attroupe autour des deux marchands; Albertine seule reste près de son époux. Ah ! comme les voilà tous occupes. CHARl OHE. Regarde donc, mon frère, le joli ruban! ETIENNE, Ah dieu! quel enfantillage ! pour dos rubans ils oublient tout. VAveugle du tjrol. i C 18 ) rit» KM AN, bas à Alberllne. Méfions-nous de ces deux marchands; je les ai vu au service du comte Astolphe. ALBERTINE. Grand dieu / s'ils apprenaient. . . ETIENNE. Qu'est-ce qui veut danser avec moi? . . personne. Viens, ma sœur, je te donne la préférence. CHAlîLOTTE, Malhonnête ! ( On se place , let danses commencent. ) SCÈNE XII. Les Mêmes, UN PAYSAN. LE P A ï S A N, Mes amis, mes amis, le gouverneur d'Inspruck s'avance ; il paraît que Son Excellence veut assister à la fête. fideman, à Alberline. Le comte Astolphe ! S ERNEST. Où me cacher ?.. ALBERTINE. Je ne puis demeurer sans m'exposer à être reconnue. Je vais me réfugiera la ferme. Surtout, Fideman, je vous en conjure, veillez sur cet aveugle et son enfant; vous ne sauriez croire à quel point ils m'intéressent. FIDEMAN. Cela suffit ; soyez tranquille sur leur sort. ALBERTINE, à part. O mon dieu ! fais que mon malheureux époux échappe aux regards d'Astolphe. ( Elle sort. ) bruzmann, d Soler. Elle fuit, suis-là, saisis le moment, et. . . sole n. Je réponds d'elle. EU E NNE. ,Vlà not' contredanse dérangée, où en sommes-nous? FI DE M A NT. Allons, mes amis placez-vous en ordre. Tons les villageois se placent sur deux files, Ernest vent sortir , Fideman l'arrête. FIDEMAN. Albertine m'a prévenu; restez, je veille sur vous. ERNEST, surpris. Alberline î Fideman. le replace et va. se mettre à la tête des villageois. ( '9 ) SCÈNE xni. Les Précédera, ASTOLPHE, LE BARON DE RETZ suite d'ASTOLPHE. ASTOLPHE. Que ma présence n'interrompe point vos jeux, mes amis. Loin de vouloir Iroubler vos plaisirs, je viens les partager. ( Au Baron.} Monsieur le baron, vous pourrez juger par cette fete villageoise de l'esprit qui règne parmi les liabilans de ces contrées, et vous ne douterez pas alors que les Tiroliens ne soyent les plus fidèles sujets-de Sa Majesté l'Empereur. L e baron. Si telle est la vérilé, seigneur , ma mission sera bien agréable, et je me félicite de pouvoir rendre à Sa Majesté un compte aussi favorable de votre gouvernement. ; 11) E m A n. Allons mes enfans , puisque Son Excellence le permet, continuez. ( A Ernest. ) Ne craignez rien , je ne vous quitte pas. Astolphc et le baron se placent sur des sièges qui leur sont préparés. ( Ballet; /île villageoise, foire de village. ) SCENE XIV. Les Précédcns , un Officier entre et remet une lettre à Astolphe, ASTOLPHE. Mon retour est nécessaire à Inspruck ; je me vois obligé de vous quitter plutôt que je lie l'aurais voulu; niais je ne dois poi nt abandonner ces lieux sans vous marquer ma reconnaissance pour l'attachement que vous me témoignez. Fideinàn ( Donnant une bourse. ) que cette somme distrubuée également entre les liabi-- tans de Wolscn , soit consacrée à augmenter les plaisirs de cette belle journée. TOUS, Vive le comte Astolphc ! ASTOLPHE. Monsieur le baron , veuillez me permettre de vous conduire au château. Astolphe sort avec le baron ; en passant devant F.rncst, il s'arrête un instant et le considère attentivement, enfin il sort ; ses gardes le suivent, les villageois sortent avec lui. SCENE XV. ERNEST, ARMAND, au fond du théâtre, les regardant s'éloigner. A RM AN D. Ah ! mon dieu ! que c'est joli l (20) ERNEST. Tout cici me confond ! n'ai-je pas entendu le fermier me nommer Albertine ? ARMAND. Ils sont déjà loin ! ERNEST. Allons à la ferme et tâchons d'interroger cette femme intéressante qui ce matin. . . ARMAND. Une féte ne devrait jamais finir. SCÈNE XVI. Les Mêmes, RRUZMANN, SOLER,» B R V Z M A N N. Ils sont seuls, l'occasion est favorable. (Il parle bas à Soler.") ERNEST. Armand, Armand, où es-tuf aumand, restant toujours au fond. Me voilà , papa. j ERNEST. Viens , conduis-moi à la ferme de Fideman. ARMAND. Tout de suite, tout de suite. À peine Armand a-t-il repondu à son père, que Soler le saisit et lui met la main sur la bouche pour l'empêcher décrier, Bruzmann se baissant beaucoup prend le bout du bâton qu'Ernest teudait à son fils, et le conduit hors du théâtre. SCÈNE XVII. Les mêmes, ALRERTINE. albertike, en désordre, O ciel ! arrêtez , arrêtez. rrtjzmann, saisissant Ernest. Emparez-vous de cette femme. ALUBRTINE. Au secours , au secours. SCENE XVIII. Les Mêmes, FI D E M A N, les Villageois, , FIDEMAN. Ah! coquins! attendez; je vais vous parler, moi. Hs lâchent leur proie et prennent la fuite , Soler seul est arrêté par Fideman qui le tient terrassé. Plusieurs villageois poursuivent les fuyards les autres sont groupés diversement. Tableau général. Fin du prçmier Acte, ACTE II. Le théâtre représente la cour d'une ferme. Au fond , un petit mur avec une petite grille donnant sur la campagne. A gauche des spectateurs, au troisième plan , est un rocher creux, fermé par une pierie reniant sur pivot. Sur le rocher est un petit pavillon dépendant de la ferme. Ou y moulu par un escalier en bois, adossé au rocher : au fond est un colombier , au bas duquel est un tas de paille. Sur le devant du théâtre , est un berceau en treillage, sous lequel est une table de pierre. An dessus du mur, on apper- çoit dans l'éloignement les hautes montagnes du Tirol. SCENE PREMIERE. FIDEMAN, les Villageois et Villageoises, un PAYSAN parlant. Fl DEM* il. C'est cela. J'espère que ces messieurs n'auront pas envie d'y revenir. Morgue ! je les avons joliment étrillés. . . Ah ! comm© j'y allais, moi It. . J'en ai encore la main qui me fait ma!. UN PAYSAN. Je lecrois bien. Celui que nous avons amené ici , et qui est dans le petit caveau, doit en savoir quelque chose. F IDE 51 AN. Vous l'avez bien enfermé , n'est-il pa vrai ? T, e pays A N- Oh! je vous en réponds. F i n e m A N. C'est bien. Maintenant, mes amis, approchez et écoutez-moi : puisque les coquins nous attaquent , il faut savoir nous défendre contre leurs violences. Je reprends mon ancien métier, je redeviens militaire, et je me nomme votre commandant. J'établis ici mon quartier-général. Vous vous tiendrez prêts a tout événement . k la moindre incursion vous vous joindrez à moi , et je vous répond» de la victoire. Allez , braves soldats . et aussitôt que cela sera nécessaire, ne manquez pas de venir me trouver en armes. TOUS. Oui, monsieur Fideman. F I D E M A N. En avant ! Marche ! Sortez par là ; vous n'aurez pas à faire ce grand détour pour g-igner le village. Les Villageois sortent par la petite grille, Fideman la referme avec soin. SCENE II. FIDEMAN, seul. Voyons maintenant , monsieur le général Fideman , qu'allez- vous faire ? Récapitulez un peu vos moyens, vos dispositions, e t les dangers que vous devez craindre. Primo, le prisonnier da ( ^ ) guerre est en sûreté dans le petit caveau, il faut l'interroger, connaître les desseins et les forces de ses complices. Secondo, pour qu'on ignore que j'ai donné azile à ce malheureux aveugle, j'ai chargé Etienne de le conduire ici par des chemins détournés et de l'introduire par cette grille qui est très-éloignée des habitations, il faut le cach.T soigneusement à tous les yeux. Troisièmement, il faut fermer exactement les portes et rester sur nos gardes, toute la nuit; si nos ennemis viennent en grand nombre, j'expédie un courier extraordinaire et aussitôt toute l'armée sera en mouvement : c'est cela ; les mesures sont bien prises , et nous avons un très-grand avantage sur notre ennemi ; ii viendra nous attaquer avec cet embarras, celte crainte qu'éprouvé toujours l'homme qui va commettre une mauvaise action , et nous avons la pureté de notre conscience qui seule doit nous rendre invincibles. SCENE m. FIDEMAN, ALBERTINE. A I. B E fi T I N E. Ah ! Fideinan , je vous cherchais; cet aveugle ? . FIDEMAN. Sera ici dans un moment ; en attendant son arrivée, je m'oc- cuppais des moyens de vous défendre contre vos ennemis, A L B E HT IN E. Bon Fideman ! FIDEMAN. Et cela n'est-il pas tout simple? Lorsqu'à la mort de ma femme tous les malheurs m'accablèrent à la fois, ma ferme fut dévastée, je fus traîné en prison , et mes pauvres enfans sans protecteurs restèrent plongés dans la misère la plus affreuse. Hé bien? qui vint alors à mon secours? qui me rendit la liberté? qui rendit un père à mes enfans, et le bonheur à toute ma famille? ce fut vous, madame la Comtesse; aujourd'hui les tems sont changés, je puis reconnaître ce que vous ave/, fait pour moi, et je manquerais à ce devoir sacré ! • . . non, madame, non, un vieux militaire ne peut méconnaître ainsi la voix de l'honneur et de la reconnaissance. ALBEUTINE. Mon cher Fideman! ma conduite ce matin a dû vous paraître bien étrange? la chaleur avec laquelle je vous ai recommandé cet aveugle et son [ils a dù vous étonner? mais vous cesserez d'être surpris de l'intérêt qu'ils m'ont inspiré , quand vous saurez que • e mendiant, ce malheureux aveugle n'est autre que le comte d Holsberg. FIDEMAN. Votre époux !.. AIB F. RTINE Lui-même. Cet enfant qui l'accompagne, et qui ce matin sut ( ) îrouver le chemin de votre cœur, c'est mon fils, c'est mon Armand. F I n E M A N. Ah ! mon dieu ! qu'est-ce que vous me dites-Ià ? ALBERTINE. Jugez maintenant de ce que je devais souffrir en laissant Er~. nest et mon fils exposés aux regards d'Astolphe. Un secret pressentiment semblait m'avertir du danger qui menaçait deux têtes si chères. Hélas! sans la présence de ce barbare, j'aurais pu me jeter aux pieds du baron de Ketz , de mon père , et implorer la grâce de mon époux. FIDEMAM, Je reste tout ébahi, moi. Le comte Ernest qui avait toujours dans sa parure plus d'or qu'il n'en fallait pour acheter tout ce que je possède, il est à présent. .. Ah! mon dieu, ce que c'est que do nous. Mais comment a-t-i! perdu la vue ? AlïERTINE. 3'ignorc encore la cause de ce funeste accident. Sans doute le chagrin. O cruel Astolphe ! que de maux tu nous a causés. FIDEMA», Votre époux ignore à qui il s'est adressé ? ALBERTINE. Le son de ma voix a paru lui faire la plus forte impression, mais il est loin de croire que j'existe. Au moment où je l'aperçus ; il était à genoux, les mains élevées vers le ciel; il demandait à l'Eternel le pardon de ce qu'il appelle son crime, et paraissait me regretter vivement. F i d e m A N. Et sans doute votre intention est de vous faire connaître ? ALBERTISIi. Non ; je suis morte au monde, tant que mon innocence ne sera point prouvée. J'ai un projet que je vous communiquerai, et qui vous paraîtra bien téméraire; mais il faut qu'il s'exéc.u'.e. Maintenant parlons de mon époux. Astolphe a sûrement appris son retour ; comment le dérober à sa vengeance ? F ID E m A N. J'en ai les moyens. ALREr.IISE, Quels sont-ils? F I D E M A N. Je vais vous l'expliquer. ( Il s'approche du rocher , une pierre roule sur pivot, et laisse voir une petite grotte brillante, où des veines de sel brut annoncent qu'elle était jadis une mine. ) ALBERT IHE. Que vois-je ? F1DEMAK. Jadis une saline considérable subsistait on ce lieu. 11 y a dix ans , Une roche s'étant malheureusement détachée de la montagne < *4 ) voisine, elle ébranla la voûte et combla presqu'entierêment la mine ; cette partie ne fut point comprise dans la destruction totale. Je vins habiter ce village , jugeant que cette caverne pourrait servir à conserver ma fortune dans le cas où la guerre éclaterait dans celte contrée ; je hs bâtir ce pavillon et je fis cacher ce souterrain par cette pierre qui roule sur pivot. Un escalier communique de la caverne au pavillon. C'est là que votre époux doit habiter; si on venait le chercher jusque dans ma maison, il se réfugierait dans cette caverne, et il serait impossible qu'on l'y trouvât. AL BEST1NI. O bonheur I F I D E M A H. Dans ce lieu il aura tout ce qui lui sera nécessaire, et vous voyez qu'il n'aurait rien à craindre. Aussitôt après l'arrivée de monsieur le Comte, j'irai, suivi de plusieurs de mes garçons, faire une exacte revue tout autour, de la maison , et m'assurer si nous n'avons point à redouter de surprise ; du courage , bientôt ' vous n'aurez plus de larmes à verser. SCENE IV. Les Mêmes , LE PAYSAN parlant. LE PAYSAN , hors de la grille. No're bourgeois , deux hommes qui viennent d'arriver à cheval, demandent à vous parler en particulier. KIDEMAN. Qui peuvent-il être ? je vais les recevoir, L Ii I» A Y S A N. Ç'est inutile, car ils viennent vous trouver ici; tenez le« voilà. A L1 RRTIIE, Je me retire ; tâchez de les éloigner si mon époux arrivait.,.. F I D E M A N. Ne craignez rien. Elle tort par le premier plan à droite. Fideman ouvre la grille. SCENE V. FIDEMAN , ASTOLPHK , BRUZMANN enveloppés dans ds grands manteaux. astolphe étant son manteau Fideman? . . . fidEM xts , à part. Ciel! le gouverneur . . . {Haut. ) Quoi, seigneur c'est vous qui daignez ? . . . ( *5 ) A S T O L P II K. Oui, Fideman ; il est nécessaire que j'aie avec vous un moment d'entretien. fideman, embarrassé. Permettez-moi de vous conduire en un lieu plus commode. ASIOI.PHE. Non , je veux demeurer inconnu ; ici je ne serai point exposé aux regards de vos valets ; veullez seulement à ce que nous ne soyons point troublés. FIDEMAN. Seigneur, permettez-moi de vous représentes que cet endroit est humide , que vous seiiez beaucoup mieux... ASIOlfHE, Je me trouve fort bien ici. F I D I! M A N , à part. Ah ! que je voudrais le voir bien loin.( Haut.} Eh bien , seigneur daignez me dire ce qui m'a procuré un honneur dont je suis d'autant plus confus, que je ne m'attendais pas à le recevoir , je vou» le jure. ASTOLPH lî. Vous pourez juger, par ma démarche , de l'importance du sujet qui m'amène. J'ai besoin d'une preuve de votre attachement à ma personne. Si vous n'hésilez point à me la donner , vous pouvez coin» ter sur les récompenses les plus br llantes. FIDEMAN. L'honneur d'être utile à voire excellence est la seule récompense que j'ambitionne. ( à part. ) O grand dieu ! si le comte Ernest... A s t o l r II E. Promettez-moi donc de ne point me déguiser la vérité. FIDEMAN. Cette promesse est inutile, seigneur, jamais le mensonge n'a souille mes lèvres. ASTOLPH E. Ce matin j'ai remafqué , parmi les gens cjui assistaient à la fête , un aveugle... FIDEMAN. Un aveugle ! ASTOLPH E. Oui , un aveugle que j'ai reconnu pour être un criminel cherchant à se rérober au glaive des lois. F I D E M AN. Je l'ignore. ASTOLPH E. Vous lui avez cependant offert on asile dans votre maison. FIDEMAN. Il est vrai ; je l'ai vu malheureux , et je l'ai secouru sans m'infor- mer s'il était innocent ou coupable. L'Aveugle du Tirol. 4 ( 3 6) AS T O L P H E. C'est un criminel, vous dis-je , et il est de mon devoir de le livrer au supplice qu'il n'a que trop mérité. Qu'est-il devenu ? FIDEM AN. Il n'est plus chez moi. ASTO LPHE. Que dites-vous ? FIDEMAN. Je dis , seigneur , qu'il est parti, après s'être reposé quelques instans. a s t o L p H K. Vous m'en imposez. FIDEMAN. Je vous jure , par ce qu'il y a de plus sacré , que cet aveugle n'est point ici. ASTOLPHE. Fideman , si vous cherchez à me tromper, vous apprendrez qu'on ne m'abuse point impunément. FIDEMAN. J'ai dit la vérité*; je no crains rien. Et quand même cet infortuné serait chez moi , vous me commanderiez en vain de vous le livrer ; s'il était dans ma maison , c'est que je la lui aurais offerte , qu'il aurait eu assez bonne opinion de mon cœur pour se lier à moi , et un lâche seul peut trahir la confiance d'un malheureux , et manquer au devoir de l'hospitalité. ASTOLPHE. Fideman , tant de hardiesse.... r I DEM AN. Ne doit point vous étonner, seigneur. La vérité a cela d'imposant, qu'elle élève celui qui la dit au-dessus de l'homme puissant qui tremble de l'entendre. SCENE VI. Les Mêmes, ETIENNE , ensuite Ernest et Armand à la grille. Fideman a sans cesse les yeux fixés sur la grille. Astolpbe , après avoif lancé sur Fideman un regard où se peint II fureur , fait signe à Bruzmann de venir lui parler. La musique continue doucement pendant le dialogue suivant, j'usqu'à la sortie d'Ernest. AStolphe, bas à Bruzemann. Bruzmann , nous n'avons rien à espérer de ce vieillard opiniâtre ; il faut que cette nuit mémo Ernest et son épouse.,. ( Il continue à voix basse. ) ETIENNE. Mon père , le voilb, i'av... fideman lui fait signe de se taire , en lui montrant Astolphe. Chut !... r ETIENNE, répétant. Je vous dit que le v'ià, cet av... « ( n ) FIDEman, bas à Etienne. Tais-toi donc, misérable, lu ne vois pas?.,. S'il arrive il êst perdu. ETIENNE. Ah! c'cl vrai; soyez tranquille, papa, je lui ferai signe de ne pas entrer. {Ernest paraît à la grille avec son fils. Albertine sort de la ferme.) fia ! il n'est plus teins! riDE m an, albertine, au fond. Ciel ! FIUEMAN, à Astolphe qui lui lanre des regards de méfiance. A haute voix. Seigneur Astolphe. 1 ... ERNEST, à voix basse. Astolphe !... fuyons ! {Il se retire; Albertine s'échappe et le suit.) F l d E ivî A N, continuant. i Vous me noyez capable de vous tromper; je veux vous donner une preu\e de ma bonne foi, visiter vous-même cette maison , je vous conduirai partout, alors vous serez certain... ASTOLPHE. Vous avez raison, j'accepie. FIDEMAS. Veuillez m'accompagner. O mon dieu ! seconde-moi ! {Il veut le conduire dans la maison.) a s t o i. v h E , Varrêtant. Un moment, {montrant le pavillon.) Quel est ce bâtiment ? FI DEM AN. Un petit pavillon qui maintenant est inhabité. ASTOLPHE. Assurons-nous d'abord... FIUEMAN. Oh ! bien volontiers. ETIENNE. C'est assez drôle, çà. (Fideman monte l'escalier, ouvre la porte , et les laisse passer devant. Lorsqu'ils sont entrés, il fait signe à Albertine, qui paiatt à la petite grille, de profiter de ce moment, et il entre lui-même dans le pavillon. ) SCENE VIL ETIENNE, ERNEST, ALBERTINE, ARMAND. (Albertine conduit son mari : elle veut le faire entrer dans la maison; elle ouvre la porte. Fideman sort le premier du pavillon, en toussant pour l'avertir. Albertine, pour soustraire Ernest aux regaids d'Astolplie, n'a que le tems de le placer derrière la porte, qu'elle ouvre tout-à-fait pour le cacher, et se place devtnt lui pour mieux l'tmpecher d'ttre aperçu. Astolphe etBruzmann 'orient du pavillon. ( a8 ) SCENE VIII. Les Mêmes, ASTOLPHE, BRUZMANN et FJDEMAN. . F 1 D E M A N. Vous n'avez rien vu , seigneur!' c'est bîÈà heureux ; car vous ne*" m'auriez pas épargné. A d'autres , maintenant. ( Astolplie regarde par tout d'un air méfiant ; il passe et se retourne pour remarquer Albertine placée contre la porte. ) (.'est elle, ( / / la désigne à liïuz- mann , qui lui/dit signe de se contenir. Enfin iis sortent. ) ETIEKK E. Çà m'amuse, moi, cette visiie ; je les suis . . . {Il sort.) SCENE IX. ALBERTINE, ERNEST, ARMAND. ÀliBËRTlNE, après s'être assurée qu'ils sont éloignés, ramène Ernest sur le devant de la scène. O mon Dieu, je te remercie, il est sauvé ! ERNEST. Astolphe n'est plus ici ? A L JB Tï RT11» t. Non , et vous n'avez plus rien à craindre, ERNEST. Quel effet ce nom odieux a fai! sur moi! AfcBEHTlNE. Etes-vous remis de voire frayeur ? ERNEST. Entièrement. I ALBERT! NE. Vous avez en lui un ennemi cruel ? ERNEST.- Oh oui ! bien cruel ! vous vous en étonnez , n'est-ce pas? En effet, qui peut l'engager à me persécuter ? quelle crainte doit inspirer un malheureux jcie sur celle terre de douleur pour y traiter une vie languissante , sans aucun espoir de voir Unir les maux dont il est accablé ; prive dp la lumière , prive de mon épouse, abandonné de la nature entière , loin de devenir pour quelque morlei un sujet de haine, je ne devraib être pour tous les hommes qu'un objet de tristesse et de pitié. Ici Brazmann sort de la maison et va se placer derrière le tas de paille sans être apperçu. M.liBRl'lN E. 11 est des êtres bien médians ! ERNEST. Quelque mal qn'i's m'aient fait, je ne puis , je ne dois point les juger aussi sévèrement ; à chaque moment un nouveau danger (_*>) me menace, chaque pas que je fais peut me conduire au fond d'un précipice où le trépas le plus affreux m'attend ; chaque inslant peut devenir le dernier de rua vie., si une main généreuse ne vient me prêter son secours, et guider ma marche incertaine. Dans cet élat déplorable , je ne puis considérer chaque mortel que comme mon sauveur et mon appui. ARMAND. Madame, vous restez auprès de mon pape? ALBERT IN E, Oui mon petit ami. ARMAND. En ce cas , veux-tu que j'aille jouer, papa? É R N EST. Va, mon fils; mais net'éloigne pas trop. ARMAND. . Non , papa , ( à Albcrtinc. ) ayez bien soin dé lui. ALBERTINE. Soyez tranquille; de votre côté, avertissez-nous si quelqu'un venait par ici. ( II va se placer sur le tas de puiUe. ) ERNEST. Pardonnez ma curiosité; mais daignez la satisfaire, il y va de mon repos. Comment vous noinmez-tous ? ALBE UT INE. Alb! . . Uotilde, ehnest, répétant lentement. Clotilde ! . . ah ! . . vous n'avez point d'autre nom ? ALBERTINE, hésitant. Je me nomme Clotilde. ERNEST. Vous vous nommez Clotilde ? . . vous ne connaissez ici per— ' sonne qui porte le nom d'Aiberline. Albertine. avec embarras. Albertiue ! . . mm , personne. . . à présent. ERNEST, avec douleur. Personne! tant mieux. . . tant mieux pour votre bonheur. J'en ai connu une, moi ; elle était bonne. . . comme vous, sensible comme vous, belle comme vous devez l'éire , si la beâillé est toujours compagne de la bienfaisance. Le son de votre voix me ; pelle la sienne. Je croirais presque. . illusion flâneuse ! . Al! line a fait long-temsmon bonheur: ah! combien elle a changé depuis. ALBERTINE. Vous eûtes donc beaucoup à vous plaindre d'elle ? / ER NES T. Elle a causé toutes mes infortunes ! Ecoutez-moi ; Albprliuû afail mon épouse, la rendre heureuse était mon unique pensée , hé bieîi , ello n'a reconnu mon amour qu'en me trompant de 1h manière la plus infâme. ALBERTINE. Etes-vous bien certain ! ( 3o ) E It N E S T. Moi-même, j'ai vu pendant la nuit s'introduire dans son appartement, le misérable qui me déshonorait. A cette vue , la jalousie a égaré ma raison , j'ai donné la mort à ce vil séducteur , el mon inlidelle épouse tomba fiappée d'un coup morlel par l'homme qu'elle avait trahi si indignement. Je pris mon fils dans mes bras et j'abandonnai aussitôt ce lieu que j'abhorrais ; je me réfugiai en France ; mes biens me furent enlevés ; une maladie dangereuse me conduisit aux portos du tombean ; cependant, on conserva mes jours; mais je perdis la lumière, et depuis cet instant, j'erre de contrée en contrée, obligé de recourir à la pitié des hommes pour obtenir des alimens grossiers pour mon lils, et mot. Sans cesse en proiî à la douleur, aux remords, et poursuivi par celte femme criminelle , dont l'image, toujours chérie , semble s'attacher à mes pas pour augmenter l'horreur de ma situation. Ah 1 madame, vous ne sauriez, concevoir combien mon état est affreux ? l'homme que l'infortune accable trouve quelque soulagement en contemplant les beautés de la nature : ce spectacle enchanteur calme ses sens, adoucit ses maux, etlsemble verser un baume salutaire sur ses blessures ; mais moi, en proie aux plus horribles souffances, les ténèbres m'environnent, le repos m'est ravi, les fantômes hideux bouleversent mon imagination , et je ne trouve par tout que la mort et le désespoir. 1IBE Î TIB F. Astolphe , que ne peux-tu le voir en cet état , ton cœur féroce serait forcé de s'ouvrir aux remords. ! ERNEST. N Je sens couler vos larmes , ah ! ne cherche/, point à me les cacher , il est si doux pour un infortuné de savoir qu'on plaint ses malheurs. Albert ine. Ah! qui pourrait être insensible en apprenant tout ce que vous avez souff ert ! je ne puis vous exprimer tout ['intérêt que vous m'inspirez. Oui, c'en est fait, je veux désormais ne jamais vous quitter , vous consacrer mon existence , devenir votre amie, votre compagne , adoucir vos maux , partager vos chagrins , et remplacer ' près de vous celte Albertineque vous avez perdue. E R w F. s T. Femme généreuse ! que ne possédait-elle vos vertus. ALBERT INC. Espérez qu'on a pu vous tromper, que votre épouse respire encore ; qu'un jour elle vous fera connaître son innocence, et qu'en attendant ce moment fortuné , elle veut par son amour vous faire encore chérir la vie. ERNEST. Que dites-vous? h RM A KD, Voici quelqu'un. AlheRtine, a Ernest. Acceptez-vous mes offres ? ( Si ) ERNEST. Femme admirable ! puis-je vous refuser. SCENE X. Les Prêchons, ETIENNE, CHAR LOTT E , deux Valets de ferme , et deux Servantes , apportant, ce qui est nécessaire pour le souper, Etienne, une cliandelle dans une main et un petit soleil en artifice dans Vautre. ETIENNE. C'est ça, c'est ça , apprêtez le souper, Charlotte^ veilles-y, pendant que je vais disposer mon feu d'artifice* ARMAND. Un feu d'artifice ! Ah, voyons! ALB EUT] NE. Est-ce, que votre père est rentré, Charlotte ? CHARLOTTE. , Pas encore ; il a été reconduire ces deux messieurs, il est sorti par la grande porte et il rentrera par la petite grille; mais il a dit qu'il ne serait pas long et qu'il fallait toujours apporter ici le souper. ETIENNE, II me vient une drôle d'idée ; Par exemple ! . CHARLOTTE. Encore quelque sottise! ETIENNE. Au contraire. Mademoiselle Clotilde est si douce, si bonne que nous l'aimons beaucoup. Moi surtout, j'ai pour elle des senliinens 1 res-roinanesques, en conséquence, pour nie réjouir de et; qu'on "e l'a pas enmenée ce matin , je vas lirer un feu d'artifice que j'ai acheté à la fêle, et pour que çà soit plus beau , je vas (aire un feu de joie, avec la paille qui est la. Ca fera un joli bouquet!.,. ALBERT IN E. Ce bon Etienne! IttHEST, Combien ces sentimens naïfs font féloge de vos vertusj 'CHARLOTTE. Mais, monsieur Etienne, vous n'avez qu'à mettre le feu à la Maison , avec vos feux de joie et vos artilices ? ETIENNE. Bah ! bah ! il n'y a pas de danger ; viens m'aider, petit. _ CHARLOTTE. finissez, monsieur, çà me fait peur, ETIENNE. Peur ! ah ! mon dieu, faut-il âtre enfant pour avoir peur. CHARLOTTE. Je vous dis de finir, entendez-vous ? ETIENNE. Sûrement otie je t'entends bjeti: mais je ne l'écoute pas. ( 52 ) (Etienne et Armand amassent la paille en tas, et apprêtent le soleil, qu'ils placent au milieu, Charlotte se bouctie les oreilles; ils vont mettre le feu a la mèche, quand Fideman parait à la grille, et les empêche de continuer.) SCENE XI. \ . Les Mêmes, FIDEMAN, Deux Garçons de ferme, FIDEMAN, Allons, allons, monsieur Etienne, ouvrez-moi donc cette grille. ETIENNE. Tout do suite, mon père, tout (Je suite, CHARLOTTE. C'est bien fait, mon pèrr va l'empêcher de faire partir son feu d'artifice, j'en suis bien conlente. ETIEES^, Oui, taquine, méclianle, taquine. F I B E M A N. Veux-tu m'ou\rir? vous vous disputerez demain, ETIENNE, ouvrant. Tans pis, là, pourquoi qu'elle me taquine. fideman, se moquant de lui. Ah! prenez donc garde. Que diable faisais-tu donc là avec cette chandelle ! ETIENNE, embarrassé. Je faisais... je ne faisais rien. CHARLOTTE. Il voulait faire un feu de joie avec la paille. FIDEMAN. C'est vrai, çà ? ETIENNE. Ne l'écoutez donc pas, mon père , c'est une menteuse. F I 1) e m A H. Prends garde à les oreilles, Etienne, prends garde à tes oreilles. Pourquoi cette paille n'est-eile pas rentrée? Etienne , en colère , jetant son soleil, sa chandelle, et bouleversant la paille. Mais, mon dieu, mon père, c'était fête ! Ah ! que c'est ennuyeux ! un si beau soleil l un si beau bouquet ! fideman^ à Albertine. ' Personne n'a paru, l'ennemi a battu en retraite et nous pouvons dormir tranquilles. ALBERTINE. O mon dieu ! je te remercie ! FIDEMAN. Allons, à table. etienne, à Charlotte. Tu me le payeras, va. CHARLOTTE. Je ne le crains point. ( 53 ) F I Z> E M A n. XSorrtÊ? .Venez-vous, vous autres? '<212£s r CHARLOTTE, Me v'ià , mon père. ETIENNE. Faites donc finir mademoiselle Charlotte, qui me prend ma place^ FI D E M A N. Je vais vous mettre d'accord, moi, attendez. Asseyez-vous, tout de suite. ( Tout le monde se met autour de la table de pierre, Fidenian s-ert à manger. Bruanann sort doucement de dessous la paille. Le jour baisse.) F 1 D E M A N. Nos deux marchands se rappellent de la réception qu'on leur a faite, ils n'osent pas revenir à la charge. ETIENNE. Et ils font bien ! car, si vous les arrangez comme ce matin-!,.. FI D e m A N. Et toi, Etienne, qu'as-tu fait? fes-tu battu? E TUNS E. On ne m'a pas laissé prendre celte peine là, on m'a battu. Ce gros grand à moustaches noires, il m'a donné des soufflets à poing fermé sur les reins. FI DE M AN. Tu est si poltron! ETIENNE. Que voulez-vous? c'est flans mu température! ("Bruzmann , pendant ce dialogue, s'est levé doucement, il a pris la clef qu'Etienne , dans son trouble , a laissé après la grille, et il disparait. Etienne se lève de table.) SCENE XII. Les Mêmes, excepté BRUZMANN. ETIENNE, à part. Ah! mon dieu ! mon père m'a si fort troublé en arrivant , que j ai oublié de fermer la grille ; ah ! ciel ! c'est ben heureux qu'il ne soit entré personne, allons la fermer sans qu'il s'en apper- ç<>ive. ( Il va doucement, ferme la grille et témoigne son inquiétude en ne trouvant pas la clef. Il la cherche.) A i. b E il T i N E , à Ernest. Qu'avez-vous? vous paraissez affligé ? e n n, e s T. Je ne sais, une tristesse mortelle s'est emparé de moi. F 1 D E M A N. 11 faut la dissiper. Rassurez-vous, si l'on en vont à votre fi- kerté, nous verserqns jusqu'à la dernière goutte de notre sang four vous défendre. VAveugle du Tirol. 5 (M) ERNEST. Brave homme ! FIDEMAN. Mademoiselle Clotilde vous aime, c'est une raison pour que je sois disposé à tout faire pour vous rendre service. ETIENNE, qui n descendu la scène en cherchant. Vlà l>en un autre malheur à présent, j'ai perda la clef. Quel guignon. ALBERTINE. Peut-être avez-vous besoin de repos. ERNEST. Il est vrai, je me sens fatigué. F I D E M A N. Nous allons vous conduire à l'endroit que vous devez habiter. ETIENNE. Mon père est de mauvaise humour, ne lui en disons rien , elle se retrouvera peut-être. ALBERTINE. Appuyez vous sur moi. ( Albertine soutient Ernest, qu'Armand conduit par l'autre main. Fideman passe devant; ils montent dans le pavillon. charlotte, à Etienne. Allons, monsieur, venez m'aider. (Ils ôtent le couvert que les valets emportent. Fideman et Albertine sortent du pavillon ; ils restent seuls. SCENE XIII. FIDEMAN, ALBERTINE. ALBERTINE. Fideman , j'ai besoin d'une nouvelle preuve de votre amitié. ETIENNE. Parlez, madame. ALBERTINE. Mon père est à Inspruck, il a du crédit à la cour, il peut défendre mon époux contre les violences d'Astolphc, et je suis résolue à tout entreprendre pour parvenir jusqu'à lui; il faut voir ce misérable qui est resté en votre pouvoir, lui promettre de ne point le livrer à la justice, et lui offrir une très-forte somme s'il veut m'in- troduire dans le château d'inspruck, FIDEMAN. Quoi, madame, vous voulez?.., ALBERTINE. Pénétrer jusqu'auprès de mon père, et obtenir le pardon de mon époux. L'agent d'Astolphe ne refusera point de me servir. Des hommes comme celui-là sont toujours du parti de celui qui les paie le mieux : l'or peut tout sur ces âmes vénales , et si la cupidité n'était point un motif assez puissant pour gagner ce malheu-i rcux, la crainte du châtiment nous répond de son obéissance. (35) F I D E M A N. i Madame, permettez moi de vous représenter... ALBERTINE. N'essayez point de combattre ma résolution, elle est invariable. Espérons que la bonté divine ne m'abandonnera point, et qu'elle assurera mon triomphe ; je retourne ut» moment près de mon époux, occupez-vous des moyens de mettre mon projet à exécution. Venez, Fideman, je vous cause bien des inquiétudes; mais nia reconnaissance sera éternelle, et peut-être un jour pourrai- je vous en donner des preuves. FIDEMAN. Ah! que je puisse vous voir heureuse, et ce sera là ma pluf douce récompense. Je vais tâcher de'gagner mon prisonnier. ' ALBERT I NE. Quoi! sans armes? vous allez?... FIDEMAN; J'ai tout ce qu'il me faut. SCENE XIV. Les Mêmes, ETIENNE. ETIEKKI. Vous n'avez plus besoin de moi, mon père? FIDEMAN. Au contraire, il est de la prudence do se tenir sur ses gardes, reste ici, et si tu apercevais quelqu'un, tu m'appellerais. ETIENNE. Comment! mon père, que je reste ici 1 tout seul. FIDEMAN. Veux-tu te taire, poltron ? (Fideman repousse rudement Etienne qui veut le suivre, il salue Albertine» elle monte dans le pavillon. Il sort par la ferme. ) SCÈNE XV. ETIENNE. Ah! il y a du micmac, il y a du micmac! mademoiselle Cîotilde qu'est toujours comme çàcn lê.le a tête avec papa ! ily a quclqnechose la dessous. En attendant, c'est toujours moi qu'est la victime de tout çàl là! voyez comme c'est amusant de rester là tout seul, je n'ai pas peur, non, je n'ai pas peur; mais je m'ennuie... que faire pour m'égayer ? je ne sais pas trop! (Armand lort doucement du pavillon, Bruzmann et quatre hommes paraissent au fond du théâtre sur la montagne.) (36) SCÈNE XVI. ETIENNE, ARMAND. ARMAND. St, st, Etienne, Etienne. ETIENNE. Ah ! mou dieu ! qu'est-ce que c'est que çà ? qu'est-ce qui m'appelle ? ARMAND. C'est moi, c'est Armand. ETIENNE. Ah ! c'est ce petit bonhomme ! qu'est-ce que tu viens faire ici Ç ARMAND. Ton papa a dit qu'il t'avait laissé seul, et comme j'ai bien envie de voir ton fc;u d'artifice, je suis sorti sans qu'on s'en aperçut, pour venir te trouver. ETIENNE. Ah ! qu'il est gentil d'être venu ; çà me rassure. ARMAND. ,Vas-tu le faire partir , ton feu d'artifice. ETIENNE. Je ne veux pas , vois-tu bien , çà ferait du bruit. ARMASD. Tu ne veux pas ? c'est bon , adieu, ETIENNE. Ne t'en va donc pas j tu me tiens compagnie. ARMAND. Tiens , puisque tu ne veux pas ? ETIENNE. Mais est-ce que je peux , petit simple ; ne t'en va donc pas. ARMAND. Tu as peur ? ETIENNE. Moi, peur ? ah ! ben ! puisque j'ai peur ! puisque. . . ( Brvzmann paraît à la grille et Vouvre avec précaution. Le bruit de la serrure est entendu par Etienne , qui est tremblant. ) As-tu entendu ? ARMAND. Je crois que oui ; il faut crier. ETIENNE. Non , je n'entends plus rien; nous nous sommes peut-être trompés. D'ailleurs, cachons-nous, nous verrons, SCÈNE XVII. Les Mêmes, BRUZMANN, quatre Hommes. Etienne cherche ù se cacher, il se jette dans Bruzmann , qui a introduit ses quatre compagnon?. Etienne veut jeter un cri, Brutinann lui met son sabre sur lapotfriue. ( 3 7 ) BRUZMANN. Silence, malheureux ! ou je . . . An m au d , se fourant sous la table de pierre. Cachons-nous. BRUZMANN. Exécutons notre projet. Eloignez ce misérable, il pourrait nous trahir. Les brigands emmènent Etienne par la grille , les antres s'occupent sous le berceau, k allumer une lanterne sourde qu'ils ont posée sur la table de pierre ; Armand profite de l'instant où il les voit occupés, il se glisse entre leurs jambes, et marchant sur les mains et sur les genoux, monte rapidement au pavillon, et entre sans être vu de h'ideman. BRUZMANN. Hâtons-nous d'exécuter les ordres d'Astolphe. F ID E M A N. 0 ciel ! SCENE XVIII. Les Précédens , exœpté ARMAND. Bruzman , à la tête des brigands, se dispose à monter au pavillon. B R V Z M A N N. L'instant est favorable, allons. ( Ils entrent dans le pavillon. ) F I D E M A N. Ils sont perdus! entrons dans la caverne, ou «herchons à pénétrer dans le pavillon, pour les secourir si je le puis. II pousse le ressort, la pierre roule, et l'on aperçoit dans la gratte Ernest, Armand et Albertine. SCENE XIX. ERNEST, ALBERTINE, FIDEMAN, ARMAND. A l n E r x I N E. C'est Fideman ! FIDEMAN. C'est \ous ! ô bonheur ! 11 n'y a pas un instant à perdre , hâtons - nous de retrouver mes garçons de ferme et les villageois qui m'ont promis leur secours. Venez. ALBERTINE. O providence ! protège-nous. *-U Woment où ils vont sortir,les brigands paraisseut. Fideman tire ses pistolets r les villageois accourent au bruit, les brigands prenneut la faite. Tableau général. Fin du second Acte, ACTE II. Le théâtre représente une salle du château d'Inspruck. SCENE PREMIERE. ALBERTINE, ERNEST, ARMAND, FIDEMAN,SOLER. Soler entre d'abord seul; il observe si personne ne peut le surprendre. SOLER. Vous pouvez entrer, Albertine, à voix basse. C'est ici l'appartement du baron de Retz? SOLER. Oui, c'est celui que lt gouverneur lui a fait donner dans le ehàléau. E RUE ST. Où me conduisez-vous? FIDEMAS. Dans un lieu où vous serez en sûreté. ALB ER.T1NE. Soler , je serai fidelle à ma promesse ; ma reconnaissance , pour le service que vous me rendez aujourd'hui, sera éternelle. SOLER. Que la plus grande prudence règle toutes vos actions, ou nous serions exposés aux plus terribles effets de la vengeance d'Astolphe. ERNEST. Le barbare ! quand cessera-t-il de me persécutor? SOLER. II serait d'autant plus sévère pour moi, s'il apprenait que je le trompasse, que dans cet instant il n'est point tranquille sur l'avenir. L'arrivée de cette multitude de troupes, que d'ici vous pouvez voir campée sous les murs du château , lui cause de vives alarmes, et tout me porte à croire que le baron de Relz n'est ici que pour, . ., ERNEST. Le baron de Retz est ici, dites-vous? SOLER. Oui, il est arrivé hier de Vienne , chargé d'une mission secrète de l'empereur. ERNEST. Ah ! je vous en conjure , faites que je ne paraisse point à ses regards. SOLER. Et pourquoi donc venez-vous? aibertine, à Soler. Silauce! (3 9 ) PIDEman, à Ernest. Soyez sans inquiétudes , vos amis ne tous quitteront pas. SOLER. Ah ça , je' vous laisse. Je vais roder dans le château , et s'il arrivait quelque chose qui pût vous intéresser, je viendrais vous en avertir. ALBERTINE. Bon Soler ! que d'obligations I . . SOLER. Vous ne m'en avez aucune. Mon maître me payait pour faire le mal. vous me payez pour faire le bien , et je vous donne la préférence. Croyez-moi , on a toujours plus de plaisir à faire une bonne action , qu'à se charger la conscience d'un crime. Adieu. Soler sort par une des portes latérales. Le bruit du tambour et de la trompette je fait entendre dans l'éloignement. SCENE II. Les Mêmes , à l'exception de Soler. FI DEM A. N. Las troupes sont en mouvement, il y aura que'que chose. albeutine, baissant la voix. Près de mon père, du moins, mon époux sera en sûreté. ERNEST. Bonne Clotilde , èles-vous là ? ALBERTISE. Me voici. ERNEST. Ah! ne me quittez pas, je vous en prie; je ne suis bien que lorsque je vous sais près de moi. ALBERTINE) à part. Il aime Clotilde ; il déleste Albertine. ARMAND. Oh ! n'aie pas peur, mon papa ; elle n'a pas envie de te quitter ; ■va, elle t'aime trop pour cela. Elle pleure toujours quand tu lui parles. Si maman lui avait ressemblé, ji> suis bien sûr qu'elle ne t'aurait pas fait tant de peine : aussi je l'aime, cette pauvre Clotilde, je l'aime comme si elle était maman. AI.BERTINE. Cruel enfant ? FIDEMAN. Qu'il est gentil ! Albertine, à Ernest. Vous versez des larmes ? ERNEST. En vain je voudrais les retenir ; toutes les fois que le nom de •non épouse sort de sa bouche enfantine, des pleurs amers. . . . Ah ! j e veux en tar ; r i a SO urce. (4o) AlBEBTISEï Quoi! vous reprocheriez-vous votre sensibilité ?... Seriez-vous lionieux do paraitre regretter celle que vous adoriez, et qui peut- être est digne encore de votre amour. \ ERNEST. Et voilà ce qui fait mon supplice ! Quelquefois j'ose la croire innocente : j'ose i roire , qu'abusé par quelqu"enneini de mon repos , j'ai pu la j"gt;r avec trop de précipitation. Je me la représente douée de toutes Ici vertus qui me la firent adorer si long- tems ; elle est devant moi, et loin de m'adresser aucune reproche sur ma conduite atroce, elfe nie supplie de lui rendre mon cœur, ALBE a t i N. Elle vous en supplie! ERNEST. Je me livre sux charmes de celte douce illusion ; je vais serrer dans mes bras mon épouse, mon Albertine... Tout à coup un affreux souvenir se présente à ma pensée , et je rejette avec horreur une espérance que je crains de se réaliser. ALBERTINE. Pourquoi la rejeter? pourquoi ne pas y croire? de tels pressen- timens sont des avis émanés de la Divinité; ils prouvent qu'un jour l'innocence d'Alberiine brillera de tout son éclat. ERNEST. Ah! que ma mort devance ce jour terrible! Alberline, tu ne serais point coupable, et j'aurais pu porter sur toi une main meurtrière; j'aurais pu te plonger un poignard dans le seinl Loin de moi cette idée horrible! Si Albertine est innocente, son misérable époux n'est donc qu'un vil assassin, digne du mépris de la nature entière. Ah! de grâce , ne me forcez point de croire à cette affreuse vérité, vous me feriez mourir de honte à vos yeux. F I D E M A N, Clotilde , quelqu'un peut pénétrer jusqu'ici ; il serait imprudent d'exposer monsieur le Comte aux regards de ses ennemis. ALB EKTIH E. Vous avez raison, (à Ernvst.) Veuillez vous retirer dans ce cabinet, vous y serez plus en sûreté. ERNEST. Vous m'abandonnez? ALBERTINE. Non , je vous quitte un instant pour bouger aux moyens d'assurer votre bonheur. ERNEST. Rappelez vous que vous me restez seule au monde. ALBERTINE. Seule ! et votre enfant ? Qui mieux qu'un bon fils peut nous faire oublier nos maux? (Albertine embrasse Armand et le rend à son père. Fideman ouvre la porte dn cabinet, et Ernest, guidé par Armand, y entre, en paraissant regretter de ouitter Albertine. ) ( ?» ) scène in. ÀLBERTlNEy FIDEiVIAN. F i d E M au, s'essuyant les yeux. En vérité), madame, pour peu que cela continue, je ne serai plus bon à rien. albehïikï. Comment, Fideman ? l'IDEMA N. Sans doute, comment voulez vous que je conserve ce sang froid si nécessaire à un général, si à chaque instant vous me faites pleurer comme un enfant. Pleurer! moi , l'ex-cupural Fideman. ALBEKT1NE. Et ce titre exclut-il la sensibilité? FIDIMAII. Un soldat est s^isible, mais il ne pleure pas comme une femme. Ah çà , réiléehissons , quel est votre plan de campagne? ALBEIII1» E. Je veux voir mon père, me faire connaître à lui, lui demander son amitié et sa protection pour mon époux. f i n JE M A N. Ce sera bien difficile; car M. le Baron en veut terriblement au comte Ernest. ALBERTINE. Sa colère cessera bientôt, lorsqu'il le verra dans l'état malheureux où le sort l'a réduit, lorsqu'il retrouvera sa fille, qu'il croit à jamais perdue pour lui ; lorsqu'epfin il saura que v sans son appui, nous devenons victimes du barbare Astolphe, et que notre tonheur dépend de sa volonté. Je lui ferai remettre cette lettre qui, j'en suis certaine, le disposera favorable/nent. O mon dieu! sois mon guide, et que par toi mon époux et mon fils trouvent un nouveau protecteur. SCENE IV. Les Mêmes, ETIENNE. FI DE M AH. C'est Etienne ! ETIENNE. Tiens, tiens, v'ià mon père, et puis mademoiselle Clotilde. Par «l«el hasard?... ALB ERT1JVE. . Silence. FIDEHAN, Ne crie donc pas si fort. L'Aveugle du Tr'rol. £ ( 45 ) ETIENNE. Ali ! v'Ià comme vous êtes tous deux. Vous avez toujours un air de mystère Silence ! parie donc plus bas. . . nu crie donc pas si fort... Il n'y a pas de danger. Figurez-vous que personne n'habite cette partie du château ; v'ià pus de deux heures que je cours du haut en bas, du bas en haut , sans avoir rencontré âme qui vive. FI D E M A N. Mais, comment le Irouves-tu ici ? ETIENNE. Ah î c'est une fière aventure , allez. Ces vilains coquins qui m'ont emmené , iis m'avaient conduit ici, et ils voulaient me garder. Ah ! dame, je me suis fâché. « De quel droit , leur ai-je dit comme ça, de quel droit voulez-vous m'emprisonner t barbares (pie vous êtes?.. Au fait , qu'est-ce que vous ferez de moi ? vous cherchiez un aveugle, hé bien , un aveugle, ne me regarde pas, j'ai de bons yeux , et vous devez me renvoyer chez papa. » F i u e m A s. Ils t'ont renvoyé ? ETIENNE. Au contraire, ils ne m'ont, pas renvoyé du lotit. Mais comma ils ne faisaient pas grande attention à moi, je me suis prié de m'en ;;ll r, et comme je craignais qu'ils ne me raltrappassent, j'ai couru comme un chamois jusqu'à ce que j'aie été loin de l'endroit où ils étaient. ALBEtlTINE. Ce pauvre Etienne ! ETIENNE. Oui, ce pauvre Etienne ! plaignez-moi. Tout ce qui m'arrive , c'est par votre faute ; qu'aviez-vous besoin de vous intéresser à ce nouveau-venu ; mais, bah ! votre générosité. . . Vous n'aviez des yeux que pour l'aveugle. Ecoutez-moi, papa , à cause de l'aveugle on tfl'à battu Mi l malin ; on m'a arrêté hier soir , peut-être qu'on me fera pis aujourd'hui , et je n'ai pas l'habitude de me faire tuer: .vous êtes ici eu masse , il y aura du grabuge , je ne m'en mêle pas, et si vous brouillez les cartes, je vous serai obligé de me mettre à l'écart. 1 F I I) EM A N. Quelqu'un s'avance Je ce côté. ETIENNE. .Ah ciel! c'est moi qu'on cherche. Qft me fourrer? F 11> EM a N , ouvrant le cabinet^ Tiens, là dedans. ETIENNE. Ali I là, là, le v'ià l'aveugle. nuiiiuM, le poussant. 'Va donc. ALDERTINE. • C'est Soler. 1-jiKuiau ferme la porte du cabinet. Soler entre vivement; ( 43 ) SCENE V. A L H É R TIN E, FI DE M A N , SO L E R. SOLE R, Le baron suil mes pas. A I. B E H T I N E. Mon père. F 1 n K M A N. Prévenez voire époux, je vais rester ici, cl je vous avertirai quand il en sera lems. S O I. E R. Eh vite ! le voici. AL BERTINE. O mon Dieu ! protège-nous. Albertinc rentre dans le cabinet. SCENE VI. E E BARON, FIDEMAN, SOEER. Soler salue le baron, et sort. Le baron entre et descend en scène sans apperce- voir Fideman. LE BARON. Aslolphe semble éviter ma présence ; soupçonnerait-il le motif de mon voyage ? tout me porte à le croire. Sans doute il réfléchit sur la conduite qu'il doit tenir envers moi. Quelle que soit la résolution qu'il prenne ; il n'échappera point au < Intiment qu'il n'a que trop mérité. Infâme Astolphe! tu périras ; et pour accroître 'onj supplice, c'est l'homme dont tu as détruit le repos qui te prononcera ton arrêt. O ma fille! mon Alberline ! victime innocente de la plus féroce jalousie , saus les odieuses accusations d'As- tolphe , je n'aurais point ta perte à déplorer. fideman, à part. Jl regrette sa fille , l'instant est favorable ! le baron. Toutes les fois que le souvenir de ma 611a reu'ent m'agilcr, toutes mes blessures se rouvrent, mes doalctrrs se renouvellent et des larmes mouillent nia paupière. F i o e m a n , à part. Je ne sais comment lui parler? J.E BARON. Malheureuse Alberline ! ce n'était point assez que lu fusses ravie a ma tendresse ; il fallait encore te voir tomber sous le fo* d'un assassin; le voir mourrir déshonoré \ fideman, avec respect et crainte,. Monsieur le baron. . . LE B A K O K. Que me voua'i vous P ( 44 ) fidemak, de même. Monsieur le baron , la sensibilité. . . I, E g a u o H. Qui êles-voUs ? F IDEMAN, Monsieur le baron, est-il possible que vous ftiécpnnaissiez le vieux Fideman , voire ancien fermier ? . . LE BARON. C'est vous , bon Fidoman , pardonnez si vos traits ne m'ont point frappé d'abord ; j'étais occupé , des réflexions affligeantes int tourmentaient. Que desircz-vous de moi ? F i n E M A If. Le plus grand des bienfaits ! LE BAKOU, Parlez, FIDEMAK J'ose recommander un malheureux à votre bienfaisance , il en •st digne à tous égards. Privé de ses biens, de son rang, victime du, plus infâme complot, do la plus odieuse calomnie ; il a perdu sa femme , il a perdu' la vue , et depuis long-temps, son lils et lui n'existent que par les dons qu'il reçoivent des personnes compatissantes, LE BARON. Vous m'intéressez à lui, croyez que mes secours..,. F I D E M A N. Monseigneur, ce n'est pas de l'argent que je vous demande pour lui ; je suis pauvre , mais quand je trouve l'occasion de faire un peu de bien , je n'en cède le droit à personne. LE BARON. Vous m'étonnez ? que puis-je donc faire pour lui ? B F 1 D E M AN. eauco U p ; il a grand besoin de voire amitié... ( Le Baron faitun mouvement. ) de votre protection. Le seigneur Astolphe est l'auteur de tous Ses maux , sa haine le poursuit jusqu'en ces lieux, et vous seul pouvez le soustraire au sort qu'il lui prépare. LE BAH ON. Encore une victime d'Astolphe ! mais quel intérêt a pu le portera détruire le repos de ce malheureux ? F ï D E M A N. C'est ce que j'ignore. Je n'ai jamais eu la curiosité de l'interroger sur ce sujet. On oublie rarement Jes maux qu'on a soufferts, et quelque bien cicatrisée que soit une blessure , il faut souvent bien peu de chose pour la r'ouvrir. Cependant , si votre excellence le désire , je ne doute pas qu'il ne vous instruise des causes de son infortune. LE BARON. Je veux le voir , Fideman , je veux devenir son appui, son défenseur. Mais où est-il ? FIDEMAN. Ici, et si votre excellence le permet, je vais !e lui présenter. ( 45 ) LE BARON, Vous m'obligerez. ■Albertitie qni a entendu cette scène est rentrée. Fideman entre une instant dans le cabinet et en sort aussitôt en conduisant Ernest, le bgron va devant de Jui, et l'amène près d'un siège , qu'il lui présente en le considérant avec la plus grande attentiou. Albeitine témoigne sa satisfaction de voir Ernest dans les bras de son père ; Armand a une lettre à la main, fiduiiuii fait signe à Alber- line de »e contenir. SCENE Vil. Le?Mêmes, ERNEST, ARMAND. Ii E BARON, à pari, Los traits do cet homme ne me sont point inconnus. ( Haut. ) Asseyez-vous. ernest, à part. O ciel ! où suis-je ? I. E BARON. Vous paraissez effrayé ? rassurez- vous, vous n'avez non à craindre. ESN est , avec la plus grande émotion et cherchant à cacher ses traitt. Cette voix !.,« quelle idée ! I. E BARON. Qui peut causer lo trouble où jo vous vo's ? Rassurez-vous , vous dis-jo. Cet honnête villageois m'a fait le récit de vos infortunes , croyez que j'ai le pouvoir et le désir de les faire cesser. ernest, toujours èma. Serait-ce ! en effet ; mais non , non , c'est impossible !.... I. E BARON, Astolphe vainement voudrait tenter de vous poursuivre. Sa haine serait impuissante, puisque le baron de Retz devient votre prolcclcur. ERNEST. Le baron de Retz ! je ne m'étais donc point trompé !... Armand , Armand , guide mes pas , fuyons , fuyons sa présence. LE BARON. Que dites-vous ?... votre agitation , la frayeur que mon nom seul "vous cause , tout en vous cache un myslère que je \eux éclàircir. Répondez. HKNEST. Ne m'interrogez pas ; je suis un monslre , et si vous me connaissiez... LE BARON. Je veux vous connaître. ERNEST. Hé bien, soyez satisfait. Le Dieu lotit puissant, dont le bras vengeur s'est déjà appésanti sur ma tôle coupable , a sans doute marqué cet instant pour celui de la vengeance ; que ses décrets soyenî ccccm- pl's. Vous eûtes une fille douée de toutes les vertus ! LE BARON, IJ est vrai. (46) E lî MES T. Un misérable que vous aviez jugé digne fie sa main , osa suspecter son innocence, et devint son meurtrier... Jj E B A R O N. Grand diju ! quel soupçon ! E II M E S T. Hé bien , cet assassin de votre fille, il est devant vous, c'e st moi. le BARON, portant la main sur son épie. Malheureux ! K RM AN D. Mon papa ? FI D E M a M. Arrêtez, monsieur le Baron. ernest, à genoux. Frappez, vengez Albertine, délivrez la terre d'un barbare que la société doit repousser èe son sein ; délivrez-moi d'une vie qui m'est odieuse et que je quitterai sans regrets; mais, je vous en conjure, (saisissant Armand.') épargnez cet eefant , devenez son protecteur, et si ses traits mus rappellent qu'il doit le jour au coupable Ernest, n'oubliez pas qu'il est « si !e lîls de votre Albertine. ARMANT). Oh! mon bon monsieur, je vous en prie, ne faites pas de chagrin à mon papa. (Fideman lui fait signe; Armand présente le papier au baron.) Tenez. LE BARON. Quel est ce papier ? ARMAND. Je n'en sais rien; mais mademoiselle Clolilde m'a dit de vous le donner quand je vous verrais bien en colère contre papa; elle m'a assuré que vous cesseriez de lui en vouloir, quand vous auriez lu ce que contient ce billet. LE BARON. Qu'est-ce que celte Clotilde ? F IDEMAN, C'est notre fille de forme, votre excellence. LE BARON. Que peut-elle me vouloir?... Vojons. (il prend le billet et parait craindre de Vouvrir.) Je ne sais pourquoi je tremble de rompre ce cachet, (il balance un moment; enfin il ouvre ettémoigue sa surprise) O ciel! l'écriture de ma fille. E r N e s T. Est-il possible î f IDE m AN , à part. V'là l'instant de la crise, gare. le baron, lisant. « Pardonnez, ô mon père! si j'ai pu vous plonger dans la dou- « leur en vous laissant croire que j'avais succombé. J'attendais, ( 47. ) » pour me présenter à vous, le jour où les crimes d'AsIolphe s«- » raient enfin connus, où mon innocence pourrait triompher de » la calomnie. L'instant qui doit me rendre à votre tendresse est » enfin arrivé; je renais au monde, et c'est à vos pieds que votre » fille vient implorer la grâce de son malheureux époux. (Pendant la lecture de cette lettre, Albertine s'est approchée du baron,) E SU E S T. L'ai-je bien entendu? LE B A II O N. O grands dieux ! tu me rendrais ma fille. Mais OÙ est-elle? ALBERTINE. Aux genoux de son père. LB B A il O N. Ma lille, je te retrouve! ERNEST. Albertine... O terre! enlr'ouvre-toi ! I. B B A II O N. Mon Albertine (t'Z Vembrasse.) ARMAND, Ah papa! c'est maman ! que je suis content ! LE BARON. Cruel enfant!... mais je te presse sur mon cœur, puis-je songer encore aux pleurs que tu m'as fait répandre? ALBERTINE. O mon père! vous me pardonnez! et mon époux. LE B A H O N. Ton époux !... je suis trop heureux pour conserver de fàsheux souvenirs; Ernest, mes enfans, venez dans mes bras. EB.NJKST et A L B EU TIN E. O seigneur ! o mon père ! ERNEST. Quoi! Albertine ! vous daignez oublier?... albertine, lui fermant la bouche. Oublions tout. D'autres soins, maintenant, doivent nous occuper. F I D E M A N. C'est bien dit. Le méchant Aslolphe peut encore nuire à monsieur le Comte ; il faut d'abord lui cri oler les moyens. LE BARON. Ce sera facile. L'Empereur a enfin ouvert les yeux sur la conduite de cet indigne gouverneur; d'après les ordres de Sa Majesté, Astolphe doit être arrêté et conduit à Vienne pour s'y justifier des crimes dont on l'accuse. Je cours le trouver, et d'un seul mot je vais le mettre dans l'impossibilité de vous nuire. Attendez-moi un moment, ALBERTINE. Quoi ! mon père ! vous iriez seul ? . . > F 11) E m A n. Monsieur le baron, permettez-moi de vous représenter que ce \ ( 48 ) serait commettre une imprudence. Un scélgager„, LE BARON, "lais ton époux ne peut rester seul ? A l B E R Tl N E. fermons toutes les portes de cette salle. ERNEST. -libertine, n'expose point tes jours. V Aveugle du Tirai 7 ( 5o ) AlIElITIlfE. 'Ah, puîs-je maintenant ne pas chérir la vie ? ARMAND. Tu reviendras bientôt l ALBERTINE. Oui, mon ami. Albertine sort avec le baron. Ou entend fermer deux portes dans l'éloignement: SCENE X. ERNEST, ARMAND. ERNEST. O Albertîne ! modèle des épouses ! combien tes vertus me rendent criminel 1 ARMAND. Comment ? tu as encore du chagrin ? ah bien, moi, je n'en ai plus du tout , du tout. ERNEST. Je te crois, tu retrouves la meilleure des mères. ARMAND. Oh ! c'est bien vrai. Mais toi, papa , n'as-tu aucun sujet d'éïre content! est-ce que tu en voudrais encore à maman! ERNEST. Non, mon ami. ARMAND. Ce serait bien vilain ; car si tu savais comme elle t'aime", comme elle a soin de toi. Pendant la roule de la ferme ici, ah ! si tu avais pu la voir m'aider à t.' conduire , t'éloigner de toui ce qui pouvait te faire du mal, me gronder parce que je te fusais marcher trop vite. Tiens, papa, je l'aime beaucoup, hé bien j'étais chagrin de voir qu'ellu t'aimait encore plus que moi. ERNEST. Chère Albertine ! ah ! la femme douée de tant de vertus, est le plus beau présent qu'uue divinité bienfaisante ait pu faire à l'humanité. ( On entend ouvrir une porte. ) Qu'entends-je ? . . serait- ce déjà ta mère ? ARMAND. Attends, je vais tâcher de le savoir. ( Il va regarder à travers la fonte de la porte. ) ERNEST. Il est impossible qu'elle soit déjà de retour. Armand , baissant la voix. J'eutends parler deux hommes dont je ne connais pas la voix. ERNEST. Dérobons-nous à le.urs rpg.-ird'-; ronduis-moi. I veut rentrer dans le cabinet. La porte s'ouvre , Astolphe et Bruzmann paraissent. 1 (5r ) SCENE XI. Les Mêmes, ASTOLPHE, BRUZMANN. ASTOLPHE. Que vois-je ? BRUZMANN. C'est le comte Ernest ! ASTOLPHE. Heureux hasard ! ERNEST. Armand , qui est là ? ARMAND» Deux messieurs. Astolpiie, à Bruzmann. 11 faut profiter de celte occasion , le baron n'est point ici. B .R U Z M A N N. Non , seigneur, Hermann l'a vu sortir, ahmAnd, d'un ton craintif. Allons nous en , papa. ASTOLPHE. Il faut l'éloigner de ces lieux , et lorsque le baron sera de retour dans cet appartement, faire sauter cette partie du château. ARMAND. Allons nous en, mon chef papa, j'ai peur, ERNEST. Rassure-toi, mon Armand, si l'on en veut à nos jours le baron saura nous défendre. astolphe, à part. Le baron ! heureuse idée. ( A Ernest en déguisant sa voix. ) Vous êles le comte Ernest ? Ernest tressaille au son de cette voix ; il reste un moment a chercher s'il ne l'a point déjà entendue. A»i'0 Li'HB, à Ernest. Répondez sans crainte , je vetix vous s*r\ir. ernest , lentement et paraissant plongé dans V état le plus incertain. Yous ! . . ASTOLPHE. Moi-même! le baron do Retz... Ernest, vivement. Le baron... ASTOLPHE. J e poss cde toute sa confiance , il m'a chargé de vons conduire dans un lieu où vous n'aurez plus rien à redouter. ER ne s t , toujours plus incertaen. ° mon dieu ! fais-moi aonnaitre la vérité. ( 5 2 ) ASTOLPHE, Se méfierait-il de (lui prenant la main,) Un instant de relard pourrait vous devenir f unt-ste. Venez , suivez-moi. ERNEST, lui tenant la main. Vous voulez me secourir?... pourquoi donc votre main tremble- t-elle dans ia mienne ? ASTOLPHE. L'intérêt que je prends à vous... ERNEST. Le criminel frémit au moment de consomma/ un forfait ; mais l'homme qui ne fait que le bien, ne tremble jamais. ASTOLPHE. Le péril que von» courez est si grand ? s H n e s T. Que vais-je faire? A n M A n d , bas à son père. Papa , c'est un menteur. ERNEST. Comment ? ARMAND. L'homme qui est avec lui , est un de ces vilaint coquins qui ont voulu t'arréter ! ernest, avec fureur. Vils agens du plus criminel des hommes, ne croyez pas me livrer à mon persécuteur vainement vous croyez abuser de ma malheureuse situation, le ciel saura me défendre contre vos attentats. ASTOLPHE. Silence, misérable, Bruzmann, qu'on le saisisse. ernest, se débattant. An moi, au secours, au secours. ARMAND. Au secours, on tue mon papa. ASTOLPHE. Malheureux! lu vas périr l (II veut se jeter sur Esnest le poignard à la main. Armand se jette à ses genoux et se traîne après lui en les tenant embrassés. Tout-à-coup le baron, Soler et Albertine entrent et l'arrêtent.) SCÈNE XII. Les Mêmes, LE BARON, ALBERTINE, SOLER. LE BARON. Arrêtez, Astolphe. A L B E R T IJS K. Mon époux ! ERNEST. Ah ! sauvez-moi ; ce sont des assassins. (5<5 ) A s t o r, p h sj Grand dieu ? Tj E B A R O N. Astolphe, la mesure de vos crimes est comblée, votre souverain a appris à vous connaître, et votre arrêt est prononcé. Voici l'ordre de Sa Majesté qui me nomme gouverneur du Tirol et qui vous Constitua mou prisonnier. ASTOLPHE. Fier du succès de vos calomnies, vous croyez votre triomphe assuré ; mais vous ignorez ce que peut la haine d' \stolphe, tremblez trop faibles ennrmis, la foudre gronde sur vos têles et bientôt vous al'ez erl être écrasés, ( Astolphe et Bruzmann, l'épe'e â la main, gagnent la porte et disparaissent. On entend le son de la trompette. ) SCÈNE XIII. ERNEST, ALBERTINE, ARMAND, LE BARON, SOLER. I. e Binon, regardant à la croisée. Les trouves sont en mouvement, le château est investi, bientôt Astolphe recevra la récompense due à ses forfaits. Soler, conduisez le comte. ERNEST. Vous m'éloignez de vous? ALBERTCINE. Bientôt nous ne serons plus séparés. Soler va guider tes pas dans une salle de l'étage supérieur, où tu ne courras aucun danger. ERNEST. Quoi ! tandis que tu seras exposée? ALliEHTINE. Ne crains rien. ERNEST. Dieu tout puissani ! veille sur Albertine! ( Soler emmène Ernest et Armand. On entend un son de trompette.) SCENE XIV. LE BARON, ALBERTINE. le baron, à la croisée. Fideman introduit mes troupes dans Le château, btentot elles seront prés «le nous, nous n'avons rien à redouter. (On entend une forte explosion. La salle s'ébranle violemment Albertine embrasse le, genoux de son père. Une second* .ecottua « fiMt £ tf™ violemment encore ; le foad s'écroule et laisse apercevoir l escalie r qu, conduit à l'étage supérieur: Au f,.od on apere-.it les remparts d lirspruek, et les ro . chers du Tirol couverts de soldats des deux partis.) (54) X. E B A k|o N. 0 ciel ! A L B EU T I M E. Grand dieu! si mon époux!... il doit exister une autre issue 9 volons à son secours. (Ils sortent précipitamment. Les troupes sont toujours en mouvement sur les remparts et sur les rochers environnans. On voit Ernest paraître sur l'escalier, arrivé au milieu il s'arrête et écoute. ) SCENE XV. ERNEST, ARMAND. A h m a n d, sur V escalier. i"Viens, papa, je vais te conduire, ERNEST. Que signifiant ce bruit épouvabte, cette commotion violente qui «'est !aii ressentir dans toutes les parties de mon corps, j'ai cru distinguer les cris d'Albcriine. ARMAND. Oîi! comme tout cela est t-fl'rayanl ! viens vite. (Armand a\ance toujours; l'escalier se romp sous lui; il tombe et s'écrie: ) '.Arrt>'c, mi i |M(.a ! (Ernest étourdi, lève la jambe, et veut avancer encore un pas. Sa femme paraît et l'arrête. ) A LBERTINE. Malheureux ! tu vas péi ir. ^Fideman s'élance an mikvt des flammes, et en ressort emportant Armand dan» ses bras, lestioupes allemandes repoussent les partisans d'Astolphe. Ernest est dans les bras d'.^lbeitioe et de son (ils. Le brron et Fideman jouissent de leur bonheur. Tableau.) LE BARON. Aslolphe arrêté, va recevoir à Vienne le prix de ses forfaits. Ses aveux vonl rétablir la réputation d'Albertine. Mes enfans réunis vont goûter le bonheur, lîieu de bonté! je te remercie. Tableau général. FIN.